Fiche du document numéro 22666

Num
22666
Date
Septembre 2005
Amj
Fichier
Taille
694523
Pages
14
Titre
Billets d'Afrique No. 139
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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La marche continue

Le 29 juin Survie a subi la perte irréparable de son
président François-Xavier Verschave. Le prodigieux travail
qui a été le sien demeure. Il constitue le socle de nos
actions, un acquis dont nous sommes loin d’avoir exploré
toutes les voies. Il s’agit de faire avancer sans cesse
l’ambition d’un monde où les peuples s’approprient leur
destin pour améliorer leurs conditions de vie, où les
responsables sont responsables parce qu’ils représentent
ceux qu’ils gouvernent, où les grands prennent conscience
de leur faiblesse et les petits de leur force.
Il n’y a pas de pause pour le chagrin. L’âpreté des enjeux
qui se jouent en Afrique se reflète dans des événements
qui ne laissent pas de répit. Le Congo-Kinshasa est
toujours en lambeaux, que se disputent tant de vautours à
coups de massacres. Le Soudan, une fragile réconciliation
à peine obtenue, se voit troublé par la disparition de
Garang, éphémère vice-président. En Mauritanie l’adjoint
d’un militaire chasse son patron qui, avec son aide,
emprisonnait et torturait à tout va. Aux observateurs
politiques qui raillent le coup d’État comme « maladie
africaine », le journal burkinabè L’Observateur Paalga
répond : « Tant que le sport favori des gouvernants restera
le trucage des élections, tant que les présidents se plairont
à tripatouiller les constitutions pour s'éterniser au pouvoir,
aucune résolution ne pourra éradiquer les coups de force
sur notre continent. [...] Le meilleur antidote aux rébellions,
mutineries, coups d'État et autres révolutions de palais,
c'est la démocratie, le respect des droits de l'Homme, la
bonne gouvernance et la justice sociale. »
La force fait la loi. Au Tchad l’offensive du pouvoir contre
les journalistes indépendants est cautionnée par les
déclarations indécentes de l’ambassadeur de France.
Sy Koumbo Singa Gali, directrice de publication de
l'hebdomadaire L'Observateur, est la troisième journaliste
à être condamnée à une peine de prison au Tchad depuis le
début du mois de juillet. Accusée d'incitation à la haine
raciale, elle rejoint le coordonnateur du même journal,
Samory Ngar, accusé d'atteinte au chef de l'État, qui a
écopé de trois mois de prison, ainsi que Michaël Didama,
du journal Le Temps, condamné à six mois ferme pour
diffamation, après avoir publié un reportage sur
l'opposition politico-militaire tchadienne au Soudan. Pour
Evariste Ngarlem Toldé, président de l'Union des
journalistes tchadiens, cette série de procès en cascade
vise « à museler la presse privée indépendante ». Au
Gabon le journal Nku’u le Messager a été suspendu le 11
août. Par un communiqué daté du 12 août, treize titres de la
presse privée gabonaise ont informé de leur décision de ne
pas paraître tant que cette suspension qu’ils qualifient
d’arbitraire n’est pas levée.
Au Congo, l’infâme procès du Beach consacre l’impunité
des militaires incriminés, défendus à grands frais par des

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avocats français, en face de victimes intimidées, après
qu’en France l’État a élargi un criminel présumé et fait taire
la plainte des victimes. La mascarade judiciaire de
Brazzaville s’est déroulée sans grand retentissement.
Laissera-t-on cette page se refermer ? La normalisation du
Togo, avalisant le pouvoir imposé du fils d’Eyadéma, va
bon train, bénie par la Francophonie, en dépit de la
relation, par Amnesty international, des crimes et des
exactions qui continuent à s’y perpétrer contre tout
suspect d’opposition, tandis que la Commission des droits
de l’Homme de l’ONU tarde à publier son propre rapport.
Fermons les yeux et réjouissons-nous puisque Bolloré va
étendre son activité sur le port de Lomé.
La crise alimentaire qui sévit dans les pays du Sahel,
particulièrement au Niger, est due aux difficultés
climatiques certes, mais ces difficultés prennent un tour
catastrophique du fait de la pauvreté des populations,
victimes, tout autant sinon plus, de la spéculation sur les
vivres que de la sécheresse. Or la pauvreté n’est pas un
phénomène climatique mais un fait politique. En ce monde
l’homme qui a faim est un homme opprimé.
Plus que jamais il faut lutter contre le silence, contre les
clichés, car c’est cela qui tue.
Odile Tobner

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Un peu d’histoire
Le Niger subit en ce moment une famine catastrophique.
L’Unicef a publié le 29 juillet un bulletin d’alarme affirmant que
30 000 enfants de moins de cinq ans sont dans un état critique
de malnutrition, donc en danger de mort, 250 000 autres
doivent être secourus d’urgence. Le gouvernement du Niger
estime à 1,6 millions les habitants en situation critique. L’ONU
estime que 800 000 enfants auraient besoin de soins et que 3,6
millions d’habitants seraient menacés par la famine.
La grave pénurie alimentaire tient à plusieurs facteurs, tout
d’abord la sécheresse de 2004, accompagnée d’une invasion
de criquets pèlerins, mais il y a eu aussi des facteurs
économiques et politiques. Depuis janvier 2005 les commerçants
ont stocké et spéculé sur la rareté des denrées, dont le prix a
doublé. Le gouvernement de Niamey non seulement a refusé
de procéder à des distributions gratuites de nourriture quand la
disette s’est fait sentir mais il n’a pris aucune mesure contre ./..

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la spéculation sur les denrées. Enfin les
organisations internationales ont tardé à
réagir, sauf MSF qui, depuis janvier 2005,
a ouvert des centres de récupération
nutritionnelle.
La France s’est mobilisée très tardivement. Bernard Kouchner s’est montré
à la télé et a affrété un avion. Le ministre
des Affaires étrangères, Philippe DousteBlazy, pour son premier déplacement en
Afrique a déclenché l’aide française à la
suite de l’appel de l’Unicef. Il a jugé que
le Sahel est le symbole de l’échec des
politiques du passé. Il ne pensait sans
doute pas à l’histoire du Niger.
Mais on peut en effet rappeler cette
histoire. Le Niger, qui compte aujourd’hui
onze millions d’habitants, a accédé à l’indépendance en 1960 avec Hamani Diori
comme président. Celui-ci, fondateur en
1946 du PPN (Parti progressiste nigérien),
qui se fondit dans le RDA de HouphouëtBoigny, soutenu par la France, élimina
Djibo Bakari, leader du mouvement
Sawaba, vainqueur des élections locales
de 1957, partisan du non au référendum
de 1958. Le mouvement Sawaba fut
interdit et son chef exilé.
Avec la découverte, dans les années
1970, d’un important gisement d’uranium,
à Arlit, exploité à partir de 1974, qui
place le Niger au troisième rang des
réserves mondiales, Hamani Diori
manifesta sa volonté de s’émanciper de la
tutelle française. Il prétendait notamment
aligner le cours de l’uranium sur celui du
pétrole qui venait de faire un bond. Le 15
avril 1974 Hamani Diori est opportunément chassé du pouvoir par le général
Seyni Kountché, ancien de l’armée
française, ayant servi en Indochine et en
Algérie. Celui-ci suspend toutes les
institutions, dissout l’Assemblée nationale
et instaure un Conseil militaire suprême
où il cumule les fonctions de chef d’État,
ministre de la Défense et de l’Intérieur.
Tout aussi opportunément, une fois
Seyni Kountché au pouvoir, le cours de
l’uranium s’effondre, la France en étant du
reste le seul acheteur puisque les autres
puissances nucléaires possédaient leurs
propres ressources. La France, qui ne
possède sur son sol que 4 % des
réserves, devient le 4e producteur mondial
d’uranium. C’est ainsi que pendant trente
ans la Cogéma a pu, avec le minerai
uranifère qu’elle exploite à Arlit, développer la production d’électricité d’origine
nucléaire (77 % de la production d’électricité en France, contre 17 % de la
production dans le monde). Le traitement
chimique du minerai d’uranium, étant
donné les très faibles teneurs (autour de 2
pour 1000), se fait près des lieux d’extraction, à l’acide sulfurique. Les habitants
du Niger ont donc eu ces nuisances pour
tout bénéfice. Pour ce qui est de la
générosité française d’aujourd’hui, il faut
savoir que l’association de Kouchner est

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financée par Areva, ce dont le bon
docteur ne s’est pas vanté quand il a fait
tout un foin médiatique avec cette
aumône [130 000 euros en juin et 120 000
euros en juillet, « soit 0,05 % des 428 millions
de bénéfice annuel d’Areva », Le Canard
enchaîné, 03/08]. Seul de toute la presse

française, Le Canard enchaîné l’a révélé,
et a utilement informé le public du
contexte nigérien lié à la France.
Kouchner s’est spécialisé semble-t-il
comme préposé aux bonnes œuvres des
grands bienfaiteurs de l’humanité que
sont Total en Birmanie, Areva au Niger.
Voilà comment un petit pays du Sahel
devient un pays assisté, un des plus pauvres du monde, dit-on partout, dépendant
de l’aide internationale. Depuis la mort de
Seyni Kountché, en 1987, le Niger a
connu une vie politique assez agitée.
L’actuel chef d’État et chef de
gouvernement Mamadou Tandja est un
vieux routier de la politique. Ancien

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militaire ayant participé au
renversement
d’Hamani
Diori, il a été un proche de Seyni
Kountché. Il a certes perdu les premières
élections démocratiques en 1993, mais
le président Mahamane Ousmane a été
destitué en 1996 par un putsch qui a
placé sur le trône Baré Maïnassara, dont
Mamadou Tandja était un proche, revenu
au pouvoir en 1999 suite à l'
assassinat
de Baré par une junte qui n'
a pris le
pouvoir que durant six mois pour offrir au
Niger une constitution démocratique et
des élections incontestées, il effectue
aujourd’hui son deuxième mandat. Il est
l’actuel président de la Cédéao. On ne
peut pas dire qu’il ait géré la crise
alimentaire que traverse son pays avec
une aussi grande compétence que sa
carrière politique. Qu’à cela ne tienne,
les grandes ONG sont là pour suppléer
aux carences locales. Cela donnera de
très belles photos dans les News. [OT]

Lettre ouverte au ministre français des Affaires étrangères, au commissaire européen au
Développement, et au président de la Banque mondiale
Communiqué commun d’une coalition internationale d’ONG 1, le 28/07
Monsieur le Ministre, Monsieur le Commissaire, Monsieur le Président,
Nous, organisations de la société civile internationale, souhaitons exprimer nos plus vives
inquiétudes sur la situation qui prévaut actuellement au Tchad, et déplorons l'
absence de réaction
de la part des autorités françaises et européennes, ainsi que de la Banque Mondiale.
Outre une dégradation incessante de la situation socio-économique dans le pays, et ce malgré les
revenus pétroliers et le volume de l'
aide extérieure, dans un contexte politique tendu depuis la
révision de la constitution, nous constatons de multiples atteintes à la liberté d'
expression à
l’encontre de la presse indépendante et des organisations de droits de l'
Homme.
Pour le seul mois de juillet 2005, nous enregistrons :
– la condamnation le 18 juillet à 3 mois de prison ferme et 100 000 FCFA d'
amende pour M.
Samory Ngaramdoumbe, coordonnateur du journal L'Observateur,
– la condamnation le 18 juillet à 3 ans de prison ferme et 1 000 000 FCFA d'
amende pour M.
Garonde Djarma, collaborateur de la presse privée,
– le réquisitoire du procureur pour une peine de 18 mois de prison ferme à l'
encontre de M. Michael
Didama, directeur de publication du journal Le Temps, dont le délibéré est attendu le 1er août,
– l'
interpellation de Mme Sy Koumbo Singa Gali le 18 juillet pour répondre à une plainte du
procureur de la République pour incitation à la haine tribale et au soulèvement populaire (elle est citée à
comparaître le 1er août). Mme Sy est Directrice du journal L'Observateur, Présidente de l'
Organisation
des Acteurs non Etatiques du Tchad (OANET) et régisseur d'
un projet d'
appui à la société civile du
Programme d'
Appui à la Bonne Gouvernance cofinancé par l'
Union européenne et le PNUD.
C’est parce qu’ils ont rédigé des articles critiquant la politique du président Idriss Déby, qu’ils ont
été condamnés ou sont en voie de l’être.
Nous déplorons également le discours prononcé par l'
Ambassadeur de France au Tchad lors de
la cérémonie du 14 juillet [... cité. p. 3].
Relayant l'
appel de la Coalition tchadienne pour la Sauvegarde des Libertés et de la Démocratie
(COSADEL), nous demandons par conséquent :
au Commissaire européen au développement :
1) une condamnation ferme des menaces, intimidations et procédures judiciaires abusives à
l'
encontre des journalistes tchadiens et autres responsables d'
associations de droits de l'
Homme,
2) l'
ouverture d'
un dialogue politique permanent et constructif entre l'
UE, le gouvernement
tchadien et la société civile, conformément aux dispositions prévues par l'
Accord de partenariat
UE/ACP signé en juin 2000 à Cotonou.
au Ministre français des Affaires étrangères :
3) une explication quant aux propos tenus par l'
Ambassadeur lors de la cérémonie du 14 juillet
dernier à N'
Djamena, notamment à l'
égard de la presse indépendante,
à la Banque Mondiale :
4) une intervention auprès des autorités tchadiennes pour garantir la liberté de la presse, compte
tenu du rôle fondamental que joue la Banque dans la promotion de la réduction de la pauvreté et de
la Bonne gouvernance dans le cadre du projet pétrolier Tchad-Cameroun.
Dans l'
attente d'
une réponse à notre démarche de la part des autorités françaises et européennes
ainsi que de la Banque Mondiale, nous resterons extrêmement attentifs à l'
évolution de la situation
politique au Tchad et au respect des droits de l'
Homme dans les semaines et les mois à venir.
1. ACAT France et Tchad, AIRCRIGE, Agir Ensemble pour les Droits de l'
Homme, Agir Ici, Friends of the Earth,
AEPPT, APLFT, ARDH Djibouti, Asociacion de Vecinos Picarral-Salvador Allende, APDDH, CDLD, COFANZO,
CADH, Cornerhouse, Dritte Welt Journalisten Netswerk e.V., DSF, Environmental Defense Fund, FCD, FERN,
FRLL, Forests Monitor, Global Witness, Greenpeace, Ligue Tchadienne des Droits de l'
Homme, Ligue Togolaise
des Droits de l'
Homme, MBDHP, OSEPA (DDH), OREPI, OMAC, Peuples Solidaires, RADDHO, RMS, RFJAE
Strasbourg, Rettet den Regenwald, Secours Catholique / Caritas, Survie, UEPAC, UJT, URPT.

