Fiche du document numéro 22647

Num
22647
Date
Octobre 2004
Amj
Fichier
Taille
563921
Pages
10
Titre
Billets d'Afrique No. 129
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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Grands écarts

Nous nous sommes réjouis que la France, in extremis
et à contrecœur, signe les traité de Rome instituant
la Cour pénale internationale puis, au fil des années,
se retrouve l’une des promotrices de la CPI – combattue
par George W. Bush. Pourtant, la même France (ses chefs
militaires et la quasi-totalité de sa classe politique) reste
solidaire dans la négation des incroyables soutiens
apportés en 1994 au génocide d’un million de Tutsi
rwandais. Nous n’allons pas, parce que nous combattons
obstinément cette négation, entrer dans le chœur des
détracteurs de la CPI, qui peut et doit se placer à l’avantgarde du refus d’un « monde sans lois ».
Nous ne cessons par ailleurs de dénoncer le rôle central
de Jacques Chirac dans l’histoire et dans la perpétuation
de la Françafrique, ce système néocolonial de pillage
et d’oppression qui “patronne” directement une bonne
douzaine de dictatures africaines (et bénit les autres) :
la camerounaise par exemple, dont le gouverneur Biya
va être chaudement félicité dès sa réélection frauduleuse.
Nos lecteurs savent comment la Françafrique se régale
de l’aide publique au développement (APD) bilatérale,
comment elle gonfle une dette qui est surtout un cumul
d’escroqueries, comment les remises de dette aux tyrannies
amies relancent la politique du ventre tout en permettant
d’afficher une hausse fictive du taux français d’APD.
Cela ne nous empêchera pas d’approuver la constitution,
à l’initiative de Jacques Chirac et d’un trio de dirigeants
de gauche (le Brésilien Lula, le Chilien Lagos et l’Espagnol
Zapatero), d’une coalition de plus de cent pays demandant
une ou des taxes mondiales contre l’extrême pauvreté.
Certes, il faudra se battre ensuite pour que l’argent recueilli
aille vraiment financer l’accès universel aux biens publics
les plus essentiels. Mais c’est un premier pas vers un
argent public mondial, urgent et indispensable si l’on veut
d’autres horizons qu’une mondialisation mafieuse
creusant des abîmes d’iniquité et de criminalité.
Flairant l’air du temps, Chirac s’est mis en tête du cortège.
Mais si le cortège a été immédiatement aussi imposant,
c’est que l’immobilisme devenait intenable et que
le mouvement altermondialiste avait déminé les objections
idéologiques.
Nous soutiendrons donc cette dynamique politique, tout
en continuant de montrer qu’elle est en contradiction avec
les siphonnages massifs de la Françafrique chiraquienne.
Le choix des futures taxes, parmi l’éventail proposé, sera
révélateur : certaines s’accommodent bien du cours
ruineux des choses, en particulier de l’essor des paradis
fiscaux, d’autres le contrarieraient. Il faudra peser en
faveur des secondes.
François-Xavier Verschave

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Opportunité
Le 30 septembre, Ubifrance, organisme para-public de
soutien aux exportateurs français, propose un séminaire à huis
clos intitulé : « Soudan, une opportunité à saisir » (La Lettre du
Continent, 02/09). Comme les terres des Darfouriens
massacrés ?
Pour la diplomatie française, s’exprimant via le porte-parole
du Quai d’Orsay (14/09), « il est clair que la solution de cette
crise [au Darfour] ne se fera pas contre le Soudan, elle ne se fera
pas sans le Soudan, elle ne peut se faire qu’avec le Soudan.
Donc, c’est ce qui sous-tend toute notre approche du dossier. »
Merci de nous dire aussi clairement pourquoi il serait indélicat
d’accuser de génocide ce régime partenaire.
Ledit régime ne se retient plus quand il s’agit d’encenser la
diplomatie française. Recevant en son palais l’ambassadeur de
France Dominique Reneux, sur le départ, le maréchalprésident soudanais Omar el Bechir lui a remis l’ordre de
Nelein de première classe « en reconnaissance de ses efforts
pour promouvoir [boost] les relations bilatérales et la
coopération entre le Soudan et la France dans tous les
domaines », selon l’agence officielle SUNA (11/09). Il « a loué
les autorités françaises pour leur soutien au Soudan, aux
niveaux bilatéral, régional et international. [...] Il a indiqué que
les relations franco-soudanaises font preuve de progrès
significatifs dans les domaines politique, économique,
commercial et culturel, pour l’intérêt des deux pays. » Les
participants au séminaire d’Ubifrance ont bel et bien « une
opportunité à saisir ». [FXV]
Combien de vies humaines entrent dans le prix
d’une cargaison de pétrole ?
L’auteure de ces lignes a déjà posé semblable question, en
suggérant que la Banque mondiale avait compétence pour en
faire le calcul. En l’absence de réaction de sa part, on ne peut
avancer qu’une réponse imprécise, mais indiscutable :
beaucoup. Beaucoup de vies humaines entrent dans le prix de
revient d’une cargaison de pétrole. Des centaines, parfois.
Celles qui en réchappent occupent le terrain des « crises
humanitaires » et ses camps : un nouveau territoire indépendant… de la volonté des instances internationales, bien
entendu. Celles-ci, mues – en termes de fonctionnement
décisionnel – par les tourments de nécessiteux en manque ./..

