Fiche du document numéro 22665

Num
22665
Date
Juillet 2005
Amj
Fichier
Taille
634272
Pages
12
Titre
Billets d'Afrique No. 138
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
°

#

$

&

% &' (

!"

)

***

Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

% $+

Statu quo de la honte

La reconduite de la dictature au Togo au printemps 2005
est l’un de ces événements dont l’Histoire se souviendra
avec honte. C’est ainsi que Munich est devenu le symbole
de la démission devant l’audace de l’arbitraire et le triste
prélude de l’apocalypse.
L’ordre règne à Lomé. On a nettoyé la ville des centaines
de cadavres que les balles ont couchés parmi ceux qui se
sont permis de protester contre l’élection présidentielle
scandaleusement frauduleuse du 24 avril. On fait régner la
terreur dans une population qui a massivement dit son
rejet d’un régime imposé par la force. Des dizaines de
milliers de Togolais prennent le chemin de l’exil et cet
exode ne cesse pas.
Comme si de rien n’était, on a constitué un
gouvernement dirigé par Edem Kodjo, vieux cheval de
retour « modéré », c’est-à-dire opportuniste, qui connaît
mieux les couloirs des institutions internationales que les
quartiers pauvres de Lomé. Sur les 29 membres, 23
appartiennent au RPT (parti de la dictature), 2 au parti
d’Edem Kodjo, les quatre derniers à des groupes
« ralliés ». Le frère de Faure, Kpatcha Gnassingbé, est
ministre délégué à la Défense, après avoir été l’écumeur du
port de Lomé. Les deux piliers du régime, les armes et le
fric, sont bien tenus par le clan. Un tortionnaire notoire fait
également partie de cette fine équipe dite « d’union
nationale ». Rappelons que Faure Gnassingbé a refusé tout
accord sur un gouvernement de transition accepté par la
coalition de l’opposition, qui montrait là son désir
d’accommodement, puisque, suivant le droit, l’élection
frauduleuse aurait dû être annulée.
Edem Kodjo était à Bruxelles le 22 juin pour tâcher de
convaincre l’Union Européenne que la plupart des 22
engagements pris par le Togo en avril 2004 afin de
régulariser le “déficit démocratique” du pays « ont reçu
des mises en exécution tout à fait remarquables » depuis
l'arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé Eyadéma.
Tel que. Mais, s’il suffit de le dire, pourquoi se priver. Il
demande en conséquence la levée des sanctions
économiques prises par l’U.E. depuis 1993. Ces sanctions
ne s’appliquent pas aux programmes d’appui décentralisé
au bénéfice direct des populations. Selon Comi Toulabor,
directeur de recherche à la Fondation nationale des
sciences politiques de Bordeaux, interviewé par Le Soir de
Bruxelles, « le gouvernement d'Edem Kodjo n'est qu'une
façade ». Concernant la reprise du financement centralisé,
il est plutôt en faveur du statu quo. « Cet argent-là, c'est
pour faire la fête ! Si l'UE accepte, une tranche de ce
montant partira en France pour financer les partis
politiques pro-régime tandis qu’une autre sera investie
dans les paradis fiscaux. À la fin, il ne restera plus rien
pour les Togolais. »

,
' .

*
*"
*

Les centaines de Togolais qui ont manifesté et sont
morts pour défendre leurs droits de citoyens, notamment
de choisir leurs gouvernants, se sont donc sacrifiés en
vain si on laisse faire. Le régime dictatorial, violent et
corrompu qui opprime le Togo depuis 1967 sous la férule
de l’ex-sergent de l’armée française Eyadéma a été
reconduit dans la violence et dans la lâche indifférence de
ce qu’on appelle l’opinion internationale, c’est-à-dire les
médias et les gouvernements des pays influents. La
France, qui arme, forme et conseille l’armée togolaise, avait
des moyens de pression suffisants pour que soit respecté
le choix du peuple togolais. Sa complicité avec la dictature
ne fait aucun doute. Quels tortueux cheminements de la
corruption, quels inavouables intérêts étaient en jeu pour
qu’on proclame, contre l’honneur et contre l’évidence que
Faure Gnassingbé était un bien pour le Togo ?
Dans bien d’autres pays d’Afrique sous influence
française se préparent de pareilles forfaitures. Au Tchad
une parodie de referendum a permis de changer la
constitution pour permettre à Déby de rester au pouvoir.
Au Gabon une parodie de consultation électorale va
pérenniser le règne de Bongo. Assis sur le pillage du
pétrole et du bois et sur les puissantes connivences qui en
découlent, ces pouvoirs sont inexpugnables. L’inévitable
passage de témoin, au terme inéluctable de la sénilité, est
effectué grossièrement avec un clone issu du clan pour
assurer la reconduction d’un système mafieux trop
profondément enraciné.
Contrairement à ce que la propagande veut nous faire
croire, rien n’a changé dans le système françafricain. Le
Togo en a fourni une aveuglante et caricaturale
démonstration. Les monstres qu’étaient les dictatures
fascistes en Europe n’ont pu sombrer que dans
l’anéantissement de pays entiers, le ravage universel. Que
tout disparaisse avec moi ! Une telle apocalypse n’est pas
inéluctable dans le cas des tyrannies tiers-mondistes, qui
ne sont pas issues du peuple mais qui lui ont été
imposées, à condition que les valeurs proclamées par les
États de tutelle ne soient pas solubles dans l’indifférence
des citoyens et des médias.
Odile Tobner
Pour la première fois Billets paraît sans la signature du maître
d’œuvre, François-Xavier Verschave. Toutes nos pensées vont
vers lui, dans la lutte qu'
il mène contre la maladie et vers sa
famille qui l’assiste. Nous saluons leur courage.
Le comité de rédaction

#

’'
'. /



°

*

Congo-Brazzaville :
le clan et les « rebelles »

que M. Sassou présente comme un
rebelle, chef du Pool. Alors que dans ses
précédentes déclarations, celui-ci était
présenté comme un bâtard, un charlatan,
un voleur de poules par tous les
serviteurs du dictateur (ministres et
communicants de la présidence...).
En réalité Ntoumi est un faux rebelle,
car ses Ninjas viennent régulièrement à
Brazzaville depuis 1998 se ravitailler en
carburant, en rations alimentaires et
véhicules 4×4 neufs. Tous les Brazzavillois les voient et connaissent leurs
véhicules sans plaque d’immatriculation.
Ils ne peuvent passer inaperçus avec
leurs dread locks.
Pendant tout ce temps le département
du Pool souffre du “Mbetengue” ou “gifle
de Saint-Michel”. Ceux-ci coupables et
responsables de plusieurs violations
fondamentales des droits de l’Homme,
seraient en train, avec la complicité du
dictateur, de se muer en “démocrates”.
Alors qu’ils ont du sang sur les mains. Et
pour ne pas finir devant les prétoires des
tribunaux des hommes, leur maître et
pourvoyeur Sassou est en train de leur
concocter des dispositifs afin qu’ils
deviennent des élus d’un peuple qu’ils
ont affamé, déplacé et tué. Comme
Ndenguet a bénéficié des mêmes
complicités jusque dans les palais
parisiens, alors que complice et coupable
dans les disparitions au Beach de
Brazzaville.
Et pour mieux faire, certains seront
seulement nommés maires par décret du
dictateur, dans les collectivités locales.
Car même en ayant crée un électorat
captif pour ses nouveaux anciens amis,
ils ont peur de la peur insufflée dans les
populations. Même les matchs de
football font peur. Comme le dernier
Sénégal/Congo qui a mobilisé jusqu’à
tous les carrefours de la ville des forces
militaires impressionnantes. [Benjamin
MOUTSILA, délégué Général Fédération des
Congolais de la Diaspora (FCD)]

'
Togo : une mission – de vérification…
Le 23 mai dernier, la Fédération
internationale des ligues des droits de
l'
Homme (FIDH) a lancé un appel 1 à
l'
Union africaine (UA) et à l'
Organisation
des Nations unies (ONU) pour la mise en
place d'
une commission internationale
d'
enquête sur la situation des droits de
l'
Homme au Togo. Le 10 juin, la Haut
commissaire aux droits de l'
Homme,
Louise Arbour, annonce 2 « l'envoie
d'une mission d'enquête au Togo suite à
des événements liés aux élections », et
le lundi 13 juin la mission est sur place.
Le moins que l'
on puisse dire est que la
FIDH a obtenu satisfaction en un temps
record.
L'
importance de cette mission est
évidente. La plus haute instance
internationale, l'
ONU, se penche sur le
cas d'
un pays dont le peuple a été
dépossédé de son droit de se dégager –
par les urnes – de la férule d'
une
dictature. Du moins la communauté
internationale et ses hautes instances
ont-elles fait semblant de croire qu'
un tel
exercice était possible sans qu'
elles
n'
interviennent afin qu'
il se traduise dans
les faits… Certes, le Haut commissariat a
à charge l'
examen des seules questions
afférentes aux violations des droits de
l'
Homme… Il n'
empêche. Les causes des
violations qu'
il s'
agit de vérifier, et la
fraude
électorale
massive
soigneusement
organisée,
pourront
difficilement échapper à l'
examen en
cours. Si la mission faisait preuve de
cécité,
elle
se
décrédibiliserait
gravement. Saura-t-elle faire montre du
courage nécessaire pour faire reculer le
cynisme qui a accompagné la « crise »
togolaise ? Peut-être. En tout cas, elle a
pris le risque de se mettre en position
d'
observateur étroitement observé.
À son retour à Genève, la mission
présentera ses conclusions et recommandations à la Haut-Commissaire.
Espérons que ces conclusions seront
immédiatement rendues publiques et que
l'
ONU ne gardera pas en réserve
quelque annexe confidentielle réservée à
la vérité des faits. La mission s'
est
accordée deux semaines pour conclure.
Un si court délai fait penser qu'
elle est
déjà relativement bien renseignée (de ce
que nul n'
ignore). S'
il s'
agit d'
une mission
de sérieuse vérification, on ne peut que
s'
en féliciter. [Sharon Courtoux]
1. www.fidh.org
2. www.unhcr.ch

Rappelons que le Congo est
aujourd’hui un pays dont plusieurs départements sont sinistrés. Ses dirigeants,
incapables de dialoguer, ont préféré
utiliser une guerre à répétition contre les
populations civiles. À commencer par le
premier
d’entre eux, Denis Sassou
Nguesso, qui a fait envahir son pays par
des armées étrangères et privées
(angolaises, tchadiennes, Hutu power,
DSP Mobutu et mercenaires de toutes
origines).
Des ONG comme Caritas et les
instances des Nations unies ont fait des
constats alarmants in situ sur la situation
désastreuse des populations dans un
département proche de Brazzaville : le
Pool. Ces travaux ont été publiés dans
des rapports sans appels :
– Une population abandonnée pour les
Caritas,
– Le Pool, une crise humanitaire
négligée pour les Nations Unies.
Ce département du Pool est rayé du
budget national depuis 1997, car pourvu
seulement d’une partie des élus de
l’oligarchie
militaro-familiale.
Non
seulement
ces
populations
sont
abandonnées, mais elles sont livrées à la
merci de toutes sortes d’exactions par
des bandes armées : les milices de
Ntoumi, les forces gouvernementales et
autres armées étrangères et privées. En
réalité ce Ntoumi dispose d’une
logistique de communication des plus
modernes, alors que dans sa région
l’essentiel manque. Et il bénéficie
également d’une totale impunité. Alors
qu’il est coupable des crimes les plus
odieux :
– bastonnades de personnes sur les
places de marché,
– milicianisation forcée des jeunes du
Pool avec des interdits et tabous,
– assassinats sur place de marché de
personnes du troisième âge accusées de
sorcellerie,
– vols de biens privés,
– viols de jeunes filles,
– déplacements de populations,
– désacralisation d’églises, de temples
et autres lieux de prières et vols
d’instruments sacerdotaux.
Il a aussi pris des prérogatives d’un
État : comme rendre la justice avec des
méthodes barbares tel “la gifle de SaintMichel” (marquer le dos des personnes
avec une machette rougie). Instituant
une sorte de no man’s land avec une
juridiction politico-mystique, ou plutôt
mafieuse. Voilà le personnage douteux