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Tchad : “Bravo Déby !”
Pour louer les aspects « novateur » et
« développementaliste » de son projet de
répartition des revenus pétroliers au Tchad
(80 % des recettes de l'
or noir allouées aux
secteurs prioritaires de développement),
la Banque mondiale avait répondu aux
interrogations de la société civile en
soulignant le caractère structuré, et
désormais contrôlable, de l'
utilisation de
cette nouvelle manne financière.
Cinq ans après, force est de constater
que la majorité des craintes des ONG
tchadiennes et internationales étaient
fondées ; (1) le collège de contrôle et de
surveillance des ressources pétrolières
est très insuffisamment armé pour veiller
à la bonne répartition de ces recettes,
(2) le pays est en état de délabrement
socio-économique, (3) la crise politique
et institutionnelle s'
accentue avec le
trucage du référendum de juin 2005
permettant à Idriss Déby de briguer un
troisième mandat présidentiel en 2006,
un énième remaniement ministériel
autour d'
un premier ministre fidèle (l'
un
des meilleurs conseillers du Président en
terme de révision constitutionnelle), enfin
(4) l'
acharnement contre les journalistes
indépendants les plus influents (citons
notamment la peine de 3 ans de prison
ferme prononcée le 18 juillet dernier
contre le collaborateur de presse
Garonde Djama, celle de 6 mois fermes
prononcée le 8 août à l'
encontre du
directeur du journal Le Temps, Michael
Didama, et le réquisitoire de 1 à 3 ans de
prison ferme contre Mme Sy Koumbo
Singa Gali 1, Directrice du journal
L'Observateur,
présidente
de
l'
Organisation des acteurs non-étatiques
du Tchad (OANET) et régisseur d'
un projet
d'
appui à la société civile du Programme
d'
appui à la bonne gouvernance cofinancé par l'
Union européenne et le
PNUD), tous accusés pour avoir publié
des articles critiquant sévèrement la
politique du président Déby.
Dans ce contexte, la France qui,
rappelons-le, avait été le seul État
européen à féliciter le Président Déby
pour sa réélection en 2001 à l'
issue d'
un
scrutin dénoncé par les associations de
droits de l'
Homme et le Parlement
européen, s'
est encore une fois illustrée
par son soutien sans faille au régime en
place, poussant plus loin encore que ce
dernier la dénonciation de la presse privée.
On citera notamment son ambassadeur,
Jean-Pierre Berçot, dans un discours
minutieusement
préparé
pour
la
cérémonie du 14 juillet, une mise en
garde “contre une presse qui cherche à

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salir, par tous les moyens, l'image
extérieure du Tchad et des Tchadiens”,
en rappelant que “les médias ont pour
mission d'informer la population, pas de
la manipuler et encore moins d'instiller la
haine raciale ou d'encourager les conflits
ethniques internes”. Saluons ici l'
action
de la France pour veiller au sacro-saint
principe de stabilité en Afrique, même si
celui-ci pressurise encore un peu plus les
bombes à retardement...
Relayant l'
appel de la Coalition
tchadienne pour la sauvegarde de la
démocratie et des libertés (COSADEL),
Survie a initié une lettre ouverte au ministère français des Affaires étrangères,
au commissaire européen au Développement et au président de la Banque
mondiale le 28 juillet (voir encadré). Peu
après, lors d’un point de presse du
ministère des Affaires étrangères (MAE),
à la question d'
un journaliste curieux de
connaître la réaction du ministre à ce
courrier, le porte-parole a répondu que
les signataires en auraient la primeur.
Les signataires attendent toujours. Au
point de presse du MAE du 10 août, un
autre journaliste curieux a demandé ce
que le Ministère pensait « de l'arrestation
de plusieurs journalistes au Tchad ».
Réponse : « Il ne nous appartient évidemment pas de nous prononcer sur des
procédures en cours dans un pays
étranger, mais de manière générale vous
connaissez l'attachement résolu de la
France à la liberté d'expression en
général et à la liberté de la presse en
particulier, partout dans le monde ». Cet
attachement résolu « ne peut-il pas vous
conduire par exemple à appeler à leur
libération comme vous le faites dans
d'autres cas ? » rétorque le journaliste.
La réponse du porte-parole laisse penser
que la question tombe dans le domaine
des “cas particuliers” : « C'est un sujet
que nous avons eu l'occasion d'aborder
dans le cadre de notre dialogue avec les
autorités
tchadiennes ».
[Guillaume
Olivier]

1. Le 15/08, Mme Singa Gali a été condamnée
à un an de prison ferme. Elle a été
immédiatement incarcérée à la maison d'
arrêt
de N'
djaména, située à un jet de pierre de
l'
ambassade de France et du siège de l'
Union
européenne de la capitale : ni l'
un ni l'
autre n'
a
émis la moindre protestation (le silence de
l'
UE est d'
autant plus étonnant que la
présidente de l'
OANET est une personnalité,
jusqu'
à présent, hautement considérée par
cette
institution).
Les
organisations
tchadiennes de défense des droits de
l'
Homme ont accompagné la journaliste
jusqu'
à la prison où elle est désormais
enfermée, en chantant l'
hymne national.

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Togo : mission d'enquête
pour des prunes ?
Le 10 juin dernier, la Haut commissaire
des Nations unies aux droits de l'
Homme
(HCDH), Louise Arbour, a annoncé
l'
envoie d'
une mission d'
enquête au Togo
«sur la situation au Togo entre le 5
février et le 5 mai (2005), en relation
avec le scrutin présidentiel du 24 avril » :
cette mission, arrivée à Lomé le 13 juin,
en est repartie le 25. Elle devait très
rapidement adresser son rapport à la
Haut commissaire, laquelle devait en
rendre publiques les conclusions et
recommandations. Sept semaines plus
tard, du côté du HCDH, silence radio.
Nous avons pris contact avec le bureau
du porte-parole du Haut commissariat,
José-Luis Diaz, pour connaître la date de
la publication du rapport. Réponse : pas
avant plusieurs semaines. Et quelles
sont les raisons d'
un tel retard ? Notre
interlocutrice (Monsieur Diaz est en
congé) a répondu : « Ils sont en train de
finaliser le rapport ». Constatons qu'
ils ne
sont pas rapides. En raison d'
informations – venant de sources fiables –
selon lesquelles l’accouchement du
rapport posait problème, nous avons
demandé s'
il était exact que les membres
du Conseil de sécurité discutaient de
l'
opportunité de sa publication, et s’il était
exact que le Secrétaire général de
l'
ONU, Kofi Annan, serait réticent en ce
qui concerne sa publication. La dame
affirme n'
en rien savoir...
Selon nos informations, le rapport de la
mission du HCDH est entre les mains de
Louise Arbour et de Kofi Annan depuis
plusieurs semaines. C'
est ce qu'
affirment,
depuis notre appel à Genève, d'
autre
sources, d'
une fiabilité incontournable
(mais sous couvert d'
anonymat). Elles
ajoutent que la publication du rapport
dans son intégralité est peu probable, au
même moment où des sources diplomatiques l'
annoncent (sans commentaire
quant au contenu) pour au plus tard miseptembre.
Décidément, le peuple togolais n'
intéresse pas grand monde. À la suite de la
Cédéao, de l'
Union européenne, l'
ONU s'
y
met ? Un scandale de plus à l'
horizon ?
Si c'
est le cas, il ne pourra être question
de le laisser passer.
Remarquons au passage la déclaration
du ministre français des Affaires
étrangères, Philippe Douste-Blazy, qui
affirme que les principes qui guident
l'
action de la France en Afrique « sont
clairs : respect du socle démocratique
qu'est l'élection » [Le Parisien, entretien,
12/08]. Comme au Togo Monsieur le
ministre ? Une place pour les principes,
beaucoup de place pour des exceptions.
[Sharon Courtoux]

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Togo : le grand ballet
des dupes en queue de pie
Succédant en avril dernier à son père
dans
les
conditions
démentielles
et abracadabrantes que l’on sait, Faure
Gnassingbé commence à déchanter. Ses
parrains françafricains, notamment Chirac
et Bongo, tardent à concrétiser leurs
montagnes de soutiens et de promesses,
et « le Petit » (son surnom) regrette avec
une pointe de nostalgie sa vie de dandy
sans soucis et fort argenté du temps de
son père. Sa sérénité bonhomme ne
trompe pas, car des soucis s’amoncellent
sur ses bureaux de façon himalayenne.
Chirac, désormais aux abonnés absents,
ne lui téléphone plus et manifeste un
certain agacement quand le fiston de son
« ami personnel » est au bout du fil
(ombilical). Confronté lui-même à la
décrépitude du pouvoir et vieilli par le
double coup de semonce du référendum
sur la constitution européenne et de
l’échec de la candidature de Paris aux
JO de 2012, la « stabilité » du pouvoir du
« Petit » n’est plus la préoccupation
existentielle de l’hôte de l’Élysée. Le
bulldozer de la Corrèze hésite encore à
choisir entre une politique françafricaine
réputée inefficace, dont il se veut
toutefois le garant historique, et les
velléités réformistes prêtées à tort ou à
raison à son Premier ministre de Villepin.
Mais le fiston, qui a entendu parler de la
capacité de métamorphose brusque de
son parrain, une véritable girouette
politique, craint d’être lâché et de faire
les frais d’une politique africaine
reformulée.
Contrairement à ses engagements
Chirac n’a rien fait pour que le Togo
figure sur la précieuse liste de pays dont
la dette a été allégée ou annulée et pour
que l’Union européenne lève la mesure
de suspension de ses subventions,
imposée depuis 1993 pour « déficit
démocratique ». La visite à Bruxelles du
Premier ministre togolais, Edem Kodjo,
homme lige de la France, s’est avérée
une catastrophe. Attendu avec des
liasses d’euros pour faire quelque
joyeuse bombance, il est rentré à Lomé
plutôt déprimé, couvert de quolibets et de
grosses coupures de mensonge lorsqu’il
a tenté de faire passer l’aide aux réfugiés
togolais pour une subvention accordée à
son gouvernement. Du coup Edem Kodjo,
« l’homme providentiel capable... » de
convaincre Bruxelles que le Togo est un
pays démocratique, des droits de
l’Homme et de bonne gouvernance, en
passant par pertes et profits les
dernières mascarades électorales, n’est
plus en odeur de sainteté à la cour. Les
grandes qualités de « technocrate brillant »

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et de « grand commis de l’État » qu’on lui
trouvait à sa nomination se sont muées
en autant de vices et de défauts. Il n’est
plus capable de transformer du métal vil
en or pur. Il est devenu subitement « le
Vieux » (surnom dont Faure l’affuble),
rivé à l’œsophage du « Petit » et du clan
familial avec un gouvernement ventripotent
(30 membres quand même) où se
retrouve la crème de la médiocrité du pays,
et où s’entendent merveilleusement les
bourreaux et les victimes d’hier pour se
remplir les poches des rogatons laissés
par le clan Eyadéma, qui contrôle tous
les marchés légaux, illégaux ou mafieux
du territoire : c’est ce qu’on appelle ici
« travailler de l’intérieur pour changer le
pays ».

et de cabale d’empoisonnement. Alors le fiston,
comme le faisait son père, noie les
militaires sous des pluies diluviennes de
billets de banque. Survenu cet été, le
renoncement du président béninois
Mathieu Kérékou à modifier la constitution pour s’assurer un énième
mandat, le coup d’État en Mauritanie et
la mort du général Jeannou Lacaze,
parrain militaire du système Eyadéma,
sont des événements horoscopiques qui
n’inspirent pas sérénité au clan. On
envoie Kpatcha Gnassingbé en catimini
en France pour s’approvisionner en
armes et en munitions. Mao n’a-t-il pas
enseigné que le pouvoir se trouve au
bout du fusil ?

Par ailleurs, rien n’est joué au sein de
l’armée, ce terme qu’on emploie par
euphémisme à défaut de mieux. Sa
monoethnicité n’est pas synonyme de
monolithisme, loin s’en faut. De jeunes
officiers supérieurs formés dans des
écoles de guerre françaises, et quelque
peu soucieux de voir leur institution se
républicaniser, admettent de moins en
moins le rôle politique imposé à l’armée
jusqu’alors par le clan Eyadéma. Ils n’ont
pas fini de digérer la manière dont la
crise successorale a été réglée. Il faut
savoir
que,
des
cinq
généraux
putschistes du 5 février dernier qui ont
porté Faure Gnassingbé au pouvoir,
quatre étaient à la retraite et certains
d’entre eux étaient ou sont liés au trafic
de la drogue, du diamant du sang, du
blanchiment de l’argent. Faure est
beaucoup plus l’homme de ces généraux
mafieux qui contrôlent l’armée que de
l’institution militaire en tant que telle. Et
cette situation ne plaît pas à ces jeunes
officiers supérieurs, évincés pour la
plupart des postes de commandement
stratégiques au profit des hommes du
clan présidentiel, qui les promeut à la
hussarde en dépit de leur analphabétisme militaire notoire.