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d’énergie (entre autres la Chine, les
États-Unis, la France, tous membres du
Conseil de sécurité), donnent priorité au
combat contre la menace d’une terrible
pénurie. Quoi de plus… anormal,
inhumain ?
Assumons notre « naïveté »1 : la
mode est d’affubler de ce terme ceux qui
préféreraient (sans plaisir, mais qui
préféreraient quand même) risquer la
pénurie que de troquer leur confort
contre les os de leurs semblables.
Posons-nous, naïvement, la question :
s’il n’y avait pas de pétrole au Soudan et
au Tchad, susceptible de soulager les
tourments concurrentiels des nécessiteux dessus mentionnés, aurions-nous
à contempler l’interminable, l’inqualifiable
spectacle qui se joue au Darfour ? La
réponse est non, indiscutablement. Un
fonctionnaire de l’ONU a qualifié, devant
un correspondant, d’hypocrisie la
politique de sa maison, une politique de
diplomatie fondée sur l’imbrication des
intérêts en lice. Certes. On n’avait pas
besoin qu’il nous le dise, mais c’est bien
dit. Comment s’en sortir s’il fallait désigner les coupables, les sanctionner ? S’il
fallait respecter la hiérarchie du crime,
vérifier scrupuleusement où on en est à
cet égard, dire que le Président
soudanais est un assassin, en tirer les
conséquences, décréter l’embargo sur le
pétrole soudanais, envoyer d’urgence
une commission d’enquête pour déterminer si des actes de génocide sont
commis au Darfour, risquer la pénurie
pour arrêter ce qui doit l’être ?
Le Secrétaire général de l’ONU, Kofi
Annan, « a déclaré qu’il était inconcevable que le Conseil de sécurité ne
passe pas à l’action sur le Darfour alors
que, pour la première fois de son
histoire, il était saisi d’un projet de
résolution au titre de la Convention sur le
génocide. Il a indiqué que lui-même était
favorable à l’envoi d’une commission
internationale chargée de décider si les
atrocités commises dans cette région du
Soudan pouvaient ou non être qualifiées
2
de génocide ».
Ce serait la moindre des choses qu’il
en aille enfin ainsi. Mais pas un observateur bien informé ne croit à ce passage à
l’action. À qui la faute ? Bien entendu, la
longue liste commence par le président
soudanais Omar El Bechir, avec qui la
tendance « diplomatique » d’une politique
« réaliste » prétend pouvoir, et devoir,
continuer de « discuter ». Mais soyons
aussi sincères que naïfs. Une partie du
problème, c’est nous. On pourrait peutêtre inonder le Conseil de sécurité de
messages (fax, courriers, courriels, télégrammes, appels téléphoniques…). Cela
ne servirait à rien ? Essayons, pour voir.

°
Le 18 septembre, le Conseil de
sécurité a adopté une résolution 3 qui,
notamment, prie le Secrétaire général de
l’ONU de créer une commission internationale « pour déterminer également si
des actes de génocide ont eu lieu et
pour identifier les auteurs de ces violations afin de s’assurer que les responsables aient à répondre de leurs actes ».
Par ailleurs, le Conseil « envisage de
prendre d’autres mesures […] à l’encontre
notamment du secteur pétrolier, du
Gouvernement soudanais ou de certains
de ses membres au cas où le Gouvernement soudanais n’appliquerait pas
pleinement les dispositions de la
résolution 1556 (2004) ou de la présente
résolution ». Le centre de nouvelles de
l’ONU ajoute : « Le Conseil indique dans
le texte adopté aujourd’hui n’envisager
ce type d’actions que dans le cas
notamment où il déterminerait, après
avoir consulté l’Union africaine, que le
Gouvernement soudanais ne coopère
pas pleinement avec la mission de
l’Union africaine sur le renforcement et la
prorogation de son opération d’observation dans le Darfour ». La résolution
du Conseil de sécurité est une porte
ouverte par laquelle il faut s’engouffrer
par tous les moyens : pour obtenir la
création d’urgence (la rapidité de l’ONU
est le plus souvent indolente) de la
commission d’enquête, et insister sur
l’application des sanctions envisagées
sans plus tourner autour du pot. Le texte,
tel qu’il a été adopté, laisse à Khartoum
la possibilité de faire semblant de
« coopérer avec la mission de l’Union
africaine ». [Sharon Courtoux]
1. Voir Ils ont dit, Jean-Hervé Bradol. Soyons
réalistes ! Errant hors du réel, les idéalistes en
ignorent tout. Les « choses » sont comme
elles sont, il faut vivre avec. Leurs causes
sont permanentes, immuables, l’humanitaire
est là pour en atténuer (on fait ce qu’on peut)
les effets.
2. Centre de nouvelles de l’ONU, 16/09 :
www.un.org/french/newscentre
3. 11 voix pour, 4 abstentions (Algérie, Chine,
Pakistan, Russie) : www.un.org/french/newscentre
résolution n° 1564 :
www.un.org/News/fr-press/docs/2004/SC8191.doc.htm

