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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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Abidjan : le tournant ?
L’enchaînement complexe des faits, dont certains
non élucidés, et le déchaînement des passions depuis plus
de deux ans en Côte d’Ivoire obligent à lire les événements
récents dans ce pays sur plusieurs registres, qui sonnent
chacun le glas de la Françafrique.
Du côté des acteurs ivoiriens (au sens non ivoiritaire
du terme), les jeux politiques sont portés à l’incandescence.
Les objectifs sont le plus souvent très basiques : le pouvoir,
donc le contrôle de l’armée, des médias et des urnes ;
l’argent, donc les terres, les rentes du cacao, du coton
et de l’aide internationale, les taxes ou rackets sur les
transports, etc. L’intensité très humaine de ces rivalités
rend la vie politique ivoirienne de moins en moins
contrôlable de l’extérieur. Mais en même temps les armes
brandies, notamment l’exclusion des “non-Ivoiriens”,
remettent en question le cadre fragile et très récent de ce
pays : les frontières arbitraires issues de la colonisation.
L’intensité des conflits internes n’a jamais fait autant
parler de la Côte d’Ivoire, mais leur exacerbation suscitera
forcément une intervention croissante des pays de la
région, qui ne pourront pas accepter que leurs originaires,
ressortissants ou transfrontaliers fassent les frais d’une
construction plus nationaliste que nationale.
C’est un fait : Foccart et Houphouët ont défait le projet
d’unité africaine des pères de l’indépendance, et les
ex-colonies françaises ont une histoire quadragénaire.
Les peuples pluriels assemblés dans ces États peuvent se
servir de tels cadres pour y faire progresser la participation
politique et l'esprit public. Mais l’échec est garanti, avec
à la clef des guerres interminables, s’il s’agit seulement
d’imposer l’hégémonie d’une partie « authentiquement
autochtone » du peuple. Quelle régression ce serait, alors
que tant d’Africains se remettent à espérer en les bienfaits
solidaires de l’Union africaine, en pleine édification !
L’autre registre, c’est celui de la Françafrique, dont
le régime d’Houphouët fut un concentré, aux méfaits
un temps anesthésiés par le “beurre” du cacao. Tandis que
les Ivoiriens se coltinent les effets-retard (rivalité
des dauphins, mépris des électeurs considérés comme
du « bétail », ruine des finances, monopoles étrangers,
corruption enracinée, etc.), la Françafrique et son parrain
de trente ans, Jacques Chirac, s’accrochent au fleuron de
la couronne néocoloniale.
Du coup, leur politique est non seulement contestable,
mais illisible. Après que le consortium françafricain de
Ouaga (cf. Billets n° 114 et 115), déstabilisateur de l’Ouest
africain (notamment le Liberia voisin), a favorisé le coup
d’État de 2002, les rébellions du Nord et de l’Ouest, Paris
a joué les pompiers avec un programme civique et
démocratique apparemment rassurant : la rébellion était
empêchée de renverser le pouvoir en place, ce dernier était
requis de bâtir une citoyenneté non discriminatoire.
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Ce programme dit « de Marcoussis », quoique né dans
un contexte très ambigu et discutable, a été avalisé par
l’ONU et les instances africaines. Mais la Françafrique
n’a pas voulu savoir que la trêve était très précaire. Forte
de ses milliers d’hommes sur place, elle a cru pouvoir
continuer son business as usual, jouant sur tous les
tableaux économiques, politiques et barbouzards –
penchant tantôt pour certains rebelles, tantôt pour Gbagbo,
de façon à rester maîtresse du terrain.
Cela n’a pas fonctionné, cela ne fonctionne plus.
Les partisans les plus actifs de Gbagbo, qui ne voulaient
à aucun prix du risque foncier et électoral induit par
Marcoussis, ont touché le point faible du vrai-faux arbitre.
S’appuyant sur l’inavouable du passé et du présent
néocoloniaux, ils ont réduit le conflit à cette seule
dimension Abidjan-Paris. Or il est devenu facile
de mobiliser le sentiment anti-français face à une
Françafrique pillarde et oppressive, qui n’a que trop duré.
Dans son arrogance, Chirac ne l’a pas perçu.
Une réplique proportionnée à l’attaque subie le
6 novembre à Bouaké par un campement militaire français
aurait pu se comprendre. Au lieu de quoi, les blindés et
les commandos français ont été envoyés occuper le points
névralgiques d’Abidjan, dont l’hôtel Ivoire à proximité
du palais présidentiel. Cela signifiait affronter la foule,
et lui tirer dessus. Ces victimes-là, largement occultées
par les médias français, l’Afrique ne les supporte plus.
Jacques Chirac doit comprendre qu’il s’agit du dernier
massacre néocolonial.
Car s’il ne le comprend pas, s’il ne voit pas que,
définitivement, la France ne peut plus faire la loi en Afrique
et qu’en conséquence, la Françafrique c’est fini, eh bien les
prolongations se feront de manière de plus en plus sale.
Pas seulement pour les Africains. Il reste très peu
de temps pour annoncer et engager de manière crédible un
changement radical de la politique africaine de la France.
François-Xavier Verschave
%
L’ordre règne à Abidjan
Les médias en France ont accordé, à bon droit sans doute, une
large place aux malheurs des Français fuyant la Côte d’Ivoire.
Ainsi s’est-on apitoyé sur des enfants obligés d’aller désormais
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à l’école dans le froid, loin du soleil
ivoirien, ou sur ce Français, bienfaiteur
de l’Afrique, qui avait à Abidjan, dans un
palace, une salle de remise en forme, et
qui proclamait qu’il ne retournerait en
Côte d’Ivoire que si Gbagbo s’en allait.
On frémissait devant un tel enjeu.
Rien, par contre, sur les dizaines de
civils ivoiriens, parmi lesquels des
femmes et des enfants, tombés sous les
°
balles françaises. Raffarin avait bien dit
qu’on ne tue pas impunément des soldats
français et Ségolène Royal invitait les
Français à être tous derrière leur armée.
Ainsi bénis et couverts, certains militaires
ont fait un carton. Les victimes sont
rarement
dues
aux
opérations
d’exfiltration de ressortissants français,
mais à l’occupation de sites stratégiques
comme l’hôtel Ivoire, à proximité du
palais
présidentiel.
Une
stratégie
Côte d’ivoire :
conjurer le pire est encore possible !
Communiqué de Survie, le 15/11
Après cinq journées de violences d’une intensité inédite dans l’histoire récente du pays, du 6 au
10 novembre, la tension semble baisser en Côte d’Ivoire, même si pour l’instant de nombreux
signes indiquent que la situation est loin d’être apaisée et pourrait s’embraser à nouveau. À ce jour,
il est encore difficile d’établir un bilan exhaustif des conséquences humaines et matérielles. Il est à
espérer que les enquêtes en cours pourront cerner l’ampleur de cette flambée de violences et
révéler ses causes immédiates.
Au moment où les esprits retrouvent une sérénité propice à la réflexion, l’heure n’est-elle pas
venue d’analyser sans passion ce qui se passe sous nos yeux pour déterminer si vraiment le pire
est irréversible dans ce pays, comme certains nous le prédisent ?
Sans négliger le besoin impérieux de compter les morts et d’estimer les dégâts matériels causés,
Survie voudrait inviter les Ivoiriens, les Africains, les Français, toutes les personnes éprises de justice
et de paix à concentrer leur attention et se mobiliser désormais vers la tâche la plus urgente de
l’heure, au delà des vérités et des mensonges des uns et des autres : le devoir de sauver les vivants !