Dictature en quête de respectabilité
Le gouvernement de Brazzaville vient
d’allouer un budget de 2,1 milliards de
FCFA pour une régate de Marseille à
Pointe Noire [cf. À fleur de presse]. Cette
décision avait été prise le 14 janvier 2005
lors d’un conseil des ministres. Ce sport
inconnu et non pratiqué au Congo a
suscité une grande communication au
sein des médias congolais. Le cabinet
présidentiel, sous le pilotage de la fille du
dictateur : Claudia Sassou Lemboumba
en a été l’instigateur et le donneur
d’ordres. Elle avait en son temps

#

’'
'. /



annoncé à grands renforts de publicité la
participation de 25 voiliers, donc une
course de très haut niveau.
Alors que le départ de cette régate a
été un bide à Marseille, 5 voiliers
seulement étaient au départ. Les
militants de Survie 13 ont gâché la fête et
fait fuir le premier ministre congolais
Isidore Mvouba, en y dénonçant la
collusion Sport Dictature, une opération
de marketing au profit de Sassou,
responsable des disparitions au Beach
de Brazzaville. Pour recevoir les 5
régatiers à Pointe Noire, un village de
pécheurs plus que cinquantenaire a été
totalement détruit sur le littoral. Une part
importante de l’économie informelle de
cette ville disparaît de ce fait. Des
Congolais sont une fois encore jetés
dans la rue pour le bon plaisir du “Cobra
en chef”. Mais les bases des compagnies
pétrolières dernières arrivées et voisines
de ce village, ont été préservées. En lieu
et place sera bâti le stand d’arrivée et de
réception du dictateur. Il faut des grands
espaces pour M. Sassou et la proximité
du peuple le dérange. Et l’immédiat et le
devenir de ses populations lui importe
peu.
Alors que des fonds manquent pour la
reconstruction
d’écoles
et
de
dispensaires pour les jeunes de ce pays
en particulier ceux du Pool qui ne sont
plus allés à l’école depuis 1997 et la
réinsertion de ceux qui ont été
“milicianisés”. Le dictateur Sassou
soigne sa communication pour se faire
une virginité et faire oublier son coup
d’État et les crimes contre l’humanité visà-vis de son peuple.
Voilà encore une autre facette de la
Françafrique, pour mieux avilir et
paupériser une population et capter les
matières premières : créer des faux
rebelles puis les rendre fréquentables
par le suffrage universel ; et surtout
trouver des artifices pour mieux piller les
caisses de l’état. [BM]

Le rigolo du Gabon
Bongo a beau trépigner, l’appellation
que lui a décernée Gbagbo lui va comme
un gant. Elle est même un tantinet
gentille. La farce qui se joue au Gabon
depuis 38 ans a un côté plutôt sinistre.
Dans un document intitulé Les mauvais
payeurs de la forêt gabonaise, Arnaud
Labrousse dresse la liste des exploitants
de la forêt qui doivent de l’argent à « ce
qu’il est un rien pervers d’appeler l’État ».
Omar et Ali Bongo arrivent évidemment
en tête avec une dette d’environ un
milliard de FCFA. Suit toute la ribambelle
de la Bongocratie, qui relègue le terme
de « kleptocratie » au rang de doux
euphémisme. En particulier le ministre du

°
Contrôle d'
État et des inspections,
« chargé de la lutte contre la pauvreté et
de la lutte contre l'enrichissement
illicite », Martin Mabala, forestier sous un
nom d’emprunt, doit à l’État 2 152 500
FCFA.
Non contentes de léser l’État gabonais,
les compagnies forestières bongoïstes
savent engranger les subsides de l’APD
(Aide publique au développement) pour
leurs bonnes œuvres. Pourquoi se priver
dans le monde franco-gabonais des
copains au pouvoir ? Et tant pis pour les
dindons de la farce que sont le pauvre
Gabonais et le payant de Français de
base 1. [OT]
1. Lire aussi le communiqué de Greenpeace,

France – Gabon : Où est donc la bonne
gouvernance ?, www.greenpeace.org/france/press

Tchad :
Le Président Idriss Déby s’apprête
à promulguer sa constitution
Il n’y a point de doute, la Commission
électorale nationale indépendante (CENI)
proclamera un « oui » vainqueur, contre
le « non » ou le boycott massif du peuple
tchadien exprimé, ouvertement, contre
toute attente, le 06 juin 2005 par la voie
des urnes dans tout le pays. Dans les
rangs du parti au pouvoir, des
communautés ethniques qui, à coup de
ralliement sous la férule, adhéraient par
milliers
depuis
des
années
au
Mouvement Patriotique du Salut (MPS),
des partis alliés qui espéraient trouver en
ce référendum l’occasion de “s’en mettre
plein les poches” ou d'
accéder à des
postes politiques ou administratifs juteux,
tous ont eu leur part d’une cruelle
surprise : les plus fins observateurs de la
scène politique tchadienne en ont pris
pour leur grade.
D’après des indiscrétions des milieux
au fait des données, et les rapports des
partis de l’opposition et ceux de la
société civile - les associations des droits
de l’Homme notamment - le taux de
participation sur l’ensemble du territoire
national avoisinerait les 15 ou 20 %, et le
« non » l’emporterait sur le « oui » avec
67 % contre 22 %. Le verdict est donc
sans appel. Les Tchadiens ont exprimé
leur ras-le-bol contre un Déby qui, quinze
années durant, a géré le pays dans une
totale cécité et surdité, et mis le pays en
coupe réglée, avec la participation active
de la France et de certaines puissances
étrangères. Aujourd’hui Déby paye la
facture, une facture très salée dont on ne
peut imaginer comment il s’en remettra.
Qu’est-ce qui explique le boycott massif
et le « non » d’un peuple que l'
on dit
amorphe, incapable de s’exprimer,
même sur des situations révoltantes, à la
révision de la constitution de 1996 ?

*
Plusieurs raisons interviennent.
L’ensemble
des
Tchadiens
se
reconnaît dans la loi fondamentale de
1996. Or l’idée de passer à la révision de
cette Constitution participait d’une
rupture flagrante du consensus qui s’était
dégagé à la Conférence nationale
souveraine de 1993 autour de cette
constitution. La tentative de procéder à
sa révision fut un choc, bien plus, elle fut
ressentie comme une trahison. Qui plus
est, cette révision enlevait toute
ouverture à l’alternance, elle conduisait à
pérenniser le pouvoir clanique de Déby,
et rompait sa promesse de ne plus se
représenter en 2006. Or, tous les
Tchadiens savent que Déby est tout sauf
un homme de parole.
Le principe de la révision de la
constitution se passe dans un contexte
délétère : crise politique marquée par la
rupture par Déby de tout dialogue avec
l’opposition démocratique et la société
civile, aggravée par des injustices et des
discriminations insoutenables, l’impunité,
l’instrumentalisation
des
régions,
religions et ethnies, n’offrant la voie
qu’aux rébellions armées comme seul
recours, l’exacerbation des conflits
intercommunautaires et interethniques ;
l'
indifférence aux droits de l’Homme
caractérisée par leur violation massive et
répétée, dans l’impunité la plus totale. (A
quelques jours de la consultation référendaires, des tueries sont organisées dans
le Ouaddaï, un journaliste est enlevé et
détenu par la police politique, un
directeur de publication et son journal
menacé de fermeture). Il s'
ajoute à ce
tableau la crise judiciaire, caractérisée
par un parasitage des juridictions ; la
crise sociale où les salaires des agents
de l’État ne s’obtiennent qu’à coups de
grève ; la crise économique avec les
populations gravement appauvries ne
sachant plus comment faire face à la
flambée des prix des denrées alimentaires (le prix du sac de maïs de cent
kilos est passé en quelques mois de
10.000 à 25.000 FCFA) alors que les
salaires ont stagné et que le SMIG est de
25.000 FCFA), la faillite du système
éducatif (l’école est devenu le lieu de
violents affrontements avec d’énormes
pertes en vies humaines).
Un recensement électoral biaisé,
partial et partiel, visant essentiellement
des
groupes
considérés
comme
favorables au parti au pouvoir ; puis la
très faible participation au référendum
dans les bastions du MPS, conduisent à
se poser des questions sur l’appartenance des militants, leur attachement au
parti et la réalité de leur conviction, ainsi
que le rôle des partis dits « alliés ».
Durant toute la campagne référendaire, le projet de texte a été peu diffusé,

#

’'
'. /



il circulait comme sous le manteau ; les
électeurs n’avaient pas connaissance de ce
qu’on leur demandait de voter le 06 juin.
Et la France dans tout cela ?
Naturellement, elle a apporté un soutien
politique discret mais ferme au pouvoir.
Qu’on se souvienne : en mai 2004, le
ministre français de la Coopération
Xavier Darcos, alors de passage à
N’djamena, avait soutenu ouvertement
l’idée d’une révision de la constitution de
1996. Une protestation du Collectif des
associations de défense des droits
humains (CADH) a valu à ce dernier
d'
importants démêlés avec l’Ambassadeur de France au Tchad. Il n’y a pas
de doute, sans l’aval de Paris, Déby
n’aurait pas mis en chantier et passé en
force cette infamie. Quelques indiscrétions soutiennent qu'
à la suite du boycott
du référendum, l’Ambassadeur de
France au Tchad aurait qualifié les
acteurs de l’opposition démocratique et
des associations des droits de l’Homme
d’irresponsables, les traitant de tous les
noms d’oiseaux pour avoir tenté et réussi
le pari du boycott. [Dobian Assingar, VicePrésident de la Fédération internationale des
Ligues des droits de l’Homme (FIDH) et
Massalbaye Tenebaye, Président de la
Ligue tchadienne des droits de l’Homme
(LTDH)]

L’ombre des Collines
Au Burundi, avec discrétion, vient de
se jouer dans les collines du nord de
Ngozi une partie dont le simple récit
témoigne bien de la complexité des
relations politiques aux Grands Lacs.
D’abord les faits. Depuis plusieurs
mois, des groupes rwandais hutus de la
région de Butare franchissent la frontière
pour se réfugier sur le territoire
burundais. Il ne s’agit pas de l’exode
massif d’un peuple, mais plutôt de petites
communautés villageoises alertées par
des rumeurs faisant état de persécutions
qui les viseraient, dans l’ombre des
juridictions Gacaca.
Depuis février, ils ont ainsi été plus de
10 000 hommes femmes et enfants à fuir
précipitamment leur pays, sans que leurs
craintes s’appuient sur d’autres faits
tangibles que certains ratés de la justice
populaire rwandaise (arrestations de nuit
de génocidaires présumés assimilées à
des enlèvements…).
Mais le ouï-dire a eu vite fait de se
répandre puis de se transformer en la
pire des terreurs, et ce sont des gens
effrayés que le HCR (Haut commissariat
aux réfugiés) et les autorités burundaises
ont recueillis depuis trois mois à la
frontière rwandaise.
Des camps ont été organisés mais,
dès le début, un bras de fer s’est installé