Imbroglio sous les décombres (III) :
Gatumba en quête de vérité
Près de 200 réfugiés, des Banyamulenge de nationalité congolaise (ces
derniers sont des Tutsi), ont été massacrés dans le camp de Gatumba, au
Burundi, le 13 août dernier. Les seules
victimes de la tuerie appartenant à d’autres groupes identitaires partageaient
l’abri de ces derniers, qui ont été visés
comme tels.
1
Une enquête préliminaire destinée à

)
identifier les coupables de
cette ignominie a été
engagée par les Nations-unies. Le 3
septembre, interrogé par la presse sur la
probable implication de Maï Maï
congolais et d’ex-FAR/Interahamwe
rwandais signalée dans un communiqué
de la MONUC le 30 août, le président du
Conseil de sécurité 2 a déclaré que
« toutes les indications continuaient d’aller
dans cette direction. » (www.onu.org) La
tuerie, revendiquée par les Forces
Nationales de Libération (FNL, milices
burundaises), ne serait pas attribuable à
ce seul groupe.
Le 7 septembre, Human Rights Watch
(HRW) annonce la publication d’un document d’information, Gatumba : Crimes
de guerre et agendas politiques, faisant
suite aux investigations sur le massacre
entreprises par l’association américaine
(www.hrw.org). Ce document réfute la
version attribuant le crime à « une coalition de Maï Maï congolais et d’“Interahamwe” ». HRW poursuit : « L’ONU
devrait être particulièrement attentive à
la façon dont il faut comprendre le
massacre et aux mots choisis pour en
parler », faisant référence à l’avis de
nombreux observateurs selon qui il
convient de qualifier ce crime d’acte de
génocide. En le qualifiant de crime de
guerre, HRW nous incite à poser la
question : mais de quelle guerre s’agitil ? L’association affirme par ailleurs qu’il
ne convient pas d’« envenimer le
débat ».
Deux rapports préliminaires ont été
publiés, à la suite de celui de HRW, par
des organisations qui ont également
entrepris, dès le 14 août, des investigations sur place et qui les y poursuivent. Il
s’agit de l’Institut Pole (une ONG
congolaise basée à Goma, dans l’est de
la RDC) : Débats et manœuvres autour
du massacre du camp de Gatumba :
information ou interprétations ? Les
agendas politiques assassinent une
deuxième fois les morts de Gatumba
(www.pole-institute.org), et de la Communauté Banyamulenge : Réactions de
la Communauté Banyamulenge face au
rapport de Human Rights Watch sur le
génocide de Gatumba. (www.obsac.com).
Se fondant sur de nombreux faits et
témoignages susceptibles d’être vérifiés,
ces deux organisations tirent de leurs
enquêtes d’autres conclusions : l’attaque
a été menée par les divers éléments
mentionnés par l’ONU et doit être qualifiée d’acte de génocide.
En écrivant : « Ceux qui sont soucieux
de répondre avec promptitude et énergie
à toute invocation de génocide, ne sont
peut-être pas suffisamment conscients
que les peurs des Tutsi de subir un
génocide font écho, comme par un jeu

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de miroir, aux mêmes peurs, chez les
Hutu, face à toute mesure qui pourrait
être prise contre eux sous prétexte de
lutter contre le génocide », HRW a
indigné plus d’un lecteur. Contrairement
à la priorité de HRW, qui semble être de
« calmer le jeu », il nous paraît que seule
la vérité pourrait y parvenir. On ne bâtit
la paix, un vivre ensemble, que sur des
fondations solides. Il serait désastreux
que deux camps se retranchent et
s’opposent sur une question aussi lourde
de sens laissée sans réponse irréfutable.
C’est là, et pas ailleurs, que se situe le
danger.
Le 13 septembre, devant le siège de
l’ONU à Uvira (Sud-Kivu), des manifestants, protestant contre le projet de rapatriement des Banyamulenge, portaient
des pancartes sur lesquelles était inscrit :
« Uvira ville propre sans Banyamulenge ». Si la vérité ne peut à elle seule
éteindre la haine, elle peut y participer.
On la doit aussi à ces manifestants. [SC]

°
1. Dont le rapport final, non encore public, a
été transmis au Conseil de sécurité le 13/09.
2. Le représentant de l’Espagne, Juan Antonio
Yanez-Bar uevo.

La Franchérifie, Hicham et la came
L’assassinat du marocain Hicham
Mandari, abattu le 4 août dernier d’une
balle dans la tête en Espagne, (cf. Billets
n° 128) a fait couler beaucoup d’encre en
Espagne et au Maroc. En France, le
journaliste Stephen Smith y a consacré
une double page du Monde où l’intox le
dispute à l’occultation pure et simple du
secteur français de l’étonnante trajectoire de la victime.
Des recoins les plus secrets du palais
de Hassan II, Mandari avait été propulsé
dans l’orbite de nombreux politiques en
France, en Afrique et au Moyen-Orient.
Des relevés d’appels téléphoniques émis
par certains de ses nombreux portables
font apparaître des contacts avec des