Aucun Ivoirien, aucun Français ne doit limiter sa vigilance citoyenne à la seule préoccupation
(légitime) de savoir le tort subi par ses compatriotes. Après le récent drame qui frappe nos peuples,
il faut s’obliger mutuellement à identifier le bon itinéraire pouvant conduire à la paix. Tel est le défi
que nous lance l’histoire, le seul combat qui mérite aujourd’hui d’être mené par qui veut rendre à la
Côte d’Ivoire et tous ses habitants, qui tiennent une place centrale dans la région et le continent,
toute son intégrité physique et morale. Ce combat exige de dépasser les vérités partielles, les
positions partisanes. Il exige que l’on puisse situer l’ensemble des responsabilités, compter et
pleurer ensemble tous les morts (africaines et européennes), rendre justice de façon équitable à
toutes les victimes, secourir et protéger toutes les personnes que ce conflit continue de menacer,
de fragiliser et d’exposer à la mort.
Une analyse attentive de la situation montre clairement que toutes les parties au conflit (le régime
de Laurent Gbagbo, les ex-rebelles et leurs soutiens, les autres forces politiques ivoiriennes, la
France) fondent chacune leurs actions sur des aspirations et des principes légitimes, mais toutes
usent et abusent de mensonges et de demi-vérités, sans hésiter à recourir à des moyens peu
recommandables quand leurs intérêts sont menacés. Nous ne devons pas être dupes de ces
manipulations. Alors que toutes les parties ont admis les accords de Marcoussis et Accra III, on constate
que chaque protagoniste s’en sert , non pas pour aller vers la paix, mais pour préparer et faire la guerre.
Nous devons refuser ces calculs politiciens et affirmer des exigences claires qui favorisent
l’ancrage réel d’un processus de paix en Côte d’Ivoire :
La France et l’ONU, doivent reconnaître clairement et publiquement (mieux vaut tard que jamais)
que le régime de Laurent Gbabgo, légalement institué et reconnu tel par la Communauté
internationale, a été victime d’un coup d’État doublé d’une agression soutenue par des États
étrangers dont le Burkina Faso de Blaise Compaoré. Cette reconnaissance doit être assortie de
sanctions claires contre tous les soutiens des rebelles de septembre 2002.
Le régime de Laurent Gbagbo et les Forces Nouvelles devront répondre des violations massives
des droits de l’homme. À ce propos, le récent rapport de l’ONU ayant établi ces violations doit être
publié in extenso et sans édulcoration dans les plus brefs délais. Une Mission analogue devra
enquêter sur les récentes barbaries commises depuis la reprise des hostilités le 4 novembre 2004.
Nous suggérons la création d’une Commission d’enquête parlementaire franco-africaine par le
prochain Sommet de la Francophonie à Ouagadougou pour faire le bilan de l’opération Licorne,
examiner si elle a encore sa place dans ce pays et pour quoi faire. Cette Commission devrait aussi
lister l’ensemble des intérêts économiques français en Côte d’Ivoire, puis indiquer si et comment ils
peuvent être défendus dans l’intérêt commun des deux peuples.
Plus généralement, la situation présente montre qu’il est plus que temps de rompre avec les
pratiques parallèles, politiques, militaires et économiques de la Françafrique. Plus la France tarde à
tourner la page néocoloniale, plus les réactions de désespoir seront brutales. La fin des ingérences
doit s’accompagner d’une montée rapide de la prise des responsabilités africaines, régionales
(CEDEAO) et continentale (Union africaine). Il s’agit notamment d’éviter que les adversaires de la
paix n’attisent les leviers de la haine et n’embrasent la région.
La Côte d’Ivoire est aujourd’hui dans une situation socio-politique très grave qui appelle une
vigilance citoyenne en France et en Afrique, des actions claires et déterminées de la France, de la
Côte d’Ivoire, de l’Union Africaine, de l’ONU pour conjurer le pire. Après la récente flambée de
violences et son cortège de morts, de vies brisées, meurtries, l’heure est venue d’identifier les
calculs meurtriers, s’obliger mutuellement à les rejeter et enfin agir avec sérieux.
(
d’occupation, décidée à
l’Élysée, qui ne pouvait
qu’aboutir à la confrontation avec la
foule, faisant remonter du coup le
souvenir de tous les massacres
coloniaux.
On se demandera ensuite pourquoi les
Français sont aussi détestés en Afrique...
[Odile Tobner]
L’angle mort
Un mémorandum d’accord entre le
Gouvernement du Soudan et le
Mouvement populaire de libération du
Soudan (MPLS, principal mouvement
rebelle du Sud Soudan) a été signé le 18
novembre à Nairobi par lequel les parties
s’engagent à conclure un accord définitif
de paix d’ici le 31 décembre 2004.
Le Conseil de Sécurité, réuni à Nairobi
les 18 et 19 novembre, a adopté à
l’unanimité la résolution 1574 1 par
laquelle il se félicite de la signature du
mémorandum et déclare son appui à
l’engagement des parties à en appliquer
les dispositions avant la fin de l’année.
« Se
déclarant
profondément
préoccupé par l’insécurité et la violence
croissante au Darfour, la situation
humanitaire catastrophique, les violences
persistantes des droits de l’Homme et les
violations répétées du cessez-le-feu, et
réaffirmant à cet égard que toutes les
parties sont tenues d’honorer les
engagements mentionnés dans les
précédentes résolutions sur le Soudan »,
le Conseil s’engage, « dès la conclusion
d’un accord de paix global, à aider le
peuple soudanais en ce qu’il entreprend
de bâtir une nation pacifique, unie et
prospère, à la condition que les parties
honorent tous leurs engagements. »
Le Conseil « prie instamment la
Mission d’évaluation conjointe de l’ONU,
la Banque Mondiale et les parties [...] de
poursuivre leurs efforts visant à préparer
l’apport rapide d’une aide à la
reconstruction et au développement
économique du Soudan, y compris une
aide publique au développement,
éventuellement un allégement de la dette
et l’accès au marchés, une fois qu’un
accord de paix global aura été signé
et aura commencé à être appliqué ».
Le Conseil « souligne qu’un accord
de paix global contribuera à instaurer
dans tout le Soudan une paix durable
et la stabilité et à résoudre la crise au
Darfour, et souligne la nécessité
d’adopter une approche nationale qui
associerait tous les intéressés, y compris
les femmes, à la réconciliation et à la
consolidation de la paix ». Il souligne
ensuite
« qu’il
importe
que
les
pourparlers de paix d’Abuja entre le
[les
Gouvernement
soudanais
et
mouvements rebelles du Darfour] aillent de
l’avant », puis « exige des forces
gouvernementales et des forces rebelles
et de tous les autres groupes armés ./..
1. Communiqué de presse CS/8249 du 18/11.
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qu’ils mettent immédiatement un terme à
toutes les violences et attaques, [...]
veillent à ce que leurs membres
respectent
le
droit
international
humanitaire, pourvoient à la sécurité du
personnel humanitaire [...]. Comme il l’a
déjà fait [… le Conseil] décide de surveiller
l’observation par les parties de leurs
obligations à cet égard et, sous réserve
d’une nouvelle décision du Conseil, de
prendre les mesures qui s’imposent
contre toute partie qui faillirait à ses
engagements. »
Si l’on comprend bien :
- La « paix globale » concerne le
gouvernement soudanais et la rébellion
du Sud. Celle-ci pourrait contribuer à
résoudre la « crise » du Darfour.
- Le Conseil se réserve (sauf décision
ultérieure) le droit de « prendre des
mesures » à l’égard de qui empêcherait
l’aide humanitaire de s’opérer.
- Il n’estime pas opportun d’exercer
des sanctions à l’égard de ceux qui
rendent l’aide humanitaire nécessaire.