°
entre HCR et ONG d’une part et le
gouvernement de Domitien Ndayizeye
d’autre part, à propos de l’attitude à
adopter. C’est que, là-bas , à Kigali, Paul
Kagamé a haussé la voix, affirmant qu’il
n’était pas question de voir s’installer de
l’autre côté de sa frontière sud de
nouveaux camps hutus, bases opérationnelles potentielles selon lui, des FDLR
(Forces démocratiques de libération du
Rwanda).
Au cours du mois d’avril, les autorités
burundaises ont commencé à durcir le
ton et, à l’issue d’une rencontre avec les
Rwandais, en arrivèrent tout simplement
à interdire par les armes, au HCR et à
Médecins sans frontières (en particulier)
l’accès au camp de Songore, où les
militaires avaient concentré près de 7000
personnes.
La situation sur le terrain a été décrite
par les témoins comme « explosive », et
les autorités de l’ONU se sentirent
largement menacées, il se jouait quelque
chose de grave.
Puis, le 13 juin, en dehors de toute
assistance humanitaire une noria de
camions militaires rwandais et burundais
« raccompagnèrent » les réfugiés au
Rwanda.
Ces événements – qui peuvent
paraître, somme toute, anodins au
regard de la monstruosité des drames
vécus par ces pays – méritent tout de
même dans le contexte actuel un
décryptage, le plus objectif possible.
En effet, le 3 juin, le Burundi vient de
voter pour la première fois depuis 12
ans, consacrant l’importante victoire du
CNDD-FDD (Conseil national pour la
défense de la démocratie - Forces de
défenses de la démocratie), exmouvement rebelle d’obédience hutus,
et, par réciprocité, la défaite du Frodebu
(Front démocratique du Burundi), bloc
historique hutu, actuellement au pouvoir,
avec le président Ndayizeye. Le 4 juillet
auront lieu les élections législatives, puis
le 19 août les députés et sénateurs
désigneront le nouveau président de la
République. L’affaire de Songore ne peut
être dissociée de ce contexte électoral.
Mais qui sont les réfugiés en
question ? On l’a dit : des familles,
intégrant des hommes dont il est évident
qu’une part d’entre eux cherchent à fuir
les tribunaux Gacaca, mais aussi une
forte proportion d’enfants et de jeunes,
ne pouvant eux être suspectés d’actes
génocidaires
en
1994.
Comme
d’habitude en un pareil cas, le HCR
assume sa fonction sur la base de la
convention de 1951, et si les suspects de
génocide relèvent de l’exclusion du
statut, il n’en est pas de même des
autres qui bénéficient « prima facie »
(jusqu’à preuve du contraire) de
l’assistance de l’ONU, jusqu’à établir ou

*0
invalider le fondement de
leur « crainte de persécution ». Quoi qu’il arrive, en aucun cas un
réfugié ne peut être expulsé sur la seule
décision du pays accueillant, et en
l’absence d’une décision de justice.
On comprendra que le droit des
réfugiés n’a pas été rédigé pour répondre
spécifiquement à la problématique des
Grands Lacs mais bien pour assurer une
réponse la plus humaine possible à un
problème
universel.
Pourtant
le
gouvernement burundais, à l’encontre de
cette
convention
internationale,
a
délibérément interdit au HCR d’assister
les populations en question.
Alors pourquoi avoir ainsi bafoué le
droit international ?
C’est que le Rwanda de Paul Kagamé
ne veut pas voir se renouveler la
situation de sa frontière au Kivu, où les
camps ont servi de base logistique aux
Interahamwe et ex-FAR (Forces armées
rwandaises, maintenant FDLR). Cette
crainte est d’autant plus justifiée que les
rumeurs ayant préludé à la fuite des
villageois
de
Butare
proviennent
probablement de ces mêmes FDLR
infiltrées au Rwanda. Donc, Kagamé
veut traiter le problème à sa source : son
armée est forte, le Burundi, et a fortiori
son futur président, n’a aucun intérêt à
débuter son mandat par un conflit avec
Kigali, ce pourrait être alors son maintien
au pouvoir qui serait menacé...
Ensuite, il faut comprendre que le
gouvernement burundais actuel n’est pas
un bloc indivisible. Issu de l’accord
d’Arusha, il intègre des personnalités de
tous bords politiques et ethniques. Ainsi
le résultat des élections du 3 juin a
produit une nouvel axe d’opposition entre
deux partis « officiellement » hutu,
(CNDD-FDD et Frodebu), et c’est le
ministre
de
l’Intérieur
Jean-Marie
Ngendahayo (Tutsi du CNDD-FDD), qui
a dirigé la procédure d’expulsion des
réfugiés. Le Frodebu, parti du président
de la République actuel vient de
condamner assez fermement cette
décision, pourtant produite par son
gouvernement, mais il faut plutôt y lire la
tentation électorale de replacer le débat
ethnique au cœur de la campagne
législative, et de s’opposer ainsi dans les
semaines à venir au CNDD-FDD de
Pierre Nkurunziza, dont le projet
politique, de façon assez surprenante,
revendique un rejet de cette question et
l’union de tous les Barundi.
Donc, reprenons : un ministre de
l’Intérieur tutsi du CNDD-FDD hutu,
renvoie des Hutu rwandais chez le Tutsi
Paul Kagamé, avec l’aval mou du
président de la République hutue du
Frodebu, lui-même désavoué peu après
par le leader de son parti Jean Minani
(avec des propos dignes des grandes

#

’'
'. /



heures de 93/94).
On le voit, en 2005, au Burundi, la
gestion politique de la donne ethnique ne
relève d’aucun manichéisme, mais bien
d’intérêts de circonstance. Les logiques
volent parfois en éclats, et une analyse
synchronique s’impose pour appréhender les ressorts de certaines décisions.
Celles-ci sont parfois fort éloignées du
bien-être des populations en exode et, à
ce titre, personne ne pourra nier que la
protection des Nations-Unies reste à ce
jour la meilleure idée que l’on ait pu
jamais théoriser. Il reste à sanctuariser
cette action et c’est la première conclusion de cet épisode : certes, personne ne
regrettera que d’ex-génocidaires aient
été renvoyés vers les tribunaux, mais
c’est le coup de force sur l’autorité du
HCR et de l’assistance humanitaire qui
ne peut être considéré comme un
événement mineur dans une région où la
masse et le flux des réfugiés restent un
problème majeur.
Car enfin, les femmes et enfants
embarqués de force sur les camions
militaires rwandais ayant fait une
incursion/commando
en
territoire
burundais,
auraient
certainement
accepté une aide que la communauté
internationale était prête à leur accorder.
A cet égard, ils ont simplement été les
jouets d’une partie que le Burundi et le
Rwanda ont joué à huis clos.
Toutefois, et ce n’est pas un moindre
paradoxe, on ne peut s’empêcher de
relever une autre facette de cet
événement à voilure multiple, optimiste
cette fois. Car le CNDD-FDD en passe
de diriger le Burundi vient de faire un
sérieux croc en jambe – par la décision
de son ministre de l’Intérieur – à un
sinistre schéma mille fois répété depuis
dix ans. Est-ce de bon augure que ce
parti, récemment revenu à la paix, porté
par 60 % de la population, favorise
l’entente avec son voisin, au détriment
apparent de son ethnie d’origine ?
Au vu de ces dix dernières années,
ayons envie de le croire. [Vincent
Corsaire]

Algérie,
une ex-colonie a perdu son préfixe
L’entente carcérale France-Algérie

Pas un jour ne passe en Algérie qui
n’offre l’occasion au régime de
condamner un journaliste ou un
syndicaliste indépendant, un étudiant ou
un simple citoyen pour des motifs
ridicules, pour l’exemple. Le système
« Belkheir » a atteint un tel degré de
perfection qu’il peut asservir tout un
peuple par un effort minimum, en ciblant
à tour de rôles les rares têtes qui osent

°
émerger, de façon chirurgicale. La
presse décline la chronique d’une
colonisation ostentatoire que rien ne
semble pouvoir endiguer. Pris en étau
entre un terrorisme d’État et une
criminalité organisée par les mêmes
commanditaires, le peuple précarisé à
l’extrême est livré à une anarchie féroce.
Une campagne insidieuse visant à sabrer
le moral et le civisme vient se surajouter
à une corruption économique qui le
frappe plus sévèrement que jamais, les
déliquescences intellectuelle, culturelle,
sanitaire et scolaire ayant déjà accompli
leur œuvre dévastatrice. Un à un, les
Algériens se révoltent, dans la solitude,
tel Me Sillini, président de l’Ordre des
avocats d’Alger, qui explose : « La
présence des avocats aux côtés de leurs
clients est devenue circonstance aggravante » [El-Watan, 18/05]. Pousserait-il
l’indignation au-delà de cette crise de nerfs
qu’il se placerait objectivement dans
l’axe du « mal »... voué à l’éradication.
Curieuse
coïncidence,
Dominique
Perben, alors ministre français de la
Justice, se trouve à Alger le jour même.
Lors d’un point de presse organisé à
l’ambassade de France, il proclame : « Il
ne peut y avoir d’indifférence entre nous
[...]. Tout ce qui vous touche nous
touche ». Hélas, on l’aura compris, ce
n’est pas à Me Sillini ni aux Algériens en
détresse absolue qu’il s’adresse, mais à
leurs bourreaux. Un bref examen de sa
mission, le jumelage de huit juridictions,
de police et autres instruments de
répression, ainsi que la « formation de
magistrats, de greffiers et de cadres de
l’administration pénitentiaire », permet de
deviner ce que le pacte d’« amitié » de
Jacques Chirac promet aux Algériens...
Le chef de la Police, Ali Tounsi (exmembre du commando Georges, qui a
lancé
un
vaste
programme
de
construction de 42 prisons), se réjouit
« que la police algérienne va [se]
coordonner avec la police française pour
lutter contre l’immigration clandestine [et]
a évoqué, en outre, une coopération
entre la partie française et algérienne
dans le domaine de la sécurité des
transports et la sécurité des personnes
dans les ports, aéroports et métro. » On
ne compte plus les réunions, les
colloques et les séminaires sur la
« sécurité en Méditerranée ». Voilà la
perception que les ministres français ont
de l’Algérie : une vaste extension des
prisons de l’Hexagone.
L’entente sécuritaire

Pendant ce temps, si quelques accrocs
sont
astucieusement
distillés
par
Abdelaziz Bouteflika – une levée de
boucliers lancée, avec cinq mois de
retard, par son fantassin Abdelaziz
Belkhadem contre la loi du 23 février