C’est d’un mauvais œil que Lomé voit
les 40 000 réfugiés togolais éparpillés au
Bénin et au Ghana qui refusent de
regagner leur pays. Ils sont considérés
comme de « faux réfugiés » qui portent
atteinte à l’image idyllique du pays et, de
temps en temps, des éléments du pouvoir
leur sont envoyés pour leur donner les
leçons appropriées, lesquelles ne dissuadent pas outre mesure des Togolais de
prendre la route de l’exil, lorsqu’ils sont
confrontés aux exactions des milices paramilitaires qui continuent leurs œuvres
cinq mois après le scrutin contesté. Cette
image idyllique est écornée dans les
récents rapports d’Amnesty international,
de la Ligue togolaise des droits de
l’Homme et dans les études de Survie
ainsi que dans les articles de presse. Et
c’est avec une certaine appréhension
que le pouvoir togolais attend le rapport
de l’ONU qui s’est finalement décidée à
le rendre public après ses hésitations
initiales. La méfiance est donc grande,
même si l’on ironise qu’un rapport est,
avant et après tout, un amoncellement
de pages destiné à bâillonner le
rapporteur et son commanditaire.

Le fait de voir le chef d’état-major des
armées, le général Zaccharie Nandja,
malgré d’insistantes pressions, refuser
mordicus d’entrer au gouvernement
d’Edem Kodjo indique probablement qu’il
faut aller vers un désengagement de
l’armée de la vie politique et, dans cette
hypothèse, cela n’annonce pas de nuits
sereines pour « le Petit ». Son demi-frère
Kpatcha Gnassingbé, qu’il a nommé au
ministère de la Défense pour sa
médiocrité, est l’homme le moins indiqué
pour ce poste et est considéré à ce titre
comme une provocation. S’estimant
biologiquement plus légitime pour
exercer le pouvoir, il taillerait des
croupières à son frère et les chaumières
bruissent déjà de rumeurs de coups d’État

Pour redorer son blason, « le petit »
Faure libère à tout va. C’est d’ailleurs l’un
des rares gestes positifs qu’il a posés
depuis sa prise de pouvoir. Dans un pays
où il n’y pas, officiellement, de prisonniers
politiques, il libère officiellement des
prisonniers politiques civils. Il libère aussi
des militaires, que son père avait
embastillés, en attendant de les envoyer
de nouveau en prison pour « coup
d’État » contre sa personne. Il a libéré le
lieutenant-colonel Narcisse Yoma Djoua,
le militaire le plus puissant après le
général Eyadéma dans les années 1980,
tombé en disgrâce et embastillé en 1996.
Il a réussi, avec la complicité du
responsable de la DGSE à Lomé, à
retourner le lieutenant-colonel Kouma
Biténiwé, ancien chef d’état-major de
l’Armée de terre et bras droit de Djoua.

’$
$, /



Rentré d’exil du Burkina Faso où il a
abandonné ses hommes, le lieutenantcolonel Biténiwé est maintenant au
service de Faure. Mises en rapport avec
le contexte militaire global, ces
libérations en cascade, qui n’entrent
dans aucune économie générale de
sortie de la crise successorale, ne sont pas
à l’avantage de Faure : elles traduisent
plutôt la fragilité du régime que sa
stabilisation.
Le programme de gouvernement
présenté par le Premier ministre à
l’Assemblée nationale témoigne qu’il n’y
a pas de politique (globale ou sectorielle)
pour le pays et qu’on gouverne à la
hussarde. Ainsi en guise de politique
sociale, des opérations coup de poing
sans lendemain sont-elles menées contre
les mineures prostituées du quartier
Dekon de Lomé. Mais les clients de ces
pauvres gamines se comptent nombreux
au sein du pouvoir. De même comme
substitut à une politique étrangère, Faure
voyage beaucoup. Il se rend auprès des
membres du Syndicat des chefs d’État
africains qui l’adoubent. En attendant de se
rendre à Paris, source transcendantale de
légitimation des pouvoirs françafricains, il
espère rencontrer le grand « ami
personnel » de son père au sommet
franco-africain de Bamako en novembre
prochain.
Faure a été propulsé dans un fauteuil
fait d’impasses. Le renchérissement du
baril du pétrole, qui entraîne une série de
hausses, tire les revenus modestes vers
le bas, la spéculation sur les produits
vivriers tire les dépenses alimentaires
vers le haut. Le gouvernement Edem
Kodjo n’a rien d’autre que l’écoute polie
et les mains vides à offrir aux syndicats
venus négocier une hausse des salaires,
bloqués depuis plus de vingt ans, et
irrégulièrement versés. Appelleraient-ils
à la grève que les grévistes seraient
radiés et remplacés par la nuée de
chômeurs diplômés frappant à la porte
du travail. Bref le pays marche à grands
pas vers un précipice abyssal. La vie
agresse constamment les vivants (les
morts doivent se réjouir de l’avoir
échappé belle, la mort restant la seule
issue viable ici !) et, pour pourvoir vivre
un peu décemment, ils doivent s’adonner
au commerce illicite dont la frontière
avec la licéité ne dépasse pas toujours
l’épaisseur d’un papier de cigarette, pour
paraphraser les propos du Premier
ministre à l’Assemblée nationale, évoquant
l’union sacrée existant entre lui et le fils
de son ancien patron qu’il avait eu à
biberonner à la fin des années 1960.
Faure et son clan ont transformé le Togo
en un véritable porte-avion mafieux sur
lequel la marine française a arraisonné

°
en juillet 2004 le navire togolais, Pitéa,
chargé de trois tonnes de cocaïne pure.
Et tout récemment, en août dernier, la
police française a démantelé en région
parisienne un trafic de voitures auquel
seraient mêlés des proches de Faure,
selon les dépêches de presse.
Le Togo va mal, il va très mal. On ne
sait par quelle alchimie ses enfants
tiennent encore debout. Mais dans ce
banquet de dupes, non seulement les
invités sont en goguette et en queue de
pie, mais encore ils sont tout de blanc
gantés et exhibent des masques à la
Zorro qui déforment en images
paradisiaques la dure réalité à laquelle
les gens ordinaires sont confrontés. Le
prochain sommet franco-africain de
Bamako sera la cerise sur le gâteau pour
les invités au banquet de dupes. En effet
Jacques Chirac y verra des Africains
« heureux très heureux », et Faure y
sera l’attraction de ses pairs : un
concentré subliminal de leur imago.
[Comi M. Toulabor, CEAN-Sciences Po
Bordeaux]

Meaux, maux, mots :
un procès bidon loin du Beach
Un procès où les accusés 1 de crimes
les plus graves comparaissent libres,
arrivent au tribunal en voiture avec
chauffeur, entourés de gardes du corps
armés qui les accompagnent dans la salle
d'
audience ; où absence d'
instruction et
dysfonctionnements de la justice n'
empêchent pas le spectacle de continuer ;
où les accusés ont plus de temps de
parole que les familles des victime d'
un
massacre (par ailleurs intimidées par la
présence des hommes armés)... Il s'
agit
du spectacle mis en scène par les
autorités congolaises, joué à Brazzaville
du 19 juillet au 13 août, le Procès des
disparus du Beach.
Bref rappel : Au mois de mai 1999, au
moins 350 réfugiés congolais originaires
du Pool (sud du Congo), à leur retour de
la République Démocratique du Congo
(RDC) via le Beach (le point de passage
fluvial entre Kinshasa et Brazzaville) à la
suite d'
un accord entre les deux Congo
et le Haut Commissariat pour le Réfugiés
(HCR), ont été arrêtés par des agents
publics, puis massacrés près du palais
présidentiel. Des rescapés du massacre,
réfugiés en France, ont porté plainte
contre de présumés responsables du
crime, notamment le Général Dabira
(2002), inspecteur général des armées à
l'
époque des faits, et le Général JeanFrançois Ndenguet (2004), patron de la
sécurité intérieure, tous deux propriétaires de domiciles en Seine et Marne.
Une information judiciaire est ouverte en

'
février 2002 au Tribunal de
grande instance de Meaux.
Entendu une première fois, Dabira
retourne au Congo où les autorités
refusent qu'
il se rende à la deuxième
convocation du juge d'
instruction. Quant
er
à Ndenguet, interpellé le 1 avril 2004, il
est placé en garde à vue, mis en examen
par le juge d'
instruction, puis transféré à
la prison de la Santé dans la journée du
lendemain. Dans la soirée, le procureur
de Meaux fait appel à ces procédures. Le 3
avril, à 2 heures du matin, la Présidente
de la Chambre de l'
instruction de la Cour
d'
appel de Paris, réveillée en pleine nuit,
annule les décisions du juge. Le 23
novembre 2004, la première chambre de
l'
instruction de la Cour d'
appel de Paris
annule l'
ensemble de la procédure
concernant l'
affaire des disparus du
Beach. La Fédération internationale des
ligues des droits de l'
Homme (FIDH) et
l'
Observatoire congolais des droits de
l'
Homme (ODCH) se sont pourvus en
cassation (décision fin 2005 ou début
2006). La balle est dans le camp
congolais. Qu'
en est-il ?
« C'est une parodie de justice» a
déclaré le Président d'
honneur de la FIDH
et avocat des rescapés du Beach, Patrick
Baudoin, à une conférence de presse
tenue au CAPE le 12 août, ajoutant :
« Sans vérité, il n'y a pas de justice ». Me
Baudoin a souligné que l'
instruction
n'
avait donné lieu à aucun déplacement
sur les lieux du crime décrits par les
survivants et les témoins, que les
différentes listes des disparus n'
avaient
pas été comparées... en somme, les faits
n'
ont pas été établis, et le verdict, le 17
août, a en effet prononcé l’acquittement
de tous les accusés ! Tout en
condamnant l’État à indemniser les
familles des victimes. Un crime sans
coupables ? En tout cas la réalisation
d’un scénario écrit à l'
avance.
Des Présidents aux mains couvertes
de sang et d'or noir. Un procès bidon
donc, offert par le Président congolais
Denis Sassou Nguesso au Président
français
Jacques
Chirac
contre
l'
annulation des procédures de Meaux
(jusqu'
à l'
ouverture de celles-ci, le Congo
a nié jusqu'
à l'
existence des faits établis
dans le dossier du massacre du Beach).
Il s'
agit pour le premier d'
affirmer la
crédibilité et la souveraineté du Congo
en « faisant justice » lui-même, et pour le
second d'
assurer l'
opinion française que
notre pays n'
avait nul besoin de s'
en
mêler. Si nous ne connaissons pas les
détails d'
une rencontre entre les deux
présidents à ce sujet, nous savons
qu'
elle a eu lieu et qu'
elle a sans aucun
doute évoqué les avantages que la
France aurait (en termes de besoins
énergétiques) à rayer Meaux de la carte.

’$
$, /



Hélas pour ces derniers, « le Groupe
de travail sur les disparitions forcées
ou volontaires du Haut commissariat
aux droits de l'Homme des Nations
unies a informé la FIDH, le 26 juillet,
avoir saisi les autorités congolaises pour
leur demander des explications sur le cas
de 80 personnes nommément désignées,
considérées comme disparues » a
annoncé Me Baudoin le 12 août, qui a
remis la liste en question à la presse 2. Et
de terminer son intervention en affirmant
que « les autorités congolaises se
trompent si elles croient avoir effacé les
disparitions ». Personne ne pourrait non
plus effacer les cicatrices sur les corps
des rescapés du Beach, ni la réalité de
ce qu'
ils ont vécu et dont ils ont
témoigné. Rescapés d'
un massacre dont
les autorités congolaises portent la
responsabilité, objets d'
un incroyable
mépris à inscrire sur le compte des
autorités françaises responsables du
déni de justice qu'
ils ont subi, ils sont
victimes d'
une ignoble complicité. Nous
saurons sous peu si la justice française
saura effacer une part de cette honte.
P.S. Trois des avocats de la défense
sont français. Selon plusieurs sources,
l'
ambassade du Congo à Paris se serait
occupé de solliciter les services
d'
avocats français (considérés comme un
atout symbolique) pour jouer un rôle
dans le spectacle qui vient de se jouer à
Brazzaville. Ceux qui ont accepté
auraient été grassement rémunérés par
l'
État congolais. Ces allégations méritent
vérification. Tout accusé a certes le droit
d'
être défendu, mais quand même... [SC]
1. Les chefs d'
accusation : génocide (sic !),
crime de guerre, crime contre l'
humanité. .
2. Voir www.fidh.org, et les communiqués de
la FIDH des 20 et 27 juillet 2005, ainsi que le
rapport de novembre 2004, République du
Congo, Affaire des « disparus du beach » de
Brazzaville.

Procès des « disparus du Beach » de
Brazzaville : des crimes sans auteurs !
communiqué de la FIDH, 18/08, www.fidh.org
Ce communiqué cerne tous les principaux
aspects de la parodie de procès du Beach.

