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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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Dictatures francophones
Fin novembre à Ouagadougou, à l’occasion du Sommet
de la Francophonie, on nous refera le coup de la double
« exception française » : la langue de l’intelligence contre
celle de la marchandise, pionnière des droits de l’Homme.
En réalité, la grande majorité des participants africains
seront des dictateurs, venus se réconforter sous ce label
d’exception.
L’hôte lui-même, Blaise Compaoré, est le coordonnateur
d’un consortium mafieux, scellé dans le sang de Thomas
Sankara – avant d’ensanglanter le Liberia, la Sierra Leone,
la Côte d’Ivoire. L’assassinat impuni de l’immense
journaliste Norbert Zongo a montré comment « le beau
Blaise » entendait continuer de bâillonner son peuple.
Son masque affable et impavide le maintient parmi les
favoris de la Françafrique.
Paul Biya viendra auréolé d’une “réélection” triomphale.
Quatorze ans de trituration de l’opposition et de charcutage
du corps électoral lui permettent même d’éviter les fraudes
les plus voyantes : l’expression du peuple est capturée par
un dispositif électoral et un appareil politico-administratif
parfaitement maîtrisé (que d’ingénierie dévoyée !). Cela a
quelque chose de terrifiant. « Un État violent, gangrené par
la corruption, continuera à régner par la peur et l’arbitraire
sur des sujets appelés citoyens jusqu’à l’explosion finale »,
+
& ,
)
) !
)
)
résume le militant tunisien Moncef Marzouki à propos
d’une autre dictature, celle de Ben Ali (voir Ils ont dit).
Eyadéma, Sassou Nguesso, Déby, Bongo, Guelleh, Ould
Taya, Azali, Bouteflika, etc. ont eux aussi « le français en
partage », plus les accolades de Jacques Chirac, parrain de
la Françafrique. Une série de manifestations en France et
au Burkina en ce mois de novembre, et la contestation d’un
nombre croissant d’écrivains et de musiciens africains
francophones, montreront que cette confiscation au
sommet ne saura nous déposséder d’une langue autrement
verte et vivante. Avec laquelle nous refuserons une sorte
de fatalité orwellienne de la dictature.
François-Xavier Verschave
&
.
/
+
, )
Les moyens de la farce :
une coûteuse parodie.
Avec un mode de scrutin de majorité
simple à un tour, même si l’élection
s’était déroulée dans des conditions de
régularité et de transparence parfaites,
Biya était sûr d’être réélu. Il suffisait en
effet de susciter des candidatures
multiples, ce dont il ne s’est pas fait
faute. Parmi les seize candidats, l’un,
Gustave Essaka, s’est désisté pour Biya
la veille du scrutin, un autre, Fritz Ngo,
candidat d’un pseudo Mouvement
écologique, est déjà candidat, par ses
louanges, à une prébende de la part du
vainqueur. Avec un tel mode de scrutin,
en France, Le Pen aurait la meilleure
chance d’être Président.
Alors que tout le monde savait le tour
joué d’avance, on aurait pu faire
l’économie de cette parodie, dans
laquelle le parti au pouvoir (RDPC) a
cependant
englouti
des
sommes
pharaoniques. Une partie a été
consacrée au matériel de propagande
électorale, dont on a inondé les
populations avec une profusion sans
précédent, une autre à la corruption des
différents acteurs, la dernière, non la
moindre, s’évaporant purement et
simplement. Dans sa rubrique « La case
à devinettes », La Lettre du Continent du
14 octobre écrit, sous le titre Le crash
d’un avion bourré de cash : « À qui
appartenait l’avion qui s’est écrasé la
semaine dernière au décollage sur
l’aéroport de Douala, laissant échapper
des tombereaux de cash sur le
tarmac ? » Depuis plusieurs mois, entre
évasion des valises de billets et achat
des consciences, la corruption bat son
plein. Les caisses de l’État ont été
vidées. Les fonctionnaires, qui ont reçu
avec retard les salaires de septembre,
accumulent des primes impayées depuis
plusieurs mois. Les fournisseurs, quant à
eux, peuvent dire adieu à leurs créances.
Les dégâts économiques d’une telle
situation ont les effets qu’on imagine.
Il faut ajouter la traditionnelle litanie des
fraudes. Faux électeurs, multiplication
des cartes, absence des bulletins des
principaux candidats de l’opposition dans
de nombreux bureaux, mainmise du
ministère de l’Administration territoriale
sur les chiffres des résultats. C’est ainsi
que le phénomène le plus massif de
cette élection, l’abstention massive des
Camerounais, pas fous, est totalement
passé sous silence. À peine quatre
millions étaient inscrits, pour une
population de seize à dix-huit millions
d’habitants. Sur ces quatre millions, en
de nombreux endroits, notamment à
Douala, seulement 30 % ont voulu ou pu
voter normalement (les non-votants
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inscrits étant récupérés pour la fraude). Il
est vrai que c’était compensé par les
coins reculés des provinces, où les
autorités ont tenu à avoir 100 % de
participation. Pas question de laisser un
seul inscrit sans un vote, y compris ceux
qui étaient décédés depuis leur
inscription. Dans ces conditions, que
peuvent bien représenter les 75 %
obtenus par Biya et triomphalement
proclamés ? [Odile Tobner]
Farceurs et compères..
Le comble de la dérision a été atteint
avec les avis, claironnés urbi et orbi, de
certains « observateurs internationaux ».
Les États-Unis étaient représentés par
sept ex-sénateurs plutôt séniles, recrutés
par un cabinet de lobbying, dont le
gouvernement camerounais a financé
l’escapade sous les tropiques. De leurs
chambres de palace, ils ont déclaré avoir
été « impressionnés par la conduite de
cette élection ». C’est le cas de le dire.
La fondation Carter avait renoncé à venir
« observer » ce scrutin dans des
conditions aussi peu crédibles.
La Francophonie quant à elle – la
France officielle s’étant apparemment
défaussée de cette tâche honteuse – a
délégué une mission présidée par un
véritable « battant », Norbert Ratsiraohana, ancien chef d’État par intérim
de la République de Madagascar. Il s’est
répandu dans les médias pour affirmer
que l’élection se déroulait « dans de
bonnes conditions ». Interrogé sur les
fraudes décrites par les leaders de
l’opposition, il a répondu sévèrement
« qu’ils devraient en faire la preuve » : la
multiplicité des témoignages allant dans
ce sens lui semble insuffisante, mais il
croit sur parole ceux qui lui disent que
« tout s’est bien passé ». C’est ce qu’on
appelle un observateur indépendant. Son
comportement est d’autant plus choquant
que, associé à la contestation par le
peuple malgache de la fraude électorale
du
dictateur
Ratsiraka,
il
sait
parfaitement tout ce que cela signifie.
Les observateurs de la Francophonie
se sont surpassés lorsque, au cours
d’une rencontre avec le ministre de la
Communication, ils ont eu à donner leur
point de vue sur la couverture médiatique
de la campagne électorale. Pour
l’inénarrable Norbert Ratsirahonana,
« l’équité entre les candidats a été
respectée ». Il s’agissait bien sûr des temps
d’antenne accordés réglementairement
aux messages des candidats. Il n’a dû
regarder la CRTV que pendant ces
quelques minutes quotidiennes, parce
qu’il n’a pas vu que, pendant tout le reste
du temps, le pilonnage de la propagande
pro-Biya dans l’audiovisuel a été tel que,
selon La Nouvelle Expression du 14
°
octobre, le secrétariat général de la
présidence de la République lui-même a
invité la CRTV à plus de décence, pour
ne pas discréditer plus encore le scrutin
dans l’opinion camerounaise. [OT]
Objecteurs et objections.
Les couacs
La seule appréciation courageuse est
venue du Cameroun même par la
bouche du professeur Pierre Titi Nwel,
président de la Commission nationale
Justice et Paix de la Conférence
épiscopale nationale du Cameroun. Son
intervention sur RFI, faisant état de
nombreuses irrégularités et qualifiant
l’ONEL (Observatoire national des
élections) d’« émanation gouvernementale », a fait un certain bruit. L’ONEL
avait amplement mérité ce camouflet en
évoquant, de son côté, « quelques légers
dysfonctionnements »
et
qualifiant
d’« affabulations » les accusations de
l’opposition.
Des
pressions
ont
immédiatement été exercées sur Pierre
Titi Nwel par le très courtisan
archevêque de Yaoundé, Mgr Tonyé
Bakot.
Dûment
chapitré
par
la
Présidence, il a donné des « précisions »
dans une « interview » à Cameroon
Tribune (14/10). En fait de précisions, le
malheureux Titi Nwel a plutôt mangé son
chapeau. Des fraudes ? « Non, non, ce
n’est pas du tout la responsabilité du
gouvernement [...]. C’est nous les
membres des partis politiques, c’est nous
qui avons voulu faire des choses qui
n’étaient pas conformes à la loi. Il n’est
pas
question
d’incriminer
le
gouvernement. Je n’ai pas vu quelque
part une volonté de fraude électorale. »
Le rôle de l’ONEL ? « [...] Je retire cette
appréciation très sévère vis-à-vis de
l’ONEL et je présente toutes mes
excuses [...]. »
On voit qu’au Cameroun on a, quand il
le faut, des moyens pour persuader les
médisants, qui se méprennent sur le
sens de la « liberté d’expression »
censée y régner. Cela rappelle les
« autocritiques » de sinistre mémoire et
donne une idée de la nature réelle du
régime, qui, sous des dehors benoîts
parfaitement mis en scène, n’a rien à
envier au stalinisme. Il est bon d’y
réfléchir quand on se demande pourquoi
Biya est au pouvoir depuis si longtemps
et
pourquoi
l’opposition
est
si
impuissante.
L’affaire de l’interview de Pierre Titi
Nwel sur RFI fera probablement d’autres
victimes. Le Cameroon Tribune du 15
octobre publie en effet un communiqué
de la SOPECAM, la société éditrice,
informant, entre autres promotions,
changements d’affectation ou disparitions,
que David Ndachi Tagne, chef du bureau
)
Culture à la direction de la
rédaction, est remplacé
sans autre affectation. David Ndachi
Tagne est par ailleurs le correspondant
de RFI et de l’AFP à Yaoundé. Jusqu’ici,
il s’acquittait parfaitement de l’exercice
de funambule consistant à « plaire à
(presque) tout le monde et (surtout) à
son père » dans ses correspondances de
Yaoundé. Cela lui valait une place
enviable à la rédaction du Cameroon
Tribune, le seul organe de presse
disposant, malgré son faible tirage
(environ 10 000 ex.), des moyens
financiers de rémunérer suffisamment
ses journalistes. Son limogeage en fera
réfléchir plus d’un. Que les récalcitrants
aillent donc dans la presse privée qui,
avec ses 10 000 exemplaires tous titres
confondus, végète misérablement, sans
moyen
d’investigation
ni
de
rémunération, réduite à de virulentes
mais vaines critiques.