Déni de démocratie au Cameroun
Communiqué de Survie, le 25/09
L’élection présidentielle d’octobre 2004 au Cameroun va se dérouler dans des conditions qui
défient ouvertement les droits politiques élémentaires.
La date du 11 octobre a été fixée à peine un mois avant, ce qui empêchera toute mobilisation et
toute organisation pour l’opposition. L’annonce a été faite au Cameroun en l’absence du Président,
qui n’a pas reparu au pays depuis la mi-août, où il avait répondu à l’invitation de Jacques Chirac.
Les deux tiers des Camerounais en âge de voter au Cameroun ne sont pas inscrits sur les listes
électorales. Les Camerounais vivant à l’étranger – plus de dix pour cent de la population
camerounaise – ne pourront pas, malgré leurs protestations, exercer leur droit de vote. L’exigence
d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été refusée. L’Observatoire national
des élections (ONEL), dont les membres sont nommés par la Présidence et qui a déjà fait la preuve
de son inutilité, a été reconduit.
Tout est donc prêt pour une nouvelle mascarade électorale.
Paul Biya, après avoir exercé diverses fonctions sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo, a évincé
ce dernier en 1982 par une révolution de palais. Après avoir, en 1984, réprimé dans le sang une
tentative de retour de l’ancien Président, il est reconduit en 1987 à la Présidence comme candidat
unique. En 1992, après la répression des manifestations pour un changement démocratique, qui a
fait plusieurs centaines de morts, les résultats de l’élection, favorables au candidat de l’opposition
John Fru Ndi, sont grossièrement truqués et Biya se proclame élu. En 1997, l’opposition boycotte
une élection qui n’offre aucune garantie de loyauté. Une réforme a changé la durée du mandat
présidentiel et remis à zéro le compteur limitant les réélections : Biya repart pour un quatrième
mandat, de sept ans cette fois.
Tout en subissant pendant vingt-deux ans un pouvoir sans contrôle, la masse des Camerounais
n’a cessé de s’appauvrir, la moitié d’entre eux vit au-dessous du seuil de la pauvreté, tandis qu’un
affairisme insolent étale le scandaleux enrichissement de quelques-uns sur un pays doté
d’abondantes ressources naturelles. Le Cameroun de Biya a réussi à prendre place au rang des
pays pauvres très endettés (PPTE). Il vient d’être exclu de ce bénéfice, faute d’avoir rempli les
conditions élémentaires de gestion, en raison de la corruption qui mine l’État, et qui a valu au
Cameroun de figurer à la première ou dans les toutes premières places des pays les plus
corrompus. Les services publics d’éducation et de santé sont sinistrés, les entreprises publiques en
faillite ont été bradées, obligeant les Camerounais à vivre de longs jours sans eau, sans électricité.
La Caisse d’Épargne Postale et la Caisse Nationale de Prévoyance sociale sont en banqueroute,
vidées de leurs fonds.
Pourtant, le Président du Cameroun est choyé par les hommes politiques français. De Pasqua à
Rocard on s’affiche en sa compagnie. Il jouit de la protection et de l’amitié de Jacques Chirac, qui
vient pourtant de proclamer, à l’ONU, sa volonté de lutter contre la pauvreté. Nul doute que sa
réélection, inévitable et programmée, sera saluée par les vœux et les félicitations du Président
français, une véritable insulte au peuple camerounais souffrant.
La passivité des Camerounais devant cette situation ne doit pas faire illusion. Réduit à
l’impuissance, muselé, le peuple est conscient du mépris dans lequel on le tient et du gâchis qui a
été fait de ses possibilités de développement humain. Pourra-t-on s’étonner demain si, en
désespoir de cause, il verse dans l’extrémisme ethnique ou religieux ? C’est tout ce qu’une
politique cynique et irresponsable lui aura laissé.

)/
personnalités comme
Claude Chirac, Dominique
de Villepin, Michèle Alliot-Marie, JeanPierre Chevènement, Charles Pasqua ou
Pierre Falcone.
Les fonctions qu’avait exercées Mandari aux côtés du général Mediouri, le
patron de la sécurité royale du temps de
Hassan II, lui ont en effet ouvert bien des
portes. Mediouri, pour le compte de son
maître, avait notamment la haute main
sur la distribution des subsides et autres
cadeaux que le souverain attribuait aux
responsables étrangers dont il souhaitait
faire ses obligés. Une pratique dont,
selon le témoignage détaillé de Mandari,
d’éminents représentants de la classe
politique française ont largement et
longuement bénéficié.
Les fonds consacrés par le monarque
à ces « bonnes œuvres » étaient
d’autant plus volumineux qu’il s’agissait
en partie du recyclage, c’est-à-dire du
blanchiment, de la part revenant au
palais des bénéfices des grands réseaux
de trafic de drogue opérant au Maroc.
Comme l’a démontré l’OGD (Observatoire géopolitique des drogues), le
royaume n’est pas seulement le premier
exportateur mondial de haschich, mais
aussi une plate-forme de transit pour
l’héroïne et la cocaïne destinée au grand
marché européen.
Depuis 2003, Mandari, qui avait créé
un virtuel Comité national des Marocains
libres (opposition au régime), se
déclarait fils de Hassan II et de sa
concubine favorite, Farida Cherkaoui.
Rien ne filtre sur l’enquête de la justice
espagnole. [Jacques Cartis]
Pasqua “persécuté” jusqu’à l’offshore
Dans l’ex-duo vedette de la Françafrique, Jacques “Stan Laurel” Chirac a
laissé tomber Charles “Oliver Hardy”
Pasqua, fortunes faites. Alors que
Jacques trouve toujours un échelon
judiciaire pour annuler les procédures à
son encontre (avant de bénéficier d’une
immunité présidentielle en béton grâce
au compère Roland Dumas), Charles
n’est plus ménagé par le parquet.
Le juge Philippe Courroye a donc libre
cours pour chercher les magots de
Charlafric. Un filon gargantuesque,
alimenté entre autres par la Corsafrique.
Lionel Jospin s’était fait établir un « rapport Matignon » déroulant tout l’organigramme de ce réseau mafieux, branché
sur les trafics d’armes et de drogue,
assurant une circulation intercontinentale
de l’argent sale tel un réseau d’égouts
dont les accès à la surface seraient les
jeux, paris et casinos. Mais cette synthèse d’informations n’avait pas eu de
suite judiciaire, ledit réseau étant lié aux
origines du mouvement gaulliste et à ses