Mugesera : le protégé du Canada
Le gouvernement du Canada a
contourné le jugement d’extradition vers
son pays d’origine du Professeur
rwandais Léon Mugesera, prononcé le
27 juillet dernier par la Cour suprême du
Canada, en évoquant les risques de
peine capitale que celui-ci encourrait s’il
retournait chez lui.
On connaît Léon Mugesera pour le
discours d’incitation à la haine raciale
qu’il a tenu le 22 novembre 1992 au

°
Rwanda. Il était à l’époque membre des
cercles influents du Président Juvénal
Habyarimana. Sa stratégie rhétorique a
consisté à prêter des desseins
génocidaires aux forces militaires du
camp opposé pour justifier l’assaut hutu
à venir, à préconiser l’« extermination » des
Tutsi (désignés pour l’occasion comme
« cafards » – inyenzi –) et à présenter
tout Hutu sympathique aux Tutsi comme
« traître ». Dans ce discours éminent
prononcé lors d’un meeting du MRND tenu
à la préfecture, il avait aussi reproché à
la justice son approche pas suffisamment
völkich (populiste), en incitant les siens à
ne se réclamer que d’eux-mêmes.
Malgré le rôle stratégique de Mugesera
dans le parti génocidaire hutu, tout indique que le Canada cherche activement à
neutraliser la décision d’extradition de sa
plus haute cour, comme tout processus
judiciaire en général, puisqu’il refuse
également de juger l’intéressé sur la
base de sa propre loi.
Ottawa fait toutefois preuve d’un zèle
suspect. Le ministre canadien de la
Justice, Irwing Cotler, ne se contente pas
de constater son impuissance, mais – en
incitant Mugesera à « faire appel auprès
du ministre de l’Immigration et invoquer
des raisons humanitaires pour demeurer
1
au pays » – il donne au professeur
rwandais un appui public et les conseils
juridiques afférents qui lui permettront de
passer outre le jugement de la plus haute
instance juridique de l’État. La sensibilité
« humanitaire » du gouvernement canadien
ne porte que sur son protégé.
Fait troublant, le ministre se trouve
donc à parler d’une seule voix avec
l’avocat de Léon Mugesera, Me Guy Bertrand. Celui-ci a recouru à fort mauvais
escient au lexique propre aux situations
génocidaires ; le Canada, selon lui, ne
fait qu’appliquer la loi en se gardant de
« déporter »
Mugesera.
La
Cour
suprême lui a reproché par ailleurs, lui
qui n’en est pas à un paradoxe près, ses
2
dérapages verbaux à teneur antisémite .
De façon générale, la position partiale
du
gouvernement
canadien
pour
minimiser l’importance de la présence de
Mugesera sur son sol – et pour relativiser
de ce fait l’importance historique de ce
génocide lui-même, donc la gravité de sa
propre passivité à l’époque – rappelle les
méthodes négationnistes que la France a
appliquées chez elle pour nier sa
complicité dans le génocide des Tutsi.
Cette stratégie rhétorique consiste à
diaboliser autant que possible le
gouvernement du Front patriotique
rwandais (FPR) aux seules fins de
passer outre les responsabilités historiques des architectes Hutu du génocide
de 1994. De même, le Canada n’a pas jugé
bon faire preuve des égards diplomatiques

'0
élémentaires envers l’actuel
gouvernement rwandais en
l’avisant formellement de sa décision.
L’ambassadeur du Rwanda à Ottawa a
affirmé avoir pris connaissance de la
réaction canadienne par la presse, ce
qu’aucune instance gouvernementale
3
canadienne n’a cherché à démentir .
Cette recette est éprouvée depuis dix
ans autant par les acteurs du génocide
eux-mêmes que par les réseaux
« françafricains ».
À la Commission des droits de l'
Homme
de Genève, le Canada se montre également particulièrement scrupuleux au
regard de ce gouvernement, entretenant là
des soupçons qui se font soudainement
moins pressants lorsqu’il s’agit d’analyser
les cas tchétchène ou palestinien.
Tout se passe comme si le Canada
avait quelque chose à cacher. Le quotidien belge Le Soir évoque par exemple
la présence au Canada « de nombreux
Hutus soupçonnés d'
avoir joué un rôle
dans le génocide » [23/05/2001], en citant
une source rwandaise. Mais les
associations rwandaises de Montréal
disent avoir elles-mêmes de la difficulté à
analyser les composantes de l’immigration rwandaise au Canada. [Alain
Deneault]
1. La Presse Canadienne, 08/07, Mugesera
ne sera pas extradé s'il est passible de la
peine de mort.
2. Québec, Le Soleil, 29/06, p. A13, Vincent
Brousseau-Pouliot, Affaire Mugesera : La
Cour suprême blâme sévèrement Guy
Bertrand.
3. Québec,
Le
Soleil,
15/07,
Affaire
Mugesera : Le Rwanda ne comprend pas,
Alain Bouchard.

Imbroglio sous les décombres (VIII) :
Insécurité et mines de cuivre...
De l'insécurité. Le 5 juillet, la Monuc,
Mission de l'
ONU en République
démocratique du Congo (RDC), a lancé
l'
opération Falcon Sweep destinée à
« assurer le contrôle des zones de la
province du Sud-Kivu, où la population
est en proie aux exactions de bandes
armées ». Le 7/07, l'
ONU annonce
l'
opération Iron fist, « afin de sécuriser la
zone autour de Bukavu, en proie à des
bandes armées de rwandais hutu » (il
s'
agit des diverses factions composant
les FDLR, Forces démocratiques de
libération du Rwanda). Le 13/07, la
Monuc condamne le massacre de 39
civils, brûlés vifs dans un village du SudKivu, Ntulumamba, situé à l'
ouest de
Bukavu (massacre commis dans la nuit
du 10 au 11/07, attribué aux FDLR par
des habitants de la région). Le 20/07, la
Monuc lance l'opération tonnerre « afin
de protéger la population des groupes

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armés, notamment des FDLR, milice
hutu composée d'
éléments rwandais
génocidaires, et de reprendre le contrôle
de la zone ». Le 21/07, le gouverneur
intérimaire de la province du Sud-Kivu
annonce l'
assassinat de 13 civils dans le
territoire de Shabunda (130 km au sud
de Bukavu) qu'
il attribue aux FDLR. Les
divers groupes des milices extrémistes
rwandaises, composées de Hutu en
rébellion contre Kigali depuis le génocide
des
Tutsi
rwandais,
s'
accusent
mutuellement de cette tuerie dont,
aujourd'
hui, la Monuc dit n'
avoir trouvé
trace, suscitant des interrogations de
tous ordres. Le 22 juillet, le chef de la
Monuc, William Lacy Swing, annonce sa
volonté de créer des zones sécurisées
au Sud-Kivu et de pousser les FDLR à
rentrer au Rwanda... Début août, la
Monuc s'
est déclarée préoccupée « par
les rapports concordants [...] de
nombreux cas de harcèlements, pillages
et de graves violations des droits de
l'
Homme commis par des éléments des
troupes des FARDC (Forces armées
congolaises) basées dans le Sud-Kivu »,
et par « les offensives menées sur le
terrain contre les FDLR [par les FARDC],
dans un mépris total de la protection des
populations civiles, et ce, en dépit des
nombreuses tentatives de médiation de
la Monuc pour faire cesser les combats »
Décidément ! De nombreux observateurs,
constatant l'
inefficacité monucoise (dont
les forces sont appuyées par des troupes
congolaises mal encadrées, mal payées,
mal nourries...), s'
interrogent sur la
volonté de régler un “problème” qui sème
la mort depuis une décennie. Les
effectifs de la Monuc, bien payés et
nourris, sont encadrés par la politique
des plus hautes instances internationales
(en gros, les membres du Conseil de
Sécurité, dont la France...).
Les FARDC s'en mêlent. Dans la nuit
du 30 au 31 juillet, l'
ancien vice-président
de l'
organisation de défense des droits
de l'
Homme Héritiers de la Justice,
Pascal Kabungulu, est assassiné à son
domicile à Bukavu par des hommes en
tenue militaire. Trois présumés coupables
de cet assassinat, mis aux arrêts à la
prison centrale de la ville, ont été aussitôt
libérés, le 4/08, par le colonel Thierry
ème
brigade
Ilunga, Commandant de la 105
qui contrôle Bukavu, accompagné par le
Lieutenant-colonel Rama et le Major
Jacques. Ilunga a affirmé que l'
arrestation
des présumés assassins (qui seraient
des chargés de renseignement auprès de
la brigade locale) n'
avait pas respecté les
procédures en la matière. Kabungulu
avait déjà été menacé par le Colonel
Ilunga en 2003 en raison d'
un combat
mené avec sérieux, courage et impartialité, et qui ne ménageait pas le Colonel

°
1

lui même . Selon de nombreuses sources
congolaises crédibles, l'
excellente réputation de Pascal Kabulungu est méritée, et
le cas du Colonel Thierry Ilunga à
examiner moins en fonction de ses liens
politico-militaires (RCD Goma, proche de
Kigali) qu'
en tant que voyou. Les mêmes
sources soulignent le nombre de voyous
agissant en toute impunité au sein des
FARDC – c'
est de notoriété publique –
sans que les faction qui composent le
gouvernement intérimaire congolais auxquelles ils sont liés ne s'
en offusquent.
Chez les FDLR, il y a des faucons
(incontestablement) et, semble-t-il, des
colombes (que Kigali s'
emploie à ramener peu à peu au bercail, en utilisant
autant de carottes que de bâtons). Le
faucon Ignace Murwanashyaka semble
avoir été dégommé de la présidence du
« mouvement » et remplacé par Emmanuel
Hakizimana (ce qui promet des empoignades musclées entre frères d'
armes
selon des sources bien informées). Les
faucons menacent le gouvernement de
transition de la RDC (qui a longtemps
utilisé et soutenu les milices extrémistes
rwandaises dans leur combat contre le
Rwanda 2, avec le soutien discret mais
efficace de la France disent les “mauvaises
langues”) de semer le désordre au sein
de l'
organisation des futures élections si
la RDC, invitée par l'
ONU à participer au
contrôle des milices, les laissait tomber. 3
Au Conseil de Sécurité, la France ferait
circuler un projet de résolution visant à
augmenter l'
effectif de police de la
Monuc afin de sécuriser l'
organisation
des prochaines élections. On ne l'
entend
guère, cependant, s'
exprimer sur la
situation (franchement « préoccupante »)
en RDC en général, ou en ce qui
concerne la sécurité en particulier. Elle
est pourtant très présente dans ce pays
d'
après de nombreuses sources congolaises, « on la rencontre dans toutes les
administrations » affirment celles-ci. La
question mériterait vérification, mais
l'
absence de curiosité à cet égard est
flagrante, notamment celle de la presse
française.
Des mines. Un exemple de la
présence française en RDC et de son
intérêt pour ce pays : Gécamines. Le
Comité de pilotage de la réforme des
entreprises publiques (Copirep), guidé en
la matière par le président congolais,
Joseph Kabila, procède à la restructuration (et la privatisation) de « l'
empire
du cuivre », la Générale des carrières et
des mines : Gécamines. Dans le cadre
de cette restructuration, la gestion de la
Gécamines sera reprise en main, pendant
18 mois, par la société française de conseil
et d'
ingénierie Sofreco afin de remettre la
société sur ses pieds. Si l'
on comprend
bien, Sofreco est chargé de rendre la

'1
Gécamines désirable aux
yeux de futurs acquéreurs
(étrangers...). La Sofreco, selon l'
un de
ses employés (rencontré à Kinshasa par un
de nos interlocuteurs, qui n'
a pu élucider
à quoi s'
employait ledit employé) gère
par ailleurs des projets de réhabilitation
de routes nationales en RDC pour le
compte de la Banque mondiale.
L'
intérêt de la France pour la
République Démocratique du Congo
porte-il en priorité sur les moyens de
sécuriser l'
avenir du peuple congolais, ou
sur les mines ? [SC]
1. Notamment en ce qui concerne les allégations
d'
extorsions et d'
« esclavagisation » de jeunes
et d'
artisans mineurs à Kamituga en 2003.
2. L'
ancien ministre de la sécurité et de l'
ordre
public, Jeannot Mwenze Kongolo, ami et fidèle
sans faille à la « vision » de Laurent Désiré
Kabila, vient de tout avoue publiquement, en
se proposant de régler le problème des FDLR.
Rappelons qu'
il fut, du temps du M'
zee, celui
qui gérait la question.
3. Selon
la
Commission
électorale
indépendante (CEI) du Nord-Kivu, les rebelles
rwandais ont menacé de perturber le
processus d'
enregistrement d'
électeurs dans
l'
est de la RDC s'
ils n'
étaient pas « identifiés,
enrôlés et reconnus comme Congolais ».