Les plus finauds furent les observateurs du Commonwealth. Sollicités par
les médias, ils ont dit que la tradition du
Commonwealth leur interdisait de faire
une déclaration quelconque concernant
la tenue de l’élection qu’ils observaient,
qu’ils envoyaient leurs observations au
Secrétaire général du Commonwealth, et
que leur rapport sera envoyé au
Cameroun à la fin de la semaine
suivante. En attendant, ils ont salué le
grand intérêt que la population du
Cameroun a manifesté à leur égard,
venant les trouver spontanément pour
témoigner. On n’a pas pu leur arracher le
moindre mot de plus, sauf à le déformer
ou l’inventer.
Finalement, cette élection aura été
l’occasion
de
voir
s’étaler
plus
impudemment que jamais le vice
fondamental du régime : le fric comme
seul argument électoral, comme unique
instrument et unique finalité, avec en
vitrine un discours à la Kim Il Song ; le
fric sans rival dans toute sa puissance,
comme elle ne peut s’exercer que chez
les pauvres. [OT]
Sommet : le Darfour
n’est pas sorti d’affaire à Tripoli
« Le sommet africain de Tripoli a
apporté à la fin de ses travaux, dans la
nuit de dimanche à lundi, un ferme
soutien au gouvernement soudanais
menacé de sanctions internationales et
affirmé son “rejet de toute intervention
étrangère” au Darfour » (AFP, 18/10). Ce
sommet réunissait les chefs de la
diplomatie de la Libye, du Soudan, de
l’Égypte, du Nigeria et du Tchad. Il a
« favorablement accueilli la décision du
gouvernement soudanais d’augmenter
sensiblement le nombre des troupes de
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’
l’Union africaine du Darfour et a exhorté
tous les pays africains à contribuer à ces
troupes ». Des consultations auraient eu
lieu avec les États-Unis et l’Union
Européenne pour fournir une aide à cette
force : les Américains fourniraient les
avions nécessaires au transport des
troupes et l’UE une aide financière et
logistique.
Consécutivement au sommet, le porteparole de la présidence égyptienne a
estimé que la communauté internationale
doit « fournir une assistance au Soudan
pour l’aider à mettre en application ses
engagements [en ce qui concerne le
Darfour] au lieu de mettre la pression sur
lui et de lui adresser des menaces. »
Quant
au
ministre
des
Affaires
étrangères soudanais, enchanté des
résultats de la rencontre, il a déclaré
qu’elle « adresse un message à la
communauté internationale affirmant que
l’Afrique voudrait assumer entièrement
ses responsabilités et refusait tout
intervention étrangère ».
Sur ce, les États-Unis ont exprimé leur
conviction qu’il convient de « maintenir la
pression » internationale sur le Soudan
pour qu’il fasse cesser la « crise » au
Darfour. Le Département d’État estime
important que l’Afrique joue un rôle
prépondérant pour la régler, mais
souligne que les menaces de sanctions
contre le Soudan avaient donné
« quelques résultats ». Au moment
ème
édition de notre
d’achever cette 130
publication, la France n’a encore pas fait
part de ses réactions. Notons que le
sommet de Tripoli a emprunté (en le
musclant) au discours jusqu’ici entendu
dans l’enceinte du Conseil de sécurité :
aider le Soudan à cesser les atrocités
dont Khartoum porte la responsabilité,
s’abstenir de menacer ce pays en dépit
de ce qu’il fait.
Notons à présent :
- Le 15 octobre, l’Organisation mondiale
pour la santé (OMS) a publié une
estimation selon laquelle au moins
70 000 personnes sont mortes dans les
camps de réfugiés du Darfour depuis le
mois de mars de cette année. Le
Directeur des opérations d’urgences le
l’OMS, David Nabarro, a fait appel à une
aide financière susceptible d’améliorer
les conditions dans lesquelles ces
réfugiés vivent (et meurent). Il a déclaré
que « si le sort dramatique de ces
personnes au Darfour était aussi
important aux yeux de la communauté
internationale qu’il semble, nous aurions
espéré plus d’aide ».
- Peu
après,
la
Croix
Rouge
internationale tire la sonnette d’alarme
sur les conséquences du manque de
nourriture qui menace tout le Darfour en
raison de l’impossibilité d’y poursuivre
°
)
Le canard est toujours vivant (I)
[La prochaine livraison sous ce titre paraîtra en septembre 2024]
L’assemblée générale constitutive de Survie-France a eu lieu le 2 septembre 1984.
1
.
C’est peu, et c’est beaucoup. Pas trop de rides encore, mais des courbatures déjà. Le
spectacle du monde est un fardeau, lourd au corps et à l’âme. Il pèse sur la tête, le cœur, les
tripes et les jambes, mis à contribution pour rédiger un autre scénario : le cynisme qui tient
lieu de politique y sera ramené à de plus modestes proportions. Rien d’utopique, juste un
peu ardu, et parfaitement raisonnable. Mais réalisable à condition de nous y mettre de
concert. Musique !
-1
3 %
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2
4
5
)
– De l’espoir du combat contre l’extrême misère à celui du combat contre ses causes.
– De l’espoir d’assainir la politique africaine de la France à celui, immense, d’une coalition
citoyenne franco-africaine, à même de renverser un système fondé sur l’affiliation de dictateurs à la
maison mère dont le siège est à Paris : la Françafrique.
– De l’espoir de mater l’impunité dans laquelle prospèrent criminels contre l’humanité et
génocidaires (avec leurs complices) à celui d’une justice internationale susceptible d’y mettre fin.
– De l’espoir d’éradiquer la corruption à celui de sortir du secret les rouages de la criminalité
économique et financière, socle indispensable à la persistance de la misère, des dictatures, la main
basse du cynisme sur le politique.
– De l’espoir d’être entendus à celui d’élever notre chant à l’unisson avec les résistances africaines.
– De l’espoir d’un monde vivable à celui de le bâtir sur cette concordance.
Pour notre 10ème anniversaire, nous avons eu l’implication de la France dans le génocide
des Tutsi rwandais. Pour ce 20ème, nous voyons notre pays défendre davantage ses “intérêts” que
les vies humaines au Darfour dans ce qui est probablement un génocide.
Qu’aurions nous voulu pour notre anniversaire ?
)2
$
Plus nous serons de maçons, plus vite nous terminerons l’édifice. Plus vite nous serons tous
logés à meilleure enseigne : l’accès universel et équitable aux biens publics que nous aurons
choisis ensemble à l’échelle mondiale.
&
,
) [Survie]
1. Nous avons oublié de nous souhaiter cet anniversaire le mois dernier !
2. Cette phrase, tirée du manifeste appel de 126 Prix Nobel à notre naissance, résume, en peu de
mots, qui nous sommes et ce que nous souhaitons partager avec tous nos semblables.
une activité agricole.
- L’UNICEF, à la suite d’une mission
conduite au Nord-Darfour en septembre,
confirme le nombre de villages brûlés,
d’adultes tués sous les yeux de leurs
enfants, de femmes et de fillettes violées.
- En date du 19 octobre, le Haut
Commissariat pour les réfugiés (HCR)
indique que les attaques des milices se
poursuivent, notamment au Darfour ouest.
- Pour rappel : selon l’ONU, « la crise du
Darfour » a fait près de 50 000 morts, 1,4
million de déplacés, et 200 000 réfugiés
au Tchad… (d’autres observateurs
estiment ce dernier chiffrage sous
estimé).
La « communauté internationale » en
tant qu’entité chercherait-elle à défausser
ses responsabilités sur l’Afrique (dont le
cynisme est de même nature que celui
qui caractérise le reste du monde) ?
Quitte à lui reprocher par la suite, à elle
seule, toute mauvaise gestion de la
« crise du Darfour » ? Que l’Afrique
puisse
et
doive
prendre
ses
responsabilités, chez elle et au sein du
concert des nations, bien entendu. Mais
devant les crimes contre l’humanité et les
génocides, il n’y a pas d’« étrangers »,
ce concert des nations tout entier est
concerné. C’est le cas au Darfour. Il ne
s’en sortira pas si les sanctions qui
s’imposent ne sont pas appliquées aux
coupables de sa descente en enfer.
Dernière minute : le porte parole du
Quai d’Orsay a déclaré à la presse
(21/10) que la France est « favorable au
renforcement tant des effectifs que du
mandat de la mission de l’Union africaine
dans le Darfour » ; que « l’augmentation
du nombre d’observateurs militaires
permettra d’améliorer la surveillance du
respect
du
cessez-le-feu » ;
que,
« s’agissant de la protection des civils,
nous rappelons qu’elle est en premier
lieu de la responsabilité des autorités
soudanaises » ; que « nous sommes
naturellement préoccupés par les
informations faisant état de la poursuite
d’exactions dans le Darfour » ; et enfin
que,
« s’agissant
des
sanctions
pétrolières, la priorité doit être, à ce
stade, de nous assurer que les autorités
soudanaises
poursuivent
leur
coopération avec la communauté
internationale. Nous relevons à cet égard
que Khartoum a accepté le renforcement
de la mission de l’Union africaine. »
La diplomatie française sait qu’il n’y
aura pas de cessez-le-feu tant que la
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sécurité des civils ne sera pas assurée,
elle sait d’expérience que les autorités
soudanaises ne rempliront pas ce rôle, et
que la « coopération » de Khartoum n’ira
pas au delà d’une mise en scène tant
qu’elle n’aura pas payé pour ses crimes
(voir À fleur de presse). Nous avons
compris depuis un moment que les
“préoccupations” de cette “diplomatie” ne
l’empêchent pas de dormir. [Sharon
Courtoux]
Bagosora implique la France ?
Selon l’AFP (22/10), « le Tribunal pénal
international pour le Rwanda (TPIR) a
demandé [le 22 octobre] au gouvernement
français de faciliter une rencontre entre
un ancien ambassadeur de France au
Rwanda pendant le génocide et les
avocats du colonel Théoneste Bagosora,
a-t-on appris vendredi auprès du TPIR.
"La chambre demande respectueusement
à la République de France de faciliter la
rencontre", indique une décision de la
chambre qui juge M. Bagosora, présenté
par l’accusation comme le "cerveau du
génocide". La décision [...] fait référence
à l’ancien ambassadeur Jean-Michel
Marlaud. La chambre "donne instruction
au greffe de transmettre la présente
décision à la République de France et à
faire rapport de l’exécution", poursuit le
texte. Dans la même ordonnance, le
TPIR demande à Paris de permettre aux
avocats de Bagosora de rencontrer
également le colonel Emmanuel Maurin,
ancien coopérant militaire au Rwanda
[sans doute celui qui, à l’époque, était connu
comme le lieutenant-colonel Jean-Jacques
Maurin]. "Marlaud et le colonel Maurin
étaient présents au Rwanda en avril
1994 et pourraient avoir des informations
pertinentes pour la procédure", précise le
texte. » 1
Depuis l’institution du TPIR, la France
a œuvré pour et réussi à éviter qu’un
quelconque militaire ou responsable
français témoigne devant ce tribunal. Les
“circonstances” qui ont mené à un aussi
“regrettable” état de fait mériteraient
davantage de curiosité de la part des
députés et des journalistes. Dans les
circonstances présentes, il serait plus
que regrettable que la France ne facilite
pas le voyage à Arusha des
personnalités que souhaite rencontrer la
défense de Théoneste Bagosora. Que
cette défense aille chercher de quoi
s’alimenter dans un pays aussi présent
et impliqué dans les événements de
1994 n’est pas étonnant. Qu’elle puisse
le faire sans que l’accusation ait tout
loisir d’examiner de près de quoi il s’agit
serait inqualifiable. Et cette accusation
°
devrait pouvoir au besoin obtenir un
témoignage public.