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“services d’ordre” successifs, anticommunistes puis néocoloniaux. Or
Lionel Jospin a capitulé dès 1997 devant
la Françafrique néogaulliste, et il ne
voulait pas d’ennuis en Corse.
Philippe Courroye n’exposera sans
doute pas plus qu’Éva Joly le système
de cette France à fric et ses paradis
exotiques. Toutefois, les croupières
qu’on lui laisse tailler à Oliver Hardy
évoquent quelques techniques du blanchiment (à quoi sert une fortune à
Monaco ou aux Caïmans si on ne peut
en profiter en douce France ?). Pour sa
vraie-fausse campagne présidentielle de
2002, Pasqua s’est fait accorder un prêt
de 450 000 euros par la Banque
populaire (!) de Chypre (encore un
paradis fiscal européen). Ce prêt est
garanti par une société-écran Arbitron
(Libération, 15/09). Pasqua a dit au juge
qu’il avait l’intention de commencer à
rembourser. Deux ans après.
Autrement dit, le pauvre Charles n’en
avait rien fait avant d’être “persécuté” par
le juge. Il en va ainsi de très nombreux
prêts garantis par un compte bancaire
offshore, dans un paradis fiscal : le
propriétaire du compte étant le même
que l’emprunteur, ou en deal avec lui,
n’a aucune raison de s’inquiéter du nonremboursement. La banque est évidemment complice, au moins par aveuglement volontaire. C’est tout cela qui
permet le pillage de l’Afrique, et l’érosion
du financement des biens publics en
France.
Nouveau président du conseil général
des Hauts-de-Seine, Nicolas Sarkozy a
fait nommer son prédécesseur Charles
Pasqua à la présidence de… la “fac
Pasqua”, l’université privée Léonard de
Vinci, à Nanterre, sponsorisée par les
grandes entreprises françafricaines.
C’est le doyen de cette université, Noulis
Pavlopoulos, qui s’était entremis avec la
banque chypriote. La fac Pasqua restera
un haut lieu de connaissance(s). [FXV]

Alexandre Couvelaire a rendu lui aussi
d’innombrables services. Pendant des
années, sa compagnie aérienne a mis à
disposition du couple Chirac, ou de
chacun des deux séparément, ses
avions pour des vols privés… dont la
facture n’était ni réglée, ni réclamée.
Comme on sait, Jacques Chirac, patron
de la Françafrique et du racket RPRUMP sur les marchés publics, n’a pas de
sous – ou alors il ne peut les montrer, et
doit rémunérer autrement ceux qui lui
font de gros cadeaux. À ce jeu-là,
Couvelaire s’est ruiné, ou, plus
exactement, il a ruiné ses compagnies
successives – puisque lui-même n’a
cessé, jusqu’à récemment, d’être promu
à de plus hautes responsabilités : ainsi
a-t-il été nommé à la présidence d’AOMAir Liberté (filiale du Crédit Lyonnais
encore nationalisé), avec le succès que
l’on sait : un océan de pertes, absorbé
pour l’essentiel par les finances
publiques ; des centaines de chômeurs,
débarqués.
Suite à une mauvaise affaire avec
Swissair et le baron Ernest-Antoine
Sellière, patron du MEDEF, AOM-Air Lib
était en mesure d’obtenir 200 millions de
francs de dommages et intérêts.
Couvelaire a retiré la plainte, pour ne
pas chagriner Ernest-Antoine, un ami de
trente ans – qu’il a aussi transporté à
l’œil en 1998. Avec cela, Jacques Chirac
et le patron du MEDEF sont les mieux
placés pour serrer la vis de l’assurance
chômage et des budgets sociaux : ils
sont au-dessus de tout ça, ils volent.
Quant à Alexandre Couvelaire, il
« souhaite aujourd’hui rebondir en
Afrique, terre propice à des aventures
plus discrètes » (Libération, 22/09). Il a tout
à fait l’audace et le carnet d’adresses
pour imiter les spéculations fructueuses
de l’ex-collègue Lagarde. La Françafrique les accueille à bras ouverts. [FXV]

Vols

Bons points

Depuis UTA, les compagnies aériennes
françaises sont un vecteur de choix pour
les manœuvres et « transferts » de la
Françafrique. Nous avons évoqué (Billets
n° 126) l’itinéraire très protégé d’Europe
Aéro Services (EAS) et de Francis
Lagarde, un condamné à la prison ferme
dont la police française ne retrouve pas
l’adresse bien qu’il fréquente, à Paris et
à Bangui notamment, les cercles
françafricains les plus fortunés.

