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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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La démocratie contre la
Françafrique
Malgré de très fortes contraintes (comme le redoublement
de cynisme politique, économique et financier des grandes
puissances) et d’immenses difficultés intérieures,
les peuples sous la botte des dictatures françafricaines
ne cessent de faire savoir, d’une façon ou d’une autre,
leur aspiration à la démocratie. Ils veulent des dirigeants
légitimes, et non ceux que Paris a choisis pour eux.
Au Togo, ce qui n’est pas un mince exploit, la vraie
opposition a su se choisir un candidat unique, Emmanuel
Bob Akitani, le vainqueur réel de la présidentielle de 2003.
Le pouvoir en place présente Faure Gnassingbé, le fils
du dictateur, et dispose en principe toutes les possibilités
administratives et militaires d’une fraude gigantesque –
une perspective sur laquelle ferment les yeux l’Union
européenne et l’instance politique ouest-africaine,
la CEDEAO, “travaillées” par la diplomatie française.
Mais le peuple togolais sait que, s’il obtient un tout petit
minimum de contrôle du processus électoral, le razde-marée anti-dictatorial submergera la part de fraude
inéluctable. Tout l’enjeu consiste donc, pour les amis
du Togo, à aider les démocrates de ce pays à maintenir
assez de failles dans le verrouillage du scrutin. Le clan
Eyadéma n’aurait alors plus d’autre choix que d’accepter
un vote de rejet massif du régime, ou casser ce résultat en
se trouvant confronté à un déficit abyssal de légitimité.
En Centrafrique, la victoire du général putschiste
François Bozizé était, disait-on, programmée d’avance
dès le premier tour du scrutin présidentiel (le 13 mars).
À l’heure où nous bouclons, il semble bien que les
résultats du vote conduisent vers un second tour indécis.
L’électorat centrafricain aura résisté à ses programmateurs.
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Au Tchad, les aléas croissants de la santé du dictateur
Déby plongent le pays dans une incertitude qui accroît
les marges d’arbitraire des forces miliciennes du régime.
Le chaos qui se dessine peut conduire au pire. Mais
l’Union africaine aura du mal à ignorer le précédent
togolais si un coup d’État militaire devait afficher
de manière trop voyante l’auto-prolongation de ce régime
totalement discrédité. Il y aura peut-être un peu d’espace
pour les partisans d’un scrutin présidentiel sous contrôle
international.
À Djibouti, les intérêts stratégiques français, américains
et européens sont pour le moment trop forts. Le 8 avril,
ils laisseront Ismaël Omar Guelleh renouveler par un scrutin
présidentiel truqué son bail de geôlier d’un pays livré
aux armées étrangères. L’opposition djiboutienne a choisi
de boycotter ce scrutin : c’est un choix difficile, mais qui
peut préserver son honorabilité, et donc ménager l’avenir.
Si l’on ajoute la forte mobilisation du peuple du grand
Congo (Kinshasa) en faveur d’une sortie par le haut des
tourments post-mobutiens, c’est-à-dire des élections en
2005 sous haute surveillance internationale, il faut
constater que l’aspiration à la légitimité politique n’a pas
cessé de remuer l’Afrique.
François-Xavier Verschave
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La Françafrique soutient Faure très
fort pour les présidentielles au Togo
S’il ne tenait qu’à la Françafrique où
l’on trouve incongrues des élections
transparentes, Faure Gnassingbé (ou
Baby Gnass) serait proclamé président
du Togo lors des présidentielles du 24
avril prochain. Il représente à ses yeux le
bon cheval à placer « gagnant », comme
son père le fut trente-huit ans durant de
pouvoir sans partage. La tête pensante
de la Françafrique, Jacques Chirac, et sa
cour savent que ces élections ne sont
pas gagnées d’avance et qu’il serait
extrêmement difficile de les piper comme
en 1998 et 2003 sans faire imploser un
pays déjà exsangue qui n’a d’autres
ressources probantes à vendre que sa
stabilité tonton-macoutisée. Depuis la
crise ivoirienne, ne sert-il pas de basearrière sécurisée à une France en train
d’être chassée du pays-vitrine-de-laFrance-en-Afrique ?
La machine à frauder se met
progressivement en place, utilisant les
vieilles recettes éprouvées : précipiter la
date du scrutin (ce qui est fait, mais reste
à la tenir) ; tripatouiller tout le processus
électoral : découpage, listes, cartes,
bourrage des urnes, vote des morts et
des bêtes sauvages, falsification des
procès-verbaux, inversion des résultats,
etc. Des vassaux françafricains voisins
tels que Blaise Compaoré du Burkina
Faso, Mathieu Kérékou du Bénin et John
Kufuor du Ghana, qui fait des pieds et
des mains pour rentrer dans le club
françafricain, sont caressés dans le sens
du poil pour fournir des contingents
d’électeurs ambulants le jour du scrutin.
Ce trio de trissotins s’était déjà signalé
par son silence abyssal lors du coup
d’État militaire du 5 février qui catapulta
Baby Gnass dans le fauteuil tout chaud
de son père. Mieux, John Kufuor envoya
son ambassadeur à la prestation de
serment du fiston, le Caméléon béninois
se fit le cerbère de Fambaré Natchaba,
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président de l’Assemblée nationale, à qui
revenait constitutionnellement le pouvoir
intérimaire, tandis que le beau Blaise du
Faso n’hésita pas à dénoncer les
sanctions prises le 19 février par la
CEDEAO (Communauté économique
des États de l’Afrique de l’Ouest) pour
contraindre Baby Gnass à la démission.
Ce n’est pas un hasard si la CEDEAO
se précipita pour suspendre les sanctions qu’elle venait à peine de prendre,
estimant la démission de Baby Gnass
suffisante. C’est ici que la fraternité maçonnique (notamment dans sa branche
la plus affairiste et mafieuse, la Grande
Loge Nationale de Française – GLNF –
qui cherche à évincer le Grand Orient de
France en Afrique et à laquelle émargent
la plupart des dirigeants françafricains de
la CEDEAO), est actionnée pour que le
« frère » Baby Gnass l’emporte le 24
avril. Le « Monsieur Afrique » de la
GLNF mobilise comme un beau diable
ses troupes sur le terrain, car est en jeu
le sort du produit des trafics d’armement,
de la drogue, des diamants du sang, du
PMU, des valises de billets CFA
baladeuses entre les caisses des partis
politiques français et les paradis fiscaux.
Et le grand Faure est bien placé pour
connaître tous les arcanes de ce trafic.
Le majordome de la Françafrique,
Jacques Chirac, supervise du haut de sa
myopie toutes ces manœuvres de la
crise successorale avec son « Monsieur
Afrique principal », de Bonnecorse de la
bonne graine, et son « Monsieur Afrique
adjoint », Xavier Darcos, ministre de la
Coopération. Des coups de fil, des fax,
des messages électroniques sont échangés de part et d’autre pour peaufiner
l’issue du 24 avril.
La fragilité militaro-sécuritaire de Baby
Gnass, qui a le tort de ne pas être un
militaire, est-elle son tendon d’Achille ?
Le lieutenant-colonel Benoît, responsable
de la DGSE (Direction générale des
services extérieurs) à l’ambassade de
France à Lomé, est chargé de débaucher
à coups de milliards de francs CFA à
Ouagadougou, où il s’est réfugié après
sa disgrâce, l’ancien chef d’état-major de
l’armée de terre, le lieutenant-colonel
Kouma Biténiwé. Celui-ci a été la cheville
ouvrière de la terreur et de la violence
extrême que le Togo a connues dans les
années 1990, qui ont permis au général
Eyadéma de retrouver la plénitude des
pouvoirs dont la Conférence nationale
l’avait dépouillé en août 1991. Craint et
respecté
au
sein
d’une
armée
monoethnique, mais parcourue de vents
et de courants contraires, il est l’un des
rares officiers supérieurs à rallier encore
les suffrages des hommes de rang livrés
à eux-mêmes dont il aimait défendre les
intérêts corporatistes légitimes. Sa
capacité de nuisance étant pour cela
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énorme, il convient le neutraliser en le
mettant au service du fils de son ancien
patron. Mais le Kouma Biténiwé fait pour
le moment de la résistance, au grand
désespoir de la Françafrique. Il a le culot
de demander l’amnistie pour lui-même et
pour ses hommes, déserteurs ou
embastillés depuis des lustres pour
« tentative de coup d’État ».
Dans la plus grande discrétion, le
majordome de la Françafrique a reçu
trois des généraux putschistes togolais à
l’Élysée afin qu’ils se préparent à faire
leur « boulot » une fois les résultats
proclamés, étant entendu que le parrain
se débrouillera pour apporter sa caution
anticipée aux résultats du scrutin. La
visite de Baby Gnass est programmée à
Paris dans les semaines à venir où des
publi-reportages et des encarts dans les
journaux bien ficelés attendent de lui être
consacrés. Malgré sa démission, c’est
Baby Gnass qui est le président de fait
du Togo, reléguant à la cave le président
intérimaire, Abass Bonfoh. À Libreville, à
Tripoli, à Ouagadougou, à Cotonou, etc.
les honneurs dus un chef d’État lui sont
rendus.
Dans le même temps, l’on assiste au
retour au bercail d’exilés forcés ou volontaires, la plupart du temps d’anciens
militaires décidés à se mettre au service
de Faure considéré comme le futur
« Homme fort » du Togo. La Françafrique est décidée à passer en force pour
imposer Faure, même au prix de massacres si cela est nécessaire, en espérant
que la « communauté internationale » ne
bronchera pas trop pour quelques têtes
de nègres, tués pour maintenir « la paix,
l’ordre et la sécurité » dans ce petit pays
où ne se joue point le sort de l’humanité.
Quelques organisations humanitaires et
associations de défense des droits de
l’Homme crieront au scandale, mais leurs
voix ne pèseront pas plus lourd que celle
de la Françafrique éternelle qui a accumulé
beaucoup de savoir-faire en la matière.
Celle-ci commence pourtant à avoir de
sérieux doutes depuis que l’opposition a
sorti de son chapeau son candidat
unique, d’autant que le clan au pouvoir
est loin d’être soudé : une partie de
l’armée traîne les pieds à suivre le fiston
en attendant la nuit des longs couteaux,
la famille est à hue et à dia autour du
coffre-fort familial : les ayants-droit, aussi
nombreux que les étoiles dans le ciel (les
demi-frères, les demi-sœurs, les bellesmères, les belles-sœurs, les cousinscousines,
les
oncles-tantes,
les
collatéraux-collatérales connus-inconnus,
etc.) veulent se partager le butin avant
les élections. Se regardant en chiens de
faïence, ils ne veulent pas que Faure
confonde sa part avec la leur dans le
gouffre d’une campagne électorale dont
l’issue n’est pas rassurante.
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Peut-être le parrain de la
Françafrique sera-t-il obligé
d’intervenir dans cette haute politique
distributive où sa part risque d’être
siphonnée par des rapaces incontrôlés ?
Mais avec lui il faut s’attendre à tout,
même à la sottise cynique aussi énorme
que le ciel qui vous laisse bouche bée.