29 mars 1947 : des chiffres et des
mots autour d’un massacre colonial
Œillères médiatiques. Le 21 juillet
2005, Chirac visite Madagascar et les
médias français redécouvrent l’île tout
d’un coup ! Se passerait-il des choses
sur ce grand bout de caillou de l’Océan
Indien ? Quel intérêt de la France y
défend donc notre brave Président ?
Depuis la fin des événements de 2002
en effet, où les deux candidats à la
présidence malgache se sont déchirés et
ont entraîné leur pays dans une véritable
guerre civile, plus rien d’intéressant ne
s’y déroule : ni troubles prometteurs de
massacre, ni famine à grande échelle.
Ce ne sont pas les quelques cyclones
annuels qui s’y promènent qui en feront
des sujets dignes de ce nom – n’est pas
tsunami qui veut ! Pas intéressant donc
les grenades qui volent sous le nez des
hommes politiques – opposant ou
homme du gouvernement, on ne sait
plus qui lance, qui balance, qui
dégoupille... Il est vrai qu’on a affaire à
des apprentis terroristes qui ne
parviennent même pas à faire une seule
victime ! En lieu et place des fanatiques
islamistes anti-mondialistes, on n’a
affaire qu’à quelques pauvres paysans
volant les poissons rouges que le Président
Ravalomanana a amoureusement élevés
dans sa vitrine de Madagascar sise au
Palais présidentiel – le même Palais qu’a
bâti son prédécesseur qualifié de
criminel envers la Nation. D’attentat, l’on

’$
$, /



ne nous gratifie que la date mythique du
20 mai où le jet de brique d’un fou frappa
de plein fouet le cortège présidentiel ! La
question métaphysique : comment le fou
a-t-il deviné la voiture de Ravalomanana parmi tous ces véhicules aux
vitres fumées, sa main était-elle guidée
par la colère sourde du peuple et des
ancêtres ? Et question subsidiaire : que
sont devenus les morceaux de brique
scientifiquement expertisés par la garde
présidentielle ? Et question subsidiaire
bis : qu’est devenu le fou coupable ou le
coupable fou ? Pas intéressant non plus
les militaires qui chargent les étudiants à
Toamasina ou à Mahajanga – ville où est
descendu le Président Chirac, on y
reviendra. Pas intéressant les stations de
radios privées fermées depuis des mois
et les journalistes condamnés à des
sanctions pénales pour avoir informé le
public – il n’y a pas d’otages qui traînent
par là ! Heureusement, Olivier Péguy,
correspondant de RFI est là qui permet
de brandir l’indignation : son départ, sous
prétexte de visa de travail non renouvelé,
s’apparente fortement à une expulsion
polie, faut-il être blanc journaliste pour
que vos confrères s’intéressent à vous ?
Situation critique. Chirac passe, les
nouvelles arrivent, on a de quoi écrire !
Mais a-t-on écrit qu’on a fermé l’université
de Mahajanga pendant son séjour ?
Crainte que les étudiants n’en profitent
pour intensifier leurs manifestations ?
Ces derniers réclamaient entre autres le
paiement de leurs bourses d’études, la
libération (la veille de la visite) de leurs
compagnons emprisonnés, l’élucidation
de la mort de l’un d’eux sous les balles
des militaires, le rétablissement de la
franchise universitaire. Les Majungais
reconnaissent toutefois à Chirac que, de
par sa venue, ils ont pu se débarrasser
des quelques nids d’autruche qui
jalonnaient les routes de la ville. Par
miracle, « le bord » - promenade ravagée
par le cyclone Gafilo en 2004, retrouve sa
superbe. Au moment des constatations
des dégâts du cyclone, Ravalomanana
avait promis de régler ça en quelques
semaines, voulait-il que Chirac soit le
premier à en profiter plus d’un an plus
tard ? Les Majungais auraient même
voulu promener leur invité un peu partout
dans la ville, des fois que le miracle se
reproduise sur d’autres artères que
celles menant à la Mairie...
En tout cas, voici Ravalomanana crédité
de l’appui de la France, partenaire séculaire et pour l’éternité. Il a de quoi
pavoiser car on ne compte plus les
coups bas qu’il a portés à la Mère
Patrie : l’affaire du sauvetage d’Air
Madagascar où Air France est évincé au
profit de Lufthansa après une parodie de
réunion du conseil d’administration (la

°
compagnie française ne fut pas
convoquée sous prétexte que de toute
façon elle était minoritaire et que les
décisions passeraient sans elle) ; l’affaire
des télécommunications où France
Télécom se vit cocufiée en bonne et due
forme : le tribunal lui donna raison mais
invoqua la raison d’État pour justifier
l’attribution du marché à un obscur
opérateur asiatique où Ravalomanana
semblerait avoir des intérêts ; l’affaire
Galana, où, en pleine nuit, le Premier
ministre et quelques uns de ses proches
collaborateurs débarquèrent dans le port
de Toamasina et bloquèrent le chargement
des hydrocarbures à destination de l’île
Maurice, Galana fomentant paraît-il un
complot pour assécher les réserves
malgaches. BNP-Paribas qui avait financé
le contrat pouvait danser sur les vagues...
Il était donc grand temps que le Grand
Jacques vienne un peu tirer les oreilles
de son ami des îles. Celui-ci aurait-il
retenu la leçon ? Le 23 août, de retour du
sommet de Gaborone où Madagascar
venait d’être admis au sein de le SADC
(Southern African Development Community), le mauvais élève de la Chiraquie
suggéra dans la foulée d’adopter
l’anglais comme langue officielle car les
pays membres de cette communauté
« semblent parler l’anglais en majorité » !
Ah ! La Francophonie ! Il a quand même
tenu un mois le placide Ravalomanana !
Reconnaissance - manque de
reconnaissance. Chirac a beau sourire,
être gentil, le décorer de la Grand Croix
de la Légion d’Honneur, lui faire part de
son « admiration pour celui qui a su
apporter une nouvelle lumière pour la
nouvelle forme de partenariat mondial »,
son homologue a le chic de tout ficher en
l’air. Le président français y va de sa
repentance pour les massacres de 1947,
reconnaît les « périodes d’affrontements
qu’il faut assumer » et promet d’éclaircir
ses positions sur ce point de l’histoire
entre les deux pays. Ses propos se
devaient historiques, mais tombent en
ruine dès le lendemain car, lors d’une
conférence de presse, Ravalomanana
réplique benoîtement qu’il ne s’y connaît
pas beaucoup en histoire et qu’il préfère
regarder vers l’avenir, d’ailleurs n’était-il
pas né en 1949, soit deux ans après la
rébellion : une éternité ! Réponse naïve ?
Cynique ? En tout cas, elle choque et
provoque la colère d’une grande partie
de l’opinion malgache : quand un chef
d’État ignore à ce point la mémoire de
son propre pays, que reste-t-il comme
dignité au peuple ? Rien qu’une
frustration plus grande encore. Chirac fait
un pas en avant pour la reconnaissance
de ce massacre colonial mais se
contente de le qualifier de « dérives
coloniales », Ravalomanana en fait deux

'2
en arrière en espérant
qu’on n’altère pas trop les
bonnes relations économiques avec la
France en fouillant ainsi dans le passé.
C’est accorder à l’économie toute
prééminence dans le développement.
Car Ravalomanana n’est pas dupe : il
sait trop bien l’importance de la France
dans l’économie malgache et lui-même
n’a qu’une obsession, ne pas se couper
des mannes du gouvernement français
et des bailleurs de fonds. Là réside le
problème des pays africains quand il
s’agit d’évoquer les massacres coloniaux
ou tout simplement les préjudices de la
colonisation. Crainte qu’en revenant sur
le passé, l’on n’irrite le gouvernement
français et qu’en représailles celui-ci ne
leur coupe les vivres...
Révisionnisme. Les propos de
Ravalomanana provoquent alors une
réaction collective d’une quarantaine
d’associations malgaches (dont le
SECES, Syndicat des Enseignants
Chercheurs de l’Enseignement Supérieur)
demandant au Gouvernement malgache
de « faire son travail et son devoir en
réclamant sans délai l’ouverture sans
restriction de la totalité des archives
françaises sur 1947. » La Présidence,
par le biais de Moxe Ramandimbilahatra,
conseiller du Président, historien de
formation, se justifie alors en fustigeant
la conception « passéiste » de ces
associations : « Allons-nous
toujours
nous lamenter sur le passé ? » Prôner
l’oubli par peur du présent, voilà une
brèche dans laquelle s’engouffreront sans
déplaisir révisionnistes et défenseurs de
l’Action française. Comment s’étonner
dès lors que, dans la presse française,
des oreilles se tendent aux thèses
révisant à la baisse le nombre des
victimes de cette rébellion malgache ?
En date du 22 juillet 2005, Libération
pose clairement la question : 15 000 ou
100 000 mille morts ? Entre les deux
chiffres, la marge est effrayante. Le
Figaro évoque le parti communiste qui à
l’époque aurait gonflé le chiffre à 100 000
et conclut que « selon certains
historiens » ce serait « largement revu à
la baisse » pour atteindre au total le
nombre de 15 000. Le Monde avance
quant à lui entre 20 000 et 30 000
victimes. Les trois quotidiens ont en
vérité
la
même
source :
Jean
Fremigacci, Maître de conférences à
Paris I, Sorbonne.
On se souvient qu’en juin 2001, lors du
colloque France et Afrique : répression
des indépendances et décolonisation,
organisé par l’association Aircrige, il
suscita le scandale en attribuant le
traumatisme des Malgaches non à la
répression elle-même mais sur leur
« désillusion romantique », ces derniers

’$
$, /



croyaient obtenir l’indépendance avec les
croyances et les sagaies mais hélas ils
se sont heurtés à la force de frappe des
Français. Non sans provocation, il ajouta
qu’au contraire cet épisode de l’histoire
malgache a été bénéfique à la démographie du pays car on nota après les
événements une augmentation du
nombre de la population de l’île, comme
si poussés par la crainte du massacre, les
Malgaches se sont multipliés instinctivement.
Le même Fremigacci, qui dirige une
équipe de recherches sur cette rébellion
à l’Université d’Antananarivo, signe dans
la revue Marianne [25/12/2004] un article
dans la même lignée. Il y affirme que
« dès le départ, l’insurrection du 29 mars
1947 fut vécue et mémorisée sur le
mode du fantasme et de l’horreur » à
l’image de cette affabulation sur « un
chef de poste français dépecé vivant par
un médecin ». Fantasme l’attaque de la
garnison de Moramanga par les rebelles ?
Fantasme la réplique sanglante des
tirailleurs sur la même ville de Moramanga ? L’enquête historique, affirme
Fremigacci, montre que « les Sénégalais
déchaînés, au matin du 30 mars,
n’étaient qu’une douzaine dans une
petite ville évacuée dans la nuit par sa
population », Fremigacci a-t-il oublié ses
leçons d’histoire pour ignorer qu’un petit
nombre d’assaillants est capable de
semer la terreur et la mort ? Tout dans la
phrase de Fremigacci montre une
volonté de réduire cet épisode à un
incident
sans
importance,
voire
inexistant : si la ville était effectivement
évacuée par sa population, pourquoi
parle-t-on de massacre ce jour-là ? À
cause, comme il l’écrit, « de la terreur
irraisonnée du tirailleur sénégalais » ? Il
est vrai que les Malgaches n’ont aucune
raison de craindre ces tirailleurs : ils n’ont
jamais servi lors des pacifications
menées par Galliéni et Lyautey, rasé les
villages, fusillé les rebelles ; ils n’ont
jamais accompagné le Commandant
Gérard qui a mis à feu et à sang la ville
d’Ambiky et massacré ses habitants en
juin 1897, alors que Toera, le roi des
Sakalava, avait pourtant accepté la
défaite et s’était rendu avec ses
hommes, roi et hommes qui furent
égorgés pour l’exemple ; ils n’ont jamais
servi l’autorité française, qui obligeaient
les Malgaches aux travaux forcés au plus
fort de la deuxième guerre, et plus
encore, bien après, pour reconstruire la
France détruite ; ils n’ont jamais obéi aux
autorités françaises en procédant sur
tout le territoire, dès les lendemains et
les mois suivant l’insurrection, à
l’exécution de milliers de responsables
du MDRM (Mouvement démocratique de
la rénovation malgache). Non ! Tout cela

°
en fait n’est que « terreur irraisonnée du
tirailleur sénégalais » et notre bon
historien de rajouter que le psychanalyste Octave Mannoni avait déjà
analysé tout cela quand, à l’époque, il
1
était en poste à Tananarive . Que dit
donc Octave Mannoni à ce propos ? Il
commence par raconter le rêve d’un
enfant de treize ans poursuivi par des
tirailleurs sénégalais brandissant leurs
fusils, l’enfant s’échappe en devenant
invisible, monte un escalier et trouve la
porte de la maison. Mannoni interprète
ce rêve en disant que « la signification
sexuelle des fusils est évidente [...] le
désir d’être invisible s’explique vraisemblablement par le fait que l’enfant a
assisté à la « scène primitive »...
En quelques lignes tout est réglé, les
cauchemars quotidiens des malgaches
sont proprement évacués, l’arrivée des
tirailleurs dans les villages ne signifie-telle pas promesse de brimades,
enlèvement du père ou du frère aîné
pour les travaux forcés ? Dans Mannoni,
le tirailleur, en bon Nègre qu'
il est, n’est
qu’un symbole sexuel, que refoule le
Malgache. Aucune possibilité n’est
envisagée quant à considérer qu’il s’agit
peut-être tout simplement des cauchemars
engendrés par la vie quotidienne de
l’homme colonisé !
La parole même du colonisé est
réduite à rien face à la science de
l’homme blanc, à sa connaissance, à ses
moyens intellectuels qu’on sait bien
supérieurs ! Les témoignages des
rebelles et des survivants sont-ils dignes
de foi ? Ne font-ils pas partie des simples
rumeurs ? Eux qui sont pour la plupart
des simples paysans, des analphabètes ? Est-on prêt à entendre leurs
paroles ? On sait que les voix des
victimes ne sont pas audibles, non pas
parce qu’ils ne veulent pas parler mais
parce qu’on ne veut pas les écouter, ce
qu’ils racontent dépasse tellement
l’entendement qu’on ne peut pas, on ne
veut pas y croire.
Fremigacci rappelle que parmi les 44
condamnations à mort prononcées par
les tribunaux militaires français, seules 8
furent exécutées et 16 sur les 160 des
cours criminelles. Quelle mansuétude
après les milliers d’exécutions sans
procès aux lendemains de l’insurrection !
De plus ces hommes exécutés étaient-ils
réellement coupables ? Tous ? Et si oui,
de quoi ? De désir de liberté ? A-t-on
jugé un seul criminel français sur ces
événements ?
Un
de
ceux,
à
Moramanga, qui ont donné l’ordre de
tirer sur trois wagons plombés où sont
enfermés 166 rebelles par exemple ?
Non ! Les archives sont fermées parce
qu’elles peuvent mettre en cause des
personnalités vivant encore ! Et on accepte