L’ambassadeur des États-Unis à
l’ONU, John Danforth, a déclaré : « Je
crois que c’est une résolution assez
équilibrée. Elle reconnaît clairement la
tragédie du Darfour [ouf !] et le fait que
nous avons déjà adopté deux résolutions
[et alors ?] ». Comme l’écrit Corine Lesnes
(Le Monde, 20/11) : « Le Conseil n’a
jamais réussi à se mettre d’accord sur
l’adoption de sanctions contre le régime
soudanais. Sa tactique a été de passer
par le gouvernement, en estimant que
rien ne pourrait être fait contre
Khartoum. » L’ambassadeur de France à
l’ONU, Jean-Marc de la Sablière, a
expliqué que le Conseil « voulait être uni
à Nairobi », que pour parvenir à
l’unanimité il a « choisi un langage de
consensus » (Le Monde avec AFP, 18/11). Il
en résulte un accord unanime pour éviter
(encore et toujours) de prendre les
sanctions qui s’imposent.
L’organisation
américaine
Human
Rights Watch (HRW) insiste (19/11) :
l’impunité accordée aux autorités de
Khartoum
pour
leurs
incessantes
atrocités au Darfour renforce l’exigence
de ne pas leur accorder pareille impunité
pour les atrocités commises au SudSoudan. Selon HRW, il est encore temps
pour le Conseil de Sécurité d’exiger que,
dans l’accord de paix final entre le
Gouvernement et l’APLS, Khartoum
assume ses responsabilités en la
matière, faute de quoi il s’estimera libre
de poursuivre ses meurtres dans l’ouest
du pays. L’organisation britannique
Oxfam a enfourché le même cheval.
Nous les rejoignons.
Quand ça tire, c’est dans l’angle mort
que se tient la pire menace, celle que
l’on ne voit pas venir. Celle qui tient
l’angle mort en cette affaire porte
cravate,
elle
s’appelle
lâcheté,
hypocrisie, et j’en passe. [Sharon
Courtoux]
°
(
Face à la situation au Soudan,
la France doit tenir une position ferme !
Communiqué commun de ACAT-France, Aircrige, CCFD, Comité Soudan, Justice et Paix-France,
MRAP, Secours-Catholique, Survie, Vigilance Soudan, le 16/11
Alors que le Conseil de Sécurité des Nations unies s’apprête à tenir une réunion exceptionnelle
consacrée au Soudan, les 18 et 19 novembre à Nairobi, nous, associations françaises concernées
par les graves abus commis au Darfour – tactiques de diversion des autorités soudanaises pour
gagner du temps et continuer leur politique de terre brûlée, politique de nettoyage ethnique,
violences sexuelles, harcèlements, tortures – demandons à notre gouvernement de tenir une
position ferme et d’adopter les recommandations suivantes :
1. Concernant l’aggravation de l’insécurité
• Condamner avec la plus grande fermeté : les crimes commis par toutes les parties en conflit, les
déplacements forcés orchestrés par les autorités soudanaises, les pressions constantes des forces
soudanaises sur les déplacés pour qu’ils retournent contre leur gré dans leurs villages ou pour
qu’ils changent de camps ;
• Accentuer les pressions sur le gouvernement soudanais pour que les milices soient désarmées
et exclues des tâches ayant trait à la sécurité des camps de déplacés et retirées de la région.
2. Concernant les sanctions envisagées
• Promouvoir un embargo international avec effet immédiat sur les livraisons d’armes à
destination du Soudan et sur les exportations de pétrole soudanais jusqu’à ce que le
Gouvernement soudanais tienne les engagements pris.
3. Concernant le déploiement de la Mission africaine au Soudan (l’AMIS)
• Renforcer l’aide financière, technique et logistique auprès de l’AMIS, pour un déploiement rapide
des troupes et des observateurs de l’Union africaine (UA) ;
• Etre davantage présent sur le terrain, mettre à disposition des Nations unies, en nombre
suffisant, des observateurs pour veiller au respect des droits de l’homme au Darfour ;
• Renforcer le mandat de l’AMIS afin de permettre aux forces africaines de mieux protéger les
populations civiles ;
• Encourager les pays africains amis à envoyer des troupes au Darfour dans le cadre de l’AMIS.
4. Concernant les négociations de paix en cours à Naivasha
Il est important qu’un accord global reprenant l’ensemble des protocoles d’accord soit enfin signé
dans les meilleurs délais entre le gouvernement du Soudan et la rébellion du Sud-soudan (SPLA).
L’aboutissement du processus de Naivasha permettrait d’intégrer le SPLA et d’autres groupes
d’opposition dans le gouvernement, ce qui provoquerait un changement dans la gestion politique du
dossier Darfour.
Nous demandons donc à la France, en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité de :
• Faire pression auprès des deux parties, et notamment du gouvernement soudanais, pour que le
processus aboutisse ;
• Veiller à ce que chacune des deux parties respecte ses engagements respectifs.
Contact presse : Hélène Palard – communication@acat.asso.fr – LD : 01 40 40 74 10
Congo-B :
Découverte d’un charnier à Brazzaville
L’hebdomadaire La Rue Meurt du 20
octobre dernier a publié une information
qui n’a pas suscité des commentaires
dans les médias d’État tant elle dérange.
En effet, selon ce journal, « plusieurs
restes des corps, enfouis dans un
charnier autour de la morgue municipale
de Brazzaville, ont été exhumés,
dimanche 17 octobre ». La nouvelle sur
le lieu de l’enfouissement de ces corps a
été rendue public par un agent retraité
des Pompes funèbres municipales
croulant depuis sous le poids des
remords.
Depuis
ce
jour,
des
rumeurs
persistantes sur l’origine desdits corps et
les raisons de ces décès ont envahi la
capitale. D’aucuns affirment « qu’il y
aurait eu, ce dimanche-là, près de 200
corps adultes qui y seraient enfouis, aux
années fortes de la guerre en 1997, 1998
et en 1999, année où auraient disparu de
nombreux citoyens à Brazzaville ».
D’autres laissent entendre « qu’il est très
probable que plus de 500 corps seraient
encore
enfouis
sous
les
pavés
fraîchement posés dans la cour de la
morgue municipale de Brazzaville ».
Quoi qu’il en soit, cette information
relance les débats sur l’affaire des
disparus du Beach à un moment, où le
pouvoir espère une accalmie en
attendant l’arrêt de la Cour d’Appel de
Paris du 22 novembre, et conforte les
soupçons sur l’existence d’autres
charniers
à
Mbandza-Ndounga,
Kindamba, Missafou... dans la région du
Pool. Affaire à suivre.
[Christian Loubier]
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Lendemain d’élection au Cameroun
Les temps sont durs pour les
dictateurs. Malgré son succès à plus de
70 %, Biya se heurte à la coalition des
malveillants. La presse privée a reproduit
les articles du Figaro et de Libération,
plutôt critiques à l’égard du régime, ainsi
que le communiqué sévère du Parti
socialiste français sur le déroulement de
l’élection. Mais le comble a été atteint
avec la diffusion, sur les ondes de RFI,
d’une interview du cardinal Tumi parlant
de « mascarade électorale » à propos de
l’élection présidentielle. L’ire du ministre
de la Communication, Fame Ndongo,
s’est déchaînée contre la radio française.
On parlait même de fermer ses
émetteurs au Cameroun. Selon Fame
Ndongo, la déontologie exige que toute
info
soit
assortie
d’une
info
contradictoire. Si demain RFI diffuse
l’info que le Mont Cameroun est en
éruption, il faudra absolument diffuser
aussi le communiqué du ministre disant
qu’il n’y a pas d’éruption. Or RFI n’a pas
fait
un
sort
aux
déclarations
complaisantes des obscurs Bedzigui et
Haméni Biéleu, face au prestigieux et
courageux Tumi.
On s’indigne aussi que RFI n’ait pas lu
le message affectueux de Chirac à Biya
(comme l’a fait Billets n°130, Ils ont dit).