[Comi M. Toulabor, Directeur de
recherche au CEAN-Sciences Po
Bordeaux]
Candidature saugrenue
Après avoir annoncé qu’il serait
candidat à l’élection présidentielle au
Togo, Kofi Yamgnane y a renoncé (AFP,
23/03) et il s’est rallié à la candidature
unique de l’opposition. C’est la sagesse
même. Rappelons que Kofi Yamgnane a
fait une carrière politique en France, au
Parti socialiste, abandonnant le Togo
pendant trente ans à la dictature de l’exsergent de l’armée française Eyadéma,
devenu maréchal-président. Jamais en
effet cet homme public ne s’est opposé
publiquement, en paroles ou en actes, à
la dictature d’Eyadéma, soutenue par les
hommes politiques français de tous
bords, de Chirac à Rocard, alors qu’elle
subsistait grâce à la violence et aux
trucages électoraux.
Rien dans sa carrière, au demeurant
respectable, au service de ses électeurs
français, ne le prédestinait donc à devenir, pour le Togo, une homme providentiel. Quelques malheureuses déclarations, où il mettait sur le même plan
Faure Gnassingbé, rejeton d’Eyadéma, mis
aux commandes par son père, et Gilchrist Olympio, fils du président Sylvanus
Olympio assassiné par Eyadéma,
opposant courageux à la dictature de ce
dernier, ont achevé de déconsidérer sa
démarche. Mais il n’est pas trop tard,
bien sûr, pour qu’il serve de toute son
influence le processus démocratique au
Togo. [Odile Tobner]
Feu vert européen à la dictature
L’Union européenne s’est engagée à
favoriser la démocratie et l’État de droit
dans les pays du Sud avec lesquels elle
coopère. L’un des moyens les plus
simples est d’envoyer des observateurs
aux élections pour dissuader la reconduction frauduleuse des dictatures. Or ce
geste élémentaire pose un problème à
l’UE : que faire si, malgré cette présence
d’observateurs, la fraude a quand même
lieu ? Il faudrait en tirer les conséquences et couper les ponts avec le
régime en question, pour ne pas cautionner
la tyrannie... Un comportement trop
courageux, et qui déplairait souvent à la
France, premier contributeur de l’aide
européenne.
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Cabinda oublié
Alors, l’habitude commence à se
prendre de ne plus envoyer d’observateurs, pour ne plus avoir de tels cas de
conscience... C’est la raison, avouée
dans les couloirs bruxellois, du non-envoi
d’observateurs
pour
les
élections
centrafricaines. Pour le scrutin togolais,
l’UE a pu prétexter du manque de
temps... Ainsi, si la dictature s’installe ou
se perpétue à Bangui et à Lomé, les
entreprises et les magouilles françafricaines pourront quand même émarger
à l’aide publique européenne. [FXV]
Annexé et occupé militairement en
1975 par l’Angola (dont il est séparé de
plus de 30 km par le débouché sur
l’Atlantique du Congo-Kinshasa et du
fleuve Congo), victime des calculs
stratégiques des grandes puissances et
d’une surabondance de pétrole, le
Cabinda continue d’être martyrisé par les
troupes angolaises dans l’indifférence
criminelle de la communauté internationale. Un peu comme la Tchétchénie.
À la façon des milices et soldatesques
de l’ami Sassou, que l’Angola a remis en
Communiqué de la société civile relative aux naufrages des bateaux entre Anjouan et Mayotte
Non, les Comoriens ne sont pas des "clandestins" chez eux
Communiqué du Collectif pour l'abrogation du Visa Balladur 1, le 25/03
Les COMORES sont en deuil. Le lundi 7 mars 2005, une embarcation de fortune (kwasa-kwasa),
avec à bord 43 passagers, a quitté Anjouan (Ndzuwani) dans l'
après-midi à destination de Mayotte
(Maoré). Près des côtes maoraises, une patrouille de l'
armée française prend en chasse le kwasakwasa. Voulant fuir une embarcation de la gendarmerie française, le kwasa-kwasa chavire. Bilan :
32 morts et disparus. Seuls 7 rescapés et 4 corps retrouvés, sont "rapatriés" à Anjouan (Ndzuwani).
La responsabilité des "gardes côtes" français qui seraient à l'
origine de ce drame est à établir. Le
crime de non-assistance à personnes en danger n'
est pas à écarter.
C'
est un carnage de plus dans cette partie des eaux comoriennes (la distance séparant Mayotte
d'
Anjouan ne dépasse pas 75 km) devenues au fil du temps un véritable cimetière pour les
Comoriens qui osent braver les barrières du "visa Balladur" imposé aux Comoriens des trois îles de
l'
archipel (Anjouan, Mohéli et Grande-Comore) pour entrer à Mayotte, cette île comorienne sous
occupation française depuis 1975, année de l'
accession du pays à l'
indépendance. Dans cette
région de l'
Océan Indien occidental, ce n'
est pas le Tsunami qui tue, mais une variante du mur de
Berlin "construit" par notre ancienne puissance coloniale et qui tue plusieurs milliers de concitoyens
comoriens depuis dix ans.
Ces drames à répétition sont le résultat d'
une violation flagrante du droit international par la
République française qui, par des simulacres de référendums, s'
est maintenue illégalement en
territoire comorien de Mayotte. En effet, une vingtaine de résolutions des Nations unies
condamnent la présence française à Mayotte. Mais au mépris du droit international et du peuple
comorien, la France refuse systématiquement depuis trente ans de se soumettre aux exigences de
la communauté internationale. Voici ce que stipule une de ces résolutions de l'
ONU (n°31/4 du
21/10/76), qui :
« 1- condamne les référendums du 8 février et du 11 avril 1976 organisés dans l'
île comorienne
de Mayotte par le gouvernement français et les considère comme nuls et non avenus, et rejette :
a) toute autre forme de référendum ou consultation qui pourrait être organisée ultérieurement en
territoire comorien de Mayotte.
b) toute législation étrangère tendant à légaliser une quelconque présence coloniale française en
territoire comorien de Mayotte.
2- condamne énergiquement la présence française à Mayotte qui constitue une violation de
l'
unité nationale, de l'
intégrité territoriale et de la souveraineté de la République indépendante des
Comores ».
Selon la presse locale et les organisations humanitaires de la sous-région, les victimes de ces
naufrages se comptent désormais en milliers (entre 3 000 et 4 000 victimes).
La circulation des personnes et des biens à l'
intérieur des îles Comores est compromise par ce
visa. Ce droit élémentaire inscrit dans la Déclaration des droits de l'
Homme et du citoyen – « Toute
personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien et de revenir dans son pays » (Art. 13 de
la Déclaration des droits de l'
Homme et du citoyen, adoptée le 10 décembre 1948 par l'
Assemblée
générale des Nations unies) – est privé au peuple comorien par la République française qui s'
est
arrogée le droit de réglementer la circulation des Comoriens à l'
intérieur de leur pays. Qui est le
Français qui trouverait normal qu'
un gouvernement étranger exige un visa à un Marseillais qui
souhaite se rendre en Corse ? Inimaginable scénario ! C'
est pourtant ce que la France impose aux
Comoriens.
Ce visa français transforme de fait, les Comoriens en "clandestins" chez eux. C'
est inacceptable !
Non, les Comoriens ne sont pas des clandestins chez eux.
Pour toutes ces raisons, les signataires exigent :
– l'
ouverture d'
une enquête judiciaire pour identifier et juger les coupables de ce drame ;
– l'
abrogation inconditionnelle du visa Balladur, et permettre ainsi la circulation des biens et des
personnes à l'
intérieur de l'
archipel ;
– le respect des résolutions des Nations unies par la France ;
1. Constitué à cette occasion par la DIASCOM, SOS Démocratie Comores, l'
ACDH (Association Comorienne des
Droits de l'
Homme), la GAC (Guilde des Artistes Comoriens), le GRITAC (Groupe de Réflexion pour l'
Intégrité
Territoriale de l'
Archipel des Comores), Survie.
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selle au Congo-Brazzaville
voisin, l’armée occupante
n’hésite pas à massacrer les populations
de l’intérieur du pays par des offensives
à
l’arme
lourde
ou
les
raids
d’hélicoptères d’assaut. Selon le Comité
d’action et d’aide aux réfugiés du
Cabinda (CAARC), quatre femmes, soupçonnées d’être les épouses d’éléments
du FLEC (Front de libération de l’enclave
du Cabinda), ont été enlevées le 29
décembre 2004, violées et torturées.
Prises en otage, « enfermées dans les
camps militaires où elles subissent des
rapports sexuels forcés, elles servent de
“boucliers humains” dans les patrouilles de
l’armée à la recherche des campements
du FLEC » (communiqué du CAARC,
mbandurefugies@yahoo.fr).
Pendant
ce
temps,
le
Hautcommissariat aux réfugiés (HCR) fait
pression sur les réfugiés cabindais du
Congo-B pour qu’ils rentrent au pays –
alors que beaucoup des rapatriés de
2001 ont été victimes des opérations de
« nettoyage » ultérieures. Sassou dans
le Pool, Dos Santos au Cabinda : même
combat ! [FXV]
Soutien à Dobian Assingar,
Président d'honneur de la Ligue
tchadienne des droits de l'Homme
Le président d'
honneur de la Ligue
tchadienne des droits de l'
Homme
(LTDH), Dobian Assingar, a critiqué la
gestion des revenus pétroliers au Tchad
sur RFI le 2 mars dernier 1. En conséquence, Pascal Yoadimnaji, Premier
ministre tchadien, a demandé au Collectif
des Associations des droits de l'
Homme
[tchadiennes] (ADH) de démettre M.
Assingar de ses fonctions de représentant de l'
ADH au sein du Collège de
contrôle et de surveillance des ressources
pétrolières (CCSRP). Le gouvernement
tchadien n'
a aucun titre pour exercer de
telles pressions sur le Collectif, mais les
membres de celui-ci s'
inquiètent pour la
sécurité de celui qui, ayant osé
s'
exprimer, est ainsi visé.
On ne saurait assez rendre hommage
au courage de ceux qui, sous une dictature, résistent aussi bien à l'
oppression
qu'
à l'
envie de baisser les bras. L'
un
d'
entre eux se nomme précisément
Dobian Assingar : depuis des années, ce
dernier, en dépit de multiples menaces,
ne cède pas un millimètre de terrain au
régime d'
Idriss Déby, qui détruit le
Tchad, et qui bénéficie du soutien de la
politique africaine de la France dans
cette sinistre besogne.
Il serait illusoire d'
attendre la moindre
manifestation des autorités françaises en
faveur des objectifs du Collectif ADH, qu'
il
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s'
agisse de la gestion pétrolière ou de
l'
organisation d'
élections enfin transparentes, susceptibles de mettre fin au règne
du dictateur – une priorité pour les ADH.