On ne manquera pas de constater que
cette information survient à un moment
où le colonel Bagosora peut craindre
d’être lâché en cas de rapprochement
diplomatique entre la France et le
Rwanda. Une ébauche a eu lieu cet été
en Afrique du Sud. Kigali a fait monter
les
enchères
en
annonçant
la
constitution d’une Commission d’enquête
indépendante sur l’implication de la
France dans le génocide, commission
qui n’a toujours pas été mise en place.
La France en a pris note. Le chef de la
diplomatie française, Michel Barnier, a
annoncé par avance qu’il était « prêt à
accepter une part équitable du blâme »,
laissant entrevoir une possible conciliation dans la mesure du “raisonnable”.
La demande adressée par les
défenseurs de Bagosora ressemble à un
chantage. Marlaud et Maurin étaient aux
premières loges lors du déclenchement
du génocide. Le colonel Bagosora,
diplômé de l’École de Guerre de Paris,
considéré jusqu’ici comme le tout
premier responsable du génocide, tient-il
à faire savoir qu’il n’était pas seul, et qu’il
ne veut pas payer seul ? Or Paris n’a pas
de remède miracle pour le tirer des
mains de la justice (si ce n’est lui
proposer de purger sa peine en France
et d’y paraître assez malade pour jouer
les Papon ou Tarallo – mais nous serons
vigilants). De ce côté-là aussi, les
enchères vont peut-être monter. Au
bénéfice de la vérité ?
Pour rappel : la formation du
gouvernement intérimaire du Rwanda
(GIR) qui allait superviser le génocide
s’est effectuée le 7 avril 1994 dans
l’enceinte de l’ambassade de France.
2
Selon la journaliste Colette Braeckman ,
l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud se
serait vanté d’avoir joué un rôle important
dans cette mise en place. Le lieutenantcolonel Jean-Jacques Maurin était le
bras droit du lieutenant-colonel Chollet
qui dirigeait de facto l’armée rwandaise ;
il le remplaça à partir d’avril 1992 ; il était
encore là le 7 avril 1994 3, quand cette
armée devint génocidaire. [Olivier
Guilbaud, SC et FXV]
1. La porte-parole adjointe du Quai d’Orsay a
déclaré (AFP, 22/10) que « l’ensemble de
cette question fait l’objet d’un examen de notre
part. Cette demande a été avancée par la
défense [du colonel Bagosora]. Nous n’avons
pas été saisi par le TPIR ». Selon la dépêche
de l’AFP, le TPIR venait d’en faire la requête
dans une ordonnance.
2. Histoire d’un génocide, Fayard, 1994, p.
179. Un passage confirmé par la journaliste
lors de la Commission d’enquête citoyenne de
mars 2004.
3. Jean-Paul Gouteux, La nuit rwandaise,
Dagorno, p. 42 et 494.
)
Le groupe Desmarais
n’implique pas la France
Le site canadien cyberpresse.ca n’a
pas hésité à faire une coupe franche
dans la dépêche AFP du 22 octobre
relatant la demande de Bagosora à la
France. La phrase suivante a disparu :
« La France est régulièrement accusée
par l'
actuel régime rwandais dominé par
la minorité tutsie d'
avoir entraîné et armé
les auteurs du génocide, issus de la
majorité hutue. Paris a toujours démenti
toute implication dans le génocide qui a
fait quelque 800 000 morts, selon
l'
Onu… » 1 ainsi que le restant du texte.
Cette
version
amputée
n’aide
sûrement pas le profane à prendre
conscience des forts soupçons autour
des responsabilités françaises dans ce
drame, ni de la portée de cette dépêche.
Comme si tous les éléments ayant trait à
l’implication française dans le génocide
au Rwanda avaient été gommés. Une
conception de l’information pour le moins
étonnante pour un site qui se veut le site
web de nouvelles le plus complet au
Québec, propriété de la société Gesca
qui détient aussi, entre autres, le
quotidien montréalais La Presse et le
journal Le Soleil. Sans doute s’agit-il d’un
oubli fâcheux mais l’on ne manquera pas
de se rappeler que Gesca est une filiale
de Power Corporation, du groupe
financier
canadien
Desmarais
–
actionnaire de Total et Suez via sa filiale
suisse Pargesa. Deux groupes français
sont représentés au CA de Power Corp :
Dassault, qui a lancé ses avions de
chasse sur une partie de la presse
française, et la banque BNP-Paribas, qui
a laissé fonctionner en plein génocide
une partie des comptes spéciaux des
génocidaires rwandais, lesquels s’en
sont servis pour s’approvisionner en
armes 2. Dans pareil contexte militarofinancier, la vérité pourrait n’être qu’un
accessoire. [OG]
1. Nos lecteurs pourront se livrer à une
analyse comparée des deux versions de cet
article de l’AFP intitulé Procès du "cerveau du
génocide" rwandais: le TPIR demande l'
aide
de Paris : la version tronquée publiée sur
cyberpresse (si le lien est toujours fonctionnel
www.cyberpresse.ca/monde/article/1,151,106
1,102004,822788.shtml) et la version originale
intégrale que l’on peut retrouver sur le site de
la CEC (www.enquete-citoyenne-rwanda.org/)
à la rubrique Nouvelles.
2. Selon le rapport de Pierre Galand et Michel
Chossudovsky intitulé L’usage de la dette
extérieure du Rwanda (1990/1994). La
responsabilité des bailleurs de fonds. Chap. :
Les achats d’armes après le 6 avril 1994, §
4.8. Et selon le rapport de l’ONU S/1998/63, §
16 à 27.
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Imbroglio sous les décombres (IV) :
un témoignage
Me voici de retour d’un bref voyage de
16 jours au Burundi. Ce qui j’y ai vu m’a
beaucoup inquiété. En effet, mon dernier
séjour remontait à juillet dernier, lors de
l’attaque de Bujumbura par la coalition
FNL/FDD 1. Aujourd’hui, même si l’on
entend nettement moins le canon
qu’avant, la population vit sous un
étrange paradoxe car la tension n’a
jamais été aussi importante. Tout le
monde sent qu’il va se passer quelque
chose. Mais quoi ?
Sur le plan de la politique intérieure, la
situation, bien que très confuse, ne porte
pas à croire en un prochain coup d’État.
Les élections ne peuvent qu’être
reportées, bien que [l’actuel Président
intérimaire] Domitien Ndayizeye affirme
encore croire qu’elles pourront se tenir,
et alors que, pourtant, son parti le
Frodebu aurait de grandes chances de
les perdre contre le CNDD-FDD (Centre
National pour la Défense de la
Démocratie)… Le représentant légal du
CNDD-FDD lui-même, Pierre Nkurunziza,
ne met pas d’huile sur le feu et laisse
entendre qu’il accepterait un report.
Actuellement, le seul vrai jeu trouble
semble être le fait de l’Uprona 2 qui, quoi
qu’il en soit, perdra au moins le pouvoir...
Mais ce qui m’a frappé, c’est le retour
d’un fort “ethnisme des campagnes”, et
ce, en particulier au sein de la population
de Gatumba où je travaillais justement.
La cité est un fief FNL bien connu et l’on
3
sent que les idéaux du Palipehutu y
sont exposés, expliqués et défendus,
dans des soirées pénombres. Pour
beaucoup de mes interlocuteurs par
exemple, le massacre du 13 août [de 160
Banyamulenge dans le camp de Gatumba]
était nécessaire : « “Ils” allaient “Nous“
massacrer. » Tout le problème réside
dans ce “Ils” et ce “Nous”.
Les Banyamulenge, (les “Grands nez”
comme certains disent) auraient voulu
tuer les Hutu de Gatumba. Donc le
massacre était préventif (rhétorique
Georges Bush). Nul besoin de chercher
à faire valoir les faits, et en particulier que
les victimes étaient essentiellement des
femmes et des enfants. « Tu comprends,
tout cela c’est de la politique, mais ils
veulent nous attaquer, c’est sûr… »
Mêmes discours à Kanyosha, un autre
grand quartier du sud de Bujumbura.
C’est la première fois au cours de mes
nombreux séjours que je sens la donne
ethnique aussi palpable, au moins dans
les grandes cités de la périphérie.
Et puis je me suis rendu sous escorte
militaire au poste frontière de Kiliba, vers
le Congo, et là toute la donne de la crise
régionale m’est apparue crûment. En
effet, alors que j’étais encore en territoire
°
burundais, 60 soldats Mai Mai, pour
certains de jeunes adolescents autour de
14 ans, se sont organisés de l’autre côté
de la Rusizi, à 20 mètres de nous, nous
mettant en joue. Les soldats Barundi qui
nous accompagnaient ont fait de même
en leur direction. Puis les Mai Mai ont
commencé à crier et à chanter, on était
au bord de la fusillade. Heureusement, le
major qui m’accompagnait à fait mettre
arme à terre et nous a demandé de fuir
au plus vite. À cet endroit du monde, la
moindre étincelle sera prétexte à tout
faire exploser : c’est une évidence,
l’avenir politique du Burundi n’a sans
doute jamais été aussi dépendant de
l’ensemble de la sous-région et en
particulier de la situation au Congo, ce
qui explique la pérennité du combat des
FNL. Il faut encore compter avec les
Interahamwe et avec l’ensemble du
peuple hutu des quartiers pauvres, c’està-dire une grande partie du pays, sans
oublier l’armée qui joue parfois elle aussi
un vrai rôle politique…
En silence, la région est au bord du
gouffre, le pays pourrait y tomber... Au
)6
milieu de tout cela, l’ONUB
[la force de l’ONU au Burundi],
est très visible dans le centre de la
capitale. Cela pourrait être un espoir,
mais il faudra que son mandat soit
clairement
exposé
et
que
son
comportement
change...
[Vincent
Corcères]
1. Deux groupes de rebelles hutu. Le second,
les FDD, a rallié le processus de paix avec sa
branche politique le CNDD.
2. L’ancien parti unique.
3. Première des rébellions hutu burundaises,
dont la doctrine ethniste rejoignait celle qui a
conduit le Rwanda au génocide.