En effet, au Cameroun, la radio d’État
consacre chaque jour du temps à lire les
messages envoyés par Biya : au
président de la République helvétique
pour ses quatre-vingts ans, au Pape pour
l’anniversaire de sa première messe, au
Premier ministre des îles Fidji pour sa
prise de fonction, etc. Ne dites pas à
Fame Ndongo que, si le message de
Chirac est resté confidentiel en France,
c’est parce que ce grand snob de Chirac
ne tient pas à afficher ses relations avec
ce qu’il considère comme des ploucs
africains, il tomberait de haut.
Où va le monde, si le pouvoir français
n’est pas capable de tenir ses
journalistes ? Ce n’est pas comme au
Cameroun. Fru Ndi, président du SDF,
ayant convoqué une conférence de
presse mardi 19 octobre, un bataillon de
gendarmes, avec casques et matraques,
a pris position devant l’entrée pour
l’interdire aux arrivants.
Finalement, RFI a tenu à justifier sa
réputation
de
voix
officielle
du
gouvernement français. Comme celui-ci
ne tient pas à mécontenter le « Cher
Paul », elle s’est fait un devoir de diffuser
les déclarations élogieuses, sur le
déroulement de l’élection, d’un certain
pasteur Mfochivé, président de la
fédération des Églises et missions
évangéliques. Ce Mfochivé est, par
ailleurs, un parent du Fochivé de sinistre
°
mémoire : ministre de la police de Ahidjo,
puis de Biya, il sévit pendant plusieurs
décennies contre les mal-pensants
camerounais, dont un grand nombre
périrent de tortures, incarcérations,
assassinats.
Par contre aucun mot à RFI sur les
exactions à Lomié, dans l’Est du
Cameroun, subies par les Bamoun,
soupçonnés de ne pas avoir voté Biya.
Malgré les démentis officiels, ces
exactions perdurent. Ceux des Bamoun
qui restent encore à Lomié font partir
leurs familles, avant de plier eux-mêmes
bagages, citoyens camerounais interdits
de séjour en un point du Cameroun.
Tout cela parce que, dans la
compétition des « élites locales », c’est à
qui aura apporté 100 % de voix à Biya,
pour être en bonne place dans la
distribution des prébendes – le grand, et
d’ailleurs le seul, sujet « politique » de
l’après-élection. Leur zèle n’ayant pas de
limite, certaines localités rurales du
Centre-Sud-Est, avec une population
évaluée à quelque 2 500 âmes, se sont
retrouvées avec 7 000 inscrits sur les
listes électorales. Si de malheureux
scrutateurs des partis d’opposition se
présentaient, ils étaient chassés illico,
manu militari.
Le 31 octobre un correspondant de
RFI indiquait sur les ondes que, selon
des observateurs de l’Union Européenne,
le scrutin ne répondait pas aux normes
démocratiques en raison de nombreuses
irrégularités, de l’utilisation abusive de
l’appareil d’État par le candidat au
pouvoir, et autres pratiques proscrites. Il
s’agissait, il est vrai… de l’Ukraine ! [OT]
Mémoire à retardement
Face à la dénonciation de la Françafrique, la tactique de la propagande
adverse est bien connue : concéder que
des choses répréhensibles ont existé,
mais que c’est terminé depuis un certain
délai de prescription de la mémoire et
des réparations : 1994, 1997, etc. Cette
tactique glissante (les scandales françafricains de 2004 seront admis en 2010, et
ainsi de suite) a la même efficacité que
tous les processus d’effacement de la
mémoire qui autorisent les dictatures du
présent : on a le devoir d’y résister, c’est
même la condition sine qua non de la
citoyenneté.
Aussi n’est-il pas inutile de signaler la
confirmation, dans les mémoires du co1
lonel Maurice Robert , bras droit de
Jacques Foccart et pilier des Services
français en Afrique, d’une série de
crimes du Foccartisme longtemps niés.
Le plus horrible est la manipulation de la
rébellion biafraise contre le Nigeria, qui fit
(
deux millions de morts.
Pour le pétrole. Le colonel
admet l’utilisation propagandiste du mot
« génocide » : « Nous voulions un mot
choc pour sensibiliser l’opinion » 2.
C’est désormais officiel : Bob Denard
était un vrai-faux mercenaire, recruté par
Robert fin 1962 pour le compte du
SDECE, ancêtre de la DGSE. Les crimes
de Denard dans l’ex-Congo belge, au
Bénin, aux Comores, etc. sont donc ceux
du SDECE-DGSE, c’est-à-dire de l’Élysée : De Gaulle, Pompidou, Giscard,
Mitterrand, Chirac.
Tout cela se complète d’une description des relais et techniques de la désinformation actionnés par la Françafrique.
Comme ils sont toujours en usage, ce
rappel peut servir à aiguiser la vigilance.
[FXV]
1. Maurice Robert. Ministre de l’Afrique, Seuil,
2004.
2. Cf. F.X. Verschave, La Françafrique, Stock,
1998, p. 137-153.
Paix au POM
« La motion de censure qui vient d’être
votée samedi 9 octobre est un acte
terrible
et
dramatique
pour
la
démocratie
en
Polynésie.
Elle
représente la trahison du vote populaire
du 23 mai dernier qui a souhaité le
changement. Les manœuvres bassement
politiciennes
de
Gaston
Flosse
soutenues par la ministre des DOM-TOM
Brigitte Girardin et le président de la
République ne visent qu’à couvrir les
turpitudes d’un système qui a dominé
sans partage les institutions depuis 20
ans, accaparé la terre, spolié les Tahitiens,
pillé les finances du territoire.
Le changement pacifique du 23 mai
2004 correspondait au ras-le-bol, à
l’exaspération de la majorité de la
population exclue de la vie politique
depuis des années. La politisation des
administrations, la mégalomanie des
projets de Gaston Flosse, le clientélisme,
la corruption ont été rejeté par une partie
des classes moyennes favorisées et des
classes populaires. 20 % de chômeurs,
une économie au ralenti et sous
perfusion depuis la fin des essais
nucléaires, des archipels laissés à
l’abandon par le pouvoir central de
Papeete, un accès très inégal à l’eau
potable, une crise du logement social : le
bilan du “système Flosse” scandalisait
plus d’un Tahitien.
La défaite du 23 mai n’a jamais été
acceptée ni par le pouvoir chiraquien, ni
par ses amis polynésiens. Ils ont
entrepris de faire monter les tensions
pour en finir avec la transition
démocratique : rumeurs, pressions et
chantages directs du ministre des DOM-
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%. 1
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TOM, achats des conseillers, envoi dés
juin de compagnies de gendarmes
mobiles. »
C’est autour de ce communiqué (14/10)
que s’est constitué en métropole le
Comité pour la Démocratie en Polynésie.
Il s’agit de se tenir « aux côtés du peuple
de Polynésie pour la dissolution de
l’Assemblée du territoire et de nouvelles
élections » 1. À l’heure où nous bouclons
Billets, cette dissolution n’est pas
déclarée, mais l’élection territoriale a été
invalidée à Faa, ce qui nous est présenté
comme une étape, préparant une sortie
de crise “honorable” pour Jacques
Chirac. Si le nouveau recours aux
électeurs devait s’arrêter à Faa, ce serait
une innovation cocasse qui pourrait
allécher les Biya et consorts : annuler les
élections
seulement
dans
les
circonscriptions n’ayant pas voulu
reconduire un potentat.