Sachez, Monsieur Assingar, que notre
position est tout autre. Vous pouvez
compter sur notre soutien. Soyez assuré
de notre admiration et de notre respect,
pour vous et pour tous ceux qui mènent
avec vous un si difficile combat. Notre
pays s'
est couvert de honte, au mois de
mai 2004, lorsque le ministre français
délégué à la Coopération, Xavier Darcos,
a salué l'
adoption par l'
Assemblée
nationale tchadienne d'
un projet de
révision constitutionnelle destinée à
permettre au dictateur de briguer un
nouveau mandat présidentiel. Vous avez
alors critiqué cet avis officiel français
(vous aviez, ô combien, raison !) et vous
êtes vu aussitôt refuser le renouvellement de votre visa d'
entrée en France 2.
Nous n'
aurons de cesse que de laver
cette honte, et cet affront. [Sharon
Courtoux]
1. M. Assingar a estimé que la loi portant
gestion des revenus pétroliers (loi n°
001/PR/99) est discriminatoire car elle ne
concerne que trois champs pétroliers (Komé,
Miandoum et Bolobo), laissant donc libre
cours aux autorités pour agir à leur guise
ailleurs. Quand on sait que le Tchad est une
dictature
militaro-mafieuse,
on
prend
conscience de la signification des déclarations
du militant des droits de l'
Homme : l'
or noir
provenant des champs non concernés par la
loi ne sera soumis à aucun contrôle.
2. Depuis lors, M. Assingar a pu renouveler ce
visa, mais pour une période inférieure à un an,
la durée dont il bénéficiait auparavant.
Survie a apporté son soutien à la pétition
lancée
par
l'
association
djiboutienne
République et Développement, ainsi que
Mohamed Habib Boko et Abdourahman
Waberi
pour boycotter la
mascarade électorale du
8 avril 2005 à Djibouti
« Nous soussignés, citoyennes et citoyens
de la République de Djibouti, artistes,
intellectuels, membres de la société civile,
apportons notre soutien à l’appel au boycott
des élections présidentielles d’avril 2005
préconisé par l’opposition djiboutienne.
Les dernières élections nationales ont
dévoilé le détournement massif des choix des
urnes, et aucune garantie d’élections
honnêtes n’a été mise en place depuis lors.
C’est pourquoi nous appelons le peuple
djiboutien à se joindre à cet appel pour
dénoncer la farce électorale du 8 avril
prochain, qui ne vise qu’à légitimer une
nouvelle défaite de la démocratie.
Nous considérons que toute forme de
participation au processus électoral n’aurait
d’autre signification que d’entériner le viol de
l’État de droit, et nous refusons que le choix
du peuple soit une fois de plus bafoué. »
Contact :
http://www.lapetition.com/sign1.cfm ?numero=915
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Le choix du boycott est toujours une
décision difficile à prendre pour une
opposition démocratique. Mais quand
celle-ci est assurée qu'
une participation
la transformerait en faire-valoir d'
un jeu
politique complètement truqué, c'
est un
choix qui peut être le meilleur (ou le
moins pire). Survie se fie en cela à
l'
appréciation de ceux qui, sur place,
combattent sans faiblir une dictature
mafieuse.
Si Dieu et le GSPC n’existaient pas,
Jean-Louis Bruguière les inventerait
« Tout le monde est conscient de la
nécessité de coordonner les efforts [afin]
d’assurer un contrôle efficace de l’activité
de ces groupes au Sahel [...]. Cette
région est extrêmement difficile et ses
pays ont besoin de gros moyens, surtout
que le GSPC possède de gros moyens
militaires [...]. Cette organisation terroriste
a des liens dans des pays du Sahel et la
France est en train de suivre les
développements dans la région qui
constituent les centres d’intérêt des
grands pays comme les États-Unis
d’Amérique. » C’est par ces termes
doctes dans le journal El-Khabar (10/03)
que Jean-Louis Bruguière justifie la
campagne de néocolonisation entreprise
par les puissances occidentales dans cet
espace sahélo-saharien qui abrite des
gisements insondables de pétrole.
Une semaine après jour pour jour,
c’est cette fois via Le Quotidien d’Oran
(17/03) que Jean-Louis Bruguière intervient : « Maintenant que le GIA a disparu, c’est le GSPC qui a rejoint momentanément [sic !] Al-Qaïda qui nous inquiète
particulièrement dans la région du
Sahel », avant de proclamer « s’intéresser à toute la mouvance islamiste
maghrébine, pas particulièrement algérienne, du GICM marocain au FIT
tunisien jusqu’au JIGM libyen : “Tout ce
qui se passe dans cette région nous intéresse au plus haut point car la France
est impliquée dans cette sous-région [...].
Le risque, ce sont des groupes
sahéliens, labellisés par le GSPC, qui
sont susceptibles de passer à l’action.” »
La qualité de tous ces propos est à
mesurer à l’aune d’une autre sortie de ce
juge « anti-terroriste » hors norme :
« Nous avons stoppé, fin 2002, une
tentative d’attentat majeur qui affectait
probablement le métro parisien, [et]
d’autres cibles, avec une arme chimique
nouvelle. [...] Si nous n’avions pas réussi
à agir et à démonter ce réseau – donc,
c’était en décembre 2002 –, je pense
qu’il y aurait eu, en France, plus de morts
qu’à Madrid. » (Le Canard enchaîné,
06/10/2004)
Au journaliste de l’agence Reuters qui
veut en savoir plus, Bruguière bafouille :
'.
« Oui, oui, c’est quelque
chose qui n’est pas très
connu » (ibidem). Le lendemain, l’« info »
sensationnelle est répercutée dans les
radios, Le Monde, Le Figaro qui écrit :
« Un attentat contre le métro parisien
déjoué en 2002 » et dans Paris Match
pour qui « Al-Zarkaoui projetait un
attentat chimique dans le métro
parisien. » (Paris Match, 30/09/2004)
Bien sûr, aucune réelle tentative d’attentat majeur dans le métro, mais une
invention du juge Bruguière, de la pure
intox pour cultiver la peur, pourquoi pas la
haine du Maghrébin. Renseignement pris
par nos confrères du Canard enchaîné,
la Direction générale de la police nationale (DGPN) s’avoue « plutôt embarrassée. On ne fait pas de commentaires sur
cette déclaration de M. Bruguière. Il dit
ce qu’il veut, il est libre de ses propos. »
Quant à Bruguière, il leur fait savoir qu’il
« ne répond jamais aux questions des
journalistes »...
Conclusion : les journalistes d’ElKhabar et du Quotidien d’Oran ont sans
doute parlé à un fantôme, qui leur aurait
parlé des erratiques menaces du GSPC,
créé par le régime algérien pour justifier
aux yeux du monde la livraison des
richesses de l’Algérie aux intérêts
étrangers. [Lounis Aggoun]
Le Quai d’Orsay, filière
d’immigration clandestine
Depuis la rentrée scolaire 2004-2005,
l’école algérienne est sur la brèche. Salaires impayés des enseignants, bibliothèques sans livres, conditions sociales
indignes, éducation au rabais... les motifs
de protestation sont pléthore. La
démocratie est aussi au cœur des
revendications : un rapport d’un syndicat
autonome stigmatise « le quadrillage
politique de la communauté universitaire
pour briser tout mouvement de contestation [...], la gestion et la répartition de la
rente sous forme d’heures complémentaires, de stages de formation à l’étranger, de congrès scientifiques », etc. (Le
Quotidien d’Oran, 07/02).
En décembre, un étudiant est arrêté
par les forces de l’ordre. Le sit-in
organisé pour réclamer sa libération est
violemment réprimé. Passages à tabac,
exclusions, arrestations et peines de
prison se multiplient. Les syndicats estudiantins sont persécutés, mais les
étudiants tiennent bon et la contestation
dure deux mois, s’étendant à toutes les
universités. Ce foyer de révolte inquiète
le pouvoir, car la population algérienne
est au bord de l’explosion ; une étincelle
mal négociée et c’en serait fini du
régime. Cependant, comme chaque fois
que la dictature algérienne est menacée,
’$
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’
la France est là pour la tirer d’affaire...
Tandis que le ministère de l’Enseignement supérieur algérien promet une
prime de « 100 000 dinars pour chaque
thèse soutenue dans les délais » et à
« tout professeur et maître de conférence
[...] un congé scientifique [...] auprès d’une
grande université étrangère [... où ils]
conserveront le traitement au niveau des
établissements d’origine et disposeront
en plus d’une prime mensuelle [...] de
1 400 [à] 1 700 dollars mensuels » (ElWatan, 24/01), l’ambassadeur de France à
Alger, Hubert Collin de Verdière, surenchérit : il offre d’accueillir ces migrants...
en France, et de dépêcher des professeurs français en Algérie pour « la formation des élites de ce pays ». « Une
nouvelle réjouissante [mais] le nombre
[annoncé de 600 professeurs français est]
modeste », s’exclamait El-Watan (02/10/
2004). « Même pour une colonisation
restreinte », aurait pu conclure Bugeaud.
Pour mémoire, c’est notamment par ce
procédé que des centaines de milliers
d’enseignants, de chercheurs, de médecins, de chirurgiens de qualité ont fui
l’Algérie. Selon le ministre de la Coopération Xavier Darcos, 214 000 d’entre
eux exercent dans des établissements
d’enseignement supérieur en Europe et
aux USA. Combien sont-ils, par ailleurs,
à vivre de petits boulots indignes, dans la
clandestinité ? De même, pour contrer le
boycott de l’« année de l’Algérie en
France » en 2003, l’on a offert aux petits
artisans kabyles un visa et une allocation
en devises pour les inciter à se rendre en
France. Rares sont ceux qui sont repartis
à l’issue de la visite. Mais que valent
quelques
milliers
d’immigrants
clandestins lorsque l’enjeu est le maintien au pouvoir d’un régime assassin
« ami », source intarissable de prébendes ?
Conséquence de cette « politique »
universitaire : en Algérie, la dynamique
citoyenne est enrayée... Mais ses
prolongements auront aussi des effets
désastreux en France. On se souvient
que, au prétexte de menace terroriste,
Reporters sans frontières avait invité les
rédactions françaises à « offrir asile à un
journaliste algérien », faisant d’elles à la
longue des relais de la propagande des
généraux. On devine facilement que le
réseau Belkheir, au cœur de la junte
algérienne, profitera de cette migration
pour infiltrer ses supplétifs et on ne sait
que trop les dégâts dont ils sont
capables dans le milieu de l’Éducation en
France – piégé entre « voile politique » et
« casseurs » de manifs. Car ces
détachements fort bien rémunérés iront
majoritairement à des enseignants
algériens privilégiés, cooptés par le
pouvoir.
°
Encore une fois, cette « générosité »
française n’est qu’un écran de fumée
pour voiler une campagne de dépossession à grande échelle. On ne consent,
par « humanité », un sou troué à ce
peuple qu’une fois mis en lieu sûr les
bénéfices colossaux qu’offre aux sociétés étrangères l’économie de prédation
algérienne. Le gouvernement algérien
prépare une loi destinée à céder à ces
sociétés 100 % des gisements d’hydrocarbures qu’elles exploitent, au lieu des
49 % actuels, qui leur permettent déjà de
dégager des marges pharaoniques !
Mais qu’importe puisque, lorsque « les
élites » algériennes formées par la
France commenceront à comprendre
que leur pays est livré à un dépeçage
abject, la filière d’immigration clandestine
du Quai d’Orsay pourra offrir une porte
de sortie aux plus dociles d’entre elles...