*
contraignant les professeurs en France à faire
l’apologie de la colonisation –, cela ne
contrarie en rien la volonté des dirigeants
français de mener à bon port ce
partenariat « d’exception ». L’offensive
dans le domaine économique prend
quant à elle l’allure d’un tsunami. Le déjà
ex-ministre des Affaires étrangères
Michel Barnier s’extasiait en ces termes :
« La mobilisation de la France se traduit
d’abord [... par] dix visites ministérielles
dans les deux sens depuis ma dernière
visite en Algérie, notamment celle du
ministre de la Défense, qui a rouvert un
champ important de coopération entre
nos deux pays. Ce mouvement va
s’amplifier [...]. Le très grand succès de
l’Année de l’Algérie en France que nous
avons organisée en 2003 a stimulé de
nombreux partenariats, au niveau local et
associatif, qui se prolongent aujourd’hui.
Conséquence de cette mobilisation : les
entreprises françaises sont de plus en
plus nombreuses à retrouver le chemin
de l’Algérie. La visite d’une importante
délégation du patronat français en février
dernier, comprenant plus d’une centaine
d’entreprises, a été fructueuse » [ElWatan, 08/05].
Sommet visible de l’iceberg nommé
« coopération » en matière de (secret)
Défense, l’« exercice maritime algérofrançais » organisé en mai est, promet le
vice-amiral d’escadre Jean-Marie Van
Huffel, commandant la zone maritime
Méditerranée, le « premier du genre de
par son ampleur et sa préparation, et le
début d’une longue série qui va suivre ».
Deux
mois
auparavant,
des
« manœuvres tactiques portant sur “les
opérations d’interdiction maritime” se
sont déroulées entre la marine
algérienne et des unités de la force de
réaction (SNMG 2) de l’OTAN. Sept
frégates en plus d’un navire de soutien
logistique relevant de sept pays, à savoir
les États-Unis, l’Italie, la Turquie,
l’Allemagne, la Grèce, les Pays-Bas et
l’Espagne, avaient pris part à ces
manœuvres. [...] Une coopération qui est
appelée à “s’intensifier davantage” avec
d’autres escales similaires qui seront
effectuées dans les années à venir » [ElWatan, 22/05]. S’il est un domaine où
l’Europe est unie, en parfaite symbiose
avec les États-Unis, c’est bien celui qui
voue l’Algérie aux gémonies... Au même
moment, « l’Algérie et la France viennent
de décider de mener, du 21 au 26 mai,
un nouvel exercice militaire conjoint.
Baptisée « Raïs Hamidou 05 », cette
manœuvre militaire, présentée comme
un élément devant concourir au
“renforcement
de
la
coopération
bilatérale”, se déroulera pour la première
fois au large des côtes algériennes entre
les unités des marines algérienne et

#

’'
'. /



française » [El-Watan, 19/05].
Car, au plan sécuritaire, explique le
juge
« antiterroriste »
Jean-Louis
Bruguière, « la menace terroriste est une
réalité (sic !) [...]. Les sociétés se doivent
de riposter à ce qui constitue une attaque
des fondements et des valeurs
[www.
démocratiques
occidentales
recherches-sur-le-terrorisme.com/index.html].
Pour lui, « on assiste, des prémisses
algériennes au mouvement salafiste du
retour aux sources, à un intégrisme antioccidental, fondé sur la “guerre sainte”. »
Cette campagne médiatique dont il n’est
qu’un animateur zélé fait des Algériens la
source absolue du mal moderne : « Tout
a basculé, dit-il, en 1996, avec le déclin
des organisations islamiques traditionnelles et une répression plus efficace du
terrorisme sur le terrain en Algérie. [...]
Des immigrés de la 2ème génération et
des Français convertis vont alors se
diriger vers l’Afghanistan ; des filières se
mettent en place pour lutter contre les
forces militaires des pays “mécréants” et
créer des cellules en Europe. Londres
joue alors le rôle de carrefour sur la
grand’route du terrorisme. »
On ne compte plus les camouflets
infligés par la justice « occidentale » à
Jean-Louis Bruguière. Mais qu’importe
l’échec, l’important est d’accuser !
D’ailleurs, il trouve au sein de
l’administration Bush un écho à sa « foi »
qui dépasse ses rêves les plus hardis...
Témoin, cette hallucinante dépêche :
« Le
recensement
des
Algériens
candidats au suicide pour la résistance
irakienne, rendu public par un officier
supérieur de l’armée américaine, est
terrifiant. “Jusqu’à 20 % des kamikazes
qui se font exploser dans des voitures
piégées en Irak sont des Algériens”, a
affirmé ce responsable en se basant sur
des investigations des services de
renseignement
américains »
[L’Expression, 19/06]. Ainsi donc, les
Algériens qui n’ont jamais eu recours à
l’attentat suicide dans leur propre pays,
même au plus fort du « terrorisme
islamiste » de la décennie 1990, seraient
devenus subitement adeptes de cette
méthode... mais en Irak. Dans quel
objectif ? C’est La Tribune qui répond le
même jour en déclarant « Washington
inquiet des risques terroristes en Afrique
du Nord ». En effet, « certains individus
et groupes ont la possibilité de se rendre
en Irak pour y mener des opérations ou
pour y recevoir un entraînement. L’une
de nos craintes est que, s’ils sont
entraînés aux tactiques [terroristes]
appliquées en Irak, ils finiront par les
appliquer une fois de retour en Afrique »,
a affirmé le général Thomas Csrnko, chef
des forces spéciales américaines en
Europe.
Les
terroristes
algériens
auraient-ils découvert le secret de

°
l’immortalité ?
Selon
ce
général
américain, « ils sont très mobiles, très
meurtriers et ils prennent tout ce qu’ils
peuvent avant de se retirer ». Il ajouterait
« sur une autre planète » que cela
n’offusquerait plus personne.
Glorification de la colonisation

Pendant ce temps, les inaugurations
de stèles à la gloire de l’OAS et la
promulgation de lois célébrant l’ancienne
colonisation offrent à chacun l’alibi pour
dénoncer quelques « dérives » sans rien
laisser transpirer de la nouvelle
colonisation. La coopération en matière
de police fait même dans le prosélytisme : « Deux personnes impliquées
dans un trafic de drogue ont été arrêtées
récemment à Annaba par la police
algérienne en coopération avec la police
française. [...] Il s’agit du dénommé H.A.,
âgé de 40 ans, originaire de Annaba, et
B.M., âgé de 41 ans, originaire de
Tébessa. » Ces acronymes n’ont peutêtre aucune existence physique : des
entités abstraites qui n’auraient pour rôle
que de communiquer sur cette collusion
franco-algérienne... ; l’envie de proclamer à
la face de tous que l’ex-colonie française
a irrémédiablement perdu son préfixe...
La vocation nouvelle de l’Algérie est
évidente : un immense pénitencier pour
une population déchue de son humanité,
et le laboratoire du terrorisme islamiste
international pour valider le basculement
de la planète dans un ordre nouveau :
les puissances occidentales opposées
au néant, avec la certitude de ne jamais
le battre, ce qui pérennise durablement
les spoliations que couvre cette
monumentale escroquerie.
Les Algériens qui croient que le plus
dur est derrière eux vont vers d’effroyables désillusions... Parviendraient-ils
même à s’extraire de leur léthargie qu’ils
n’y pourraient sans doute plus rien, tant
le piège mortel s’est déjà refermé sur
eux. Leur incapacité à se défendre
contre la plus révoltante des injustices ne
contribue même pas à atténuer les
campagnes accusatrices contre eux ;
pire, on les décrit d’autant plus
dangereux qu’ils se montrent enclins à
courber l’échine. [Lounis Aggoun].

Saïfi, Belkheir, Bush et les autres
Comme nous le pressentions le mois
dernier (voir Le Club des pins plus
« loin » que le Tibesti), Amara Saïfi n’a
pas été présenté à la justice algérienne
et le procès prévu le 13 juin est de
nouveau reporté. Officiellement, il est
toujours en fuite. Tout cela est dans
l’ordre des choses dans le monde qu’on
nous construit. Normale est aussi
l’absence d’« investigateurs » attitrés des

*1
médias
français,
des
rédactions de 7 à 8, de
Complément d’enquête, d’Un Œil sur la
planète, de Pièces à conviction ou de
Zone interdite. Comme sous l’effet d’une
injonction
immanente,
tous
les
pourfendeurs habituels du « terrorisme
islamiste » font profil bas. Circulez, il n’y
a rien à voir. Al-Para a achevé de jouer
sa partition. Il a été condamné le 25 juin
« par contumace » et « à perpétuité ».
Liberté [26/06] fait remarquer que « c’est
la première fois dans les annales de la
justice algérienne et de par le monde
qu’un accusé est condamné par
contumace, alors qu’une haute autorité
affirme qu’il est entre les mains de la
Police judiciaire ». Il faut trouver une
autre... distraction, et c’est Mokhtar
Belmokhtar qui semble voué à assurer la
relève.
Pourtant, la télévision d’ordinaire
friande du moindre souffle d’explosion
dans le monde a littéralement occulté
ces jours-ci un attentat meurtrier en
Mauritanie. « Que s’est-il réellement
passé dans le désert mauritanien ? »,
s’interrogent Christophe Ayad et José
Garçon dans Libération [08/06]. « Seule
certitude : quinze soldats mauritaniens
ont trouvé la mort dans l’attaque [...] de la
petite base militaire de Lemgheity, à la
frontière de la Mauritanie, du Mali et de
l’Algérie. La centaine d’assaillants armés
est repartie à bord de six véhicules,
perdant cinq hommes. Nouakchott a
immédiatement attribué ce raid au
Groupe salafiste pour la prédication et le
combat
(GSPC),
des
islamistes
algériens, présentés par Alger comme
proches d’Al-Qaeda. » Un attentat,
expliquent ces journalistes, qui arrive « à
point nommé » pour « le président Ould
Taya, qui a reconnu Israël et courtise
Washington, [mais qui] est très contesté
dans son pays, qu’il dirige d’une main de
fer. L’attaque lui permet aussi de
réclamer à l’Occident plus de moyens
dans la lutte antiterroriste ». Cet attentat
intervient, comme par coïncidence, alors
que se déroulent dans la région des
manœuvres
de
l’armada
militaire
américaine. « Baptisés “Flintlock 2005”
ces exercices qui durent trois semaines,
du 6 au 26 juin, réunissent environ 3 000
soldats africains venus d’Algérie, du Mali,
du Maroc, de Mauritanie, du Niger, du
Nigeria, du Sénégal, du Tchad et de
Tunisie, ainsi que 700 hommes des
forces spéciales américaines.» [La
Tribune, 19/06] Pas malins pour un sou les
terroristes du GSPC qui auraient pu
attendre le 27 juin pour mener leur raid
en toute quiétude !
Le Quotidien d’Oran affiche une égale
incrédulité : « Les preuves contre le
GSPC, notamment l’émir Mokhtar
Belmokhtar, brandies par l’armée