En tout cas, il restera d’autres
exigences à satisfaire : « la mise en
lumière des agissements du GIP
(Groupe d’intervention de Polynésie) »
[cf. À fleur de presse] ; « la poursuite de
l’enquête
sur
les
conséquences
sanitaires, sociales et environnementales
des essais nucléaires et les réparations
qui s’imposent » ; « le respect des
engagements financiers pris par l’État
suite à la fermeture du site nucléaire de
Moruroa et le contrôle de la répartition
équitable des financements » ; « la
transparence sur la gestion de Gaston
Flosse, les présomptions de corruption,
de clientélisme. » 1 Ce dernier point est
envisagé au Sénat, puisqu’une résolution
« tendant à la création d’une commission
d’enquête sur la gestion des fonds
publics en Polynésie française » y est
proposée.2 [Pierre Caminade]
1. Appel du 27 octobre à l’origine du Comité.
Premières associations signataires : Anticor,
ATTAC, Cedetim, LCR, Mouvement de la
Paix,
Survie,
Les
Verts...
contact :
democratiepolynesie@yahoo.fr
2. Par Bernard Frimat, Simon Sutour, Louis Le
Pensec, Robert Badinter, Pierre Mauroy,
Jean-Pierre Bel, Catherine Tasca, Dominique
Voynet, et les membres du groupe socialiste,
apparentés et rattachés.
) #
°
Colonie de travaillance (2) :
Sénat, nous voilà !
« La commémoration de l’abolition de
l’esclavage par la République française
et celle de la fin de tous les contrats
d’engagement souscrits à la suite de cette
abolition font l’objet d’une journée fériée
dans les départements de Guadeloupe,
de Guyane, de Martinique et de la
Réunion, ainsi que dans la collectivité
territoriale de Mayotte. Un décret fixe la
date de la commémoration [...] » stipulait
l’article unique de la Loi n° 83-550 du 30
juin 1983. La date de cette journée est
différente en fonction des territoires...
Mais tout cela était trop zélé envers les
descendants d’esclaves, selon les
sénateurs : en 2001, ils ont profité de la
discussion
de
la
loi
sur
« la
reconnaissance de la traite et de
l’esclavage en tant que crime contre
l’humanité », pour réformer celle de
1983 :
la
commémoration
n’est
désormais plus fériée ! Un texte adopté
17 jours avant la date de la
commémoration en Guadeloupe, le 27
mai. Voilà le contexte, que nous avions
omis dans notre précédent numéro de
Billets, des violences de ce jour-là. Le
syndicat UGT a employé la force pour
réagir à cette provocation de la
République, et pour tenter d’imposer aux
commerçants de chômer ce jour
commémoratif.
D’après l’un de nos lecteurs, nous
aurions pris trop à la lettre une lecture
syndicaliste des évènements intervenus
depuis lors. Nous aurions dû préciser
que ce jour-là n’est plus férié. Ce lecteur
précise que les commerces restés
ouverts, auxquels les manifestants se
sont attaqués, n’étaient pas tous des
propriétés de Blancs. Le fast-food
attaqué ne s’appellerait pas Quick mais
KFR. Le syndicat UGT se distinguerait
par une pratique récurrente de la
violence, et leur indépendantisme ne
serait qu’un discours “légitimateur” de
façade, puisqu’il recrute beaucoup chez
des
fonctionnaires
aux
salaires
largement abondés par la métropole.
(Il reste que plusieurs
syndicats font des analyses
convergentes. Et plusieurs hommes
politiques locaux ont demandé la
libération de Michel Mandassamy
(obtenue le 5 novembre, après un mois
d’incarcération). Cela montre que la
répression de ce syndicat a été jugée
excessive, avec des peines écrasantes.
Tout cela dans une île où les héritiers et
les nostalgiques de la colonisation
continuent de tenir le haut du pavé. Il
nous parait important de faire connaître
ces sujets. [PC]
Une seule solution : déclassification !
Nous avons évoqué en mai (Billets
n°125) l’« Appel pour créer un mécanisme
de contre-pouvoir citoyen qui offre un
accès plus libre à l’information » (16/04),
lancé par six journalistes, visant à
« crever l’excès de secret en France »
[cf. www.liberte-dinformer.info]. Appel auquel
Survie s’est naturellement jointe. Le
sénateur Michel Dreyfus-Schmidt, avec
les membres du groupe socialiste et
apparentés, a déposé le 13 octobre 2004
une proposition de loi relative à l’accès
aux documents classés secret défense,
tendant à modifier la loi n° 98-567 du 8
juillet 1998 qui a institué la Commission
consultative du secret de la défense
nationale. Cette dernière deviendrait
« Commission nationale consultative
etc. ». Ne se contentant plus d’être
"consultée", elle pourrait être saisie à « la
demande de soixante parlementaires ou
d’une juridiction française », pour avis.
« Une juridiction française dans le cadre
d’une procédure engagée » pourrait
aussi obtenir un droit de regard si les
crimes ou délits dont elle traite ont à voir
avec
les
(nombreux)
traités
internationaux ratifiés par la France.
Croisons les doigts... [PC]
(Achevé le 20/11/04)
# (((
Génocide
« Ne faudrait-il pas [...] laisser tomber [la catégorie de génocide] au
profit d’une catégorie plus large, qui est la catégorie du crime
contre l’humanité.
[... Nuremberg jugeait un génocide,] mais il entrait dans la catégorie,
d’une certaine manière plus large, moralement sans doute plus
consistante des crimes contre l’humanité » (Rony BRAUMAN, exprésident de MSF, sur France Culture, le 13/11 de 11h à midi, Le bien
commun).
[Nous avons amplement commenté la rhétorique insoutenable de l’actuel
président de MSF, J.-H. Bradol, concernant le Darfour, dont MSF conteste
ardemment la qualification de génocide. Son mentor abat ici ses cartes :
nous sommes invités à renoncer à cette « catégorie », qui pour nous
continue à faire sens au regard de l’histoire, et surtout à obliger la
communauté internationale à intervenir dès lors que l’Onu reconnaît cette
qualification. C’est l’ultime argument de Brauman pour refuser cette
qualification dans le cas du Darfour. Un argument qui évite de faire entrer
dans la discussion des éléments (les plus embarrassants pour Khartoum,
qui doit donner son accord pour les interventions de MSF) révélant la
volonté de supprimer toute possibilité de survivance au Darfour :
empoisonnement des puits, etc. Sous les apparences d’une “querelle
sémantique”, MSF milite pour la fin de l’obligation faite d’intervenir dans le
cas de la plus radicale négation de l’humanité, celle qui fit dire un temps :
« plus jamais ça ». La fuite en avant d’un certain lobby humanitaire
continue (cf. Billets n°129 Ils ont dit, Édito du n° 128). – PC]
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°
Démocratie
(/
« L’Union européenne félicite le Botswana pour le bon
déroulement des élections générales qui se sont tenues le 30
octobre 2004. Ces élections ont été jugées libres et régulières au
regard des normes établies, qui sont énoncées entre autres dans
les Principes et lignes directrices de la SADC [le regroupement régional
des pays du sud de l’Afrique] régissant les élections
démocratiques. » (Présidence de l’Union européenne,
[Que Chirac soit bonapartiste ou rad-soc, je laisse aux
connaisseurs à en juger, mais alors tiers-mondiste, c’est de la diffamation,
ou de la présomption, toute pure. Le féal Denis Tillinac doit confondre
avec « tiers-mondain », épithète inventée par Le Canard enchaîné à
propos d’Hervé Bourges, et qui qualifie parfaitement les relations
africaines de Chirac : rien que la crème de la corruption de haut-vol,
engrangeant les milliards prélevés sur les ressources africaines, qui fuient
l’Afrique pour les beaux quartiers et les grands coffres en Europe. À
moins que Chirac ne soit tiers-mondiste comme d’autres sont gaullistes,
pour perpétuer le tiers-monde. – OT]
[Nous nous réjouissons, nous aussi, que des élections se déroulent
normalement, et nous félicitons l’ex-puissance tutélaire du Botswana (et
les autres puissances) de ne pas s’y ingérer. Il paraît que là-bas, l’argent
des diamants profite à la population... Du moins à une majorité d’entre
elle, car les droits des Bochimans du Kalahari ne sont pas vraiment
respectés. La démocratie est une construction dont chaque étape appelle
la suivante... – PC]
« La Polynésie, ça anime peut-être la classe politique, mais tout le
monde s’en fout ! » « Gaston, c’est mon ami, c’est mon pote. »
« Je l’aime bien. Je suis de la même génération que lui, comme
avec Lucette [Michaux-Chevry] ou Lafleur. Gaston et moi, on a une
amitié fraternelle et virile. On se fait marrer l’un l’autre ! » (Jacques
CHIRAC, ce qu’il « a répété à ceux de ses visiteurs qui lui parlaient des
www.diplomatie.gouv.fr, le 10/11).