'
cette idée ! On dit que, bien
sûr, c’est logique ! Il n’y a
pas d’assassin, c’est le système colonial
qui voulait cela, c’est l’histoire. En
attendant, les pays colonisés peuvent se
débattre dans leurs mémoires.
Fremigacci ne s’arrête pas là : en 1957,
tous les condamnés de l’insurrection
étaient libres ? Mais n’oublie-t-il pas que
le système politique mise en place par le
MDRM fut complètement rasé, les hommes
qui le composaient torturés, assassinés,
jetés aux chiens pour certains ? Ou
serait-ce encore des rumeurs ? L’élite
malgache fut proprement exterminée.
Qui ne serait pas traumatisé pour moins
que cela ?
Notre historien n’hésite pas non plus à
fustiger « l’ignorance des événements
qui laisse champ libre aux rumeurs ;
ignorance des enjeux réels, autant en
métropole qu’au sein des partis
politiques locaux, le parti des déshérités
de Madagascar (Padesm) et le [...]
MDRM ». Le MDRM aurait ignoré les
enjeux réels de leurs luttes ? Toute cette
population qui a voté massivement pour
le MDRM aurait ignoré les enjeux réels
de ce qui se passait dans l’île ? À savoir
la liberté, l’indépendance, même s’il faut
passer par l’autonomie au sein de l’Union
française, comme le plaidaient les trois
députés
Ravoahangy,
Raseta
et
Rabemananjara à l’Assemblée nationale
française ? Il y a tant encore à se
scandaliser dans l’article de Fremigacci
que ce serait fastidieux de tout passer en
revue ici.
Mais, pour couronner le tout, un dernier
mot sur ses évaluations sur le chiffre des
victimes, celui de la répression d’abord :
« le total n’atteint pas 10 000 morts », le
reste « 20 000 à 30 000 est dû à la mort
de
misère
physiologique
– de
malnutrition et de maladie - dans les
zones refuges », c'
est-à-dire dans la forêt
de l’Est. Fremigacci écrit à propos de ces
derniers : « Faut-il considérer tous ces
morts comme victimes de massacres
colonialistes ? À l’évidence non. »
Traduction : si ces gens se sont réfugiés
dans la forêt pendant des mois et ont
péri dedans, c’est de leur faute ! Si
l’occupant a brûlé les villages où ils
s’approvisionnaient, brûlé les rizières où
ils pouvaient s’alimenter, massacré les
troupeaux qui pouvaient les nourrir, ce
n’est pas un crime. Si les mitrailleuses
des tirailleurs ou de la légion les
attendaient à la lisière de la forêt, ça n’a
eu aucune conséquence sur leur repli
prolongé. S’ils ne voulaient pas se
rendre, par orgueil, par liberté, s’ils ont
préféré la mort au lieu de la servitude et
de la colonisation, c’est qu’ils sont
stupides. À l’évidence oui, ils étaient
morts tous seuls, seuls au monde...

’$
$, /



Respecter la mémoire. Maintenant,
comme l’écrit Jacques Tronchon dans sa
thèse 2 : « Le chiffre véritable ne sera sans
doute jamais connu. Celui de 89 000,
avoué par l’état-major français – chiffre
fondé sur la différence négative trouvée
entre le nombre d’habitants du quadrilatère d’insurrection avant et après les
hostilités - est sans doute assez proche
de la réalité. Mais que vaut le recensement
effectué en 1949 [...] ? Prétendre comme
beaucoup que le nombre des morts est
bien supérieur à 100 000 est sans doute
hasardeux ». N’en déplaise à JeanPierre Tuquoi du journal Le Monde, dans
son article du 22 juillet, Jacques
Tronchon n’a jamais repris cette
estimation « comme parole d’évangile ».
Il nous a juste fait comprendre qu’en
1947, on a tué sans compter à
Madagascar. L’absence de chiffre précis
montre justement le caractère indicible
de ce massacre colonial.
Il appartient aux Français de regarder
enfin en face la barbarie qu’ils ont semée
et qu’ils continuent de semer dans les
pays d’Afrique. Il appartient aux
Malgaches et aux Africains d’effectuer
leur travail de mémoire et de faire
entendre enfin leur propre parole. Plus
que les chiffres, il est difficile de trouver
les mots exacts qui rendent compte de cet
événement... [Jean-Luc Raharimanana]
1. Psychologie de la colonisation, Seuil, 1950
réédité sous le titre Prospero et Caliban,
Éditions Universitaires, 1984, et Le racisme
revisité, Denoël, 1997. Lire aussi, à propos de
O. Mannoni, ce qu'
en dit Frantz Fanon dans
Peau noire et masques blancs, Seuil 1952.
2. L’insurrection malgache de 1947, KarthalaEfa, 1986.

Les Comores dans l’Océan Indien
L’écho parvenu dans les grands
médias du dernier sommet de la
Commission de l’Océan Indien (COI)
rapporte surtout la reconnaissance par
Jacques Chirac du massacre de 1947 à
Madagascar. Mais pour les Comoriens, il
en restera avant tout la trahison, une de
plus, du colonel-président putschiste
Azali. Il s'
est dit prêt à ratifier l'
accord
d'
adhésion de la France à la COI, qui, à
cause de ce blocage, n’a pas encore
d’existence légale auprès de la
Communauté internationale. Au centre,
le contentieux sur Mayotte.
La presse réunionnaise 1 évoque des
discussions sur la suppression des visas
pour une libre circulation des personnes
à l’intérieur de la COI. Rien de cela
2
n’apparaît dans la déclaration finale , et
l’on n’a pas été assourdi par la glose sur
ce point. Pourtant, s’il s’agissait d’un
projet
sérieusement
envisagé,
la

°
nouvelle serait de taille. Imaginons la
France de Chirac qui laisserait, sans
contrôle, entrer à la Réunion des
Mauriciens, des Comoriens, etc. sans
craindre qu’ils ne se faufilent dans un
avion pour la métropole. Voilà qui n’est
pas dans l’air du temps 3.
Pour les Comores, ce projets prendrait
une tonalité toute particulière, puisqu’il
entraînerait la fin du visa BalladurPasqua, en vigueur depuis début 1995 et
illégal en droit international, imposé, pour
aller à Mayotte, aux Comoriens des trois
autres îles. À condition que la COI existe
légalement, y compris Mayotte...
Là, les choses se compliquent.
L’occupation illégale de Mayotte par la
France fait que les autorités comoriennes
ne peuvent pas la représenter auprès de
la COI. La France, qui siège à la COI au
titre de la Réunion, voudrait y
représenter Mayotte. Mais jusque-là,
aussi francophiles et élyséo-dépendants
qu’aient
pu
être
les
présidents
Comoriens, ils ont toujours refusé
d’abandonner de guerre lasse Mayotte à
la France. Or, c’est ce que commence à
faire Azali. Peut-être aura-t-il été dupé
par le miroitement de la suppression de
tout visa dans la COI, alors que le visa
Balladur-Pasqua a causé des centaines
de morts et des milliers de déplacés ?
Car pour que cette suppression vaille
pour Mayotte, il faut qu’elle soit
représentée à la COI. Dans la tribu des
dupés, il y a les imbéciles, ceux qui
auront été abusés par une subtile
machination, et ceux qui le veulent bien
parce qu’ils ont été placés là pour ça. Si
Azali veut donner définitivement Mayotte
à la France, il faut qu’il se dépêche, car il
n’a pas le droit de se présenter aux
élections présidentielles de cet automne,
en vertu de la présidence tournante entre
îles imposée par la Constitution qu’il a
lui-même orchestrée. À moins qu’après
son putsch en 1999 (préparé par la
DGSE et le réseau Denard), ses
promesses non tenues de laisser le
pouvoir à un civil en moins d’un an, son
élection frauduleuse en 2002, il ne se
permette
une
“révision”
de
sa
Constitution (façon Charles Debbasch) et
des “élections” à la togolaise. Il n’en est
plus à ça près. [Pierre Caminade]
1. www.lexpress.mu/display_article.php ?news_id=46794
2. Un examen des
conditions
visant
« l’ouverture des frontières » n’y est
mentionné que pour la circulation de la culture
et des œuvres.
3. Le nouveau ministre de l’Outre-mer,
François Baroin, s’inscrit plutôt dans la
continuité en prônant, lors d'
une visite à
Mayotte, «une diplomatie sans faiblesse vis-àvis de nos voisins comoriens» [Le Figaro,
21/07 et 23/07]

'

Club des pins : État terroriste.
Deux diplomates algériens
enlevés à Bagdad et exécutés
Le jeudi 21 juillet, deux diplomates
algériens, Azzedine Belkadi et Ali
Belaroussi, sont enlevés à Bagdad.
L’annonce de leur exécution est diffusée
sur Internet quelques jours plus tard.
Leur présumé assassinat ayant été
d’emblée attribué à Abou Moussab AlZarkaoui, celui-ci aurait répondu sur
Internet n’être pour rien dans cette affaire.
Très vite d’ailleurs, la presse
algérienne émet à demi-mot l’hypothèse
de l’implication des services algériens
dans l’opération – même si c’est pour
aussitôt la réfuter. Louisa Hanoune,
présidente du parti des travailleurs,
affirme que ce n’est pas du côté des
Irakiens qu’il faut regarder « mais qu’il
faut se méfier de Bush et ses pairs. » Sur
la chaîne Al-Jazeera, Abassi Madani
parle de complot contre la réconciliation
nationale. « Les plus avisés ne manquent
pas de relever la première réaction de la
France qui exprimait son “étonnement”
sur l’enlèvement des deux diplomates
[...]. D’autres mettent en évidence la
“protection”
américaine
des
sites
djihadistes dont celui du GSPC », note
doctement Le Jeune indépendant [02/08],
avec son air habituel d’en savoir
nettement plus que ce qu’il accepte de
révéler. « Des voix commencent à
demander des explications sur la
nomination et l’affectation d’un chargé
d’affaires à Bagdad alors que notre
ambassadeur en titre est réfugié, depuis
la chute du régime de Saddam Hussein,
à Amman, en Jordanie, passant son
temps à se disputer les buffets mondains
auprès du royaume hachémite. [...] Le
gouvernement, qui affirmait maîtriser la
situation, a [même] mis en garde ceux
“qui veulent soumettre cet événement à
de quelconques surenchères”. » [Le Jeune
indépendant, 01/08]. Bref, l’absence de
revendication, de mobile, la précipitation
à les exécuter, la frilosité des dirigeants
algériens à prendre l’affaire au sérieux,
l’absence de corps des « disparus », de
même que maints autres indices
suggèrent une grossière manipulation.
En filigrane, tous ces médias insinuent
que
l’odieux
assassinat
est
lié
directement à la conjoncture interne en
Algérie. Cela survient en effet à la veille
de l’annonce pour fin septembre d’un
référendum devant consacrer la réconciliation nationale, processus que certains
clans occultes voudraient, suggère-t-on,
voir torpillé. Cet acte serait en quelque
sorte la preuve de l’échec des offres de
paix aux terroristes, au premier rang
desquels sévit le GSPC [lire encadré].

’$
$, /



°

Repères sur... le GSPC

Groupe salafiste pour la prédication et le combat
L’assassinat des deux diplomates algériens à Bagdad tombe donc à pic pour relancer l’hypothèse
de la filiation entre le GSPC et Al-Qaïda – qui se dérobe à la raison avec la même obstination que
celle que met le DRS à l’établir. La propagande en voudrait pour preuve que le GSPC est présumé
avoir félicité Al-Qaïda pour le « succès » de cette opération qui frappait cet allié du Satan américain
qu’est le pouvoir algérien. Pour donner plus de corps à l’argument, la presse algérienne – bien
documentée par le DRS comme de raison –, annonce qu’« Al-Zarkaoui, l’un de ses membres les
plus actifs, aurait [même] séjourné en Algérie » [La Tribune, 23/07]. Allez donc démentir un tel scoop !
Rappelons pour mémoire que c’est au travers du cadavre d’un Yéménite présumé – révélation
faite 2 ans après la mort présumée de celui-ci –, membre présumé d’Al-Qaïda, que l’on annonçait
en 2003 le lien présumé entre le GSPC et l’organisation d’Oussama Ben Laden. Il serait venu en
Algérie pour établir les premiers contacts. Les versions contradictoires proposées alors par le DRS
ont conduit la presse à abandonner cette piste, cousue de fil blanc... sans pour autant remettre en
cause la filiation GSPC-Al-Qaïda : le chaînon était manquant mais le DRS n’allait pas manquer de
sortir de derrière les fagots quelque autre scénario moins confus que la presse se chargerait
ensuite de transformation en vérité immaculée.
Ce scénario survient avec l’épopée Amara Saïfi – alias Abderrazak el-Para – dans le Sahara,
contrarié encore une fois par l’arrestation intempestive de celui-ci par la résistance tchadienne dans
le Tibesti [Voir Le Club des pins... et Saïfi, Belkheir, Bush et les autres, in Billets n° 137 et 138]. Plus
récemment, c’est Le Monde [26/06] qui tente d’établir la jonction entre ces deux organisations
terroristes. Faisant intervenir d’anonymes « services français », le quotidien évoque un courrier que
les services secrets américains auraient intercepté où le GSPC demandait à Al-Qaïda de demander
la libération de Amara Saïfi détenu par les services secrets algériens. Puis, patatras, une mauvaise
communication entre services semble avoir conduit les Américains à dater ce courrier du 24
octobre 2004, date à laquelle Amara Saïfi était encore entre les mains des rebelles tchadiens. De
surcroît, l’émissaire présumé du message, Abdelmalek Droukdal « aurait été tué, selon un
communiqué du ministère de la Défense algérien du 20 juin 2004 1». Si la bavure de ce document
faisandé met en évidence l’étroite collusion entre services algériens, français et américains pour
monter en épingle un terrorisme algérien que démentent quotidiennement les faits, la preuve de la
filiation entre le GSPC et Al-Qaïda s’évapore de nouveau ; mais ce n’était que partie remise. [LA]
1. www.algeria-watch.de/fr/article/tribune/ ennemi_algerien.htm