#

’'
'. /



mauritanienne pour expliquer l’attaque
de la caserne de Lemghity semblent bien
minces. » Et de les réfuter une à une,
avant de donner sur ce terroriste des
précisions qui laissent béat d’admiration.
Et puis « “Belmokhtar ne se trouve pas
en Mauritanie actuellement” et serait
même localisé dans la région de Boukhil,
à Djelfa, au nord de Ghardaïa, sa région
natale », s’exclame le journaliste !
Suivent des détails sur les effectifs du
groupe, les ramifications transfrontalières, les complicités au sein de
l’armée, le renfort de sempiternels
« experts antiterroristes internationaux »
qui s’affirment « sceptiques », etc.
Quel intérêt aurait le DRS – le Code de
l’information stipulant que rien ne doit
transpirer de nature sécuritaire qui
n’émane pas de cette officine, il n’y a pas
lieu de douter qu’il s’agisse là d’une
reprise fidèle d’une dépêche des
services secrets algériens – à disculper
ainsi ce chef du GSPC qu’il peine par
ailleurs à imposer comme une réelle
menace terroriste dans la région ? La
raison en est toute simple : comme le dit
si bien Le Quotidien d’Oran, accuser le
GSPC est « une stratégie à hauts
risques pour occulter ses problèmes
politiques internes. » En somme, n’est
pas Belkheir qui veut et une telle
« stratégie » entre les mains d’un
potentat sans envergure comme Ould
Taya risque de ruiner tous les efforts du
conglomérat d’intérêts étrangers pour
s’approprier les hydrocarbures de la
région.
Les canaux ordinaires d’information
sur l’Algérie étant tous dévoyés, sur qui
compter pour, sinon agir, au moins
comprendre ? Sur le travail bénévole,
l’« alter-journalisme » en quelque sorte.
Ainsi, le site www.recherches-sur-leterrorisme.com/Documentsterrorisme/sa
hara.html fournit une biographie très
plausible d’Amara Saïfi, cet homme qui
prétend agir pour le triomphe du
salafisme sur la planète : En effet, il « ne
se signalait pas par un comportement
religieux au sein de l'
armée et, surtout au
12ème RPC, il participait à des beuveries
avec ses camarades. [...] Abderrezak ElPara, selon [des sources bien informées],
s’appelle en réalité Qessah. Formé en
1987 à l’école des forces spéciales de
Biskra [...] il y devient sergent. Après sa
formation, il est muté au 12ème RPC
(12ème régiment de para-commandos),
une unité d’élite de l’armée algérienne.
En 1992, il déserte de la caserne de Beni
Messous (à Alger) pour le maquis. En
1994, cependant, il se rend aux autorités.
Pendant deux ans, il aurait été vu à
plusieurs reprises au centre de Ben
Aknoun, le CPMI (Centre Principal
Militaire d'
Investigation) en compagnie
du patron d’alors, le colonel Tartague,

°
devenu depuis général. Il est envoyé en
stage pendant trois ans, avec le grade de
lieutenant, à Fort Bragg (USA), le centre
d’entraînement
des
Bérets
Verts
américains. De retour en Algérie, il est
nommé capitaine. Pourtant promis à une
belle carrière, il déserte à nouveau en
1997 et rejoint les maquis. » Un an plus
tard, commençait sa médiatisation
d’abord au Nord, avant que les
événements du 11 septembre ne
surviennent. Il migre alors vers le
Sahara. Depuis, par petites touches, la
région est devenue le fief... du complexe
militaro-industriel américain. C’est dire
qu’il est exclu que cet homme vienne
raconter au monde son aventure ; d’où
sa disparition depuis le 27 octobre 2004,
date à laquelle il a été remis par la
rébellion tchadienne aux autorités
algériennes, via l’intermédiation de
Mouammar Kadhafi.
Les chefs du GSPC alliés à Al-Qaïda,
les généraux algériens et l’administration
Bush font décidément un curieux
ménage. Pas si curieux lorsqu’on sait
que leur épopée commune a comme
tribut de guerre l’une des plus
importantes réserves en hydrocarbures
de la planète. Encore moins curieux
quand cette spoliation n’en est pas à
proprement parler une, car elle se fait en
vertu de « lois » votées par le Parlement
algérien (l’APN), avec l’appui du syndicat
officiel UGTA et la collaboration sans
faille de la presse algérienne. Quand
survient une faille... c’est la « justice »
algérienne qui passe, comme elle est
passée pour Mohamed Benchicou, Ali
Dilem,
Kamel
Amarni,
Fouad
Boughanem, Ahmed Benaoum, tous
emprisonnés, coupables de crime de
lèse-majesté. Silence, on... pompe ! [LA]

Dette ou développement
Selon le rapport du SIPRI (Institut
International de Recherche pour la Paix
à Stockholm) de juin 2004, 20 % de la
dette des pays du Sud correspond à des
achats d’armes, vendues à 90 % par les
cinq membres du conseil de sécurité de
l’ONU. Inutile de préciser que ces
dépenses se substituent à celles qui
permettraient de satisfaire les besoins
fondamentaux des populations (eau,
nourriture, éducation, santé). Selon le
rapport de cette année, « Les dépenses
militaires mondiales ont augmenté de
8 % pour dépasser les 1.000 milliards de
dollars en 2004, dont près de la moitié
pour les États-Unis [...] La taille des
principaux fabricants d'
armes dans le
monde a « énormément » augmenté,
principalement par le biais d'
acquisitions,
et ces entreprises sont aujourd'
hui
comparables à certaines des plus

*2
grandes multinationales. Le
chiffre d'
affaires total des
cent principales sociétés d'
armement est
équivalent au PIB des 61 pays les plus
pauvres au monde, écrit le SIPRI.
L'
institut a déploré que, de manière
générale, « seule une quantité limitée
d'
informations (soit) disponible sur les
ventes commerciales d'
armes à travers
le
monde »
et
a
appelé
les
gouvernements à exiger davantage de
transparence. » (Le Soir, 07/06) Des
données qui relativisent fortement la
volonté politique supposée des grandes
puissances de parvenir aux Objectifs du
Millénaire pour le développement (OMD)
fixés par l’ONU. Et on doute que les
exhortations de Koffi Annan au « monde
des affaires » à lutter contre la pauvreté
suffise à changer la donne… (Un rapport
commandité par différentes institutions
vient d’ailleurs fort opportunément de
désigner les changements climatiques
comme seuls responsables d’un échec
annoncé.) De quoi relativiser également
les récentes promesses d’ « annulation »
de la dette, faites par le G8. Comme les
mesures précédentes, le projet préparé,
qui ne concerne par ailleurs qu’une
vingtaine de pays, soit moins de 10 %
des habitants des pays du Sud, ne vise
pas à annuler la dette, mais à l’alléger
d’une fraction qui n’aurait de toute façon
pas pu être payée. Il s’agit bien de
garantir
la
pérennité
des
remboursements au profit des créanciers
privés
(d’ailleurs
seule
la
part
multilatérale de la dette, détenue par la
Banque Mondiale et par la Banque
africaine
de
développement
est
concernée) et la poursuite du cycle
infernal de l’endettement, et des prêts
détournés ou dilapidés, notamment par
l’achat de nouvelles armes. Enfin, selon
le CADTM (Comité pour l’annulation de
la dette du tiers monde), qui qualifie ces
effets d’annonce de « supercherie »,
« ces allégements sont à chaque fois
conditionnés par la poursuite de
l’ouverture progressive des économies
du Sud aux intérêts des transnationales
du Nord. Les pays créanciers exigent la
poursuite des mesures de privatisation
des services publics et des ressources
naturelles des pays endettés. » Bref, nihil
novi sub sole de ce côté-là. [Victor
Sègre]

Déjà lu 20 fois
Décidément Stephen Smith récidive.
Avec Antoine Glaser, directeur de La
Lettre du Continent, il vient de produire
un livre intitulé Comment la France a
perdu l’Afrique. Le titre est d’une
ambiguïté qui a dû échapper aux
auteurs. Le réel perce toujours

#

’'
'. /



inconsciemment sous la propagande. Il
faut en effet comprendre : « Comment la
France a causé la perte de l’Afrique »,
seul ouvrage qui serait instructif. Au lieu
de cela on a un rideau de fumée qui est
un chef-d’œuvre de désinformation.
L’objectif est, comme dans Négrologie,
de dire que la Françafrique n’existe plus :
« Il y eut “tout un système”, il n’est plus.
À la fin de la guerre froide, le monde a
changé. La France et l’Afrique aussi. Il
n’y
a
plus
de
“sous-traitance”
géopolitique, le Parlement français votait
des lois pour le financement au grand
jour des partis politiques et, corollaire
inquiétant, l’intimité franco-africaine s’est
évanouie. » (p.168). Bien entendu c’est
l’inverse qu’on vient encore de voir
s’étaler impudemment sous nos yeux, en
2005, avec la reconduite à l’identique,
bénie par le pouvoir français, de la
dictature togolaise. Le « système »
déclaré mort est bien vivace. Et pour
cause. L’assainissement, en France
même, des systèmes occultes de
financement des partis, avec le
développement des instances citoyennes
et le début de détachement de la justice
de la dépendance du pouvoir, qui ont
produit des procès comme celui des
marchés des lycées d’île de France, a eu
pour corollaire qu’on ne peut plus trouver
de ressources qu’en Afrique. Le
« corollaire inquiétant » de Smith est
donc plein de signification. La fin d’une
complicité mafieuse n’aurait en effet rien
d’inquiétant, au contraire. Mais, à
l’inverse, beaucoup de gens s’inquiètent
d’une possible disparition qu’il faut à tout
prix éviter. Quoi de mieux que de dire
qu’elle n’existe plus ?
Le chapitre sur la Côte-d’Ivoire, qui
ouvre le livre, est un feu d’artifice de
contre-vérités. Ainsi, à propos de la
rébellion puissamment armée qui, en
septembre 2002, tenta de prendre le
pouvoir et se solda par la partition du
pays, on lit : « À Paris personne n’a vu le
coup venir. Signe du démontage du
dispositif africain, les services secrets de
la République ont fermé leur “poste” au
Burkina Faso, le pays voisin. » (p.13) Qui
peut bien croire une aussi grotesque
affirmation ? Il est vrai que ce livre est
fait pour les gogos, à ce point-là c’est
quand même trop. Mais comment
expliquer que Paris fut le pompier
pyromane de la crise ? Plus loin, quand
on en est aux événements de novembre
2004, on lit : « Sous l’apparence d’une
colère populaire, les expatriés français
sont pillés chez eux et pourchassés dans
la rue. ». Vous savez Valmy ce n’était
que l’apparence d’un sursaut national,
cessons de mystifier les écoliers, ce fut
ourdi par des meneurs et c’est tout, tous
les émigrés vous le diront.