– L’Afrique agressée et déstructurée par
la colonisation est en pleine phase
« instituante », pour employer le langage
du philosophe Castoriadis : la session
inaugurale du Parlement panafricain
(PAP), le 16 septembre près de
Johannesbourg, est un grand moment.
Sa présidente (il n’y en a jamais eu au
Palais
Bourbon),
la
Tanzanienne
Gertrude Mongella, a dit l’essentiel :

)
« Nous sommes là pour
faire beaucoup plus que
des lois […] pour se concentrer sur
l’accélération de l’intégration politique et
socio-économique du continent. »
– Nous avions craint que le Burundi ne
ratifie les statuts de la Cour pénale
internationale en ayant recours à l'
article
124 (introduit dans les statuts par la
France), permettant à un État d'
éviter
que ses ressortissants ne puissent être
jugés pour crimes de guerre. Finalement,
c'
est sans aucune restriction que ce pays
a rejoint la CPI le 21 septembre.

Faux Billet sur la place de Londres ?
Dans notre n° 126, à la rubrique
Mémoire, Odile Tobner conteste la
description par Serge July de la mort du
célèbre journaliste Albert Londres, le 16
mai 1932, sur le paquebot “Georges
Philippar” rentrant de Saigon : elle parle
d’une intoxication de Londres dans sa
cabine, lors d’un incendie, lui parle d’un
naufrage. Un de nos lecteurs, Jacques
Morel, nous fait observer que les deux
événements ont eu lieu, successivement : ce bateau tout neuf a subi un
incendie, puis a coulé au large d’Aden.
Dans les papiers que Londres
ramenait d’un périple asiatique, Il était
beaucoup question de trafic d'
opium – un
trafic qui alimentait une bonne part du
budget de l'
Indochine française. C'
est
« de la dynamite », confie-t-il à un
couple, les Lang-Willar, à bord du
paquebot. Dans la nuit du 16 au 17 mai,
un incendie se déclare en pleine nuit.
Puis le navire fait naufrage, à cause
probablement des dégâts du feu.
Soixante-sept personnes disparaissent.
Londres fait partie des victimes. Par un
hublot, on l’a vu coincé dans sa cabine.
Ses confidents rescapés, les LangWillar, périssent à leur tour dans l'
avion
qui les ramène en France.
Que l'
incendie soit accidentel ou criminel, Albert Londres n’a pas eu la possibilité d’en réchapper. L’on devrait attribuer
le prochain Prix Albert Londres au
journaliste qui enquêtera sérieusement
sur la fin de son illustre prédécesseur,
reporter des crimes de la colonisation.

(Achevé le 25/09/04)

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Soudan et génocide
« C’était en juin 1994, je rencontrais Donald Steinberg, membre

du National Security Council. [… Il] croyait en la réalité du
génocide en cours contre les Rwandais tutsis mais se refusait à
employer le terme. En effet, l’emploi du mot génocide aurait