[LA]
Saga Khalifa
Ambiance au tribunal. La juge d’instruction de Nanterre, Isabelle PrévostDesprez, qui avait jusque là en charge,
pour la partie française de l’affaire, le
lourd dossier du scandale Khalifa, vient
opportunément d’être promue viceprésidente du tribunal de Nanterre et a
officiellement abandonné le dossier.
Selon le journal Le Parisien, la chambre
d’instruction de Versailles aurait été
saisie d’une demande d’annulation de la
part d’un groupe d’avocats.
Il faut dire qu’outre les deux « monstres sacrés » du cinéma français Cathe1
rine Deneuve et Gérard Depardieu , la
police a découvert que bien d’autres
personnalités politiques, du showbiz, du
cinéma et de la télévision auraient bénéficié des largesses payées en liquide par
Abdelmoumène Khalifa. Citons en vrac
et dans le désordre, toujours selon Le
Parisien : Jack Lang, Béatrice Dalle,
Adriana Karembeu, Patrick Bruel,
Anthony Delon, Fiona Gelin, Sophie
Favier, Alexandra Bronkers, Bernard
Montiel, Dolorès Chaplin (petite fille de
Charlie)... Même si la plupart reconnaissent avoir participé soit à des matchs de
foot, soit à des soirées organisés par
l’homme d’affaires algérien, certains
nient avoir reçu de l’argent pour leur
« prestation ».
Rappelons que la faillite du groupe
Khalifa a coûté, selon les estimations,
entre 1,5 milliard et 7 milliards de dollars
au Trésor algérien, alors que le peuple
est à genoux et qu’il peine à survivre.
[Antoine Lecanut]
1. Voir salve Les Temps qui changent in
Billets n° 133, 02/2005.
'
Imbroglio sous les
décombres (VII) :
Ituri, qui a (re)mis le feu au poudre ?
« Tout a commencé le dimanche 12
décembre 2004 », écrit un correspondant de Bunia à ARPI-France 1 début
mars. Et de raconter que ce jour là, des
amis lendu rendent visite à Ferdinand, de
l'
ethnie hema, en principe dans le cadre
des efforts devant amener à une
cohabitation pacifique entre les deux
groupes. Ils boivent ensemble une boisson locale préparée par l'
épouse de Ferdinand, pour laquelle celle-ci demande
d'
être rétribuée. La visite se termine par
l'
assassinat du couple par les visiteurs :
« La poudre est mise au feu, le feu est
allumé », poursuit le correspondant,
« car depuis lors, les combats n'
ont pas
cessé ».
16 mars, le Service d'information
des Nations-unies communique : « “Le
conflit dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) constitue, par
le nombre de vies perdues, la plus grave
crise humanitaire dans le monde, avant
même la guerre civile au Darfour [c'est
tout dire !]”, a estimé Jan Egeland,
Secrétaire général adjoint aux affaires
humanitaires, lors d'
une conférence de
presse donnée aujourd'
hui au siège de
l'
ONU à Genève. »
Entre-temps, le feu a en effet repris en
Ituri, dans le territoire de Djugu (au nord
de Bunia, capitale de l'
Ituri), où il brûle
des villages, tue, viole. Jusqu’à début
février, cela ne suscite pas de réaction
au-delà des cercles initiés 2. De nombreuses agressions contre les civils
hema, commises par les milices lendu du
Front nationaliste et intégrationniste
(FNI), sont pourtant signalées. Curieusement, peu visent les milices hema de
l'
Union patriotique congolaise (UPC)...
Des sources locales affirment que les
milices hema, quoique armées, disparaissaient avant ou au moment des attaques lendu, « laissant brûler des centaines de villages dans le territoire Djugu ».
Le 1er février, Floribert Ndjabu, responsable politique du FNI, intervient sur
une radio de Bunia pour désavouer ces
exactions. La MONUC, qui se tenait coite
depuis des semaines (d'
où le soupçon,
par les populations hema, de sa complicité avec le FNI), rompt le silence le
lendemain et parle, enfin, des localités
agressées, des morts, des femmes amenées en « esclaves sexuelles », etc. Fin
février, on comptait environ 70 000 personnes déplacées dans les sites protégés – chiffre qui ne tient pas compte de
celles qui ne les ont pas ralliés.
Une demi-douzaine de milices sévissent en Ituri. Elles ont signé un accord de
paix en avril 2003 et renouvelé cet
engagement un an plus tard. Des chefs
’$
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militaires de cinq d'
entre elles, ramenés à
Kinshasa, ont été nommés au rang de
général (sans affectation) le 11 décembre 2004. Si l'
effet attendu d'
une telle
procédure était l'
avènement de la paix,
on ne peut que constater qu'
elle a produit
l'
inverse.
Le bureau de Bunia de l'
institut de
recherche Afrika Initiative Programme
(AIP, Ituri Watch) pose la question dans
la section de son dernier rapport (05/03)
consacrée aux causes de la situation :
« Un plan de déstabilisation de
l'Ituri ? » Selon AIP, les milices hema de
l'
UPC-L (tendance Lubanga, proche de
Kigali) ont intensifié leurs menaces à
l'
égard des personnels humanitaires
actifs dans la région, notamment au
bénéfice des populations hema. L'
institut
ajoute que ces mêmes milices n'
ont pas
opposé de résistance aux assaillants
lendu qui attaquaient les villages des
populations en question, tout en commettant elles mêmes des exactions sur
celles-ci. Ajoutant que des sources crédibles signalent l'
arrivée d'
armes destinées
à l'
UPC-L en provenance de l'
Ouganda
(information non encore confirmée), l'
AIP
commente : « Il est difficile de savoir ce
qui est réellement en train de mijoter. »
L'
organisation ajoute que l'
UPC-L et le
FNI semblent s'
être coalisés, explicitement ou tactiquement, pour installer le
chaos. Dans quelle intention ? Encouragés par quelles incitations, « autorisations tacites », déficits d'
intervention, de
volonté politique ? That is the question.
Les richesses de la région ne sont
certes pas pour rien dans ses malheurs.
Cependant, l'
évocation de l'
« l'
achat des
chefs » par diverses parties intéressées,
celle d'
une « main invisible » derrière
l'
installation du chaos s'
inscrivent, explicitement ou entre les lignes, dans tous
les commentaires locaux. Il ne faut pas y
voir la suggestion de quelque mystérieux
complot, car on comprend en les lisant
que sont visés le (ou les divers éléments
du) gouvernement provisoire congolais,
l'
Ouganda, le Rwanda, l'
ONU et les
acteurs occidentaux impliqués dans le
processus de transition en République
démocratique du Congo. Au choix. En
fonction d'
intérêts qui n'
épousent pas
celui de l'
Iturien moyen.
Le 25 février, les milices du FNI ont
attaqué des forces de l'
ONU à une
soixantaine de kilomètres à l'
est de
Bunia, tuant 9 Casques-bleus. Pour
s'
opposer à la présence de l'
organisation
internationale en Ituri, saper ses efforts
en matière de protection des civils ? La
réaction de la Monuc fut vive, jusqu'
à
susciter des réactions négatives de
certains humanitaires pris de court dans
les incidences de la riposte – et l'
amertume des populations qui reprochent aux
forces de la paix de n'
être intervenues
°
énergiquement qu'
une fois atteintes
elles-mêmes dans leur chair.
Qui a intérêt au chaos (ce n'
est pas le
cas de la majorité des populations concernées) ? Il est permis de se poser la
question. Comment les acteurs engagés
dans l'
imbroglio congolais lui ouvrent-ils
un chemin ou tentent-ils de le lui fermer
aujourd'
hui ?
Observons que le Bureau de
coordination des affaires humanitaires
des Nations Unies (OCHA) souligne « la
menace de “l'
iturisation” du Sud-Kivu » 3
– où l'
activité des groupes de miliciens
hutu rwandais redouble d'
intensité. Américains, Belges et Français seraient en
discussion sur ces questions. En vue
d'
adopter une approche commune ?
Selon certains observateurs, ce ne serait
pas acquis. Il ne serait pas inutile de
demander à ces diplomates fort peu
bavards ce qu'
ils savent de plus que ce
qu'
ils disent. Notamment : qui a (re)mis le
feu aux poudres en Ituri, et au-delà ?
[SC]
1. Association pour la réconciliation et pour la
paix en Ituri.
2. L'
Abbé Alfred Buju, coordonnateur de la
Commission Justice et Paix/Bunia, après avoir
commenté la situation dans un document en
date du 17/02, écrit : « Tout en continuant à
saluer [...] les efforts de réconciliation [...], il
nous paraît pourtant paradoxal de constater
que face à cette situation alarmante, toutes les
instances censées réagir devant de telles
circonstances ont observé un silence
inexplicable : le gouvernement de transition, la
Monuc, la Communauté Internationale, les
confessions religieuses, les organismes
humanitaires, les ONG [qui] ne se sont fait voir
qu'
après coup, quand les violences et leurs
conséquences avaient déjà produit leurs effets
au plus haut degré. »
3. Voir notamment l'
article de Colette Braeckman, Retour au pays pour les ex-miliciens
rwandais, in Le Soir de Bruxelles, 18/03 : « La
terreur règne à nouveau sur les campagnes
du Sud Kivu et pousse des milliers de civils à
se réfugier à Walungu [...]. Elle est quotidienne et elle a pris ces dernières semaines
une âpreté nouvelle ».
'/
chère, la guerre en Irak –
source par ailleurs d’une
dilapidation inouïe des biens publics.
Avec lui, c’est un vrai pétrodictateur qui
s’installera à la tête de la BM : parce qu'
il
croit à la dictature du pétrole sur les
affaires du monde ; parce qu'
il croit que,
pour le pétrole, les États-Unis doivent
imposer leur dictature au monde, et des
garde-chiourme à la tête des pays
producteurs de pétrole.
Mais cet asservissement de la BM à de
tout autres objectifs que son slogan
officiel, la « lutte contre la pauvreté »,
n’est pas vraiment nouveau. La fuite d’un
échange de courrier électronique entre
deux de ses vice-présidents (Ian Johnson, chargé du Développement durable,
et Jean-Louis Sarbib, chargé de l’Afrique) l’avait déjà illustré en 1999 à propos
du pétrole et du pipeline tchadiens :
« Nous devons initier une discussion
stratégique, à haut niveau, avec nos partenaires pétroliers » ; quant aux ONG, il
s’agissait de s’employer « éventuellement, à faire quelques propositions qui
pourraient les calmer » (Ian Johnson,
24/08/1999).
Dans la mise en œuvre de
l’« exemplaire » loi 001 sur la répartition
des revenus du pétrole tchadien, la Banque penche clairement pour la satiété du
ménage Deby-Exxon, au détriment des
défenseurs des droits humains comme
Dobian Assingar. Aux pétroliers et aux
pétrodictateurs tout l’argent du sous-sol,
au peuple la répression, la ruine et la
pollution.