Matraquage préélectoral en Tunisie
À la veille de la mascarade électorale
qui verra la « réélection » de Ben Ali, ce
grand ami de Chirac a ressorti la
matraque. Jalel Ben Brick, journaliste et
militant du RAID (association sœur
d’Attac en Tunisie), et son frère
syndicaliste, Nejib Ben Brick, ont été
arrêtés le 22 septembre dernier à la suite
d’une provocation policière. Cette
Jean-Baptiste Dzilan, journaliste indépendant,
membre de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, à nouveau menacé.
Communiqué commun de Acat, Agir ensemble pour les droits de l’Homme, FIDH, Fi-Acat,
Franciscans International, Organisation mondiale contre la torture et Survie, le 07/10
Nos organisations sont préoccupées par les menaces de mort et les actes d’intimidation qui visent
M. Jean-Baptiste Dzilan alias Dimas Dzikodo, journaliste indépendant et membre de la Ligue
togolaise des droits de l’Homme (LTDH), depuis la publication d’articles qui mettent en cause le
président de la République togolaise, N. Eyadema, ainsi que les membres de sa famille et de son
entourage dans des malversations financières et des détournements de fonds.
M. Jean-Baptiste Dzilan reçoit quotidiennement des appels anonymes le menaçant de mort s’il ne
quitte pas le pays dans les plus brefs délais. Ces menaces interviennent au moment où M. Dzilan,
a publié au sein de son journal « Forum de la semaine » un article du coordinateur général du
Mouvement patriotique du 5 octobre (MO5) qui reproche au président Eyadéma, de « conserver
une haute main mise sur les ressources du pays, et sur le destin de la nation » et après qu’il ait luimême écrit un article sur la retraite du général-Ministre de la défense.
M. Jean-Baptiste Dzilan avait déjà été arrêté par les forces de sécurité en juin 2003 et avait été
maintenu en détention pendant 40 jours au cours desquels il avait été torturé , en raison de ses
activités de journaliste et de défenseur des droits de l’Homme.
Ces faits sont en contradiction flagrantes avec les dispositions de la Déclaration sur les
défenseurs des droits de l’Homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 9
décembre 1998, notamment les articles 6.b et 6.c qui stipulent que chacun a le droit,
individuellement ou en association avec d’autres :« de publier, communiquer à autrui ou diffuser
librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l’Homme et toutes les
libertés fondamentales » et « d’étudier, discuter, apprécier et évaluer le respect, tant en droit qu’en
pratique, de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales et, par ces moyens
et autres moyens appropriés, d’appeler l’attention du public sur la question ».
Nos organisations s’inquiètent de ces mesures d’intimidation et de menaces à l’égard d’un
journaliste et défenseur des droits de l’Homme au moment où le Togo s’est engagé à garantir les
droits fondamentaux des personnes dont le droit d’informer librement et le droit à l’intégrité
physique et morale sont des dispositions essentielles.
Afin que ces promesses ne restent pas lettre morte, nos organisations demandent :
Aux autorités togolaises, de
– Garantir l’intégrité physique et morale de M. Jean-Baptiste Dzilan et des autres journalistes et
défenseurs des droits de l’Homme ;
– Se conformer aux textes internationaux des droits de l’Homme auxquels le Togo est partie ;
– Se conformer aux 22 engagements visant à relancer la démocratisation et au respect des droits
de l’Homme, contractés dans le cadre des négociations avec l’Union européenne conformément à
l’article 96 des accords de Cotonou ;
À la communauté internationale, de
– faire pression sur les autorités togolaises afin qu’elles respectent les engagements pris quant à
l’amélioration de la situation des droits de l’Homme et du respect des principes démocratiques.
"
’&
&, 0
’
nouvelle arrestation des deux militants
survient alors que l’un s’apprêtait à faire
paraître
un
journal
d’opposition
clandestin, et qu’ils avaient tous deux
soutenu publiquement une candidature
présidentielle de leur frère écrivain,
Taoufik
Ben
Brick.
« Candidature
virtuelle pour briser le silence » selon les
termes de ce dernier, qui avait déjà
observé une grève de la faim remarquée
il y a quatre ans pour protester contre les
atteintes à la liberté d’expression. Une
liberté dont n’ont pas abusé nos
dirigeants français pour dénoncer ce
nouvel abus… Mais quoi de plus normal :
Jacques Chirac lui-même n’a-t-il pas
déclaré, l’année dernière chez Ben Ali,
que la démocratie était une sorte de luxe
pour le peuple tunisien ? [Victor Sègre]
Légiste aveuglée
« Médecin légiste à Toulouse, Danièle
Alengrin a officié dans bon nombre
d’affaires sensibles : la mort de Bernard
Borrel, ce juge français retrouvé mort à
Djibouti, en 1995, ou encore le dossier
Alègre, et les cadavres découverts dans
le sillage du tueur en série. » Beaucoup
est dit dans cette phrase inaugurale d’un
article du Monde (03/10), où le propos du
journaliste, Gérard Daviet, tranche avec
les circonlocutions habituelles.
Qu’il s’agisse du juge Borrel ou de
plusieurs victimes présumées de Patrice
Alègre (Édith Schleichardt et Hadja
Benyoucef), le médecin légiste a « vu »
des suicides totalement improbables voire
physiquement impossibles. La répétition
dépasse le stade de l’incompétence. Et il
est difficile de croire qu’aient été confiés
par hasard tant de dossiers « sensibles »
à un expert aussi aveugle (« Si on ne veut
pas regarder quelque chose, on ne voit
pas », conclut un collègue réputé).
Cela renvoie du coup à la partie connivente de la justice française, illustrée à
Nice par le juge Renard (voir Bon point).
L’affaire Borrel devait être quadruplement « sensible » : on a voulu achever
de la suicider par une autre légiste aveuglée, Dominique Lecomte 1, et par deux
juges au regard distrait, Marie-Paule Moracchini et Roger Leloire.
C’était sans compter avec l’obstination de la
veuve, la juge Élisabeth Borrel, et de ses
avocats. Grâce aux expertises de légistes
intègres, une juge d’instruction déterminée, Sophie Clément, est en train de relancer l’affaire
d’État. Elle accuse sans fioritures le dictateur
djiboutien Ismaël Omar Guelleh – ce qui
rejaillira sans doute sur ses protecteurs
français. [FXV]
1. Survie a demandé sa démission pour forfaiture dans un communiqué du 29/10/2003,
reproduit in Billets n° 120.
°
)7
Unesco… loque
spirituel). « À la dernière
garden-party du 14 juillet, il
est d’ailleurs – sur la photo – bras
dessus bras dessous avec le ministre [de
la Coopération] Xavier Darcos et toute
l’équipe de l’IPA (Institut de prospective
africaine)
qu’il
préside. »
Il
est
fréquemment reçu par le Monsieur
Afrique de l’Élysée, Michel de Bonnecorse (Le Canard enchaîné, 06/10). Il va
créer pour Omar Bongo une « Fondation
pour l’environnement ». (LdC, 14/10)
L’une des plus nobles institutions de
l’ONU, l’Unesco, a accepté d’assurer,
après Pierre Falcone, l’impunité d’un deuxième trafiquant d’armes, Moustafa Aziz.
Tous deux incarnent certes une forme
d’universalité, tant sont nombreuses leurs
nationalités. Leur internationale mortifère
est-elle l’avenir du genre humain ?
On n’a appris cette « insulte à la communauté mondiale, à la paix et à la tolérance, à la culture humaine » (Vincent
Noce, Libération du 18/10) qu’à l’occasion
de la grotesque équipée françafricaine
en Irak du député UMP Didier Julia et de
Moustafa Aziz (“conseiller” du président
ivoirien Gbagbo…), « au secours » des
otages français.
L’Unesco abrite aussi, rappelle La Lettre du Continent (LdC, 14/10), deux « diplomates » mandatés par Sainte-Lucie et
la Guinée-Bissau, Gilbert Chagoury et
Michel Coencas, surtout connus pour
l’ampleur et le caractère douteux de leurs
manœuvres financières. Comment mieux
ruiner l’image de l’ONU (seule instance
internationale un tant soi peu légitime,
même s’il faut la réformer en
profondeur), que d’y étaler aussi effrontément l’impunité des grands intermédiaires de la mafiafrique et de la finance
parallèle ? Et si les hommes de culture
du monde entier dénonçaient ensemble
ce hold-up ? [FXV]
Otages… de la Françafrique
L’on sait que la « grande politique
arabe » de la France est abondamment
graissée de rétrocommissions. Cela s’est
encore confirmé avec l’apparition de
Charles Pasqua et de Patrick Maugein,
intermédiaire de Jacques Chirac, dans la
liste des bénéficiaires des largesses pétrolières de Saddam Hussein. De quoi
largement polluer, dans les négociations
pour la libération des deux journalistes
français otages en Irak, la référence aux
grands principes et au juste refus par la
France de la guerre atlantiste contre ce
pays.
Ainsi, Paris n’a pas su ni voulu empêcher l’intrusion dans ces négociations
d’un commando françafricain caricatural.
Car cette Françafrique-là a toujours ses
entrées à l’Élysée. Qu’on en juge :
– Philippe Evano, l’un des initiateurs de
l’expédition Julia, professeur d’histoire à
la Sorbonne, est aussi « l’un des derniers
animateurs du MIL (Mouvement initiative
et liberté) et de l’UNI (Union nationale
inter-universitaire) », deux créatures très
droitières de Jacques Foccart (dont
Jacques Chirac fit sur le tard son père
– Moustafa Bziouit, alias Aziz, est l’un
des principaux conseillers de l’entourage
de Laurent Gbagbo, avec le pasteur
Moïse Koré et Honoré Gbanda, l’ancien
sécurocrate des dernières décennies de
Mobutu, capté par la Françafrique depuis
1978 (sous la houlette du général Lacaze
puis du capitaine Barril). Aziz a mis à la
disposition de l’équipe Julia des valises à
billets et l’un des avions de Laurent
Gbagbo – qui espérait se « racheter »
auprès de Paris ? « Il me fallait un avion
rapide [...], il me l’a donné tout de suite »,
admet Didier Julia (AFP, 04/10).
– Selon Gbagbo, « un “ami” de cette
“équipe parallèle” téléphonait directement
de son bureau à Jacques Chirac et lui
envoyait des fax » (LdC, 14/10). Ce n’est
pas une parole d’Évangile, mais c’est très
possible : selon Le Monde (05/10), l’exsénateur Jean-Pierre Camoin, pivot de
l’affairisme françafricain en Côte d’Ivoire,
que Jacques Chirac embrasse avec effusion, a fait l’intermédiaire entre l’entourage de Gbagbo, l’Élyséen Michel de
Bonnecorse et la Madame Afrique du
Quai d’Orsay, Nathalie Delapalme. À
l’Unesco, Aziz a pour chef de cabinet un
ancien du Quai, Bruno Carnez.