« Je n’aurais jamais pu suivre un homme politique ancré à gauche
ou ancré à droite. C’est pour cela que je suis derrière Chirac. Il est
tout à la fois hussard bonapartiste, bon rad-soc et vrai tiersmondiste. » (Denis TILLINAC, cité par Le Parisien du 14/11).
% &
agissements de Gaston Flosse », selon Le Canard enchaîné du 27/10).
[Les grands de ce monde sont des hommes comme les autres après tout.
Sauf que chez eux la trivialité a une fonction, subtilement calculée : éviter
le débat démocratique. – PC]
2
Françafrique
Le Monde, Paris s’est fortement engagé dans la crise ivoirienne
pour défendre sa crédibilité en Afrique, 10/11 (Stephen SMITH) :
« La présence économique française nourrit des fantasmes, en
Côte d’Ivoire et en France. Or l’époque où plus de 50 000
expatriés faisaient “tourner” l’économie ivoirienne [...] est révolue
depuis... une génération. [...] Le secteur stratégique de
l’économie ivoirienne, celui des matières premières agricoles, est
passé aux mains de multinationales anglo-américaines ou
néerlandaises.
Il y a de beaux restes. Plus de 500 PME ou PMI à capitaux français constituent l’essentiel du tissu industriel de la Côte d’Ivoire.
Mais ce tissu s’est singulièrement effiloché depuis le premier coup
d’État en Côte d’Ivoire, à Noël 1999. [...] Cette réalité est masquée
par la présence très visible de quelques grands groupes français
– Bolloré, Bouygues, France Télécom, Total –, dont l’hégémonie,
notamment pour la gestion de l’eau et de l’électricité ou dans les
transports maritime ou ferroviaire, affecte si directement la vie
quotidienne des Ivoiriens que ceux-ci ont l’impression de vivre
dans une "néocolonie". En fait, les investissements directs français en Côte d’Ivoire n’excèdent pas 3,5 milliards d’euros, et le
nombre des cadres expatriés y est inférieur à 300. [...]
Jusqu’à la chute du mur du Berlin, Paris avait été un bon "gendarme de l’Afrique", seulement 40 000 victimes de guerre – dont
la moitié au Tchad – ayant été comptabilisées dans ses excolonies par l’ancienne Mission militaire de coopération, un
chiffre sans commune mesure avec les bilans dans le reste de
l’Afrique, hors "garantie" française. Depuis la fin de la guerre
froide, la France s’est révélée bien moins efficace comme gardien de la paix en Afrique francophone, en particulier au Rwanda
en 1994. »
[Les Ivoiriens n’auraient que « l’impression de vivre dans une
“néocolonie” », alors que les secteurs économiques essentiels, plus la
banque et la monnaie, sont entre les mains de la Françafrique – qui en
plus contrôlait militairement le pays et y jouait en permanence de ses
réseaux. L’exportation du cacao par des firmes américaines, comme
l’extraction de l’or malien par des Sud-Africains, ou du pétrole tchadien
par un consortium américano-indonésien, n’a pu s’obtenir et se maintenir
que moyennant un deal avec la Françafrique. Stephen Smith poursuit son
œuvre de minoration de l’influence françafricaine.
S’agissant du passé, il relaie carrément le négationnisme de l’armée
française : niés, les 100 000 à 400 000 morts de la répression des
indépendantistes camerounais ; passées sous silence, les innombrables
victimes de la torture, qui à elles seules font exploser le chiffre allégué
pour le Tchad. Surtout, les militaires ont l’audace de faire la comparaison
avec le nombre des victimes hors pré-carré, alors que les agressions et
ingérences françafricaines avant 1990 y sont responsables ou complices
de millions de morts (Katanga, Biafra, Burundi, Zaïre, Angola…). Après
1990, il y a, entre autres, le Rwanda : la complicité française dans le
génocide y est emballée, pour finir, dans une litote surréaliste. – FXV]
Le Monde, Une ancienne procureure du tribunal aux armées
dénonce la mainmise du pouvoir militaire, 20/11 (Nathalie GUIBERT et Laurent ZECCHINI) : « Les mots ont été longuement
pesés. Ils vont droit au but : “ingérence”, “pratique d’exception”,
“justice aux ordres”. Procureure du tribunal aux armées de Paris
[pendant dix ans,] jusqu’en avril [2004], Janine Stern a transmis le 2
novembre au garde des sceaux une “note d’information”
dénonçant la mainmise du pouvoir militaire sur cette juridiction,
chargée des infractions commises par les soldats français
déployés hors du territoire national. [...] “Mon propos n’est pas de
porter atteinte au prestige de l’armée, mais de souligner la faible
légitimité d’une juridiction spécifique et unique face à l’institution
militaire, structurée et puissante”, explique d’emblée la
magistrate. [...]
Le tribunal existe dans sa forme actuelle depuis 1999. La loi
avait alors consacré le principe de l’application des règles de
procédure pénale de droit commun aux militaires. Le tribunal
possède ainsi les apparences de la normalité judiciaire [...] : un
parquet, un service de l’instruction, une chambre de jugement.
Une spécificité importante pose toutefois des difficultés. Elle
concerne la mise en mouvement de l’action publique. À défaut de
dénonciation du ministre de la Défense, le procureur doit en effet,
s’il veut poursuivre un militaire, demander l’avis préalable des
autorités militaires. Seule la poursuite des crimes et des flagrants
délits échappent à cette obligation, censée répondre à la
nécessité d’éclairer parfaitement le magistrat sur la position du
commandement et le contexte de l’affaire. Or la procureure fait
état de “tentatives récurrentes de contrôler l’exercice de l’action
publique”, une telle optique ayant “généré progressivement de
véritables ordres donnés au parquet sous couvert d’avis à poursuites”. Selon Mme Stern, “nombre d’avis font transparaître la
volonté manifeste du ministère de la défense d’encadrer étroitement l’action du parquet militaire”.
Pour la magistrate, la juridiction n’a pas obtenu les garanties
de son indépendance. Procureur et juges du tribunal aux armées
font l’objet d’un double rattachement : au ministère de la Défense
sur le plan administratif et au ministère de la Justice sur le plan
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fonctionnel. Issus du corps judiciaire, ils sont en position de
détachement pour exercer leurs fonctions militaires. Ils se
trouvent, dans les faits, placés sous le contrôle de la direction
des affaires juridiques du ministère de la Défense. Celui-ci,
affirme Mme Stern, considère le tribunal “comme un quelconque
service administratif soumis à son entier pouvoir hiérarchique".
À ce titre, Mme Stern parle même d’“ingérence". Plusieurs
exemples l’illustrent, selon elle : [...] “l’ordre express de transmettre des pièces judiciaires relatives à des affaires sensibles"
ou “l’obligation de justifier auprès de l’administration de la
défense du bon exercice de l’action publique à l’occasion
d’affaires relatées dans la presse". Ces demandes contraignent
les magistrats “à effectuer des réponses aussi fastidieuses
qu’inutiles, au détriment de leurs activités juridictionnelles, dans
le but évident de les déstabiliser", affirme l’ancienne procureure.