Au même moment, l’ex-président de la
BM, James Wolfensohn, commençait à
entrevoir le « cœur des ténèbres » :
« Quand des personnes sont tuées dans
les pays occidentaux ou au ProcheOrient, nous comptons les morts. Mais
en Afrique, nous ne les comptons pas. Je
trouve cela tragique, immoral, et
effrayant. » (Le Figaro, 04/03). Remonterat-il jusqu’aux sources du mépris occidental envers les autres civilisations ?
[FXV]
BM : les masques tombent
La désignation par George W. Bush de
Paul Wolfowitz comme “le” candidat US
à la présidence de la Banque mondiale,
et surtout son acceptation complaisante
par les autres "grands" actionnaires de la
Banque, achèvent d'
exposer la vraie
nature de cette institution : un instrument
financier cyniquement au service des
plus puissants.
Faucon et néo-con(servateur), Wolfowitz est le théoricien et praticien le plus
célèbre d’une brutale hégémonie américaine, à base de mensonges et de
négation des droits humains, comme le
montre l’exécution de son œuvre la plus
L’OTAN s’impose en Afrique
Alors que le secrétaire général adjoint
pour les affaires humanitaires à l’ONU,
Jan Egeland, estime que depuis plus
d’un an et demi 10 000 personnes
meurent chaque mois victimes de la
purification ethnique au Darfour ; alors
que seulement 5 % des sommes promises par la communauté internationale
pour le déploiement d’une force de paix
consécutive aux accords entre le Nord et
le Sud du Soudan ont été récoltées, alors
que l’UA réclame 6 000 hommes pour
désarmer les milices en RDC, l’OTAN
s’apprête à envoyer entre 6 000 et 8 000
’$
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hommes... en Mauritanie. Le motif :
entraînement de la NRF, la force
d’intervention rapide, à la lutte contre le
terrorisme (priorité sans commune
mesure avec la sécurité des peuples...).
La définition de la « lutte contre le
terrorisme » n’incluant pas le terrorisme
d’État à l’encontre de sa propre population, la Mauritanie, futur État exportateur de pétrole, s’est vue décerner en
ce domaine un brevet de bonne conduite
par l’administration Bush. La France, qui
voyait d’un mauvais œil le déploiement
de tant de troupes US dans son précarré, s’était opposée au choix du terrain
de jeu lors du dernier sommet de l’OTAN
à Nice. Elle semble avoir été contrainte
de mettre de l’eau dans son vin. [Victor
Sègre]
Dubois bien protégé 1
Le 127 avenue d’Italie est depuis
longtemps le foyer français de... la Congolaise industrielle des bois (CIB), l’une
des plus puissantes entreprises du bois
africain, très fortement liée à Denis Sassou Nguesso, très proche du berceau de
ses guerres et de ses milices 2. Quoique
propriété d’un Allemand, le Dr Stoll, cette
société stratégique bénéficie des conseils
du général français René Landrin.
Que cette antenne d’une société de
droit étranger ne soit pas répertoriée au
registre national du commerce représente le moindre de ses mystères. Certes, elle doit absolument s’y inscrire.
Mais ce qui surprend le curieux visitant sa
tanière, un immeuble d’un étage derrière la
tour Super-Italie, c’est qu’elle s’y trouve
en si bonne compagnie : le seul autre
occupant des lieux s’appelle le Groupe
d’études pour la construction, l’urbanisme, et l’aménagement du territoire
(GEC). Le GEC est la société de Michel
Dubois, le Monsieur Afrique de Michel
Rocard.
Né en 1928, militant du PSU dès 1958
(date de la création du GEC), le « Foccart
de Rocard », comme il aime se faire
appeler, est un « baroudeur précoce »
qui devient, « sous couvert de ses
déplacements professionnels, une sorte
d’agent de liaison du parti [le PSU] avec les
mouvements de libération nationaux ». Il
se targue d’avoir initié Jean-Christophe
Mitterrand à l’Afrique. Plus tard, il
présente Rocard à Mobutu 3. En mars
1995, Rocard prête Dubois au candidat
socialiste Lionel Jospin, au moment où le
PS assène qu’il n’y aura plus de cellule
africaine en cas de victoire de Jospin.
En 1997, alors que Michel Rocard est
président de la commission Développement du Parlement européen, il voyage,
avec Dubois, dans l’avion présidentiel
Grumann d’Omar Bongo. Ils se mêlent
°
de la crise comorienne, côté néogaulliste. À l’été, à l’invitation de Bongo,
ils se jettent dans le règlement de la crise
congolaise, toujours du même côté. En
novembre 1997, Michel Dubois mène les
négociations avec Sassou pour la
libération de sept barbouzes françaises,
détenues à Pointe-Noire à raison de leurs
sympathies lissoubistes. Il réussit, et
souligne qu’ainsi le nouveau président
congolais a marqué « son amitié pour la
France, le président Jacques Chirac et
Michel Rocard » (AFP, 11/11/1997). Rocard
en égalerait presque en tyrannophilie son
condisciple de l’ENA...
En 1998, Elf, qui a du mal à régler
avec Sassou certains contentieux liés à la
présidence de Lissouba, confie une mission de « bons offices » à Michel Dubois.
Ce dernier, évoquant la possibilité de
nouveaux emprunts de 310 millions de
dollars et le rééchelonnement de la dette
du pays, contribue à huiler les rouages.
Rappelons qu’un rééchelonnement de
dette ne peut se faire qu’avec de l’argent
public... et que Dubois a été « prêté » à
Jospin, devenu Premier ministre.
Fin janvier 1999, lors du nettoyage
ethnique des quartiers sud de Brazzaville
– début d’une longue série de crimes
contre l’humanité commis par le régime
Sassou, Michel Rocard annonce sur les
ondes d’Africa n°1 : « Le pouvoir de
monsieur Sassou semble ouvert aux
vertus du dialogue. » La même année, il
regrette au Parlement européen les
noises cherchées à son ami Eyadéma
par « l’unilatérale » Amnesty.
En avril 2000, les deux Michel créent
Afrique Initiatives, dont ils sont actionnaires minoritaires. Les micro-crédits
qu’elle octroie aux petits entrepreneurs
ne peuvent que flatter l’ego des coactionnaires : Bolloré, Total, Vivendi,
Veolia, Accor, CFAO, Areva...
Revenons à la société GEC de Michel
Dubois. Signe de son flair, elle a
brièvement employé, en 1988, le futur
Grand-Maître du Grand Orient de France
(GOdF), Alain Bauer, avant son passage
au cabinet de Michel Rocard. En
septembre 2000, Bauer consacrera le
Grand Orient du Congo-Brazzaville
(GOCB), une nouvelle obédience
regroupant deux cents frères résidant au
Congo et dans l’Hexagone, souvent proches de l’opposition. Il lui suffira de quatre mois pour réconcilier ces opposants
avec la GLNF sassouiste, en une
« franc-maçonnerie plurielle » confortant
la dictature prédatrice locale.
Le GEC est une belle affaire.
Cinquante ingénieurs, brassant plus de 5
millions d’euros de CA dans l’ingénierie
du bâtiment, de l’industrie, des infrastructures, des transports, de l’énergie et
de l’environnement. Ses prestations de
services vont des études de conception à
'0
la maîtrise d’œuvre et à la
direction de travaux, en
passant
par
l’assistance
à
la
maintenance et au démantèlement, ainsi
que par la sécurité et la sûreté. Dans
cette diversité, on repère très vite une
constante : sur le carnet de commandes,
la très forte présence de marchés
publics. Ceux des ministères, ceux
d’établissements publics comme EDF, la
Poste, la RATP ou le port autonome de
Paris, ceux d’innombrables collectivités
locales, ceux de sociétés d’économie
mixte comme la pasquaïenne SEM 92,
ceux de constructeurs sociaux comme
l’OPAC de Paris. Le GEC est beaucoup
plus discret sur ses nombreux clients en
Afrique – privés ou publics.
Il est étonnant qu’une société aussi
branchée que le GEC n’ait jamais fait la
Une des journaux. Son nom est pourtant
apparu une fois dans une autre sorte de
journal. Celui que gardait durant les
années 1980, dans quatre cahiers d’écoliers à spirale, un certain Joseph
Delcroix, héros de l’affaire Urba, la plus
connue des pompes à fric du PS.
Découverts par l’inspecteur Gaudino, ces
gribouillages sont la mémoire vivante du
financement occulte de ce parti. L’une
des obsessions des animateurs d’Urba,
« récurrente dans les cahiers Delcroix,
est la chasse aux “réseaux parallèles”,
autrement dit aux réseaux financiers non
liés
au
courant
majoritaire
mitterrandiste. » (Le Monde, 18/04/1991).
En clair, pour l’Urba de Mitterrand, le
GEC rocardien était la concurrence. Le
nom de cette société est mentionné
explicitement par Delcroix.
Urba a disparu, ses animateurs ont été
condamnés. Le GEC subsiste, parfaitement inconnu du grand public et de la
justice. Impuni comme les affaires du
grand Jacques, l’ami de Michel Rocard ?
Ou comme les crimes françafricains de
Denis Sassou Nguesso, leur ami commun ? [FXV]
1. La présente salve est un résumé d’un
article d’Arnaud Labrousse, Le bois sacré de
la CIB, publié le 16/03 sur le site mwinda.org
(pour la version intégrale : http://www.mwinda.
org/article_nouv-site/cib.html).
2. Cf. Arnaud Labrousse et François-Xavier
Verschave, Les pillards de la forêt, Agone,
2003, p. 150-153.
3. Sylvie Santini, dans sa récente biographie
de Rocard, Un certain regret (Stock, 2005).
Campagne
– Avec de nombreuses ONG françaises,
Survie soutient la campagne Assez de
promesses, annulons la dette ! pour une
annulation immédiate de la dette des
pays du Sud. Lancée en mars par Agir
ici, cette campagne pointe la contra-
’$
$, -
’
diction entre les objectifs officiels de
réduction de la pauvreté dans le monde
(dits « Objectifs du Millénaire pour le
développement », OMD) et le fardeau
inique de la dette. Elle dénonce aussi le
fait que la soi-disant augmentation de
l’aide publique au développement (APD)
française provient uniquement d’un
artifice comptable : chaque fois que des
dettes sont annulées, le remboursement
des créanciers (jamais oubliés) est
compté en APD !
°
Contact : agirici@agirici.org Tél. 01 56 98 24 40
Bon point
– Quels que soient les calculs
diplomatico-stratégiques sous-jacents, la
proposition par la France au Conseil de
sécurité d’une résolution rendant passibles de la Cour pénale internationale
(CPI) les criminels de guerre et contre
l’humanité au Darfour est une initiative
'+
salutaire. Elle contrarie
certes énormément les
États-Unis, farouches opposants à la CPI.
L’on ne sait pas encore, à l’heure où
nous bouclons, s’ils oseront y mettre leur
veto – favorisant ainsi ouvertement ce
qu’ils ont qualifié de « génocide ».
(Achevé le 26/03/05)
( ! " ! '''
Françafrique
« – Vous dites l'Afrique victime d'un crime médiatique. Qui en
serait l'auteur et comment cela se manifesterait-il dans les faits ?
Il n’y a pas de “complot”, comme je l’explique dans le livre, mais
la coïncidence de milliers de petits faits qui aboutit à un crime de
“lèse image de marque” du continent. Parce que les Occidentaux
méprisent les Africains, ils ne songent même pas à l’argent qu’ils
pourraient gagner en investissant chez eux. [...]