– Philippe Brett, le comparse de Julia,
intermédiaire affairiste et souverainiste
entre Paris et Saddam Hussein, « est
réputé proche des milieux du renseignement ». Il a été le garde du corps de
Bruno Gollnisch, n° 2 du Front national –
lui même ex-officier de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité
de la Défense), qui supervisait le mercenariat français baigné dans l’extrêmedroite. Evano et Brett « ont déjà travaillé
ensemble sur l’Afrique » (Libération, 30/09
et 06/10). DMT, une société de Brett, a
vendu des armes et des menottes à la
police de Bongo. Brett logeait son association pro-irakienne 24 rue de Penthièvre, l’adresse du mouvement « Demain
la France » de Charles Pasqua, ancien
ministre de l’Intérieur et de la Françafrique… (Le Canard enchaîné, 06/10).
– « L’équipe dépêchée à Damas était dirigée depuis Paris par un certain Gérard
Daury, un ancien du Service d’action
civique (SAC) » et du MIL (idem) : un fort
parfum de barbouzerie, entre Foccart et
"
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’
Pasqua, les Françafricains rivaux de la
maison Chirac, incapable de se démarquer d’un si lourd passé. [FXV]
Total comme Elf
Il en va de la Françafrique pétrolière
comme du financement des partis politiques : sitôt qu’une de leurs énormités
est prise en flagrant délit, le refrain est
ressassé sur les « erreurs du passé »,
promptement corrigées après un grand
ménage. Avec Total à la tour Elf, qui a
fait ses classes en Birmanie, et Jacques
Chirac à l’Élysée, on espère qu’aucun de
nos lecteurs n’est dupe.
Il est quand même utile d’observer que
Total, qui a gobé Elf en profitant de l’exposition judiciaire de cette dernière, se
voit rattrapée par le juge Courroye pour
avoir, de 1996 à 2001 (cette date n’étant
évidemment pas un terminus), fait exactement la même chose que sa proie :
achat de décideurs en France (dont un
avocat libanais sponsor de la maison
Pasqua), en Russie, en Irak et ailleurs, via
une kyrielle de paradis fiscaux : Suisse,
Caïman, Bermudes, Maurice, Liechtenstein, etc. (Le Monde, 01/10).
En même temps, le volet suisse de
l’affaire Elf montre qu’une filiale financière
genevoise de cette dernière, Rivunion,
« gérait tous les circuits financiers d’Elf
Gabon, Elf Congo, Elf Serepca (Cameroun) ainsi que leurs filiales (Sofineg,
COFIPA, CPIH...). On a du mal à imaginer que les présidents Omar Bongo,
Denis Sassou Nguesso, Paul Biya… »
viennent demander des comptes à un
système qui les appointait. Et qui passait
par le Liechtenstein, les îles Vierges,
Panama… (LdC, 30/09). Le catalogue des
paradis fiscaux est la litanie des butins
prélevés sur l’Afrique pétrolière. [FXV]
POM de discorde ?
Le coup d’État constitutionnel dont
nous sommes spectateurs en Polynésie
française (Gaston Flosse versus Oscar
Temaru) donne lieu à l’affichage d’un
combat politique métropolitain.
Le rôle du méchant est presque
ouvertement assumé par l’UMP, nuancé
par les dénégations obligées. Oscar
Temaru affirme que, dès après son
élection le 24 mai, le haut-commissaire
de la République lui a dit par téléphone :
« Monsieur le Président, les opérations
électorales ne sont pas terminées. »
(Libération, 14/10). Un propos repris
devant l’Assemblée nationale par la
ministre de l’Outre-mer, Brigitte Girardin :
« Ne vous réjouissez pas trop vite, le
processus est loin d’être terminé. » (Le
°
Canard enchaîné, 13/10). Puis elle a
menacé le POM (Pays d’Outre-mer) de
« fermer les robinets » financiers,
laissant « maladroitement entendre que
les jours du gouvernement Temaru
étaient comptés. » (Le Parisien, 12/10).
Le rôle du gentil est attribué au PS.
François Hollande dénonce « une
manœuvre qui a consisté à mettre le
pouvoir légitime élu de la Polynésie en
situation d’être renversé » (Le Figaro,
12/10). D’autres ténors sont montés au
créneau, tel Jack Lang, pour réclamer la
dissolution de l’Assemblée polynésienne
– que le peuple polynésien a revendiqué
en manifestant comme jamais (plus de
20 % de la population active dans la rue
le 16 octobre).
Le statut de POM, qui devait conforter
le pouvoir de Gaston Flosse, a pourtant
été préparé par les socialistes, avec
Catherine Tasca en thuriféraire. On ne
peut pas dire qu’il y ait eu de fortes
contrariétés transpartisanes dans sa
mise en application par le gouvernement
Raffarin. Certes, la corruption ultramarine est presque une chasse gardée
de la Chiraquie, mais le PS ne l’avait
guère jusqu’ici abordée frontalement,
compromis qu’il est avec l’ex-RPR dans
le racket des marchés franciliens, les
dividendes
françafricains
et
les
rétrocommissions
sur
les
ventes
d’armes.
Le PS veut-il vraiment qu’Oscar
Temaru reprenne le pouvoir légitime que
lui ont accordé les Polynésiens (ce qui
pourrait arriver si l’Assemblé territoriale
est dissoute) et impose un audit sur
1
l’usage de l’argent public ? Nous
espérons vivement que l’exceptionnelle
mobilisation du peuple polynésien
obtiendra une telle issue, échappant
ainsi à un clanisme politique caricatural.
[Pierre Caminade]
1. Notamment les 150 millions d’euros versés
annuellement par la France. Flosse et son
clan sont soupçonnés de détournements de
fonds, d’emplois fictifs, de dépenses
extravagantes, etc. Le Canard enchaîné
(20/10) signale que la Chambre territoriale des
comptes de la Polynésie a réalisé un rapport
sur ce dernier point... communiqué à Flosse
en avril, « mais resté curieusement inédit ».
Outre-mœurs
Nous signalions le mois dernier (À fleur
de presse) la censure partielle autour
d’une expédition médiatique de Brigitte
Girardin en Guyane. Ce mois-ci, nous
apprenons que « l’édition de Libération
du 14 octobre, dont la une était
consacrée au “Coup d’état chiraquien”,
était introuvable en Polynésie. Selon le
responsable local de Hachette, chargé
de distribuer la presse, c’est le peu
)4
d’exemplaires envoyés de
métropole qui explique la
“disparition” du journal : “Tout est parti en
un quart d’heure.” Mais, à en croire de
nombreux témoignages recueillis à
l’aéroport de Faaa et qui continuent de
nous parvenir, les exemplaires du journal
qui annonçaient une interview du leader
indépendantiste Temaru auraient été
saisis dès leur arrivée sur le territoire. »
(Libération, 20/10).
Quant à la technique du débauchage
d’élus pour renverser un dirigeant, Le
Canard enchaîné (20/10) cite un
précédent survenu cette année même au
Conseil général de Guyane. Le ministre
UMP Léon Bertrand l’a enfin vu basculer
à son profit, après vingt ans de
présidence
socialiste,
grâce
au
retournement de Jocelyn Angelas, “sans
étiquette” : « modeste employé au
service départemental de la désinfection
jusqu’aux élections, il a été recruté, tout
de suite après, par Léon Bertrand
comme salarié de la Communauté de
communes de l’Ouest. Il a été illico
bombardé vice-président de Conseil
général. Augmentation de l’indemnité à
la clé. » On peut comprendre... Flosse
aura
su
tirer
profit
de
cette
expérimentation.
L’enquête sur un autre outrage aux
bonnes mœurs démocratiques semble
avoir fait long feu : l’attaque au couteau
dont Gaston Flosse prétend avoir été
victime à l’Assemblée de Polynésie
présente tous les symptômes d’un coup
monté, destiné à tétaniser le débat
politique. [PC]
Colonie de travaillance
En
1983,
les
Guadeloupéens
obtiennent enfin que soit chômé le 27
mai, pour commémorer l’abolition, en
1848, de l’esclavage sur l’île. Depuis, ces
anniversaires sont l’occasion de défilés
syndicaux sur lesquels on imagine que
l’émotion des manifestants est autrement
plus prégnante que lors de nos 1er mai.
En 1986, le tout nouveau gouvernement Chirac défiscalise largement les
investissements économiques Outremer. En 1994, une loi Perben (déjà)
accorde une première exonération de
charges sociales. Avec la loi d’orientation
de 2001, l’exonération devient totale. À
quoi il convient d’ajouter, selon SudÉducation,
des
« subventions
somptueuses, sans aucun contrôle », et
des « mesures dérogatoires au code du
1
travail » . « Aujourd’hui, 90 % des
entreprises qui ont bénéficié de ces
faveurs sont des entreprises à capitaux
békés ou français. Les entreprises
guadeloupéennes, elles, sont liquidées
pour n’avoir pas su ou pu gérer, prévoir,
"
’&
&, 0
’
°
2
payer leurs dettes » , dénonçait la
centrale
syndicale
UGTG
(Union
générale des travailleurs de Guadeloupe)
en 2001.
Le 27 mai 2001, la commémoration de
la fin de l’esclavage a tourné à
l’illustration de cette sorte « d’apartheid à
la française »1 : de nombreux patrons
“békés” ont décidé d’ouvrir leur
commerce sur le passage du cortège...
qui revendiquait le respect de la mémoire
des Noirs de l’île. Inévitablement,
quelques actes de vandalisme, limités,
ont eu lieu. Dont celui d’un restaurant
rapide Quick. Ainsi, le dirigeant syndical
Michel Madassamy a précédé José Bové
en tant que syndicaliste emprisonné
pour la dégradation d’un haut lieu de
“malbouffe”.
Madassamy est président-fondateur de
l’Union des transporteurs de produits
pétroliers (UTPP), syndicat créé en 1994,
affilié à l’UGTG. Non seulement il a
obtenu de rapides succès sociaux, grâce
à de nombreuses grèves dans les
stations-services, mais il a le tort d’être
résolument indépendantiste… « Il a été
condamné, pour cette affaire dite du “27
mai”, à 3 mois de prison ferme et 7 000
euros de dommages et intérêts. Mais
Madassamy est aussi condamné à 10
mois de prison ferme et 53 000 euros
dans l’affaire [d’un véhicule endommagé de
la société] Texaco. [...] Outre Madassamy,
11 autres militants sont dans le
3
collimateur de la justice » début octobre
2004.
Le pouvoir politique en rajoute dans
l’intimidation : le syndicaliste a été de
nouveau
arrêté
le
4
octobre.
“L’interpellation” aurait été menée par un
commando cagoulé et fortement armé
(une pratique courante de la police
locale). On compterait le garder en
prison pendant « au moins 8 mois »3.
Guantanamo
n’est
qu’à
quelques
brasses. Mais on peut parler d’un
progrès puisque, depuis le milieu des
années 1970, la police ne tire plus à
balles réelles sur les manifestants.