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entraîné une obligation légale d’intervenir pour les États signataires de la Convention pour la prévention et la répression du
crime de génocide (1948). […]
Juillet 2004 : le Congrès américain adopte à l’unanimité une
résolution qualifiant les événements du Darfour de génocide. Le
9 septembre, le secrétaire d’État Colin Powell déclare à son tour,
devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, qu’un “génocide a eu lieu et pourrait encore se poursuivre
au Darfour”.
En dix ans, du Rwanda au Soudan, ce qui a changé, c’est la
perception par les États-Unis des menaces pesant sur leur sécurité nationale et leurs intérêts stratégiques. Et le régime soudanais, même s’il n’est pas en tête, figure en bonne place sur la
liste des ennemis du pays dressée par l’administration Bush.
En dépit de son opportunisme politique évident, cette évolution
de l’emploi du mot "génocide" pourrait néanmoins trouver sa
légitimité dans une lecture scrupuleuse du droit pénal international : […] “l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe
national, ethnique, racial ou religieux”.
Dans le cas du Darfour, les partisans de l’emploi du terme
“génocide” affirment que l’action des milices "arabes" vise la
destruction des tribus “africaines”. L’argumentation de cette thèse
suppose l’existence d’un Soudan peuplé par les représentants de
deux races : les Noirs et les Arabes. La notion de race, au sens
biologique du terme, abandonnée depuis plusieurs décennies,
opère ainsi un retour en force sous le prétexte de l’interprétation
à la lettre d’une convention internationale sortie de son contexte
historique. […]
La nécessité de réhabiliter la notion de race pour soutenir la
thèse d’un génocide au Darfour n’est pas le seul point de
faiblesse de la démonstration. Les manifestations publiques de
l’intention de détruire un groupe humain ne sont pas plus
évidentes que l’existence de races distinctes. Les discours de la
dictature soudanaise et les lois du pays n’en portent pas trace.
En résumé, à supposer qu’elle soit réelle, l’intention de détruire
un groupe humain n’est pas affichée et la définition du groupe de
victimes impose l’usage d’une catégorie invalidée, à juste titre,
depuis de nombreuses années.
Cependant, il faut admettre que la thèse du génocide au
Darfour, même si elle ne s’impose pas à tous, rencontre un
véritable succès au sein des organisations de défense des droits
de l’homme et des organismes humanitaires. Le moteur de cet
engouement est, sur le fond, d’une nature tout aussi politique que
le vote unanime du Congrès américain. La formule consacrée
pour définir ce projet politique auquel il nous est proposé
d’adhérer est le droit d’ingérence en réaction à des violations
graves et massives des droits de l’homme.
Pour les partisans de la construction de ce nouvel ordre
international fondé sur la promotion volontariste des droits de
l’homme, les armes à la main si nécessaire, les progrès ne sont
pas suffisamment rapides en raison de l’inertie des grandes
puissances, qui s’illustre dans le fonctionnement actuel du
Conseil de sécurité des Nations unies.
En réponse à cette mobilisation insuffisante, la qualification de
crime des crimes, le génocide, offre un avantage certain. Parmi
les violations graves des droits de l’homme, le génocide est la
qualification qui induit le plus clairement une obligation d’intervention, non seulement a posteriori pour réprimer mais avant ou
pendant le déroulement des événements pour les prévenir ou y
mettre un terme. […] L’effet escompté [… est] une imposition du
droit, par la force si besoin […].
Notons au passage que pour soutenir cette thèse il faut
créditer les membres permanents du Conseil de sécurité de la
volonté et du pouvoir de mettre fin aux crimes les plus graves sur
l’ensemble de la planète. En gardant à l’esprit la liste des
membres permanents du Conseil de sécurité, l’histoire contemporaine de ces pays (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et
Russie), la fréquence et la complexité des conflits où les

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)0

violations des droits de l’homme sont majeures, la
naïveté d’une telle croyance ne finit plus d’étonner.
Et, à l’heure où le monde entier prend conscience de l’ampleur
des tortures pratiquées dans les prisons américaines en Irak et
de la gravité des crimes perpétrés par l’armée russe en
Tchétchénie, la tentation est forte de voir dans cette prise de
position non seulement de la naïveté, mais aussi une bonne dose
de cynisme.
L’indépendance est essentielle au secouriste humanitaire pour
être perçu par les belligérants comme ne participant pas aux
hostilités. Le respect de ce principe impose de ne pas faire siens
les projets visant à l’établissement d’un nouvel ordre politique
international et de concentrer son action sur la mise en œuvre de
secours impartiaux. Mais le rappel des principes ne suffit pas
toujours à emporter l’adhésion face à la tentation de s’engager
dans la construction d’un autre monde, toujours présenté comme
meilleur par définition. L’examen attentif des arguments en faveur
du droit d’ingérence et le bilan des interventions militaires
internationales contemporaines devraient achever de nous
convaincre de nous garder de suivre ce chemin. » (Jean-Hervé
BRADOL, président de Médecins sans frontières, contribution au
Monde du 14/09).
[Nous citons assez longuement cette prise de position, parce qu’elle est
importante, symptomatique d’une certaine idéologie française, et
profondément scandaleuse. Résumons avant de réfuter : ceux qui parlent
de « génocide » réhabilitent « la notion de race » ; l’intention génocidaire
n’est pas manifeste au Soudan puisqu’elle n’est pas affichée ; invoquer
aujourd’hui les Conventions de Genève contre le génocide, militer pour
que soit prévenu et sanctionné le crime des crimes ne peut relever que
de la « naïveté » ou du « cynisme », au service des impérialismes...
Il serait tout à fait légitime de discuter de la validité de l’emploi du mot
« génocide » pour qualifier ce qu’a entrepris le gouvernement soudanais
au Darfour. Mais tel n’est pas le propos de Jean-Hervé Bradol, car il sait
que sur ce point il a perdu d’avance : avec la définition du statut de la
Cour pénale internationale, cette qualification ne fait pas de doute. Dans
un article similaire (Alternatives internationales, 09/2004), le mentor de MSF,
Rony Brauman, regrette, comme nous (Billets n° 125), la jurisprudence du
Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qui a qualifié de
« génocide » le massacre de Srebrenica - sans conteste un crime contre
l’humanité, mais non pas un génocide au sens historique. Nous avons
soutenu (Édito du n° 128) qu’il y a eu au Soudan intention de génocide, au
sens plein, parce que les crimes contre l’humanité de Khartoum n’ont pas
seulement fait des dizaines de milliers de victimes : les tribus visées,
représentant plus d’un million de personnes, ont été systématiquement
privées de tout moyen de survie dans leurs villages, obligées de fuir,
dans le désert, le harcèlement continu des soudards (ce qui rappelle le
génocide arménien), et le gouvernement soudanais a initialement refusé
qu’on leur porte secours, ne cédant que devant l’indignation internationale.
Si l’on suit Jean-Hervé Bradol, la notion de race n’ayant aucun
caractère scientifique (il a raison), il ne faut plus parler de génocide, car le
mot même renvoie juridiquement et étymologiquement (par sa racine
grecque genos) à cette notion dépassée. Oui, il n’y a pas de race
arménienne, juive ou tutsi. Ceux qui parlent du génocide des Arméniens,
des Juifs ou des Tutsi seraient donc des charlatans, des propagandistes
de Gobineau ? C’est nier par un sophisme les terrifiantes leçons du XXe
siècle que de renvoyer l’expérience et la condamnation du génocide à la
raciologie : ce qui est en question, c’est la capacité d’un État criminel (cf.
l’ouvrage de référence d’Yves Ternon, L’État criminel, Le Seuil, 1995) de
désigner un groupe humain comme bouc émissaire, en travaillant les
clivages et pulsions identitaires, puis de lâcher sur lui les exterminateurs
(ingénieurs des chambres à gaz ou milices déshumanisées). Cela n’est
pas du tout dépassé.
Le droit international a trouvé un nouvel élan après 1945 dans le refus
de la monstruosité. Les Conventions de Genève nous ont défini en
humanité, nous chargeant collectivement de défendre ses frontières, de
refuser ce qui la nie et tue même la parole - le crime contre l’humanité,
dont le génocide est le paroxysme. Jean-Hervé Bradol nous dit que cet
élan et cette mobilisations sont obsolètes, qu’elles relèvent d’un schéma
intellectuel « invalidé ». Selon nous, au contraire, les Conventions de
1948 sont une révolution, longtemps attendue, encore inachevée. Et
d’abord un bouleversement des priorités : le refus du génocide surplombe
toutes les considérations stratégiques. Et c’est pourquoi tant de