– Depuis la chute du Mur de Berlin, une partie des Africains
estime que la fin de la Guerre froide a fait des heureux partout,
sauf en Afrique. Êtes-vous de cet avis ?
Oui et non. [...] Le “boom” de la démocratie (élections libres,
pluralisme politique, liberté de la presse, etc.) qui a suivi la fin de
la Guerre froide n’est pas en soi un mal. [...] Mais il a eu des effets
néfastes, notamment là où l’autoritarisme étatique seul permettait
de faire vivre les gens ensemble. J’ai cité la Yougoslavie, mais
j’aurais pu citer de même bon nombre de pays africains dans
lesquels sont mêlés des gens d’origines très diverses. Ce qui me
frappe en Afrique est, finalement, l’impact relativement mesuré de
l’ouverture pourtant brutale de la “boîte de Pandore” : on vous a
imposé la démocratie en un peu plus d’une décennie et, malgré
cette extrême brutalité, vous n’avez connu qu’un véritable drame
ethnique, celui des Hutus et des Tutsis. [...]
– Au-delà des médias, vous n'êtes pas tendre vis-à-vis des
institutions internationales et de Transparency International. Que
leur reprochez-vous par rapport au sous-développement de
l'Afrique ?
Tout simplement, de participer au crime médiatique contre
l’Afrique que je dénonce. En ce qui concerne Transparency
International, ma dureté est justifiée : ses classements de pays
corrompus sont fallacieux et aboutissent à passer sous silence la
grande corruption occidentale. [...]
– Quand vous parlez de crime contre l'Afrique, l'on peut déduire
que vous considérez les Africains comme de simples victimes qui
ne sont ni responsables, ni coupables de tout ce qui leur arrive.
Est-ce le cas et sur quoi se fonderait votre conviction ?
Compte tenu de ce qui leur est arrivé dans le passé, on ne peut
raisonnablement pas dire que les Africains sont responsables de
leur pauvreté actuelle. [...] J’attends des contradictions
scientifiques et non des anathèmes venant de gens qui, pour la
plupart, “vivent” de l’afro-pessimisme comme d’une sorte de
rente...
– Quelles sont selon vous les vraies causes du retard de
l'Afrique sur le reste du monde ?
Le manque d’investissements étrangers. C’est d’ailleurs
pourquoi j’accuse les médias occidentaux de “crime”, car, en
grande partie, ce manque d’investissements leur est dû. [...]
– Vous semblez d'un optimisme que l'on trouve rarement même
au sein des communautés africaines lorsque vous évoquez les
chances de l'Afrique de s'en sortir. Quel est le ressort de votre
optimisme ?
Les Africains eux-mêmes. Car, face aux difficultés innombrables que vous devez surmonter, vous vous développez avec
un rare sens de l’adaptation des réponses qui vous sont propres.
Regardez la démographie : vous avez multiplié votre nombre
d’habitants par quatre depuis les Indépendances avec des
moyens, notamment sanitaires, que le monde entier considère
comme dérisoires. Idem en ce qui concerne la lutte contre l’analphabétisme. Idem en ce qui concerne le manque d’investissements productifs : vos formidables secteurs informels ont
secrété des PME en masse, capables de produire avec très peu
de capitaux. [...]
– Le Cameroun [...] a-t-il les moyens matériels et humains de
devenir à plus ou moins long terme un "dragon" africain ?
Je pense que le Cameroun sera l’un des tout premiers pays
d’Afrique subsaharienne francophone à émerger. Son PIB a
aujourd’hui dépassé celui de la Côte d’Ivoire, sa population est
dynamique et économe et le pays est politiquement apaisé et
stable. [...] » (Christian d’ALAYER, ex-rédacteur en chef de Jeune
Afrique, présentant son livre Un crime médiatique contre l’Afrique. Les
Africains sont-ils tous nuls ? Interview au Messager du 28/01)
[Tout en paraissant se démarquer du racisme et de « l’afro-pessimisme »
qui imputent à une nature africaine particulière la responsabilité des
conditions de vie dramatiques vécues par un grand nombre de populations du continent, Christian d’Alayer en épouse finalement les
présupposés : une vision essentialiste qui ne voit « les Africains » que pris
comme un tout, sans distinction entre dominants et dominés, et
l’application de critères « qui [leur] sont propres » pour juger des questions de développement ou de démocratie
Comment s’étonner dans ces conditions de retrouver sous sa plume la
thèse de Lugan (idéologue aux prétentions africanistes proche de
l’extrême droite et défenseur de la notion de « race ») selon laquelle le
génocide au Rwanda (à nouveau qualifié ici de « drame ethnique ») est
dû à une démocratisation imposée par l’Occident aux Africains ? Ce n’est
rien moins qu’un crachat sur la mémoire de tous les démocrates rwandais
qui ont payé de leur vie leur opposition à la dictature ethniste
d’Habyarimana, crachat qui trouve naturellement son prolongement dans
le regret de « l’autoritarisme étatique » et dans la caractérisation du
régime de Biya comme « apaisé et stable ».
L’ennemi, ce ne sont donc pas les dictateurs soutenus par la France,
mais les ONG qui dénoncent leur corruption, coupables de crime de
« lèse-image de marque » de la Françafrique. Si d’Alayer évoque
(allusivement) des responsabilités occidentales dans la « pauvreté
actuelle » de l’Afrique, ce n’est que pour les refouler « dans le passé ». Le
véritable crime d’aujourd’hui ? Les patrons occidentaux ne songeraient
pas suffisamment à faire du profit en Afrique ! Bouygues et Bolloré en
rient encore. – VS]
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Mémoire
« Au sortir de la crise rwandaise, la France s'
est efforcée de
faire toute la lumière sur les événements tragiques survenus en
avril 1994. Une mission d'
information parlementaire, présidée par
M. Quilès, a été créée en 1998 [donc pas précisément « au sortir de
la crise rwandaise », mais bien quatre ans après suite aux révélations du
journaliste Patrick de Saint-Exupéry dans Le Figaro] pour répondre à
l'
ensemble des interrogations suscitées par l'
engagement de la
France au Rwanda entre 1990 et 1994. Cet effort de vérité,
qu'
aucun autre pays n'
a mené de manière aussi approfondie a
permis de restituer toute la complexité des facteurs qui ont mené
à la tragédie d'
avril 1994.
Les conclusions de cette mission rappellent que la France a été
le pays le plus actif non seulement pour tenter de prévenir le
drame de 1994, mais également pour mobiliser la communauté
internationale afin de venir en aide aux victimes du génocide. [...]
la France s'
est très tôt investie dans les efforts pour s'
efforcer
d'
enrayer la montée des tensions dans ce pays, qui avait déjà
connu de graves violences intercommunautaires au cours des
années 70. [Le préfixe « inter- » suggère une réciprocité qui n’a pas eu
lieu] [...] Cette politique s'
est traduite par des contacts réguliers
avec l'
ensemble des forces politiques rwandaises, et en
particulier avec le Front patriotique rwandais (FPR). [...] C'
est
dans ce cadre que la France, ainsi que d'
autres acteurs de la
communauté internationale, ont cherché à dissuader le FPR de
lancer une offensive militaire sur Kigali, qui aurait immanquablement entraîné des centaines de milliers de personnes sur les
chemins de l'
exode : ce qui s'
est, malheureusement, effectivement produit en avril 1994. [...].
Au moment du déclenchement des massacres [le mot « génocide » semble décidément trop difficile à écrire...], il n'
y avait sur le
terrain aucun soldat français autre que ceux de l'
opération
avait pas eu lieu, on
Amaryllis [...] Si cette opération [Turquoise] n'
peut imaginer que des centaines de milliers de Rwandais se
seraient réfugiés au Zaïre ou au Burundi voisins, avec les conséquences que l'
on peut imaginer pour la stabilité de ces pays [C’est
opération Turquoise n'
a jamais
précisément ce qui s’est passé !] [...] L'
failli à son devoir de neutralité et n'
a jamais eu d'
autre objectif que
de sécuriser les populations civiles pendant la poursuite des
combats militaires. » (Ministère des Affaires étrangères,
réponse à une question du 13/04/2004 de Chantal Robin-Rodrigo,
députée socialiste des Hautes-Pyrénées, concernant les accusations de
Paul Kagame sur le rôle de la France dans le génocide du Rwanda.
Publiée au JO du 18/01/2005)
[Cette présentation est un condensé de confusion négationniste.
Premièrement, assimiler le (soi-disant) travail de prévention du génocide
à des contacts diplomatiques avec le FPR suggère la responsabilité de ce
dernier et exonère les réels promoteurs du génocide. Le MAE continue
donc de considérer le génocide comme un dommage collatéral de la
guerre FPR/FAR (Force armée rwandaise). On se souvient en outre que
la France, loin de rechercher l’apaisement, a dirigé une guerre totale
contre le FPR, favorisant la dérive des ultras du régime Habyarimana vers
la préparation du génocide. Par ailleurs, évoquer, concernant avril 1994,
les « centaines de milliers de personnes sur les chemins de l’exode » et
non les centaines de milliers de victimes du génocide, relève de la
provocation pure et simple.
Les critiques formulées par le rapport Quilès en 1998, pourtant soigneusement mesurées, semblent donc définitivement enterrées au profit du
déni le plus arrogant. Jusqu’à prétendre qu’aucun autre pays n’est allé
aussi loin dans la recherche de la vérité ! Les sénateurs belges, qui sont
allés bien plus loin que nos parlementaires, apprécieront. Concernant
l’absence de soldats français début avril, ce point est contredit entre
autres par les témoignages recueillis par la journaliste belge Colette
Braeckman et par le commandant des forces de l’ONU, le général Roméo
Dallaire lui-même. De plus, la présence de militaires français sur le terrain
n’épuise pas, loin s’en faut, la question de la complicité de génocide, par
un soutien financier, diplomatique, médiatique et militaire multiforme.
°
'
Sur Turquoise enfin, l’affirmation selon laquelle
l’opération répondait à un « devoir de neutralité » et n’avait « jamais eu
d’autre objectif que de sécuriser les populations civiles pendant la
poursuite des combats militaires » est non seulement un mensonge
éhonté – puisque Turquoise visait à sauver la mise à l’armée et au régime
génocidaires –, mais est encore en parfaite contradiction avec l’assertion
initiale selon laquelle il s’agissait de « venir en aide aux victimes du
génocide », sauf à confondre délibérément, ce qui est manifestement le
cas, le conflit militaire et le génocide. – VS]
« Pétain : "Moi j'ai la Shoah sur la conscience, mais j'ai quand
même gagné la bataille de Verdun ! cher François..."
Mitterrand : "Moi j'ai le génocide au Rwanda sur la conscience,
mais j'ai quand même gagné la bataille de l'abolition de la peine de
mort, en métropole seulement, c'est vrai, mais c'est déjà pas mal,
n'est-ce pas, cher ami..."
Pétain : "Ah ! mon cher François, vous me valez bien, si j'ai bien
compris !..."