Reste que le soupçon de la liquidation
des deux diplomates par leurs propres
services demeure tenace. Deux semaines
après cet assassinat, « la famille
Belaroussi appelle les autorités à
assumer leur responsabilité [... Elle] a
lancé un appel aux autorités algériennes
l’invitant à entamer des recherches
concernant la dépouille mortelle du
défunt pour la remettre à sa famille, “s’il
était vraiment mort” » [El-Khabar, 11/08].
Vient ensuite le discours d’Abdelaziz
Bouteflika le 14 août à la Conférence dite
« des cadres » où il relance la piste
algérienne : « L’enlèvement et l’exécution
de nos diplomates à Bagdad relèvent de
ces tentatives de s’opposer à notre
politique de réconciliation nationale et qui
veulent que notre société continue à
vivre dans cette atmosphère de peur et
d’insécurité instaurée par le terrorisme. »
En somme, le meurtre froid de ces deux
hommes – chair à canon – n’est qu’une
technique des adversaires de Bouteflika
au sein du pouvoir occulte pour lui faire
des misères. Mais ne peut-on pas
rétorquer que c’est à Bouteflika que
profite le plus le crime ? Il raffermit les
liens que l’unissent avec Bush et Blair, et
le présente comme l’opposant véritable
au cabinet noir qui l’a fait roi. Et que tout
cela survient à un moment où les
Algériens commencent à ne plus
supporter le régime néocolonial que lui
réservent Bouteflika et ses mentors, plus
solidaires qu’ils veulent bien le laisser

croire.
Ce
meurtre
spectaculaire,
combiné avec quelques massacres ici et
là de civils et de « forces de l’ordre »,
ressemble à s’y méprendre à la
conjoncture de l’année 1992 qui a vu
l’envol du terrorisme sur le sol algérien.
[Lounis Aggoun]
Appel à la
libération de Mohamed Benchicou
Mohamed Benchicou a été enlevé aux
siens depuis plus d’un an maintenant.
Nous croyons savoir qu’il serait toujours
en vie, même si nous sommes sans
nouvelles de lui et les terroristes qui le
gardent en otage n’ont rien dit de leurs
revendications.
Pour rappel, Mohamed Benchicou
dirigeait un quotidien, Le Matin, en
Algérie. Il s’est distingué depuis quelques
années en publiant un ouvrage intitulé
Bouteflika, l'imposture algérienne, en
décrivant sans concession dans son
journal le pouvoir algérien, d’essence
coloniale, en révélant des détournements
fonciers et financiers dont se sont rendus
coupables
Bouteflika
et
d’autres
personnages
ayant
occupé
des
responsabilités en Algérie et en dressant
un tableau sans concession du destin
des
Algériens,
fait
de
tortures,
d’exécutions sommaires, de privations,
d’abus et d’injustice permanente.
Les terroristes, qui le séquestrent dans
une prison algérienne, n’ont montré

'
aucune volonté à le
relâcher. Connaissant leur
appétit sans borne pour l’argent, nous
suggérons qu’ils s’emparent, en échange
de sa libération, de la cagnotte tombée
miraculeusement cette année dans le
Trésor algérien, qu’ils considèrent
comme le leur. S’élevant à 55 milliards
de dollars, personne ne doute qu’elle
finira inéluctablement dans des comptes
chiffrés à l’étranger des membres de
cette organisation et de leurs complices.
Qu’elle ait au moins, une fois n’est pas
1
coutume, cette utilité charitable . [LA]
1. Rappelons pour mémoire que l’organisation
terroriste qui détient Mohamed Benchicou est
dirigée par le trio Larbi Belkheir, Toufik
Mediene et Smaïn Lamari et qu’elle a pour
porte-parole Abdelaziz Bouteflika. Il est notoire
que cette organisation est très bien structurée
en Occident où elle a ses plus importantes
bases arrières, notamment à Paris et à
Washington. Il s’agit, tout le monde devra
l’avoir compris, tout bonnement du pouvoir
algérien.

G8 : les promesses et les mensonges
ne coûtent pas cher...
C’est désormais une tradition : à chaque
nouvelle réunion du G8, les proclamations grandiloquentes sur la lutte
contre la pauvreté en Afrique abondent,
reprises sans sourciller par la plupart des
médias bien peu soucieux de vérification
ou de comparaison d’un G8 à l’autre.
L’annulation de la dette a été
annoncée tellement de fois qu’on se
demande comment elle peut continuer à
croître encore, passant de 89 milliards de
dollars en 1980 à 250 en 2003. Pour
chaque dollar emprunté, l’Afrique en a
remboursé 4 et en doit encore 2,5.
Renseignements pris, les promesses
d’élimination de « 100 % de la dette des
pays les plus pauvres » (Georges Bush
dès le 7 juin) ne concernent que 18 pays,
peut-être 20, soit 5 % de la population des
pays dits « en voie de développement ».
En outre, toutes les promesses d’annulation antérieures se sont révélées
partielles (seule une fraction considérée
comme impossible à rembourser était
annulée) et assorties d’obligations
économiques libérales qui ne faisaient
qu’aggraver le dénuement des populations. Les remises de dette pourraient
se chiffrer entre 40 et 50 milliards de
dollars, mais leur valeur réelle est tout
autre. Par exemple, pour estimer la
valeur réelle de la dette des Pays
Pauvres Très Endettés (qui peuvent faire
l’objet de transactions et de spéculation),
les États-Unis effectuent une décote de
92 % ! Enfin les dernières déclarations
ont été faites sans consultation des
autres créanciers de la Banque mondiale

’$
$, /



(BM), de la Banque africaine de
développement (BAD) et du Fond
monétaire international (FMI), si bien que
la Belgique, la Suisse, la Norvège et les
Pays-Bas viennent d’annoncer leur
opposition et leur intention de réunir une
minorité de blocage au FMI. On est donc
loin des effets d’annonce initiaux.
L’Aide publique au développement
(APD) engendre la même hypocrisie des
puissants et la même duplicité des
médias. Le sommet de Gleneagles s’est
achevé sur la promesse d’une augmentation de l’APD de 50 milliards de dollars
d’ici 2010 (pour passer à 0,5 % du
Revenu national brut (RNB), soit un
doublement de l’APD actuelle (0,25 % du
RNB). Mais souvenons-nous que c’est
en 1970 que les mêmes avaient promis
de porter l’APD à 0,7 %. Non content de
passer sous silence les promesses non
tenues, certains se sont même inquiétés
de cette débauche de générosité.
Cautionnement. Le journal télévisé de
20h de France 2 du 4 juillet, croyant faire
œuvre pédagogique sans doute, a ainsi
rappelé que c’est 1250 milliards qui
avaient été « déversés » sur l’Afrique
entre 1958 et 2002. Et de s’inquiéter de
l’incapacité des Africains à s’en sortir
malgré cela, inévitable interview de
Stephen Smith à l’appui... Outre que
1250 milliards ne constituent jamais que
l’équivalent de 15 mois de dépenses
d’armement sur la planète, il n’est sans
doute pas inutile de rappeler que l’APD
est une vaste escroquerie. Sont chiffrées
comme APD les remises de dette
(souvent contractées par des achats
d’armes, par ailleurs), sans qu’aucune
somme nouvelle ne soit déboursée. Par
exemple, 15 milliards de dollars par
l’annulation de 80 % de la dette irakienne
pour le cas présent. L’APD inclut
également les nouvelles créances, les
aides « stratégiques » dictées par des
considérations
géopolitiques
plus
qu’humanitaires et les « aides liées »
(obligation d’achat dans les pays
donateurs avec les sommes reçues, soit
une
subvention
déguisée
aux
multinationales du Nord). Quand on retire
enfin le budget de fonctionnement des
aides (20 à 25 %) qui est dépensé au
Nord et la part importante qui s’évapore
en corruption (au Sud comme au Nord), il
reste finalement très peu de chose pour
les peuples qui en ont réellement besoin.
Rappel : moins de 4 % de l’APD sert
réellement à lutter contre la grande
pauvreté.
Pour
finir,
les
subventions
à
l’exportation sur les produits agricoles,
qui ruinent les agriculteurs africains par
une concurrence déloyale, seront peutêtre supprimées « à une date crédible ».
Admirable précision de l’engagement !

°
Si les représentants de l’UA ont
cautionné cette mascarade, au premier
rang desquels Olusegun Obasanjo qui a
salué un « grand succès pour l’Afrique »,
la réunion des mouvements sociaux au
même moment à Fana au Mali, pour le
4ème Forum des peuples n’entendait pas
se satisfaire éternellement de promesses
qui ne dépassent jamais le stade de la
charité intéressée. Nul doute que c’est à
Fana plutôt qu’à Gleneagles que réside
l’espoir pour un changement de logique
économique et politique. [Victor Sègre]

TOTALitarisme en Birmanie
Un rapport du collectif « Total pollue la
démocratie »1
auquel
participent
plusieurs associations, dont la FIDH et
Info Birmanie, accuse la France,
« épaulée [...] par d’autres pays tels que
l’Allemagne ou l’Autriche » (AFP, 04/07)
de faire obstacle aux sanctions
européennes contre la junte militaire
birmane. « Les secteurs qui rapportent le
plus [outre le narco trafic, bien sûr...] au
régime birman, à savoir le pétrole, le bois
de construction et le gaz, ne sont pas
concernés par les sanctions adoptées. 1»
Poursuivis en Belgique pour « complicité
de crimes contre l’humanité », Total et
son PDG, Thierry Desmarest, ne seront
finalement pas jugés, la Cour de
cassation ayant mis un terme à
l’enquête, estimant non recevable la
plainte portée par des Birmans. En vertu
des restrictions apportées à la loi dite de
« Compétence universelle », seuls les
plaintes émanant de citoyens belges sont
recevables. En Norvège, sous la
pression de plusieurs ONG, une enquête
a été lancée par une commission
gouvernementale pour savoir si les
activités de Total en Birmanie sont
compatibles avec les normes éthiques
supposées des énormes « Fonds du
pétrole » dans lesquels le pays a placé
ses revenus pétroliers. Mais l’objectif
n’est donc pas judiciaire, et le résultat
reste très incertain. [Libération, 06/08] [VS]
1. www.birmanie.net/birma/pdf/
rapport_total_pollue_la_démocratie.pdf

Bon point
– Un
jalon
contre
l’impunité
françafricaine : Si les Congolais ont été
privés de justice dans l’affaire du Beach,
en raison des manœuvres de Chirac et
Sassou, la FIDH a en revanche marqué
un point à la cour d’assise du Gard. En
juin 1999, le capitaine mauritanien Ely
Ould Dah était en France en stage
militaire à Montpellier. Deux de ses
victimes, alors présentes, l’ont appris et
ont contacté la FIDH qui a demandé

'
l’ouverture d’une information
judiciaire pour « crime de
torture » commis en 1990 et 1991 en
Mauritanie, période pendant laquelle
plusieurs
centaines
de
“négromauritaniens” avaient été torturés par la
junte raciste au pouvoir. Mis en examen
pour « trouble à l’ordre public national et
international à caractère raciste », arrêté
puis remis en liberté sous contrôle
judiciaire, le capitaine s’était alors enfui
pour regagner la Mauritanie, avec « la
complicité des autorités françaises »
selon Me Baudouin, l’avocat de la LDH.
En dépit de la complaisance des
autorités françaises et des freins mis à la
relance de la procédure, dénoncés par la
FIDH, l’affaire sera finalement allée
er
jusqu’à son terme. Le 1 juillet 2005,
après six ans de procédures et quelques
jours avant le coup d’État, la Cour
d’assise de Nîmes a condamné Ely Ould
Dah par contumace à dix ans de
réclusion pour avoir commis directement,
ordonné et organisé des actes de torture
au « camp de la mort de Jreïda ». Il s’agit
de la première application effective de la
Compétence universelle en France. « De
fait, il n’est pas impossible que la
jurisprudence ainsi crée ne suscite
quelque embarras du côté de la cellule
africaine de l’Élysée » [L’Humanité du
06/07], commente judicieusement Jean
Chatain.
Fausses notes
– Ayant fait état des condamnations à
des peines de prison ferme de 4
journalistes de la presse privée
tchadienne, sauf erreur de notre part, la
presse française a totalement occulté le
discours du 14/07 de l'
Ambassadeur de
France à N'djaména encourageant la
dictature d'
Idriss Déby à réduire au
silence des confrères [cf. p. 2-3]. Outre
l'
étonnant
manque
de
solidarité
professionnelle, il s'
agit pourtant d'
une
information qui mérite d'
être signalée et
analysée.
– Impunité pour les uns, prison pour
les autres : Le Libéria, la Guinée et la
Sierra Léone ont renouvelé leur
demande d’extradition de Charles
Taylor, l’ex-dirigeant sanguinaire du
Libéria, « réfugié » au Nigeria, afin qu’il
soit jugé par le Tribunal spécial pour la
Sierra Leone pour juger les crimes de
guerre. (IRIN du 02/08) Tout indique que
Taylor, depuis son exil doré, continue
non seulement à faire du business peu
ragoûtant, mais même à s’ingérer dans
la vie politique de son pays, puisqu’il est
fortement soupçonné de sponsoriser
directement plusieurs candidats à la
future présidentielle. Est-ce la raison
pour laquelle le dirigeant du Nigeria
Olusegun Obasanjo demande comme