De telles demandes ont notamment été faites lors du premier
pillage de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest, à
Bouaké, en Côte d’Ivoire, en septembre 2003 : quatre militaires
français qui avaient dérobé 57 000 euros ont été mis en examen
pour “vol aggravé". [...] Ces dernières années, le conflit entre les
deux institutions s’est cristallisé sur la question de la notation des
magistrats du tribunal. Le ministère de la Défense a revendiqué
le pouvoir d’évaluer l’activité professionnelle du procureur,
malgré l’avis contraire de la Cour de cassation.
Pour Mme Stern, au contraire, “le cordon ombilical liant les
magistrats à l’administration centrale de la défense devrait être
définitivement rompu dans l’intérêt supérieur de la justice".
L’ancienne procureure va plus loin. Les conflits auxquels donne
lieu l’application du droit pénal en milieu militaire “amènent à
réfléchir sur l’opportunité, soit de réformer en profondeur cette
juridiction, soit de la supprimer car constitutive, en l’état, d’une
véritable anomalie judiciaire".
Devant cette attaque virulente, le ministère de la Défense [...]
se donne officiellement le temps de la réflexion. Officieusement,
il rejette en bloc les accusations de l’ancienne procureure, par
ailleurs accusée d’avoir manqué de “psychologie". “C’est une
juridiction méconnue, qui fait un peu fantasmer", explique-t-on à
l’Hôtel de Brienne, où l’on insiste sur le “contexte particulier" des
affaires traitées. “[...] Mme Stern n’a pas su écouter la part de
spécificité qu’ont les militaires. Si vous vous drapez dans votre
indépendance, si vous restez dans votre tour d’ivoire, vous ne
pouvez pas comprendre l’institution militaire. Il faut faire preuve
d’écoute et de psychologie, il faut aussi aimer un peu les gens
avec qui on travaille." [...] Les accusations de “justice aux ordres"
n’ont aucun fondement, insiste-t-on encore, en ajoutant : “Je mets
au défi quiconque de donner un exemple d’une affaire où nous
aurions entravé l’action de la justice." »
[Derrière le mépris des Messieurs galonnés envers une magistrate qui
« fantasme », on observe une tendance croissante à l’autonomisation de
certaines structures au sein même de la République. Il y avait déjà les
services secrets, que le Parlement français, à la différence de ses homologues, n’ose pas exiger de contrôler. Le Commandement des opérations
spéciales, cœur de la force d’intervention militaire française, s’est
constitué hors hiérarchie à l’occasion de l’intervention au Rwanda – qui
accoucha d’un génocide. Et maintenant la justice militaire…
Nous sommes d’autant plus attentifs à cette institution que des militaires français ayant commis des crimes au Rwanda pendant ou juste
après le génocide pourraient y être jugés. Et, contrairement à l’avis
méprisant des hiérarques militaires, nous trouvons que Mme la procureure a une réflexion très opportune quand elle suggère de supprimer
cette juridiction « car constitutive, en l’état, d’une véritable anomalie
judiciaire ». En effet, le premier respect que l’on doit aux militaires, c’est
de les considérer comme des êtres humains, des citoyens comme les
autres, passibles de la même justice républicaine, même si l’on tient
compte des missions peu ordinaires qui leur sont assignées. – FXV]
Polynésie
Tahiti-Pacifique magazine, Une crise inacceptable, novembre
2004 (Alex W. du PREL) : « Tahiti se retrouve avec deux
°
(3
présidents et deux gouvernements, les “légalistes”
opposés aux “légitimistes”. [...] Les coups bas, la
désinformation, les pratiques de corruption menées quasiment
au grand jour s’accompagnent tantôt d’un silence bienveillant,
tantôt de coups de pouce qui témoignent de la très forte
communauté d’intérêts (et de craintes ?) entre l’actuel
gouvernement métropolitain et la “machine Flosse”. Il est vrai
que leurs destins sont semblables. En métropole, le
gouvernement mis en minorité lors des deux dernières élections
(régionales et européennes), se maintient en vertu du droit (et
non de l’éthique). [...] Faut-il qu’en France la démocratie soit bien
malade [ ? ...]
Il arrive un temps où les « systèmes » mis en place
s’effondrent, obsolètes. Les partis et les syndicats assujettis au
pouvoir n’arrivent plus à rallier et encadrer une opinion lassée de
constater que ses problèmes et aspirations sont méprisés, où
l’affairisme des dirigeants empêche tout progrès. Le temps du
changement (taui) est arrivé en Polynésie française et les
honteuses magouilles qui visent à l’étouffer n’apporteront que
quelques délais précaires à un système agonisant. »
[Le lecteur trouvera in extenso ce cinglant éditorial sur www.tahitipacifique.com]
Tahiti-Pacifique magazine, Surveillance, filatures, espionnage,
le GIP était bien une milice de l’ex-président Flosse, octobre
2004 (Alex W. du PREL) : « De nombreuses personnes – dont
votre fidèle serviteur – ont été espionnées et surveillées avec des
moyens tout à fait illicites par le GIP (Groupe d’intervention de
Polynésie) mais aussi par une sorte de RG (Renseignements
généraux) du Territoire qui s’était mise en place depuis 1995 à la
Présidence de Tahiti.
[... Étaient aussi visés] les proches de Président, un signe plutôt
évocateur d’une paranoïa ambiante. [...] En plus de ses “agents
réguliers” bien connus, des gendarmes à la retraite tels MM.
Montezinos et Havet, le “Service d’études de la Présidence”
[rendu officiel par l’arrêté n°223PR du 13 mai 1997], utilisait aussi les
hommes du GIP selon ses besoins.
En effet, une seconde cellule de “services secrets” au sein du
GIP (dirigé par Léonard “Rere” Puputauki qui répondait
directement au président Flosse) avait été montée par un certain
Félicien Micheloni, adjudant-chef de la DGSE, dès le lendemain
des évènements de septembre 1995 [les troubles consécutifs à la
reprise des essais nucléaires]. Déjà étoffé de 15 personnes en 1997,
cette “Piscine” tahitienne augmentera constamment le nombre de
ses “agents”, jusqu’à la chute de M. Flosse en juin 2004 où ils
étaient une cinquantaine. [...]
Un [...] témoignage explique que quatre dames étaient
disponibles pour “séduire et coucher avec l’ennemi”, ce qui créa
d’ailleurs quelques drames : si elles refusaient de “donner leur
corps pour le pays”, elles étaient tout simplement licenciées. [...]
En ce qui concerne la rémunération de ces “espions”, la
discrimination était flagrante. Alors que les agents du GIP étaient
rémunérés au Smig (105 000 Fcfp/mois) avec des contrats
politiques d’un an renouvelables, sans heures supplémentaires
payées alors que parfois les filatures allaient jusqu’à 4 heures du
matin, les expatriés, eux, encaissaient les gros magots : 831 000
Fcfp/mois pour Micheloni, 950 000 Fcfp pour Yhuel et [...] 600 000
Fcfp pour les gendarmes à la retraite, et n’oublions pas les
1 478 000 [Fcfp/mois] que percevait le colonel (du GIGN) à la
retraite Lionel Chesneau, dont la mission au GIP était “d’éviter
les dérapages” et qui ne pouvait pas ne pas être au courant de
ces pratiques. [...]
Et quel résultats M. Flosse a-t-il obtenu grâce à ce coûteux et
minable dérapage ? Rien qui soit vraiment d’intérêt, ni complot,
ni crime dévoilé. Par contre, ces surveillances (dont l’existence
était connue et se murmurait dans les alcôves des institutions
territoriales) nourrissaient une sorte de crainte permanente chez
les fonctionnaires et courtisans.
Or cette “peur de déplaire au Président” était justement
devenue la base du “système Flosse”. Apparemment celui-ci n’a
pas perçu la leçon de son échec électoral, puisqu’il y a deux
"
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%. 1
’
mois des anciens espions du GIP ont été contactés pour se voir
offrir un emploi similaire au [sein de son parti, le] Tahoera’a. »
[Ainsi, Flosse cherchait cet été à se donner les moyens de prolonger son
espionnite aiguë. Pour chercher le maillon faible de la majorité
rassemblée par Oscar Temaru ? Celui qui allait se laisser retourner ? Ou
pour continuer à surveiller ses amis ?