Mitterrand : "Et j'en suis fier... pourquoi croyez vous, mon Maréchal, que je vous ai déposé une fleur, ici, régulièrement, sur votre
tombe ?"
Pétain : "Ah ! mon cher François ! Ce que j'ai toujours apprécié
chez vous, c'est votre force tranquille !"
Mitterrand : "Mais, mon cher maître, elle vient de la même terre
que la vôtre !... elle ne ment pas !"
Pétain (soudain tout rigolard) : "Radio Paris ment [bis], radio Paris
est allemand !" (éclats de rire de nos Grands morts)
Mitterrand : "RTLM [Radio Mille collines] vous baise ! [bis], RTLM
est française !" (éclats de rire redoublés de nos Grands morts) »
("Gaspard H", contributeur à un forum hébergé par Le Monde).
[Ce dialogue est le dernier ( ?) acte d’un échange internautique, sur un
forum abrité par Le Monde. L’auteur s’était permis d’évoquer le rôle de
François Mitterrand dans le génocide des Tutsi lors d’une discussion
concernant les mœurs politiques en France. Un contributeur, affable sur
l’affaire Gaymard, lui a conseillé de s’occuper des vivants et de laisser
l'avenir s'occuper du « mort » (Mitterrand), dont l’« innocence n'
a jamais fait
de doute » ; point de vue étayé par un certain nombre d’inepties, dont la
moindre n’est pas de qualifier le FPR de « mouvement noir le plus raciste
du continent africain, coresponsable du génocide ». Ce propos négationniste – très proche du vocabulaire des officiers pro-Hutu Power entourant
Mitterrand durant le génocide – a été laissé sur le forum, mais la réponse
suivante a été censurée par le "modérateur" du Monde. Gaspard H. proposait, par ce faux dialogue, de laisser « nos grands morts de la patrie
discuter en paix à titre posthume ». – Pierre Caminade]
« Des historiens contre la loi du 23 février 2005.
La loi du 23 février 2005 “portant reconnaissance de la Nation et
contribution nationale en faveur des Français rapatriés” a des
implications sur l’exercice de notre métier et engage les aspects
pédagogiques, scientifiques et civiques de notre discipline.
Son article 4 dispose : “Les programmes de recherche universitaire accordent à l'
histoire de la présence française outre-mer,
notamment en Afrique du Nord, la place qu'
elle mérite. Les
programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de
la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et
accordent à l'
histoire et aux sacrifices des combattants de l'
armée
française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont
droit. »
Il faut abroger d’urgence cette loi,
– parce qu’elle impose une histoire officielle, contraire à la
neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au
cœur de la laïcité.
– parce que, en ne retenant que le “rôle positif” de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des
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massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le
racisme hérité de ce passé.
– parce qu’elle légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de
tout passé.
Les historiens ont une responsabilité particulière pour promouvoir des recherches et un enseignement :
– qui confèrent à la colonisation et à l’immigration, à la pluralité
qui en résulte, toute leur place.
– qui, par un travail en commun, par une confrontation entre les
historiens des sociétés impliquées rendent compte de la complexité de ces phénomènes.
$ %
"
'
– qui s’assignent pour tâche l’explication des
processus tendant vers un monde à la fois de plus en plus unifié et
divisé. »
(Claude LIAUZU, professeur émérite à l’université Denis Diderot-Paris 7 ;
Gilbert MEYNIER, professeur émérite à l’université de Nancy ; Gérard
NOIRIEL, directeur d’études à l’EHESS ; Frédéric RÉGENT,
professeur à l’université des Antilles et de Guyane ; Trinh VAN THAO,
professeur à l’université d’Aix-en-Provence ; Lucette VALENSI,
directrice d’études à l’EHESS. Pétition à demander, signer et envoyer à
cliauzu@tiscali.fr).
[Cf. Billets n°134, Ils ont dit, citant Olivier LE COUR GRANDMAISON.]
1
Françafrique
La Lettre du Continent, Big business pour Bolloré à Abidjan,
24/02 : « Saga [groupe Bolloré] CI (Manutention) a réalisé un
bénéfice net de 9 milliards F CFA malgré la crise et les
perspectives 2005 sont encore plus radieuses avec la création
d’un nouveau quai – le quai 25 – pour traiter exclusivement les
conteneurs de l’armée française. »
[Ah ! La guerre, gross malheur !]
Le Canard enchaîné, L'appartement d'un émule africain de
Gaymard, 16/03 (Jean-François JULLIARD) : « Ce n'
est pas tout
à fait du Gaymard, mais c'
est presque aussi grand : un luxueux
appartement de 550 m² (dont 100 m² de terrasse), à quelques
encablures de l'
Arc de Triomphe, abritant un haut personnage de
l'
État. À ceci près qu'
il s'
agit de l'
État du Congo et que le
propriétaire des lieux est le neveu et proche conseiller de son
président, Denis Sassou Nguesso. Selon les chiffres des
agences immobilières proches, le logement peut être évalué
entre 2,5 et 3 millions d'
euros.
Depuis que Wilfrid Nguesso et sa famille se sont installés dans
cet immeuble cossu de Courbevoie, au pied de la Défense, les
voisins ne s'
ennuient pas : allées et venues d'
ouvriers, percement de murs, vacarme d'
outillages en tout genre, livraison de
tapis, de bibelots, d'
équipements électroniques, de hi-fi, de télés
à écran plasma, de tonnes de marbre (destinées à recouvrir le
sol), de boiseries précieuses, etc.
Société congolaise de transports maritimes, qui a pour
partenaires le pétrolier Total ainsi que le groupe Bolloré et
quelques autres.
Cela justifie un joli train de vie et certaines libertés prises avec
la loi française. Pour un pays bien pourvu en or noir mais classé
parmi les plus pauvres du monde (en termes de richesse par
habitant) et où l'
espérance de vie dépasse à peine 48 ans, la
réussite de ce neveu du président est un puissant réconfort. »
[Ce qui étonne le plus, ce n’est pas le pillage sans limites du CongoBrazzaville par le clan Sassou Nguesso, c’est l’incroyable impudence que
lui confère l’impunité. Denis Sassou Nguesso déclarait récemment à
Jeune Afrique-L’Intelligent (30/01) : « La richesse produite au Congo est
tout entière contenue dans son budget, auquel chaque élu du peuple a
accès pour vérification et approbation – ou refus. [...] Il n’existe aucune
répartition occulte de l’argent public. » Wilfrid Nguesso n’est que l’une
parmi d’autres des preuves vivantes du contraire. Il a fastueusement fêté
le premier anniversaire du parti qu’il a fondé, « Nouvelle espérance » –
une conception assez jet set de l’avenir politique de son pays, sur un
fond de « business » qui sied parfaitement à Jacques Chirac. – FXV]
Darfour
Mesquins, les copropriétaires ont râlé. [...] Sujet de nervosité :
la présence, la nuit, dans le parking, d'
un vigile et de son molosse non muselé. Ils veillent sur la demi-douzaine de voitures de
luxe garées là par le neveu Nguesso (Porsche, Mercedes, BMW,
Jaguar, ainsi qu'
une somptueuse Aston Martin DB9).
Le Figaro, Darfour : le milicien qui accuse Khartoum, 04/03
(Patrick de Saint Exupéry) : « Sur fond de crimes contre
l'
humanité commis au Darfour soudanais, le jeu diplomatique
patine. Depuis la remise au Conseil de sécurité, début février,
d'
un terrible rapport d'
enquête réalisé par cinq juges
internationaux nommés par l'
ONU, le dossier n'
a pas progressé
d'
un pas. Secrétaire-général de l'
ONU, Kofi Annan a supplié à
plusieurs reprises les pays membres : “ Une fois de plus, lançaitil voici encore quelques jours, j'appelle le Conseil de sécurité à
agir d'urgence pour stopper les crimes et les souffrances au
Darfour. ” Ses appels se sont jusqu'
ici heurtés à un mur
d'
égoïsme, le dossier mettant en cause les intérêts de plusieurs
États. Favorables au principe de sanctions, les États-Unis –
appuyés pour différentes raisons par la Chine et l'
Algérie – se
refusent ainsi à envisager une saisine de la Cour pénale
internationale (CPI) […]
[...] Le propriétaire de ces bolides [...] fait la sourde oreille face
aux plaintes [...] des dormeurs réveillés par quelques fêtes
nocturnes et tonitruantes. Quant à la police, elle avoue son
impuissance : Nguesso bénéficie d'
une protection digne d'
un
diplomate. Ce brave neveu n'
a-t-il pas été, en juillet dernier, l'
un
des principaux organisateurs de la rencontre, à Paris, entre
Chirac et Sassou Nguesso ? [...] En outre, Wilfrid Nguesso joue
un rôle important dans le business franco-congolais : il dirige la
La pression monte pourtant peu à peu. […] Human Rights
enregistrement vidéo d'
un
Watch (HRW) 1 vient de rendre public l'
haut dirigeant des milices Janjaweed, responsables de
nombreuses exactions dans le Darfour. Recueilli en septembre
2004, le témoignage de Musa Hilal, considéré comme l'
un des
principaux dirigeants des sanglantes milices, met en cause le
gouvernement de Khartoum. Selon [… ce dernier], « tous les
combattants sont dirigés, sur le terrain, par de hauts
C'
est que des travaux d'
urgence s'
imposaient : en prenant
possession d'
un étage entier, le neveu du président se retrouvait
à la tête d'
un modeste pied-à-terre comprenant 12 chambres, 7
cuisines et 9 salles de bains. Un dédale de pièces qu'
il a bien
fallu regrouper et embellir.
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°
commandants militaires […] Ces gens reçoivent des ordres du
centre du commandement occidental et de Khartoum ». Pour
HRW, Musa Hilal est « un homme dangereux pour le
gouvernement soudanais » car « son témoignage pourrait être
très intéressant devant la Cour pénale internationale ».
Les allégations de cet homme, soupçonné de nombreuses
exactions bien qu'
il s'
en défende, sont confirmées par plusieurs
documents [...]. Dans une note datée du 13 février 2004 et
émanant du bureau d'
une sous-préfecture du Nord-Darfour, les
autorités prient ainsi toutes « les unités de sécurité de la localité
d'
autoriser la poursuite des activités des moudjahidins et des
volontaires placés sous le commandement du Cheikh Musa Hilal
dans les régions du Nord-Darfour afin de répondre à leurs
besoins vitaux ». [...]