Comme à l’habitude depuis 2001,
Madassamy est en grève de la faim, et il
reçoit un soutien très fort de la population
guadeloupéenne. D’autres syndicalistes
ont été arrêtés depuis. Les politiques
locaux ont commencé, le 20 octobre, à
s’exprimer en faveur de sa libération.
[PC]
1. Communiqué de la
éducation, 15/06/2001.
fédération
Sud-
2. UGTG Pointe-à-Pitre le 02/06/2001
http://www.ugtg.org/Liberer %20Michel.htm
3. Selon Danik Ibraheem Zandwonis, journaliste pour le journal en ligne maximini.fr,
www.maximini.com/guadeloupe/newsguadeloupe.asp ?num=5238 .
Un mémorial
à l’amnésie françafricaine ?
Le maire Jean-Claude Gaudin a
annoncé la création à Marseille d’un
Mémorial national de la France Outremer, dont les travaux débuteront en
octobre 2005 et qui devrait ouvrir en
février 2007. Il sera dirigé par un
historien, Jean-Jacques Jordi. Pourtant,
ce projet, qui sommeillait dans les tiroirs
municipaux depuis l’ère Defferre (dont
les lois-cadre ont préparé les fameuses
« indépendances »),
semble
avoir
davantage pour fonction de caresser
dans le sens du poil l’importante
communauté (électorale) des pieds-noirs
que de rétablir un semblant de vérité
historique. De ce point de vue, les
proclamations d’intention sont édifiantes :
« Ce mémorial n’est pas fait pour régler
des comptes ou ressasser des passions
exacerbées », a affirmé Gaudin. Dans le
même esprit, le comité de pilotage du
projet ajoute sans rire : « Il n’est pas
question de diaboliser cette présence
française : cela irait à l’encontre de la
recherche historique actuelle. » (La
Marseillaise, 07/09).
Ce point de vue serait-il partagé par
les innombrables victimes africaines des
crimes contre l’humanité commis par
l’armée française, si elles étaient encore
en vie ? Depuis les conquêtes coloniales
et l’esclavage jusqu’aux Camerounais
indépendantistes dans les années 60, en
passant par les insurgés malgaches de
1947, il y a fort à faire pour apaiser les «
passions », et plus encore pour établir la
vérité contre une propagande que
certains
souhaitent
plus
officielle.
Heureusement, « le mémorial est conçu
non pas dans une optique passéiste
mais dans la volonté d’aller de l’avant »,
nous rassure le maire de Marseille. Sont
bien sûr qualifiés de « passéistes » ceux
qui sont attachés à faire la lumière sur le
passé. Et « aller de l’avant » signifie
évidemment continuer une belle relation
françafricaine, comme si de rien n’était…
[VS]
La Françafrique à France-Soir ?
France-Soir a été racheté par l’homme
d’affaires franco-égyptien Rami Lakah,
qui a laissé de grosses dettes en Égypte
après une expansion financière à la Khalifa. Comme le tycoon algérien déchu, lui
aussi lorgne sur un média parisien, dans
une ambiance françafricaine.
Comme conseiller éditorial, il a choisi
Jean-François Kahn, auteur d’un article
quasi-négationniste du génocide des Tutsi
au Rwanda (cf. Billets n° 81, Ils ont dit),
tandis que, dans son hebdo Marianne, le
)8
journaliste Patrick Girard
se fait le négateur du
néocolonialisme français. Kahn, il est
vrai, a été sponsorisé par la Franchérifie,
la nébuleuse des intérêts peu avouables
entre réseaux français et Palais du
sultan.
À peine annoncées ces tractations,
France-Soir proposait à ses lecteurs un
étonnant dossier sur le Soudan (29/09) :
souverainiste (les actes de génocide au
Darfour sont présentés comme un remake de l’Irak, le résultat d’une agression israélo-américaine à l’encontre du
bon sens diplomatique français) et négationniste (c’est le ministre des Affaires
étrangères de l’État criminel, Eltigani
Fidail, qui a droit à un interview « exclusif » pour expliquer la situation).
Un verrou de plus à l’information des
Français ? [FXV]
Colombie de la Paix...
pour les criminels de guerre
Une délégation de la Cour pénale
internationale
(CPI)
s’est
rendue
récemment en Colombie ; « cette visite
[…] attise les bruits persistants selon
lesquels le troisième dossier de la CPI
s'
intitulerait Colombie » (International Justice tribune, 18/10). Le Haut commissaire
colombien pour la paix a « rassuré le
chef des AUC [Autodéfenses unies de
Colombie], Salvator Mancuso, faisant
valoir que la Colombie utiliserait l'
article
124 du Statut de Rome ». Cet article
optionnel a été introduit par la France
pour pouvoir mettre à l’abri de la justice
internationale ses militaires accusés de
crimes de guerre. Seule la Colombie a
suivi la France dans cette option. Ce
point commun entre les deux armées
n’est pas flatteur... mais pour qui ? [PC]
Bon point
– Qu’un rapporteur du Conseil supérieur
de la magistrature (CSM), Vincent Lamanda, ait pu exposer devant cette instance
les turpitudes d’une figure azuréenne de
la GLNF (Grande Loge Nationale Française), le juge Jean-Paul Renard, montre
que le verrouillage de la magistrature
n’est pas tout à fait achevé. Cela sonne
en même temps comme un désaveu
pour le ministre Perben, qui voulait virer
le révélateur de ces turpitudes, le procureur Éric de Montgolfier.
(Achevé le 23/10/04)
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&, 0
"
’
°
)!
* # $ # )))
Françafrique
« Monsieur le président, Mon cher Paul,
Au moment où vos concitoyens vous renouvellent leur confiance
pour un cinquième mandat à la présidence de la République du
Cameroun, je tiens à vous adresser mes cordiales félicitations,
ainsi que mes vœux chaleureux de réussite dans votre haute
mission. Je forme en particulier des vœux pour que, sous votre
conduite, le Cameroun demeure résolument engagé au service de
la paix et de la stabilité sur le continent africain et dans le monde.
Je suis certain que le Cameroun continuera à mobiliser ses
énergies en faveur du progrès et des réformes, afin de relever tous
les défis d’un développement durable et équilibré. Je ne doute pas
que vous aurez à cœur de maintenir, à cette fin, un dialogue
soutenu et fructueux avec la communauté internationale.
Je suis convaincu que nos deux pays resserreront encore les
liens d’amitié et de coopération qui les rapprochent de si longue
date.
électeurs des Hauts-de-Seine d’échanger le silence pasquaïen sur les
affaires les plus sordides du néogaullisme contre une douillette immunité
au Sénat. Devant le risque de la vérité, la devise de l’UMP est à peu
près : « Courage, Fillon ! ». – FXV]
« Je peux dire que nos problèmes avec l’Angola seront réglés dans
les prochaines semaines. Avant la fin de l’année en tout cas. »
(Xavier DARCOS, ministre de la Coopération, invité le 21/09 à un petit
déjeuner du MEDEF-Afrique. Cité par La Lettre du Continent du 30/09).
[C’est dire avec quel respect la Chiraquie s’assoit sur l’instruction du juge
Courroye (trafics d’armes, gigantesques détournements de fonds). De quoi
aussi soulager la maison Pasqua, aux premières loges en Angola. Mais pas
de quoi choquer le MEDEF-Afrique qui, sous la houlette de Michel Roussin,
ex-n° 2 de la Chiraquie et de la DGSE, allie la quintessence des philanthropies du MEDEF et de la Françafrique. – FXV]
Une fois n’est pas coutume, nous reproduisons ici le courrier d’un nonlecteur :
En vous réitérant tous mes vœux de plein succès, je vous prie
d’agréer, Monsieur le président, l’assurance de ma haute
considération.
Bien affectueusement à toi. » (Les félicitations du président
Jacques CHIRAC à Son Excellence Monsieur Paul Biya, président de
la République du Cameroun, communiqué publié par Cameroon Tribune,
le 18/10).
[Ce communiqué montre l’affectueuse complicité qui règne entre les deux
grands pillards du Cameroun, pillage des forêts camerounaises, pillage de
l’épargne et des retraites des Camerounais. Le peuple camerounais, qui
connaît, parfaitement et dans le détail, les sommets de corruption atteints
lors de cette élection-bidon, n’oubliera pas cette trahison des « valeurs »
morales, c’est-à-dire tout aussi bidon, censées être celles de la
République française. – OT]
« Malheureusement, tous les jeunes rêvent de s’en aller [...]. C’est
un baromètre qui en dit long sur la crédibilité du pays. Beaucoup
souhaitent partir parce qu’ils sont dégoûtés d’un système frappé
par une corruption rampante partout. [...] Ce qui est très grave,
c’est qu’à ma connaissance pas un seul fils de ministre n’est dans
une université camerounaise ! Qu’est-ce que cela veut dire ? Que
le pays ne vaut pas la peine ? Mais qui fait ce pays ? » (Une
enseignante camerounaise, interviewée par Alexandra
Cessford, in Le Nouvel Afrique Asie, 10/2004, p. 55-56)
[Ces propos se passent de commentaire. Il est bon de rappeler, au
moment où un simulacre d’élection a reconduit Biya pour sept ans de
malheur camerounais, que, massivement, les Camerounais votent avec
leurs pieds. La diaspora est évaluée à plus de 10 % de la population
(c’est comme si 7 millions de Français vivaient à l’étranger, ce serait
quand même un problème). Ironie de l’histoire, le clan au pouvoir est le
premier à se délocaliser, Président en tête. - OT]
« L’acharnement de certains médias [autour de l’élection de Charles
Pasqua au Sénat est] très choquant. Charles Pasqua a eu une vie au
service de la République et de son département qui mérite la
confiance qui lui est faite aujourd’hui. [...] Les électeurs ont toujours
raison. » (François FILLON, ministre de l’Éducation nationale,
le28/09, cité par nouvelobs.com).
[Le ministre Fillon veut-il enseigner aux enfants les vertus de la Françafrique et les comportements de la République souterraine ? Quant aux
électeurs, il leur arrive de se voiler les yeux, d’être achetés ou arnaqués.
En l’occurrence, Jacques Chirac a convaincu suffisamment de grands
Que l'
Elysée ne souhaite pas changer de lecture des faits ne nous
surprend guère, mais nous nous étonnons que son renseignement
militaire néglige une source d'informations !
« [Nous allons mettre en place] un cadre juridique pétrolier moderne,
souple et incitatif, favorisant des investissements dans le domaine des
industries extractives et permettant aux opérateurs économiques
"
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d’étendre leurs champs d’action. [...] En retour, nous exigeons de
nos partenaires le bon sens et l’honnêteté pour nous éviter le syndrome de certains pays producteurs et exportateurs du pétrole. »
(Idriss DÉBY, président tchadien, le13/10, cité par l’AFP du jour).
[Ce discours concluait un bras de fer entre l’un des dictateurs les plus
goulus d’Afrique et le n° 1 mondial du pétrole, Exxon. Le mot « honnêteté » résonne drôlement dans ce contexte.