°
Derrière un exposé de l’histoire des
rapports de la France et de l’Afrique qui à
toute
l’apparence
de
l’honnêteté
impartiale, il y a la malhonnêteté
indiscernable mais fondamentale de
l’omission. Tout est vrai mais l’ensemble
est faux. Et alors ? On ne peut pas tout
dire, c’est matériellement impossible. On
peut répliquer : à quoi bon tant de pages
oiseuses, tant de bavardage, quand on
omet des données essentielles, entre
autres celle des Africains libres, qui
n’entrent pas dans le schéma de la
construction néocoloniale. Ne sont
jamais mentionnés ni Sylvanus Olympio,
ni – incroyable – Thomas Sankara. On
cite un impérissable aphorisme de
l’inévitable Yambo Ouologuem « Sous le
porche de l’Église de la coopération, la
France reste africaine et l’Afrique
française » (p.53) mais on ignore les
essais politiques de Mongo Beti. On
nous régale de tous les potins des
« affaires », Carrefour du développement, Elf, mais on omet de préciser
que le policier Jacques Delebois, s’il fut
certes condamné à quatre mois de
prison avec sursis dans l’affaire du faux
passeport d’Yves Chalier, connut une
retraite dorée comme conseiller d’un
Président africain. Les vraies infos ne
sont pas pour les profanes.
François-Xavier Verschave a montré
comment le
génocide Tutsi marqua un basculement
dans l'
attitude de Smith comme
journaliste. Ce dernier persiste ici dans la
théorie du complot FPR (qui aurait
délibérément déclenché le génocide), en
s’appuyant sur les "fuites" d’une certaine
[cf. Négrophobie, p. 105]

*
"enquête"
du
juge
Bruguière à propos de
l’attentat contre l’avion d’Habyarimana
(p. 146) et en omettant des faits
essentiels et avérés qui ont conduit le
conflit au génocide, dans le but
évidemment d’exonérer la France de sa
complicité. En tant que co-auteur, Glaser
s’engage aussi dans cette thèse.
Par ailleurs le livre fourmille d’erreurs
difficilement
pardonnables
à
des
spécialistes. Il est écrit de Léopold Sédar
Senghor qu’il fut « mobilisé en 1939, dès
la déclaration de guerre, en tant que
Français naturalisé » (p.28). Senghor,
issu de ce qu’on appelait les « quatre
communes de plein exercice » au
Sénégal, était français de naissance. Il a
parcouru tout naturellement, sans
aucune naturalisation, le cursus d’un
citoyen français, fonction publique
comme professeur agrégé, service
militaire. Sans souci de la contradiction
on trouve ailleurs la mention de « Blaise
Diagne, premier député africain à
l’assemblée française [...] devient, en
1931,
sous-secrétaire
d’État
aux
colonies » (p.34). Les quatre communes
(Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis)
étaient en effet représentées à
l’Assemblée Nationale française.
Page 37 on lit : « Depuis N’Djamena,
Félix
Éboué
va
provoquer
le
basculement
de
toute
l’Afrique
équatoriale française (AEF) du côté de la
France libre. » C’est évidemment un
anachronisme, puisqu’à l’époque il
s’agissait de Fort-Lamy, appellation
mentionnée du reste ailleurs dans le
livre. Plus amusant enfin, on trouve : « Á

Boubacar Boris Diop, Odile Tobner et François-Xavier Verschave

NÉGROPHOBIE

Réponse aux « négrologues », journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information.

Éd. Les arènes, 16 juin 2005, 200 p. environ.
Disponible à Survie dès le 10 juin. Prix en librairie : 19,80

Dès lors qu’il s’agit d’un pays d’Afrique « noire », la République se croit tous les droits.
Et d’abord celui de mentir.
Pour la Françafrique, l’information est une arme comme une autre. De RFI au Monde,
son traitement est surveillé, filtré, parfois même organisé. Au plus haut niveau, la
République est passée maître dans l’art de biaiser l’information, à coup de vrais-faux
scoops, de rideaux de fumée et de sources privilégiées.
L’un de ces « ingénieurs de l’âme » s’appelle Stephen Smith. Responsable de la
rubrique Afrique au Monde jusque fin 2004, après avoir tenu celle de Libération, il est
l’auteur d’un best-seller inquiétant, Négrologie. Ce livre ressuscite les pires clichés
coloniaux – sur les Africains, naturellement cruels, qui « se bouffent entre eux » (sic) –
dans un salmigondis de statistiques tombées de nulle part et de prose apocalyptique.
Stephen Smith accompagne la métamorphose de la Françafrique. Car la République
installe désormais ses comptoirs et ses réseaux, profitables et protégés, au milieu d’un
chaos politique et économique dans l’avènement duquel elle porte une lourde
responsabilité. Quand elle ne se glisse pas derrière les fauteurs de trouble.
Trois auteurs ont mêlé leurs plumes pour répondre à ces écrits de mauvaise augure.
Ils décortiquent le discours pervers de Négrologie. Ils décryptent dix ans d’information
maligne, à Libération et au Monde. Ils défendent l’honneur des Africains face à tous
ceux qui jouent avec le feu du racisme pour mieux masquer la face honteuse de la
République.

’'
'. /

#



Christine Leclerc, journaliste au Figaro,
Jacques Chirac parlera de Michel
Roussin… » (p.122). Mais non, ce n’est
pas à la célèbre et populaire Évelyne
Leclerc que Chirac s’adresse mais bien à
la non moins célèbre – dans les milieux
politiques tout au moins – Christine
Clerc, orgueil de la rédaction du Figaro.
Pourquoi chercher la petite bête,
puisque tout est de la même farine.
Cours de géopolitique pour Café du
Commerce, Comment la France a perdu
l’Afrique recycle, en version soft, les
principales trouvailles de Négrologie, sur
l’origine des Bétés en Côte d’Ivoire,
ethnie inventée par les Français selon
Jean-Pierre Dozon, sur la démographie
galopante des Africains, sur Axelle
Kabou, sur les Américains, qui vont
sûrement nous « piquer » l’Afrique,
puisque nous, pauvres Français, nous
sommes décidément « déphasés », à
cause de nos traditions de colons
humanistes peu soucieux de nos
intérêts. Que voulez-vous, le grand
malheur de la France, c’est qu’elle aime
trop l’Afrique et les Africains, elle
s’occupe trop de leur bonheur et on lui
en veut pour ça, c’est un comble. Sûr,
sûr, on pleurera dans les chaumières sur
« l’acte de décès » dressé par Smith et
Glaser. [OT]

Déphasage
Invités dans « Charivari » le 31 mai
2005 sur France Inter pour la promotion
de ce dernier opus, S. Smith et A. Glaser
ont une énième fois ressassé leur
ritournelle : « En gros, on constate
aujourd’hui les difficultés de la France en
Côte d’Ivoire et au Togo, mais c’est un
déphasage, la Françafrique dont on
parle, elle est morte. Elle est morte
depuis longtemps, depuis 1994 à peu
près si on peut mettre une date. ». Mais
obligés, par l’actualité connue de tous,

°
de faire référence au rôle de l’Élysée
dans le coup d’État au Togo, les deux
auteurs ont visiblement semé le trouble
malgré eux dans l’esprit du présentateur
qui les accueillait, visiblement très mal
informé sur la question de la
Françafrique et plutôt bien disposé à
accréditer la thèse de ses invités.
Frédéric Bonneau n’a en effet pas pu
s’empêcher de conclure l’émission par
cette phrase : « Vous savez, en vous
écoutant tous les deux, je me dis que la
Françafrique c’est fini, mais que les
mauvaises habitudes persistent… » La
force d’inertie, sans doute. [VS]

Métro, c’est trop
Deux fausses notes françafricaines
dans la même semaine pour le journal
Métro, ça fait beaucoup. À l’occasion de
la sortie en DVD du film Tuez les Tous,
de Raphaël Glucksmann, le journal
gratuit accordait une tribune aux
amalgames négationnistes de Charles
Onana : « Plus de dix ans après les faits,
les cerveaux du génocide n'ont toujours
pas été jugés. Alors que l'attentat qui a
causé la mort d'Habyarimana est
considéré par tous comme l'événement
déclencheur des massacres, personne
ne veut qu'on ouvre ce dossier-là. [...] En
fait, c'est l'actuel président, Paul
Kagame, un Tutsi, qui a donné l'ordre
d'abattre l'avion. » Au même moment, le
logo du quotidien trônait sur le Vieux Port
de Marseille au côté de celui de la
Société Nationale des Pétroles du
Congo, comme partenaire officiel de la
course
« Route
de
l’Equateur »,
l’opération marketing au profit du
dictateur Sassou Nguesso. MétroMarseille est le seul quotidien local à ne
pas avoir rendu compte de l’action de
Survie contre cette course. Allez savoir
pourquoi…[VS]

*"
Empêtrer les concepts
L’exercice auquel se livrent certains
intellectuels, dont Alain Finkielkraut n’est
pas le dernier, autour d’Olivier PétréGrenouilleau à l’occasion de la sortie de
son livre, Les traites négrières Essai
d’histoire globale, n’a rien d’anodin. Ils
mènent campagne contre la Loi Taubira
au prétexte que reconnaître l’esclavage
comme
crime
contre
l’humanité
reviendrait à banaliser la Shoah. Nous ne
ferons pas l’affront à nos lecteurs de leur
rappeler qu’il existe une catégorie de
crimes contre l'
humanité, dénommée
« génocide », pour distinguer, dans
l’histoire, une échelle d'
abomination tout
à fait particulière. Nous leur conseillerons
par contre de le rappeler à l’occasion par
courrier aux instigateurs de cette
campagne, ainsi qu’aux membres du jury
qui a décerné le prix du Sénat du livre
d’Histoire 2005 à cet opus, parmi
lesquels figure pourtant Pierre VidalNaquet !
[cf.
www.senat.fr/evenement/rendez_vous_citoyens/
histoire2005/index.html] [Pierre Caminade].

Bon point
– Signe des temps ? Les journalistes du
Monde et de Libération utilisent de plus
en plus fréquemment des guillemets pour
qualifier de « radicale » l’opposition
togolaise au régime Eyadéma, sans pour
autant citer l’origine de la terminologie
qui a l’avantage de présenter comme
plus
« raisonnable »
l’opposition
« modérée » achetée par la dictature.
Encore un effort et peut-être finiront-ils
par enrichir leur vocabulaire de
qualificatifs plus conformes à la réalité :
opposition
véritable,
légitime,
démocratique, historique, majoritaire, etc.
Le choix ne manque pourtant pas.

(Achevé le 25/06/05)

+ $ % $ ***
Françafrique
« La politique de la France à l'
égard de l'
Afrique est aujourd'
hui
fondée sur une logique très simple, une logique de partenariat,
qui passe par un soutien résolu aux initiatives africaines, et par la
mobilisation à cet effet de nos partenaires de la communauté
internationale, au premier rang desquels l'
Europe, dans le cadre
d'
une action cohérente et concertée. » (Philippe DOUSTEBLAZY, ministre des Affaires étrangères, point de presse du
ème
14/06 à l'
issue de la réunion ministérielle de suivi du XXII
sommet Afrique-France.)