1. http://hrw.org
[Ni de « terribles rapports », ni les supplications d'Annan (qui bénéficie
pourtant d'une tribune enviable) ne semblent susceptibles de démonter
(dans tous les sens du terme !) « le mur d'
égoïsme » derrière lequel
s'abritent les intérêts des États. Tous les États… Comme pour le
Rwanda, il n'y en a pas un seul qui ose se rebiffer sérieusement, quitte à
se rendre ridicule aux yeux du « réalisme diplomatique » qui autorise ce
dossier à faire du sur place. Ma « naïveté » m'interdit d'abandonner
l'espoir : que l'un ou l'autre ébranle la tour de verre new-yorkaise, y crie à
la face du monde qu'il ne peut se sentir à l'aise dans une institution (dont
l'affaire relève) qui traite 70 000 morts et 1,6 million de déplacés comme
quantité négligeable. En attendant, quelques organisations comme HRW
fournissent de quoi susciter un tel acte de courage politique. – SC]
Médias
Charlie Hebdo, La France n’a plus les moyens de jouer les bons
pères de famille en Afrique, 23/02 (Marianne DAUTREY et
Vincent RIGOULET) : « “Il y a suffisamment d’opérations pour
faire autre chose ailleurs dans le monde”, disait Michèle AlliotMarie jeudi dernier pour annoncer que, sauf demande expresse
de maintien de la part de la Côte d’Ivoire, de l’ONU et de l’UE, la
France retirerait ses troupes de Côte d’Ivoire. La France délaisse
son « pré carré » et celui-ci la rejette.
Antoine Glaser, rédacteur en chef de La Lettre du Continent,
journal qui, depuis 1985, informe scrupuleusement de tous les
soubresauts politiques, économiques et sociaux en Afrique [...]
analyse les causes de cette rupture.
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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Je souhaite recevoir une plaquette de présentation de l’association
Survie.
'
Charlie Hebdo : Tout le monde savait Eyadema
malade depuis longtemps. Personne n’a anticipé la crise de
succession. Pas même en France ?
Antoine Glaser : [...] Comme elle n’avait pas d’alternative, elle a
fermé les yeux. Pire : elle n’a jamais soutenu les condamnations
de l’UE [...]. La France [...] endosse un rôle de bon père de famille
qu’elle n’a plus les moyens d’honorer.
C.H. : Elle en peut plus ou elle ne veut plus jouer ce rôle ?
A.G. : Les deux. L’Afrique n’est plus un enjeu majeur pour
personne, pas même pour la France. [...] »
[Le carnet d’adresses de Charlie Hebdo évolue étrangement. Aller
dénicher le rédacteur en chef de La Lettre du Continent n’est pas le
réflexe spontané qu’on attendrait d’un journal qui se veut contestataire.
Encore moins spontanément vient à l’esprit l’adverbe « scrupuleusement » pour décrire le travail de cette publication, réservée, rappelonsle à ceux qui peuvent s’offrir un abonnement à 620 euros par an (presque
10 fois celui de Charlie, pour beaucoup moins de pages...).
Plus grave, on retrouve dans l’interview cette vieille tarte à la crème
françafricaine selon la quelle l’Afrique n’intéresserait plus aucune
puissance impérialiste. On la trouvait déjà sous la plume de Glaser et
Smith dans L’Afrique sans Africains, en 1994, pour disculper la France du
triste rôle joué au Rwanda. Saluons aussi l’art de la litote à l’œuvre dans
des formules comme : la France « a fermé les yeux » ou « n’a jamais
soutenu les condamnations de l’UE ». C’est fou ce qu’un « bon père de
famille », aveugle et désintéressé, peut faire comme dégâts.
Signalons enfin que l’un des intervieweurs, Vincent Rigoulet, a connu
un curieux intermède dans sa carrière de journaliste (précédemment au
Monde) : il est devenu pendant plus d’un an le conseiller et le porte
parole du sergent IB, “père” de la rébellion ivoirienne. Une fonction
étonnante, qui supposerait normalement une période sabbatique avant
de renouer officiellement avec la déontologie journalistique. – VS]
Polynésie
Tahitipresse, Blocage de la zone portuaire par le GIP... 24/03 :
« Le gouvernement de Polynésie a, dans un communiqué, réagi
au blocage de l'
entrée de la zone portuaire de Papeete [par des]
agents du GIP (Groupement d'
intervention de la Polynésie).
[...] "Suite à la déclaration solennelle du Président du pays [le
23/03] concernant la rébellion d’une faction minoritaire au GIP,
Léonard Puputauki et Yannick Boosie ont pris la lourde responsabilité d’organiser le blocus du Port autonome de Papeete,
poumon économique du Pays. Ils sont donc passés de la
contestation à l’insurrection", indique le gouvernement dans un
communiqué. Et celui-ci d'
ajouter : "Face à cette situation qui
menace les intérêts vitaux de la Polynésie et le ravitaillement des
Polynésiens, le Président du Pays a saisi les autorités
compétentes de l’État.
[...] Le Conseil des ministres, dans un ultime communiqué,
exige pour sa part "que soient prises des mesures de licenciement pour rébellion, appel à la sédition et refus d'
obéissance à
l'
encontre de Léonard Puputauki et Yannick Boosie". »
[Par son comportement, le GIP refuse depuis le 11 mars la nomination de
Robert Maker à sa tête par le gouvernement Temaru. Le GIP confirme
ainsi son rôle de milice au service personnel de l’ex-président polynésien
Gaston Flosse. L’insurrection monte en puissance de façon inquiétante.
« Le GIP compterait aujourd'
hui 1 263 employés » (Nouvelobs.com,
26/03). Rappelons que cette milice est fortement soupçonnée d’être allée
jusqu’à l’assassinat d’un journaliste fin 1997 (cf. Billets n°131, À fleur de
presse).
Le pouvoir du Pays d’Outre Mer (POM), en interpellant le hautcommissaire et le procureur de la République, a placé l’État et la Justice
français face à leurs responsabilités. La ministre Brigitte Girardin
s’enfoncera-t-elle encore dans une stratégie putschiste en refusant de
faire son devoir ? – PC]
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Impunité
Le Canard enchaîné, Ici l’ombre !, 23/03 : « Ceux qui pensent
que les juges [...attendent Jacques Chirac] à la fin de son mandat
présidentiel avec un tombereau de mises en examens se
trompent. Le cas Chirac se résume aujourd’hui à celui d’une
unique employée fictive de la Mairie de Paris qui était payée
moins de 20 000 F par mois. [...] De toutes ces histoires (lycées,
HLM, imprimerie municipale, emplois fictifs, électeurs fantômes...), Chirac est sorti judiciairement indemne. Les juges
La Commission d'
enquête citoyenne sur le rôle de la France durant
le génocide des Tutsi propose (détails in Billets n°133, p. 10.):
°
'
viennent même de lui faire grâce de ses frais de
bouche [...] et de ses billets d’avion payés en
liquide. »
[Juridiquement indemne et électoralement réélu : les principes de droit et
de démocratie ont fait « pssschiit ! » devant les réseaux judiciaires de
Jacques Chirac – alors qu’il est au cœur de plusieurs systèmes de
détournement dépassant largement le milliard d’euros. Pour ne parler
que des affaires franco-françaises... Si l’on ajoutait le pillage opéré par la
Françafrique, dont il est le parrain depuis trente ans (Elf, CongoBrazzaville, Togo, Cameroun, etc., etc.) on crèverait (en silence) tous les
plafonds. – PC]
CD Africa wants to be free
Une compilation de soutien à l’association Survie
L’horreur qui nous prend au visage
L’État français et le génocide au Rwanda
Coordonné par Laure Coret et François-Xavier Verschave
Karthala, 2 février 2005, 588 p., 32
Géraud de La Pradelle
Imprescriptible
L’implication française dans le génocide tutsi
portée devant les tribunaux
Les arènes, 2 février 2005, 188 p., 19,90
Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (Anthropologie
positive), 1885. Nouvelle édition présentée par Ghislaine Géloin,
L’Harmattan, 2003.
Dans la présentation qu’elle fait de cette œ uvre capitale, Ghislaine
Géloin écrit : « On peut se demander pourquoi une œ uvre aussi
importante dans la pensée raciale du XIXe siècle et dans l’histoire du
racisme de nos sociétés modernes a été aussi peu commentée lors de
sa parution et progressivement occultée, du moins en France. Pourquoi
une chape de silence a-t-elle enveloppé cette œ uvre ? [...] On peut se
demander pourquoi l’essai de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races
humaines, auquel De l’Égalité des races humaines était une réponse
sans appel – une contre-offensive – a été régulièrement réédité et est
entré dans la Pléiade en 1983 malgré des théories scandaleuses et
périmées. »
Bien plus qu’une réponse à Gobineau, jugé simplement un « esprit
malade » pour ses ratiocinations, l’essai d’Anténor Firmin est une
réfutation de l’idéologie européenne destinée à justifier le « crime
irrémissible » de la colonisation. En 1885, le congrès de Berlin, par un
dépeçage qu’Anténor Firmin appelle « la curée », décide de l’avenir de
l’Afrique. Venu à Paris pour parfaire ses connaissances en droit, Anténor
Firmin, brillant intellectuel haïtien, autodidacte à la culture
encyclopédique, découvre les théories racistes de la Société
d’anthropologie. Il se consacre alors à la rédaction de cet essai. Son
entreprise consiste à montrer, en passant en revue les principaux
systèmes de pensée qui prétendent fonder une anthropologie raciste,
que leurs conclusions n’ont pas d’autre contenu que leurs postulats,
lesquels se réduisent à un seul : la supériorité des humains dont
l’épiderme est non pigmenté sur les autres, affirmation sans fondement
rationnel.
Comme le rappelle Ghislaine Géloin : « Si le concept de race a été
évacué des sciences humaines, interdit en biologie [...], l’idée de race
continue, elle, à avoir de beaux jours devant elle [...]. Racisme biologique
ou génétique, racisme institutionnel, racisme de préjugés, racisme de
comportement, racisme culturel, montrent bien la survivance de la
pensée inégalitaire dans toutes les sociétés et aucune n’est épargnée. »
À côté de réfutations qui n’ont pour elles que leurs bons sentiments et
leur bienveillance paternaliste, l’essai d’Anténor Firmin est « un
document exceptionnel, d’une rigueur impeccable ». Publié en 1885 à
Paris, dans l’indifférence totale, il est aujourd’hui la pensée la plus neuve
qu’on puisse lire sur un sujet qui, loin d’être périmé, est toujours d’une
actualité brûlante. Cet essai, enfin vulgarisé, permet de mettre un point
final à bien des discussions oiseuses. [OT]
16 artistes français et africains contre la dictature et le néocolonialisme !
12 , franco de port à Survie, ou distribué par Harmonia Mundi
François-Xavier Verschave
De la Françafrique à la
mafiafrique
Éd. Tribord, octobre 2004, 3,00
Ce petit livre est tiré d’une conférence-débat de 3 heures avec
des étudiants n’ayant aucune idée des thèmes abordés depuis
11 ans dans ces Billets : la Françafrique, la mondialisation de la
criminalité économique et politique (paradis fiscaux,
instrumentalisation de l’ethnisme et de la terreur), la
revendication de biens publics mondiaux, etc. De style oral, avec
à la fin une série de questions et de réponses, l’ouvrage permet
une entrée aisée dans tous ces enjeux auxquels l’association
Survie a résolu de se confronter.
Directeur de la publication : François-Xavier Verschave.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Lounis Aggoun (LA), Pierre Caminade (PC),
Sharon Courtoux (SC), Christian Loubier (CL), Sisulu Mandjou Sory
(SMS), Victor Sègre (VS), Odile Tobner (OT).
Ont aussi participé : Antoine Lecanut (AL), François-Xavier Verschave (FXV),
Comi M. Toulabor (CT).
Coordination : Olivier Thimonier.
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