Le 7 octobre, Idriss Déby avait dénoncé avec virulence le fait que le
consortium pétrolier mené par Exxon affiche un prix de vente dérisoire du
pétrole tchadien (très en dessous du cours mondial) et donc ne rémunère
que fort peu un État que lui-même, Déby, pille consciencieusement.
Cela fait un lustre que le vainqueur réel de la présidentielle de 2001, le
député Ngarléjy Yorongar, a dénoncé le contrat léonin accepté par Déby
en échange du soutien occidental à son régime dictatorial. Les associations des droits de l’Homme avaient, elles aussi, dénoncé ce deal –
comme l’a rappelé Dobian Assingar, président de la Ligue tchadienne des
droits de l’Homme (LTDH), tout en approuvant cette indignation tardive.
Mais Idriss Déby n’a fait qu’imiter le « bras de fer » avec Elf de son aîné et
allié Denis Sassou Nguesso : il s’agit d’obtenir plus d’argent, non pour le
Tchad ou le Congo-Brazzaville, mais pour le clan au pouvoir. Six jours
après le discours de colère, Déby annonce le 13 octobre sa réconciliation
avec le consortium autour d’un « cadre juridique pétrolier moderne, souple
et incitatif ». Comme à Brazzaville, la souplesse et la modernité viseront
surtout à augmenter considérablement la part présidentielle dans la marge
colossale prélevée sur l’or noir tchadien. – FXV]
« En Tunisie, le 24 octobre, [… les] élections présidentielle et législatives [...] montreront comment la démocratie peut être insultée par
le détournement et la manipulation de ses mécanismes afin de
jeter un voile de légitimité sur la dictature. [...] Un État violent,
gangrené par la corruption, continuera à régner par la peur et
l’arbitraire sur des sujets appelés citoyens jusqu’à l’explosion finale.
[...] L’installation et le maintien d’une dictature est, au mieux,
considérée dans les pays démocratiques comme une fatalité. Au
pire, elle est envisagée comme une situation normale [...]. Non, il
n’y a aucune fatalité [...] si l’on se donne simplement la peine de
considérer la dictature pour ce qu’elle est : une maladie politique et
sociale qui tue et blesse des millions d’hommes, [...] susceptible
d’être contrôlée, voire éradiquée. [...]
La société civile internationale se doit de réagir fermement
devant toutes les élections “à la tunisienne”, en les dénonçant et en
faisant pression sur les gouvernements démocratiques pour ne pas
en reconnaître les résultats. Les commanditaires [...] doivent être
systématiquement dénoncés, car ce sont les mêmes [...] qui ne
reculent en rien devant l’usage systématique de la torture. [...]
Face à un pouvoir illégitime et répressif, coupable de violer les
textes qui constituent l’équivalent d’une véritable Constitution universelle, [...] il manque une pièce-clé [...] qui, dans le monde entier,
rendrait impossibles ou sans lendemain des élections “à la
tunisienne”, [...] une Cour constitutionnelle internationale. [...]
Osons rêver et imaginons un organisme chargé de veiller à ce
que tous les États occupant leur siège à l’ONU et reconnus par
tous les autres États, soient des États légitimes, donc issus de
vraies élections [...]. Cette cour pourrait contrôler le processus
électoral. [...] En cas de refus, la sanction serait la prononciation de
l’illégitimité internationale. [...]
La création de la CCI, à l’instar de celle de la CPI, ne peut être
que le résultat d’un long combat. Mais peu importe le temps que
cela prendrait si la démarche annonce la prise de conscience que
la liquidation de la dictature, facteur d’avilissement des hommes,
de pauvreté des peuples et de guerre entre les nations est devenue un projet cohérent et déterminé. » (Moncef MARZOUKI, président d’honneur de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. Rebond
dans Libération du 19/10).
[Les convictions développées par Moncef Marzouki sont proches de
celles qui ont suscité notre campagne contre le soutien de la France aux
dictateurs africains. Les objectifs sont les mêmes : délégitimer ces régimes, disqualifier ceux qui les soutiennent.]
°
)
« Nous avons un beau pays. Il va de l’Océan
jusqu’au cœur de l’Afrique centrale. Il y a de la place
pour tous et des ressources infinies. Cette terre, nous l’avons
reçue de nos ancêtres. Nous devons la transmettre à nos enfants.
Mais quelques familles, des petits clans, se sont accaparé de notre
pays, notre bien à tous. Ils nous ont dressés les uns contre les
autres. Ils nous ont exploités. Ils ont fait fuir des milliers d’entre
nous.
Il est temps d’y mettre fin. Mais ne prenons pas les armes. Elles
ont assez parlé. Le pouvoir n’est plus au bout du fusil. Refusons
toute collaboration avec le régime. Déchirons sa constitution.
Dénonçons cette fausse “démocratie”.[...] Réclamons justice.
Crions notre colère contre celui qui nous a volé notre histoire, qui
nous prive du présent et qui tue l’avenir. Des crimes contre
l’humanité aux délits économiques, c¹est lui l’unique responsable.
Ses guerres ne sont pas les nôtres. Ses dettes non plus. Mais son
argent, c’est notre argent. Si nous sommes unis, il ne peut rien
contre nous. Il n’aura plus personne à commander. Il finira par
descendre de sa tour d’ivoire. [...] Construisons notre avenir
ensemble. Elisons nos représentants dans chaque quartier,
chaque village. Soyons dignes. [...] Respectons nos différences.
Débattons. Exigeons une Commission Vérité. Jugeons les
coupables des crimes lors de procès équitables. Faisons une vraie
réconciliation. Pardonnons enfin. Et réalisons que le Sud et le Nord
sont faits pour marcher ensemble. Alors seulement, nous pourrons
dire que la paix règne. Alors seulement, nous pouvons organiser
des élections vraiment libres.
Nous ne sommes pas seuls. Du Sud au Nord, une population
entière est soumise à la même dictature. Des milliers d’entre nous
sont en exil. Nous, le peuple du Congo, formons tous une
opposition. [...] Nous sommes soutenus par des réseaux africains
et européens influents qui s’opposent à la politique de Paris qui
protége son ami dictateur. Ouvrons les yeux. Ailleurs en Afrique,
des peuples ont déjà chassé leurs oppresseurs. La dictature et la
mauvaise gestion ne sont pas une fatalité. En France, en
Angleterre, en Scandinavie, aux États-Unis, les gouvernements
seront obligés de nous soutenir car l’opinion publique internationale
l’exige. Les ONG et les Eglises sont déjà de notre côté. Mais
faisons vite. Il faut se révolter contre le tyran avant qu’un autre ne
le remplace. » (La société civile congolaise, le 09/10).
[Le document dont nous publions des extraits, venu du Congo Brazzaville,
paraît sous le titre « Appel aux Congolais. Nous sommes le peuple !
Prenons le pouvoir maintenant ! ». Copie nous a été adressée par la
Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD, www.fcd.ras.eu.org) pour
information. Vivre sous une dictature est le pire des destins. Faire tomber
une dictature – celle de Denis Sassou Nguesso en l’occurrence –,
soutenue qui plus est par une puissance comme la France, n’est pas une
tâche aisée. Dans de telles circonstances on n’a guère que le courage
pour viatique. Si le choix des moyens d’y parvenir appartient au peuple
congolais, il nous paraît important de signaler à nos lecteurs que ce
courage ne lui manque pas, et qu’il tient à le signaler. De notre côté, nous
poursuivrons sans relâche le combat contre la connivence française avec
le tyran de Brazzaville. C’est la fin de cette relation meurtrière qui
faciliterait la tâche à un peuple mis au défi de résister à l’oppression. Il est
difficile de trouver les mots pour dire notre solidarité, l’espoir partagé. – SC]
Liberté d’expression
« Indymedia est un réseau mondial de médias qui met à disposition
un espace libre et ouvert à tous pour publier des reportages
contestataires et indépendants, avec une attention particulière pour
les questions touchant à la justice, au sens social et politique du
terme. [...] Le 7 octobre 2004, les disques durs de deux serveurs
d’Indymedia ont été saisis au local londonien d’une société
américaine d’hébergement internet, Rackspace, à la demande du
département américain de la Justice, apparemment en
"
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°
collaboration avec les autorités italiennes et suisses. La saisie des
disques durs à Londres a interrompu la diffusion d’une station de
radio Indymedia et d’environ vingt sites Indymedia différents [...
dans le monde]. Bien que les disques durs ont été rendus le 13
octobre, le cadre juridique précis dans lequel la saisie a eu lieu
reste inconnu. Une semaine après les faits, il y a toujours une
absence presque totale d’information émanant des autorités au
Royaume-Uni, aux États-Unis, en Suisse et en Italie. Indymedia n’a
toujours pas confirmation de qui a ordonné les saisies, qui s’est
emparé des disques durs, pourquoi ces saisies ont eu lieu, ou si
cela arrivera encore. [...]
& '
$
)
Nous, les Signataires, [...] exprimons notre
préoccupation au sujet de l’usage croissant des
cadres internationaux de coopération par les gouvernements et
des services chargés de l’application des lois pour opacifier les
procédures juridiques, saper les libertés civiques et éroder les
droits à la communication. [...]
Nous demandons la révélation complète des noms des
organisations et individus impliqués dans la saisie, une copie de
l’assignation et une enquête indépendante sur la légalité de cette
action. » (Les premiers signataires d’une pétition, sur
http://solidarity.indymedia.org.uk, destinée à des autorités américaines,
britanniques, suisses et italiennes).
9
Dictatures françafricaines
L’intelligent, UE : la fin du purgatoire ? 10/10 (François SOUDAN) : « La coopération active du gouvernement togolais dans
le domaine de l’antiterrorisme et de la lutte contre les narcotrafiquants, si elle lui vaut les satisfecit d’Interpol, de la France et
des États-Unis, semble laisser de marbre la très sourcilleuse
Commission de l’Union européenne. Interrompue depuis onze
ans, la reprise de l’aide est pourtant à l’ordre du jour, Lomé ayant
[...] souscrit à un catalogue de vingt-deux engagements dont la
mise en œuvre doit déboucher sur un accord de normalisation
avec Bruxelles. [...] C’est dans le domaine de la liberté d’expression que les progrès sont les plus sensibles. [...] Le nouveau
code de la presse [...] est l’un des plus libéraux du continent. [...]
Côté UE, les réponses à ces ouvertures se font avec une
grande parcimonie. [...] Le versement du reliquat du FED (Fonds
européen de développement), soit 40 millions d’euros, ne sera
effectif qu’après la tenue “contrôlée” d’élections législatives anticipées, dont la date n’est pas encore fixée. Si les cinq millions de
Togolais ont depuis une décennie appris à survivre avec les
sanctions – et même un peu mieux que cela puisque ni l’État, ni
l’administration, ni la sécurité ne se sont effondrés – le desserrage millimétré du carcan qui les étouffe, sous prétexte de “punir”
leurs dirigeants, a, lui, quelque chose d’indécent. »
[Ce qui est « indécent », c’est la propagande interminable de Jeune
Afrique/L’Intelligent (légataire de Foccart) et de François Soudan au
service de leurs sponsors et amis les dictateurs françafricains (Biya, Ould
Taya, Eyadéma, etc.). Il y a certes un nouveau code de la presse, mais
maintenant la famille Eyadéma menace directement de mort les
journalistes revendiquant « la liberté d’expression », tel Dimas Dzikodo.