Et l’on apprend que des GIP ont probablement assassiné un journaliste
trop regardant sur les affaires du « pote » de Chirac, à l’amitié
« fraternelle et virile »... – PC]
Le Canard enchaîné, Un revenant qui accuse les hommes de
Flosse se retrouve en prison à Tahiti, Jérôme Canard, 27/10 :
« Début octobre, un nommé Vetea Guilloux, trente-deux ans, exmembre du service d’ordre de Flosse, se confesse à un ministre
– par ailleurs pasteur – de Temaru. [...] Et de raconter, [...] qu’un
journaliste, Jean-Pascal Couraud, disparu il y a sept ans alors
qu’il menait une enquête sur quelques sombres pratiques de
Flosse, avait en fait été assassiné par deux de ses hommes de
main. Qu’il désigne nommément. L’instruction sur ce fait divers
s’était terminée par un non-lieu en juin 2002.
Après avoir entendu ce récit, le ministre-pasteur envoie daredare le jeune homme répéter sa confession aux gendarmes de la
section de recherche de Papeete. Ce qu’il fait le 14 octobre. Les
pandores tentent alors, selon Stanley Cross, l’avocat de Guilloux,
de faire revenir le jeune homme sur ses déclarations, qui “ne
e
tiennent pas la route”. Puis, toujours selon M Cross, improvisent
une confrontation entre Guilloux et les deux hommes, qu’il
accuse. Ils sont aujourd’hui membres du GIP (Groupement
d’intervention de la présidence), considéré comme la milice de
Flosse. [...]
Sur le coup de deux heures du matin, Guilloux, “terrorisé”
selon son avocat, accepte de retirer ses accusations. Il est alors
incarcéré. Jugé l’après-midi même en comparution immédiate
pour “dénonciation calomnieuse”, il écope de 12 mois de prison,
dont 3 ferme. [...] Il a fait appel lundi 25 octobre.
Le juge d’instruction, chargé jadis d’élucider la disparition du
journaliste, n’apprendra, lui, qu’après coup l’existence de ce
témoin, peut-être capital. Le procureur, qui a traité directement
l’affaire avec les gendarmes, n’a pas jugé utile de l’informer de
ce possible rebondissement. Pourtant, un non-lieu ne clôt pas
définitivement une instruction judiciaire. Celle-ci peut être
rouverte [...] en cas de “survenance de faits nouveaux”. [Dès lors,
il] faudrait qu’un juge, de préférence celui qui connaît le dossier,
soit saisi par le procureur, qu’il entende l’accusateur, vérifie ses
déclarations, [... etc.] fasse normalement son travail.
Interrogé par Le Canard sur cette procédure expéditive, le
procureur Jean Bianconi (négociateur pris en otage dans la
grotte d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, à la veille de la
présidentielle de 1988) a indiqué qu’il ne “donne jamais de
renseignements à la presse”. Avant de raccrocher brutalement.
On le croit sur parole. Sa discrétion à toute épreuve a déjà
permis de garder secrète pendant un an la mise en examen de
Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche, Des nonblancs aux non-aryens - Génocides occultés de 1492 à nos
jours (Préface de Louis Sala-Molins), Albin-Michel, 2001, 334 p., 19,10 .
La traite des Noirs, la conquête de l’Amérique, l’occupation de l’Afrique
ont profondément modifié les rapports des Européens aux autres.
L’affirmation de la supériorité blanche a justifié toutes les violences. La
hiérarchisation raciale illustre la débâcle morale de l’Europe qui aboutira
à porter au cœur du monde européen une férocité jusque là réservée à
d’autres continents. Après Hannah Arendt, Césaire, Lindqvist, l’auteure
établit le lien entre les entreprises de destruction à grande échelle,
fondées sur l’affirmation de la supériorité raciale.
Avocate originaire de Colombie et portant dans sa chair et dans son
cœur les héritages indien et noir, Rosa Amelia Plumelle-Uribe lutte, dans
ce livre, contre l’oubli des siècles d’atrocités, perpétrées contre les
populations africaines déportées et asservies après avoir été
officiellement déclarées inférieures. La lecture des textes qu’elle a
collectés est souvent insoutenable, mais elle s’impose comme un devoir
de mémoire, « afin que nul n’oublie ». [OT]
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(0
Gaston Flosse en octobre 2003, pour la création de
centaines d’emplois fictifs à la présidence du
territoire. »
[Le juge Bianconi, ce procureur de la République qui court-circuite le juge
Jean-Bernard Taliercio pour traiter « directement avec les gendarmes »,
est passé par la Nouvelle-Calédonie. Il a été pris en otage dans la grotte
d’Ouvéa : tout arrive à un homme de devoir. Sauf de répondre à la
presse sur les affaires politiques qu’il enterre.
On apprend par ailleurs [http://www.categorynet.com/ fr/cp/ details.php ? id=
58586] que Jean-Pascal Couraud « avait disparu dans la nuit du 15 au 16
décembre 1997, après une réunion avec son ami Boris Léontieff, également
opposant politique, décédé dans un accident d’avion en 2002. » – PC]
Mépris
Le Monde, Jacques Chirac : “Les Africains sont joyeux par
nature”, 16/11 (Dominique DHOMBRES) : « Jacques Chirac
répondait [...] aux questions d’un millier d’étudiants rassemblés,
dimanche 14 novembre [...] à Marseille.
[...] Un étudiant demandait à Jacques Chirac ce qu’il pensait du
fait que trois milliards d’habitants de cette planète vivaient avec 2
dollars par jour, c’est à dire moins que la somme versée,
également chaque jour, par l’Union Européenne pour chacune de
ses vaches.
Le président de la République défendait rapidement les vaches
et leurs subventions, qualifiées de “faux problèmes”, et se livrait
à une confidence personnelle : “Chaque fois que je vais en
Afrique, le chef d’État concerné vient me chercher en général
très gentiment à l’aérodrome et, sur les quelques kilomètres du
parcours, il y a toujours beaucoup de monde, et je regarde
toujours attentivement ces gens parce qu’on apprend beaucoup
plus dans un regard que dans un dossier”, disait-il.
Et que voit-il alors ? Des jeunes, beaucoup de jeunes,
énormément de jeunes “qui ont entre cinq et quinze ans” et qui
se tiennent sur le passage de sa voiture. “Ils sont joyeux, parce
que les Africains sont joyeux par nature. Ils sont
enthousiastes. Ils ont le sourire. Ils applaudissent. Ils sont
contents. Ils voient qu’il y a un monsieur qui passe, cela leur
permet d’être sur le bord de la route. Ils sont contents, bien !”,
poursuit Jacques Chirac, qui se pose alors une question à lui
même. »
[Que les vaches soient ou non un faux problème, il est certain que Chirac
en est un vrai ! Puisqu’il ne sait pas lire un dossier, on lui mettrait bien un
joug de tête pour le promener chez les Africains tombés sous le joug des
dictateurs qui bénéficient de sa fidèle amitié. Pour qu’il soutienne le regard
douloureux des millions d’hommes et de femmes qui en subissent les
conséquences. Pour qu’il apprenne que la nature de ces hommes et de
ces femmes n’a rien de particulier, si ce n’est qu’elle est sans doute moins
souvent joyeuse que celle des Princes de ce monde au chaud dans leurs
palais. Et s’il a alors enfin compris, en utilisant un peu mieux sa propre
méthode à cette fin, nous aurions peut-être la satisfaction de le voir se
retirer dans quelque ermitage finir ses jours à faire pénitence. – SC]
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