’$
$, /



°

préalable à l’extradition que la demande
émane du gouvernement issu des
prochaines élections ? Selon une
dépêche d’Amnesty international du 3
août, les Services de sécurité de l’État du

$ %

"

Nigeria ont arrêté plusieurs militants de
l’association Open Society Justice
Initiative, membre de la Coalition contre
l’impunité, et harcèlent continuellement
ceux qui mènent campagne pour la

La Lettre du Continent, Qui va “payer” pour le “Beach” ?,
07/07 : « L’Élysée avait exigé d’organiser très vite un procès au
Congo. » « Sassou Nguesso se devait de respecter le deal
conclu avec les autorités françaises qui avaient fait retirer en avril
2004 à la justice française (qui évoquait la compétence
universelle en matière de génocide, torture ou barbarie) le droit
de juger cette affaire. »
[Ignorance de la grammaire ou lapsus freudien, nous sommes ravis
d’apprendre que l’Élysée a organisé le procès du Beach au Congo. Enfin
de la transparence dans l’info. Le déroulement de la parodie de procès à
Brazzaville, qu’aucun de nos grands médias télévisuels n’a jugé bon de
suivre, a été un véritable défi à la justice dans l’étalage de l’arrogance
des accusés et le mépris des victimes (cf. p. 5). Merci l’Élysée pour cette
notable contribution au respect des droits de l’Homme. – OT]

La Lettre du Continent, Que reste-t-il du pétrole français ?,
07/07 : « L’absorption-fusion d’Elf – si africaine, si politique, si
puissante et si vénéneuse – par Total a sonné le glas de
l’influence française sur l’or noir du golfe de Guinée. »
[Total a absorbé Elf avec ses cadres et ses activités, sans grand
changement notable. Cette absorption a plutôt permis à l’influence
française de faire oublier tant soit peu les scandales associés au nom de
Elf, qui étaient de nature, en effet, à lui nuire durablement. Cela n’a donc
pu, logiquement, que redorer son blason sous un nom moins compromis.
Total d’ailleurs se flatte de son développement au Nigeria et en Angola.
Pourquoi donc se lamenter ? – OT]

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PANA, La junte au pouvoir en Mauritanie rassure les milieux
pétroliers, 15/08 : « Le Conseil Militaire pour la Justice et la
Démocratie (CMJD) et le gouvernement mauritanien se sont
engagés à respecter l'
ensemble des conventions signées et des
engagements souscrits avec les partenaires pétroliers a assuré
ce week-end, le nouveau ministre du Pétrole et de l'
énergie M. Sidi
Ali Ould Sidi Mohamed, cité par l'
agence officielle de presse. Le
ministre du Pétrole du nouveau gouvernement s'
exprimait ainsi
au cours d'
une rencontre avec les représentants de cinq sociétés
pétrolières opérant dans le pays, pour donner des assurances
quant "à la stabilité qui prévaut après le changement du 3 août
2005" ajoute l'
organe officiel. Plusieurs partenaires pétroliers de
la Mauritanie ont pris part à cette rencontre ; notamment la
société Woodside (Australie), CNPC (République Populaire de
Chine), Al Baraka (société mauritano-australienne), Total
(France), IPG (Mauritanie GB) entre autres. [...] Le début de
l'
exploitation pétrolière en Mauritanie est prévue pour le mois de
mars 2006, rappelle t-on. »
[Si les milieux pétroliers sont rassurés, on comprend mieux la faiblesse
des réactions internationales au lendemain du coup d’État survenu début
août en Mauritanie, en particulier des grandes puissances qui n’ont eu
l’air ni trop déçues ni trop surprises... Les USA ont appelé dans un
premier temps « au rétablissement de l’ordre dans le respect de la
constitution et du gouvernement de Taya. » et moins de dix jours après
ont annoncé leur intention de coopérer avec le conseil militaire. L’UA a
exclu la Mauritanie de son sein le 6 août, puis s’est dit rassurée le 10
août par la mise en place d’un nouveau gouvernement (sans revenir
toutefois sur le principe de l’exclusion jusqu’à la tenue d’élections). La
France enfin, dans son communiqué officiel, « rappelle sa position de
principe, qui condamne toute prise de pouvoir par la force et appelle au
respect de la démocratie et du cadre institutionnel légal. » Soit le strict
minimum diplomatique...
Le nouvel homme fort, Ely Ould Mohammed Vall, était l’ancien
responsable de la sécurité nationale et du renseignement, et avait
participé au coup d’État de 1994 qui avait porté Taya au pouvoir. Le
nouveau gouvernement, désigné par la junte militaire, est essentiellement
formé par les caciques du PRDS, le parti au pouvoir. Le Conseil militaire
qui a supervisé le coup d’État s’est engagé à renouer avec « un jeu
démocratique ouvert et transparent » et à mettre en place « de véritables
institutions démocratiques »... d’ici deux ans. Paroles, paroles... En
attendant, aucun véritable signe concret en ce sens n’a été donné.
Certains militants islamistes ont été libérés, mais pas les opposants
politiques. Aucune garantie non plus pour les dizaines de milliers d’exilés
victimes des persécutions racistes antérieures. Bref, le changement, mais
dans la continuité... – VS]

Xinhuanet, Des aviateurs français et togolais font une course
humanitaire au profit des enfants déshérités, 18/07 : « Les
aviateurs français du détachement de la Licorne basée au Togo
et leurs compagnons togolais se sont relayés dimanche en une
course à but humanitaire dénommée "Relais du Cœur" (...) Cette
course (...) a permis aux aviateurs français et togolais de
collecter près de 500 000 FCFA pour assister une association
togolaise Foyer APPEL, qui s’occupe des enfants déshérités.
Près de 39 enfants sont à la charge de ce foyer dont les
structures encore défaillantes ont suscité l’organisation du
"Relais du Cœur". »

’$
$, /



[Les « enfants déshérités » ne manquent pas au Togo, surtout depuis les
ravages commis par « les compagnons togolais » de l’armée française.
Au moment précis où le rapport d’Amnesty international rappelle que les
matériels militaires utilisés pour réprimer la population « sont de
fabrication française », pareille opération marketing est absolument
grotesque. – VS]

Outre-mer
Le Monde, titre à la une du 25/08 : « La France s’associe au
deuil martiniquais »
[Les Indépendantistes en rêvaient, Le Monde l’a fait. Exit la métropole,
mère blafarde incapable d’intégrer ses rejetons noirs. – OT]

Mémoire
Le Figaro, La France fait acte de repentance, 22/07 (Philippe
Goulliaud) : « Des paysans armés de sagaies et de coupe-coupe
se livrent à des pillages et massacrent des colons français. Le
gouvernement de Paul Ramadier et son ministre de la France
d’Outre-Mer, le socialiste Marius Moutet, l’un des 80
parlementaires ayant refusé les pleins pouvoirs au maréchal
Pétain en 1940, ne peuvent laisser faire. La répression est d’une
violence extrême. On parle d’exécutions sommaires, de tortures,
de rebelles précipités dans le vide depuis des avions militaires...
À combien s’élève le bilan ? Aujourd’hui encore, personne ne
peut le dire avec certitude. Certains, comme à l’époque le parti
communiste, évoquent 100 000 à 150 000 morts. D’autres
avancent 89 000 décès. Un chiffre aujourd’hui largement revu à
la baisse. Il y aurait eu, selon certains historiens, moins de
10 000 morts dans les affrontements, 15 000 au total, si on prend
en compte les conséquences de ces troubles malgaches. »
[Le résumé de la grande insurrection indépendantiste malgache en 1947
par un journaliste du Figaro laisse plus que perplexe. Des massacres de
sauvages réprimés par des ministres irréprochables, des faits avérés
présentés sous forme de rumeurs, et une bataille de chiffres entre
certains » et « certains », qui se conclut au bénéfice d’un révisionnisme
manifeste sur ces « troubles malgaches ». A-t-on peur au Figaro que les

Damien Millet, L’Afrique sans dette,
Éd. CADTM/Syllepse, 2005, 218 p., 14 .
« Auparavant, ils pillaient n’importe comment, maintenant ils pourront
piller de façon ordonnée. » (Victor Nzuzi, agriculteur congolais, membre
du CADTM).
Le dernier ouvrage du CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du
Tiers Monde) est, comme les précédents, une synthèse rigoureuse et
percutante. En quelques deux cents pages, l’histoire de la dette
africaine, les mécanismes méconnus et les acteurs de l’ombre, sont mis
au jour, à l’aide d’une documentation riche et éclectique.
Conçue dès le départ comme un instrument géopolitique visant à
perpétuer une domination économique invisible, la spirale de la dette
résulte essentiellement des décisions prises aux Nord, à commencer par
l’escroquerie des prêts à taux variables qui vont exploser dans les
années 70. Depuis lors, la gestion de la dette est le prétexte au chantage
et à l’ingérence économiques les plus dévastateurs : les économies
africaines doivent rester soumises aux besoins des multinationales
occidentales. Plans d’ajustements structurels, privatisations tous
azimuts, suppression des barrières douanières et des subventions aux
produits de première nécessité, etc. : ces thérapies de choc, vécues à
juste titre comme une phase de recolonisation, vont laminer les sociétés
africaines. Aujourd’hui, seul le vocabulaire a changé. Nepad et autres
initiatives PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) sont menées au nom de
la lutte contre la pauvreté, mais le contenu ultralibéral (démultipliant la
prédation des transnationales) reste le même.
Cette étude, qui fait un sort à la prétendue générosité des
gouvernements occidentaux, en revenant notamment sur la réalité de

°

' -

intempestives déclarations présidentielles (cf. salve 29 mars
1947) viennent contredire la loi du 23 février n’obligeant à
enseigner qu’un caractère « positif » de la colonisation ? – VS]

Affaires
Le Canard Enchaîné, La Tournée du patron, 20/07 : « L’Élysée
a tenu à honorer quelques vedettes financières de l’ex-RPR à
l’occasion de la distribution de Légions d’honneur du 14 juillet. [...]
L’avocat Francis Szpiner, qui conseille Chirac depuis plusieurs
années et qui a défendu Juppé au procès des emplois fictifs a
ainsi été promu au grade d’officier. [...] Trois jours auparavant, le
11 juillet, [...] Didier Schuller a affirmé devant le tribunal de Créteil
que Szpiner avait organisé sa fuite à l’étranger en 1995, sur
ordre de l’Élysée. [...] L’ancien vice-président du conseil régional
d’Ile-de-France Philippe Lachenaud (UDF, tendance Chirac) a lui
aussi décroché sa rosette. Entre 1992 et 1995, Lachenaud était
chargé des travaux de rénovation des lycées qui viennent de
donner lieu à un procès retentissant. [...] Enfin Jerôme Grand
d’Esnon, ex-responsable juridique du RPR, vient d’être nommé
chevalier. En 2002, cet homme de confiance de Chirac avait
expliqué sans rire aux magistrats de Nanterre que le système
des emplois fictifs du RPR était « parfaitement légal ». Grand
d’Esnon, aujourd’hui directeur des affaires juridiques à Bercy, est
également à l’origine du nouveau Code des marchés publics,
promulgué en 2003, qui assouplit les contrôles sur les dépenses
publiques. »
[Pourquoi se gêner ? « L’ère des grandes affaires politico-financières est
révolue », titrait Le Monde du 16 juillet, après que Didier Schuller soit
« presque exonéré par des "zones d’ombre" » (Libération du même jour)
dans le procès des HLM des Hauts-de-Seine. Contrairement à ce que
pourrait laisser supposer ce titre, ce ne sont pas les relations entre la
classe politique et les milieux d’affaire qui sont devenus plus vertueux.
Ainsi que l’explique le contenu de l’article de F. Lhomme, c’est au
contraire « la justice financière qui a tourné une page de sa courte
histoire » en raison des désaveux systématiques infligés par le pouvoir
politique aux juges les plus curieux, et des freins mis à leurs enquêtes (à
commencer par l’immunité présidentielle). C’est sans doute pour fêter
dignement cette nouvelle ère que l’Élysée a offert sa tournée. – VS]

l’Aide publique au développement, les diverses escroqueries liées aux
prêts et les différentes modalités, légales ou illégales, de pillages, montre
également de manière très claire l’imbrication entre la dette, la
corruption, les régimes autoritaires et la pauvreté. Les détournements,
dans des proportions astronomiques, sont non seulement tolérés, mais
même encouragés. « La corruption est l’huile qui permet au mécanisme
de domination actuel de ne pas se gripper. » (p. 131)
L’ouvrage se veut également un argumentaire face aux négrologues.
Un chapitre, qui se clôt sur cette citation de Gide : « Moins le blanc est
intelligent, plus le noir lui paraît bête. », est consacré à Stephen Smith. Il
récapitule toutes les raisons d’annuler une dette maintes fois
remboursées et qui n’a pourtant jamais cessé de s’accroître. [VS]
Directeur de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Lounis Aggoun (LA), Pierre Caminade (PC),
Sharon Courtoux (SC), Christian Loubier (CL), Sisulu Mandjou Sory
(SMS), Victor Sègre (VS), Odile Tobner (OT).
Ont aussi participé : Alain Deneault, Jean-Luc Raharimanana, Comi M.
Toulabor.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint–Martin, F75003–Paris –
Commission paritaire n° 76019 – Dépôt légal : septembre 2005 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20 (Étranger : 25 ; Faible revenu : 16 ) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
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