François Soudan ose se poser en avocat des « cinq millions de
Togolais » (comme Chirac en « avocat de l’Afrique ») avec l’argumentmassue, croit-il, de la survie de l’État, de l’administration et de la sécu-
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(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003–Paris)
Je souhaite recevoir une plaquette de présentation de l’association Survie.
rité : c’est ce qu’il y a de plus résistant dans les dictatures, à voir la Corée
du Nord, la Biélorussie, la Birmanie, etc. L’État-bandit prospère sur la
souffrance et la ruine de son peuple. Mais cela indiffère Interpol, les
États-Unis ou la France. – FXV]
Doctrines de guerre
Libération, Le premier lieu où l’on cause Défense nationale,
04/10 (Jean-Dominique MERCHET) : « C’est un haut lieu [...] où
se forme le consensus national sur les questions de Défense.
L’Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN) [...
connaît un] succès [...] croissant. “En trois ans, le nombre de candidatures a triplé”, se réjouit son directeur, le général Xavier de
Zuchowitz.
[... Pourtant] les places sont chères. Dans tous les sens du terme.
Cinq candidats civils par place disponible, et “sans doute la
formation la plus coûteuse de la République, entre 30 000 et
50 0000 euros par auditeur”, estime son adjoint. [...] Les civils, qui
représentent les deux tiers de l’effectif, sont issus de la haute
administration, des entreprises et des “relais d’opinion”, une
catégorie qui englobe les parlementaires, les responsables
d’ONG, les universitaires, les religieux et les journalistes. »
[De quel « consensus » s’agit-il, sur la doctrine militaro-africaniste en
particulier ? Une nouvelle version de l’alliance du sabre et du goupillon ?
Une fusion militaro-humanitaire ? Une instrumentalisation des médias ?]
Darfour
The Village Voice, Le pétrole fait flamber le génocide. Le seul
espoir pour les survivants du Darfour pourrait venir d’une
campagne massive de désinvestissement, 15/10 (Nat HENTOFF,
traduit par nos soins) : « George W. Bush [...] a plaidé [le 21
septembre] pour la constitution, au sein de l’ONU, d’un fonds
destiné à aider (certains) pays à jeter les fondations d’une
démocratie. Comme disaient les organisation ouvrières d’antan à
propos des patrons qui revendiquaient l’inutilité des syndicats en
raison de la “protection” dont bénéficiaient leurs employés, le
Président invoque “l’inaccessible étoile”.
Structurellement, l’ONU est incapable d’imposer le respect des
droits humains à un grand nombre de ses pays membres. La
Russie et la Chine qui, entre autres, en abusent, bénéficient du
droit de veto au Conseil de sécurité. Quant à la Commission des
droits de l’Homme, composée de nombreux contrevenants aux
principes élémentaires de ces droits, le Soudan lui-même en est
membre.
L’inaccessible étoile à laquelle je rêve est l’émergence d’une
coalition parallèle et indépendante de pays en constante alerte
sur l’apparition de menées génocidaires partout dans le monde
et qui, contrairement à l’ONU, s’organiseraient pour les arrêter.
Mais où sont ces pays ? [...]
"
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Le professeur Eric Reeves (de l’université américaine Smith
College) écrit : “Khartoum n’est sans doute pas heureux d’être
exposé au regard du monde, mais il n’est pas l’objet des
menaces clairement formulées qui l’obligeraient à rectifier
fondamentalement son comportement. [...] Pour convaincre
Khartoum que ses atrocités n’échapperont pas à l’agenda
international (trouvant à s’abriter dans la rubrique « problème
humanitaire »), la pression doit se traduire par une punition,
combiner une action à court et à long terme sur le plan
économique ; une campagne vigoureuse de désinvestissement
est un des moyens d’y arriver.” [...]
Le Washington Post écrit (12/09) : “[...] Un gouvernement (les
États-Unis) en accuse un autre (le Soudan) de génocide. Et
pourtant, l’accusé ne paiera sans doute pas le prix d’avoir
commis le pire de tous les crimes, en raison de l’intérêt limité des
puissances de ce monde pour la question”. [...]
Par conséquent, nous devons mettre en œuvre le plan d’Eric
Reeves d’une campagne de désinvestissement dirigée contre les
institutions américaines, publiques et privées, qui tirent profit de
leurs investissements dans les compagnies pétrolières
internationales dont les contributions permettent à Khartoum
d’armer les soldats et milices qui commettent un génocide. Eric
Reeves souligne : “Les fonds de pension US possèdent à eux
seuls 91 milliards de dollars d’actions d’entreprises ayant des
relations commerciales avec le Soudan, telles que Siemens
(Allemagne), Alcatel (France), ABB (Suisse), Tatneft (Russie), et
PetroChina (Chine). [...] Je pense [...] que beaucoup d’Américains
s’inquièteront des placements dans les compagnies pétrolières
meurtrières effectués par des institutions privées américaines fonds de pension, systèmes de retraite, fonds mutuels… dont
nous sommes nombreux à tirer bénéfice”. Un nouveau site fournit
plus d’information sur la campagne de désinvestissement :
www.divestsudan.org. »
[Y’a de l’idée… On commence par Alcatel ? Allez voir le site, c’est très
intéressant. - SC]
Affaires
Libération, Le blanchiment d'
or foireux de Bazin «l'
Africain»,
23/10 : « Fils d’un gros chef d’entreprise du BTP de Vienne
(Isère), Olivier Bazin, 36 ans, mène une vie très dangereuse
entre la France et l’Afrique. Il vient de plonger à Paris pour un
trafic d’or et blanchiment de fonds, de mèche avec un avocat
du barreau de Paris, Me Stéphane Boulin, 52 ans, qui a, lui aussi,
été expédié en prison.
François-Xavier Verschave
De la Françafrique à la mafiafrique
Éd. Tribord, octobre 2004, 3,00
°
)
Bazin tenait à N’Djamena (Tchad) des
établissements de jeu qui, dit-il, appartiendraient en
sous-main à la famille du président du Gabon, Omar Bongo.
Voilà trois ans, il a été mandaté par le fils Ali Bongo pour
négocier en France des dizaines de lingots d’or et récupérer du
cash. Il a alors déniché un intermédiaire avocat dans le XVIe
arrondissement de Paris, Me Boulin qui a trouvé des clients
ère
“contre une commission de 5 à 10 %”. Selon l’enquête de la 1
division de police judiciaire de Paris, “six transactions qui portent
chacune sur 10 kilos d’or, monnayés à chaque fois entre 100 000
et 150 000 euros, ont été réalisées entre janvier et juin 2002”.
Le septième échange, le 27 juin 2002, échoue car Farouk,
homme de main de “l’Africain” Bazin, dépouille l’acheteur
potentiel de sa mallette lestée de 150 000 euros avant son entrée
au cabinet de Me Boulin. Et ce client, industriel de son état, a
déposé plainte.
[...] Une nouvelle transaction prévue en juillet 2002 tourne à la
bagarre [...] un gros bras de Bazin subtilise l’argent liquide du
client, ou plutôt de son représentant, avocat lui aussi [...]. Voilà
Me Boulin sommé de dédommager son confrère. [...]
e
Selon un enquêteur, “M Boulin demande alors à un ami de
détourner 120 000 euros de sa société, c’est un abus de bien
social, puis ouvre un compte sur lequel il dépose cette somme”.
[...] Les ennuis commencent aussi pour Bazin, le “chargé de
pouvoir” ou prétendu tel de la famille Bongo. Car son associé A.,
ancien légionnaire et mercenaire, ne le trouve pas partageur. Le
30 juillet 2002, Bazin attend sur le quai de la gare Lyon-Perrache
le TGV pour Paris, quand cinq hommes encagoulés et armés
l’enlèvent. Ils invoquent un commanditaire en colère à cause
d’une “dette”. Ils l’embarquent à bord d’un fourgon, direction la
capitale pour le confronter à son créancier. Sur une aire
d’autoroute entre Macon et Tournus, Bazin réussit à s’échapper
puis dépose plainte à la gendarmerie de Dijon.
Au bout de huit mois, les cinq ravisseurs âgés de 39 à 53 ans
sont interpellés en Seine-Saint-Denis, dans l’Ain et le Rhône. La
victime du rapt a été confondue comme escroc cette semaine à
Paris, et les avocats ont été démasqués.
Olivier Bazin et ces deux derniers ont été mis en examen jeudi
pour «contrebande et blanchiment». Bazin a été épinglé en plus
e
pour «vols avec violence en réunion», et M Boulin pour «faux,
usage et recel d’abus de bien social». Tous deux ont été
écroués. Placé sous contrôle judiciaire mais très décontracté, Me
R. nie en bloc avec humour : «Mais non, il n’y a pas de plainte,
pas de transaction et pas de mallette !» Il est vrai qu’à son
cabinet, le jour du rendez-vous, nul n’a vu la couleur de l’or.. »
Directeur de la publication : François-Xavier Verschave.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Secrétariat de rédaction : Lila Chouli.
Ce petit livre est tiré d’une conférence-débat de 3 heures avec des
étudiants n’ayant aucune idée des thèmes abordés depuis 11 ans dans
ces Billets : la Françafrique, la mondialisation de la criminalité
économique et politique (paradis fiscaux, instrumentalisation de
l’ethnisme et de la terreur), la revendication de biens publics mondiaux,
etc. De style oral, avec à la fin une série de questions et de réponses,
l’ouvrage permet une entrée aisée dans tous ces enjeux auxquels
l’association Survie a résolu de se confronter.
Comité de rédaction : Pierre Caminade (PC), Sharon Courtoux (SC),
Olivier Guilbaud (OG), Christian Loubier (CL), Sisulu Mandjou Sory
(SMS), Victor Sègre (VS), Odile Tobner (OT).
Jean-Paul Jody, La position du missionnaire, Les contrebandiers, 2004, 345 p.
Association Survie, 210 rue Saint–Martin, F75003–Paris –
Commission paritaire n° 76019 – Dépôt légal : novembre 2004 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20 (Étranger : 25 ; Faible revenu : 16 ) –
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Soutenu par une intrigue stimulante, ce roman policier est en fait l’occasion de revisiter de fond en comble le génocide de 1994 et les conflits
qui s’en sont suivis, sur la base d’un travail de documentation considérable – qui donnera à penser même aux spécialistes de ces sujets. [FXV]
Ont aussi participé : Vincent Corcères (VC), François-Xavier
Verschave (FXV).
Coordination : Sophie Brondel.
Abonnements : Joseph Demeulemeester.