[On se souviendra que le précédent ministre des Affaires étrangères,
Michel Barnier récemment remercié, avait annoncé qu'il se rendrait en
Afrique pour “expliquer une nouvelle approche vis-à-vis du continent axée
autour d'
un vrai partenariat [...] qui respecte les Africains.” La révolution
Barnier ne s'est pas déclenchée, mais nous avons en lieu et place le
Dousteblabla. Il reprend le refrain la Françafrique n'
existe plus, version
juin 2005. Le Ministre confirme en outre un soutien résolu à des initiatives
africaines de plus en plus contestées par les populations africaines. On va
bientôt voir sur tous les murs du continent : France go home (oui, en
anglais !). – SC]

#

’'
'. /



°

« Pourquoi suis-je le seul homme politique à cette barre ? Où
sont mes partenaires, où est le président du RPR, le 1er
secrétaire du Parti socialiste. Cet accord [entre les différents partis
politiques pour se partager les pot-de-vin des entreprises] n'
a jamais
existé. » (Gérard LONGUET, ex-trésorier du parti républicain,
déclaration au procès des marchés publics d’Ile-de-France, cité par Le
Quotidien Permanent du Nouvel Observateur du 25/05).
[Excellentes questions ! Mais si l’accord n’a jamais existé, ça n’est pas
très gentil de vouloir mouiller ses petits camarades… Une ligne de
défense paradoxale qui rappelle celle de Pasqua dans l’affaire des ventes
d’armes à l’Angola, avant qu’il ne retrouve son immunité sénatoriale, ou
plus récemment dans l’affaire « pétrole contre nourriture », combinant
dénégation et menaces ouvertes contre Chirac. Quelle ingratitude ! – VS]

Europe
« La politique agricole commune [PAC] rapporte à la France
13,5 Milliards d’euros par an. Ce n’est pas une paille : c’est 4 % du
budget français qui est de 300 Milliards d’euros. En Angleterre, on
a sorti la liste [...] des vingt premiers bénéficiaires de la politique
agricole commune. Numéro 1 [...] : l’actionnaire principal des
sucreries Tate and Lyle. Numéro 2 [...] : le duc de Buccleuch qui
possède deux tiers de l’Écosse. Numéro 3 : la reine d’Angleterre.
Numéro 4 : le prince Charles. J’aimerais qu’on sorte, en France, la
liste des vingt premiers bénéficiaires de la politique agricole
commune, et on aurait des drôles de surprises. [...] Il paraît que, par
exemple, la famille Grimaldi [en] serait une des premières
bénéficiaires [...] parce que, comme elle a beaucoup d’argent sur
son Rocher, [...] elle achète des terres en France. Je ne serais pas
surpris qu’un certain nombre de grands patrons français, avec
leurs confortables indemnités de départ, aient beaucoup de terres
aussi. Et j’aimerais bien qu’on sorte cette liste, et je pense qu’on y
verrait beaucoup plus clair sur la question [...]. Ces chiffres existent,
puisque les subventions sont données par les Directions
départementales de l’agriculture, et ces chiffres doivent être
communiqués à la commission de Bruxelles. Malheureusement,
c’est secret d’État. Et j’ai demandé à un certain nombre de
journalistes de chercher, je n’ai encore rien vu sortir. [...]

' (

%

*

Simplement, la France a enkysté cette politique
agricole commune dans des catégories sociales à
haute puissance de revendication, et je ne vois pas comment on en
sortira parce que nos 5 % d’agriculteurs, qui [...] doivent cacher un
certain nombre de rentiers de la PAC, sont prêts certainement à
tout casser et tout brûler, comme quand ils ont envahi le Bureau de
Dominique Voynet, et c’est pour ça que Monsieur Chirac a toujours
fixé, comme échéance au démantèlement de la PAC, 2013. »
(Yves MICHAUD, philosophe et directeur de l’Université de tous les
savoirs, dans l’émission l’Esprit Public, France culture le 19/06).
[On ne serait pas surpris de trouver parmi ces noms un certain nombres
d’habitués des connivences chiraquiennes et françafricaines... Pinault,
Bolloré, Bouygues, Lagardère, Dassault, Rothschild... ?
Tels les potentats africains, leurs amis Giscard et Chirac ont une vision
à géométrie variable de la « société civile ». José Bové va en prison
tandis que la tolérance aux violences conformes aux revendications de la
FNSEA est sans bornes ; on n’a toujours pas déterminé les véritables
auteurs du saccage, le 8 février 1999, d’un bureau ministériel ! (Seuls
quatre exécutants ont écopé d’une amende symbolique de 10 000 francs
– cf. http://www.rtl.fr/rtlinfo/article.asp ?dicid=32553#11184). Délit d’opinion
contre actes de commandos politiques confiants en leur quasi-impunité.
Et Chirac continue à défendre la PAC alors que les agriculteurs ont
largement désavoué sa vision de l’Europe le 29 mai. Tant qu’il n’est pas
désavoué par la royauté monégasque...
La PAC est un maillon de l’ordre mondial : l’une des rares entraves que
l’Europe feint d’accorder au tout-marché est détournée de l’objectif
proclamé (promouvoir l’agriculture) pour servir un capitalisme de
compères et une agriculture productiviste (qui n’aide pas nos
campagnes), en asphyxiant celles du Tiers-monde. Un rapport d’Oxfam
fait un point sur les conséquences de ce dumping, sur le sucre, les
produits laitiers, etc.
[www.oxfam.qc.ca/html/politique/PDFpolitique/stopdumpingfr.pdf] Les Amis de
la Terre enfoncent le clou : « Les subventions pour l’exportation et la
surproduction européenne ont un impact négatif sur les pays en
développement. Le dumping des surplus de production (produits laitiers et
bovins) sur les nations les plus pauvres [...] menace directement [leur]
sécurité alimentaire et bloque [leur] progrès économique [...] Ainsi, les prix
subventionnés des importations de porc européen vers la Côte d’Ivoire
sont trois fois moins élevés que les coûts de production du porc dans ce
pays. »
[www.amisdelaterre.org/publications/pac/position_AT_PAC_juin_2002.pdf]. – PC]

3

Françafrique
AFP, À 7 mois du scrutin présidentiel au Gabon, la population
grimpe de 49,8 %, 11/05 : « À sept mois du scrutin présidentiel,
le verdict étonnant du dernier recensement de la population du
Gabon, qui propulse ce pays notoirement sous-peuplé au rang
de champion de la croissance démographique, n'
en finit pas de
susciter questions et soupçons. Claironné en "une" du quotidien
gouvernemental L'
Union au lendemain du conseil des ministres
du 16 mars, le résultat brut de l'
inventaire dressé par les agents
du ministère du Plan en a surpris plus d'
un. Ainsi, le Gabon
comptait très officiellement au 31 décembre 2003 un total de
1 520 911 habitants, contre 1 014 976 en 1993. Sa population a
donc enflé de 49,8 % en dix ans, soit une progression de près de
5 % par an qui en fait un des numéros un africains de la
spécialité ! De quoi faire sursauter experts et statisticiens,
incapables de fournir un début d'
explication à ce grand bond en
avant de la fertilité gabonaise.
L'
Organisation mondiale de la santé (OMS) établit en effet à
2,6 % le taux de croissance annuelle de la population sur la
période 1992-2002 et fixe à 1 306 000 le nombre de ses
habitants. Idem pour la Banque mondiale et le Fonds monétaire
international (FMI), qui l'
arrondissent à 1,3 million. D'
où une

certaine perplexité et pas mal d'
interrogations. "Sommes-nous
envahis ?", s'
est moqué le journal satirique Le Nganga dans sa
er
livraison du... 1 avril. "Ce chiffre est très surprenant. On se pose
des questions, pour l'heure sans réponse", relève un observateur
international. Faute de détails en provenance d'
un ministère du
Plan d'
une discrétion exemplaire sur la question, les regards se
sont tournés vers la Cour constitutionnelle, chargée de contrôler
et, le cas échéant, de rectifier les chiffres du recensement. Au vu
de son arrêt du 17 février, dont l'
AFP a obtenu un exemplaire, la
plus haute juridiction du pays n'
y est pas allée de main morte.
Les neuf "sages" ont ainsi grossi de 247 953 habitants la copie
rendue par les enquêteurs du Plan, qui n'
en avaient dénombré
que 1 269 732. »
[Cette prolifération démographique gabonaise en aura surpris plus d’un.
De toute évidence il ne s’agit pas d’un étonnant record de fertilité, mais
bien d’une falsification des chiffres démographiques à des fins évidentes.
De nombreux experts considèrent que le Gabon a délibérément
surestimé sa population pour réduire son revenu moyen par habitant et
devenir éligible aux aides de la communauté internationale tout en
opérant une manipulation des listes électorales dans la perspective des
élections présidentielles de décembre 2005. En somme, près de 250 000
électeurs fictifs pourraient tomber en toute ‘‘légalité’’ dans l’escarcelle du
président Omar Bongo lui assurant dores et déjà un pourcentage non
négligeable de voix en prévision des prochaines élections présidentielles.

#

’'
'. /



°

Après les fraudes électorales massives observées lors de la dernière
élection présidentielle au Togo avec la découverte de plus de 900 000
électeurs fictifs au service de la dictature françafricaine d’Eyadéma-fils
(selon un rapport confidentiel de l’Union Européenne), tout semble avoir
été mis en place au Gabon pour verrouiller le résultat du scrutin
présidentiel en amont. Sans parler, comme au Togo, des plus classiques
vols et bourrages d’urnes.
À l’instar du Togo, il est fort probable que ce qui s’annonce comme un
simulacre d’élection, au profit de l’un des nombreux dictateursgouverneurs mis en place par la France dans son pré-carré africain au
lendemain des prétendues ‘’indépendances’’, recevra le soutien sans
faille des plus hautes autorités de l’État français et de ses relais
internationaux. – OG]

Marseille l’Hebdo, La drôle de course à la voile des « frères »
congolais, 01/06 (Benoît GILLES) : « Le 5 juin, part la Route de
l’Equateur, une course océanique qui doit relier Marseille au port
de Pointe Noire au Congo-Brazzaville. Six bateaux, dont certains
de barrés par des skippers de renom, prendront le large, salués
à 11 heures par le passage de la patrouille de France. Dès le 2
juin [...] une grande partie du gouvernement congolais, le premier
ministre Isidore Mvouba, plusieurs de ses ministres, le frère et la
fille du président de la République, Denis Sassou Nguesso,
séjourneront à Marseille. Du très beau monde qui débarque
quasiment en catimini. Ni la Préfecture de région, ni la Préfecture
de police ne sont prévenues de cette “visite privée”. Ils n’ont
d’ailleurs rien prévu pour assurer la sécurité et le protocole du
séjour de ces illustre hôtes.
Seules la Ville de Marseille et la communauté urbaine
participent à l’organisation de la course en recevant les officiels
congolais et en mettant à disposition ses infrastructures
portuaires. “ Nous soutenons cette course indirectement par
l’intermédiaire du club de nautisme de l’YCPR, explique France
Gamerre. Nous remettrons aussi la Coupe de la Ville de
Marseille à l’issue des premières régates. » Du côté des autres
collectivités territoriales, ni soutien financier ni partenariat.
D’ailleurs, en ville, les rares affiches annonçant l’événement
présentent un nombre très réduit de partenaires. Seul sponsor
privé connu, Volvo Suède Méditerranée, concessionnaire local.
Pas trace du groupe Total, ni de Bolloré, tous deux très présents
au Congo. “Nous soutenons la course sur le site d’arrivée, à
Pointe Noire, dans le cadre des bonnes relations avec le pays
hôte ”, annonce-t-on chez Total. Ce peu de soutien a une raison

Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

Abonnez-vous :
France : 20
Soutien : à partir de 24

Étranger : 25

(chèque bancaire ou postal à l’ordre de Survie)

NOM :..................................................................................
Prénom :...............................................................................
Adresse : ..............................................................................
.............................................................................................
Code postal : ............ Ville :................................................
Abonnez un(e) ami :
France : 20
Étranger : 25
Soutien
Prénom, NOM : ...................................................................
Adresse : ..............................................................................
Code postal : ............ Ville :................................................
Je souhaite recevoir une plaquette de présentation de l’association Survie.

(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003–Paris)

*

simple : son budget de 1,5 million d’euros est quasi
intégralement pris en charge par la Société
nationale du pétrole congolais gérée par le neveu du président.
Car cette course a d’autres buts que la gloire du sport
nautique, dans un des pays les plus pauvres du monde où,
forcément, ce sport compte peu d’adeptes. Le but avoué par le
premier ministre Isidore Mvouba, lors de la soirée de lancement,
le 26 octobre dernier au Yacht Club de la Pointe-Rouge, est clair
comme de la communication institutionnelle : grâce à cet
événement, “ le Congo pourra lever le voile qui grève son image,
victime de la désinformation ”. Pays encore déchiré par la guerre
civile, à la démocratie toujours sujette à caution, le Congo a donc
décidé de figurer sur l’échiquier mondial comme le premier pays
africain à organiser une course à la voile. Soit. Mais pourquoi en
partant de Marseille ?
Cela tient à la personnalité d’un des personnages clefs de
cette histoire : Jean-Claude Vergier. Ancien élu vigouriste, passé
un temps chez Tapie, ce chef d’entreprise a tissé des liens étroits
avec le Congo durant son mandat municipal et à la chambre de
commerce. Des liens qui sont restés solides. “ Il y a quelques
années, j’ai reçu un coup de téléphone de Brazzaville, indique-til. C’était la présidence. Le lendemain, j’entrais au Congo sans
visa pour un séjour de quinze jours. Ensuite, j’y suis resté
comme conseiller spécial du président Sassou Nguesso en
charge de la coopération décentralisée. ”
Depuis, il possède un passeport diplomatique qui lui permet de
fréquents aller-retours et de nouer de discrètes relations entre
Marseille et Brazzaville. “ Ces relations ont débouché sur des
projets dans le domaine de la sécurité civile, grâce notamment
au Sdis 13, partenaire de la course [...] Nous avons développé
également un volet médical avec l’ONG Hôpital assistance. Mais
les projets les plus intéressants sont à venir, ils concernent les
infrastructures. La Chambre de commerce et l’Aéroport sont sur
les rangs pour réaliser la rénovation et l’exploitation de l’aéroport
de Brazzaville. Le Port de Marseille et Semfos, la société de
Charles-Emile Loo, sont intéressés par un projet de rénovation
des ports de Pointe noire et de Brazza. »
Contactée, la direction de l’aéroport a déclaré ne pas être
intéressée par ce projet. Quant au Port autonome, ses
responsables indiquent n’avoir jamais dépassé le niveau des
appels d’offre concernant le Congo. Le tout fait pschitt.
En revanche, on comprend mieux la nature des enjeux,
lorsqu’on sait qu’Hôpital assistance est une ONG directement
liée à la Grande loge nationale française (GLNF), une loge
maçonnique très implantée en Afrique. Jean-Claude Vergier est
souvent présenté comme le représentant d’Hôpital assistance au
Congo. [...] Si ces personnages admettent volontiers ne rien
connaître au monde de la voile, ils ont en commun leur parfaite
connaissance des réseaux maçonniques de la GLNF,
particularité que partage également le chef d’État congolais
Denis Sassou Nguesso et son frère Maurice, patron du club
nautique de Pointe noire et “éminence grise” du président, selon
Vergier lui-même. »
[Le départ de cette prestigieuse course a fort heureusement été perturbé
par les militants de Survie Marseille, et l’événement aura été davantage
marqué par leur intervention visuelle et sonore que par le passage de la
patrouille de France. Les militants de Survie, simplement armés d’un
mégaphone, de pancartes et d’une lettre ouverte au maire de Marseille,
ont rappelé au public qui était le dictateur Sassou Nguesso, les crimes
contre l’humanité dont il s’était rendu coupable, les complicités
françafricaines grâce auxquelles il était revenu au pouvoir, et les récentes
pressions élyséennes sur la justice française pour faire libérer un de ses
sbires incarcéré à la Santé dans le cadre de l’affaire des disparus du
Beach. Les curieux venus pour la course ont rapidement déserté
l’esplanade officielle, certains rejoignant même les manifestants, au
grand dam des organisateurs.
La presse locale a plutôt bien rendu compte de l’événement et des

#

’'
'. /



revendications de Survie qui, à défaut d’une réponse du maire Gaudin,
demande toujours une prise de position des élus municipaux contre ce
soutien à peine masqué de la mairie au dictateur. Les « partenaires »
officiels (le journal Métro, Volvo, la société Marseille Université Club, le
Yachting Club de Pointe Rouge, le ministère de la Défense, la Patrouille
de France, la Marine Nationale, la Ville et la communauté urbaine de
Marseille, Netency, Météo France) ont également été interpellés, sans
réponse à ce jour. – VS]

Darfour
AFP, Selon Wolfowitz, le Darfour a surtout besoin de
« développement économique», 17/06 : « Le président de la
Banque mondiale (BM) Paul Wolfowitz, en visite au Rwanda, a
estimé vendredi que le Darfour, dans l'
ouest du Soudan, se
trouvait dans une situation “post-génocide” et avait dorénavant
surtout besoin de “développement économique”. À cet égard, il a
appelé la communauté internationale à en faire plus pour aider le
Darfour. [...] Il a estimé que la BM avait un rôle à jouer dans la
reconstruction de cette région [...]. “Un génocide laisse des
séquelles très, très profondes sur la société… et cela pendant
très, très longtemps”, a-t-il déclaré. »
[Le Darfour, comme tout le Soudan, aurait d’abord besoin de justice.
Torture, meurtres, viols, exactions de tous ordres commises à l'
encontre
de la population civile, bâillonnement de la presse, sont le lot quotidien du
pays (voir notamment Sudan organisation against torture, SOAT,
www.soatsudan.org). Soulignons avec satisfaction que le président de la
Banque Mondiale évoque les souffrances d'
une population meurtrie avec
sollicitude. Il semble, cependant, insinuer que l'
affaire est entendue,
réglée en quelque sorte. Il n'
en est rien. Quelle volonté politique pour quel
objectif
Monsieur
Wolfowitz ?
Comment
se
développe-t-on
économiquement dans des circonstances qui sont celles du Soudan
aujourd'
hui ? Où les assassins continuent d'
agir ? – SC]

Rwanda
AFP, idem : « Jeudi, au début de son séjour à Kigali, M.
Wolfowitz a souligné “l'
énorme responsabilité” de la communauté
internationale qui n'
est pas intervenu lors du génocide au
Rwanda en 1994 [...]. Interrogé sur le fait que le Rwanda continue
à recevoir des aides financières alors que de nombreux
observateurs l'
accusent de violer la loi internationale en faisant
des incursions en République démocratique du Congo (RDC)
voisine, ce que Kigali dément, M. Wolfowitz a déclaré : “il nous
faut comprendre le problème. Et le vrai problème, ce sont les
tueurs [...] qui vivent en RDC ” a-t-il expliqué. “Je ne dis pas que
les incursions sont le bon moyen de le résoudre, mais nous
devons trouver une solution, car tant que ce problème n'
aura pas
été résolu, il y aura de l'
instabilité” a-t-il poursuivi. »
[Parmi les nombreux (vrais !) problèmes auxquels la région est
confrontée, c'
en est un « vrai» en effet – qui attend depuis onze ans
d'
être réglé. – SC]

°

*

dollars) reste abyssale. [...] Ce n’est pas un scoop :
une partie de l’argent prêté par les institutions
financières internationales au régime dictatorial du général
Habyarimana a servi a acheter des armes pour préparer le
génocide de 1994. [...] Sur ce sujet, les institutions financières
internationales, si promptes à étaler leur « générosité » sont
unanimement amnésiques. Le Club de Paris prétend par
exemple être incapable de remonter le fil des créances [...]
Questionné par Le Gri-Gri, le ministre de l’Economie rwandais,
Donald Kaberuka, préfère se réfugier derrière une argumentation
digne de ses créanciers : « Quand vous avez une dette, quelle
qu’elle soit, il faut l’honorer. C’est un principe de base. Et puis, à
l’époque, les mécanismes d’annulation de la dette n’existaient
pas. » Détail éclairant, M. Kaberuka brigue actuellement la
direction de la Banque Africaine de Développement. Qui dépend
de la Banque mondiale »
[Que la propagande des créanciers soit transformée en « information »
par certains médias ne surprend plus vraiment. En revanche, on ne peut
que profondément regretter la justification du paiement de la plus odieuse
des dettes par le ministre rwandais de l’Économie. La mémoire du
génocide est-elle soluble dans la realpolitik ? – VS]

Gilles Labarthe

Le Togo

de l'
esclavage au libéralisme mafieux
Dossier noir n° 20 d’Agir ici et Survie
Éd. Agone, 2005, 206 p., 12

franco à Survie

Cette enquête mène le lecteur à la découverte d'
un pays
encore méconnu : le Togo, l'
une des plus longues dictatures
militaires de l'
histoire contemporaine africaine. Dans ce pays
« ami de la France » s’activent depuis plus de quarante ans un
ensemble de réseaux au service d'
une passion commune : le
détournement des fonds publics et le pillage des ressources
naturelles.
En réponse aux thèses persistantes qui voudraient attribuer la
responsabilité du marasme aux Africains eux-mêmes, ce
nouveau Dossier noir de la politique africaine de la France
démonte les principaux mécanismes et jeux d'
influence étrangers
qui ont contribué à ruiner depuis 40 ans l'
équilibre économique et
social d'
une jeune nation, surnommée la « Suisse de l’Afrique »
jusqu’à la fin des années 1970.
Le coup d’État militaire et les récentes pressions diplomatiques
qui ont immédiatement suivi la mort de Gnassingbé Eyadéma, le
5 février 2005, ont encore confirmé le rôle prépondérant des
chancelleries occidentales qui cherchent à garantir leurs intérêts
dans la région.

Directeur de la publication : François-Xavier Verschave.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.

Le Gri-Gri International, Rwanda, les créanciers aussi se
fendent la gueule !, 02/06 (Marc de Miramon) : « Malgré les
effets d’annonce, le Rwanda continue de rembourser une dette
en partie contractée pendant la préparation du génocide. [...] Les
temps changent. Un site Internet a été inauguré en 2000 et le
Club [de Paris] inonde désormais les rédactions de communiqués
sur son action « positive ». En témoigne l’annonce en fanfare de
l’annulation de la dette du Rwanda, le 10 mai dernier. Une
« information », immédiatement relayée par Le Monde et l’AFP,
qui mériterait pourtant quelques éclaircissements. Si le Rwanda
a effectivement vu « levée » sa créance de 100,4 millions de
dollars au Club, sa dette extérieure (environ 1,5 milliards de

Comité de rédaction : Lounis Aggoun (LA), Pierre Caminade (PC),
Sharon Courtoux (SC), Christian Loubier (CL), Sisulu Mandjou Sory
(SMS), Victor Sègre (VS), Odile Tobner (OT).
Ont aussi participé : Dobian Assingar, Vincent Corsaire, Olivier
Guilbaud (OG), Benjamin Moutsila, Massalbaye Tenebaye, .
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint–Martin, F75003–Paris –
Commission paritaire n° 76019 – Dépôt légal : juillet-août 2005 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20 (Étranger : 25 ; Faible revenu : 16 ) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
http://www.survie-france.org – survie@wanadoo.fr

Haut

fgtquery v.1.9, 9 février 2024