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stratèges, à commencer par les militaires, s’échinent à vouloir le « mettre
entre parenthèses ». La stratégie humanitaire rejoindrait-elle la militaire ?
N’insistons pas sur l’équation : l’intention génocidaire n’est assurée que
si elle est affichée dans les discours et les lois ! Bradol n’a-t-il jamais rien
lu sur la question, ne sait-il pas que le projet génocidaire organise
systématiquement sa propre négation ? Dans le cas soudanais, l’instrumentalisation par le gouvernement central de milices tribales chargées du
nettoyage ethnique est démontrée depuis plus de dix ans. L’élimination
des tribus gênantes est une politique constante, qui a cette fois étalé sa
systématicité. L’intention génocidaire existe chaque fois (Khartoum pense
comme Mitterrand : dans ces contrées ténébreuses, « un génocide, ce
n’est pas trop important »), mais elle reste inachevée à cause des
réactions internationales forçant le passage des humanitaires. Ce
scénario répété a tout de même fait déjà plus de deux millions de morts
au Soudan - tandis que le régime utilise la pression humanitaire comme
un moyen de chantage et une source de profit.
Laisser entendre qu’une proposition est fausse dès lors qu’elle est
reprise par les Américains est un argument assez pauvre. On peut
dénoncer avec la plus grande vigueur l’impérialisme américain en Irak,
s’indigner avec Bradol des méthodes de torture pratiquées là-bas, sans
penser que les milliers de témoignages recueillis par des centaines de
journalistes et d’enquêteurs associatifs ne sont que des mensonges. Ce
sont d’ailleurs ces témoignages qui permettent aujourd’hui à MSF de
soigner les rescapés du Darfour : si tant de « naïfs » n’avaient pas hurlé
leur indignation, les humanitaires attendraient encore leurs visas…
Derrière tout cela, il y a deux combats idéologiques. Nous l’avons déjà
dit (Édito du n° 128), la « neutralité » pragmatique du « secouriste
humanitaire » peut se justifier, tel un scaphandre qui lui permet d’aller
sauver des vies. Et il faut saluer ceux qui s’y dévouent. Mais qu’est-ce qui
autorise la plus célèbre des ONG d’urgence à vouloir transformer cette
contrainte, ce « principe » d’action, en « principes » de “pensée”
politique ? Le désastre est assuré (voir aussi, dans Billets n° 120, un propos de
J.H. Bradol sur le Liberia). Admettons que MSF n’insulte pas le régime
raciste soudanais. Mais elle pourrait s’épargner de servir la dialectique
mensongère de Khartoum et d’en camoufler l’ignominie, en bonne
intelligence avec la politique française - qui se sert de la prise de position
de MSF pour justifier son amical dialogue avec le régime soudanais.
Le président de Médecins sans frontières (pas forcément suivi par
toutes les sections nationales de MSF) dénonce le « droit d’ingérence »,
un concept ambigu, donc dangereux, promu par Bernard Kouchner,
fondateur de MSF et ennemi “historique” de Rony Brauman. Il y a matière
à débat. Mais au-delà, c’est la perspective même d’une justice pénale
internationale qui est traitée par le mépris, assimilée aux impérialismes alors que les États-Unis, la Chine et la Russie de Poutine refusent la
Cour pénale internationale. Rony Brauman, dans l’article parallèle
d’Alternatives internationales, feint de croire que toute sanction se
résume aux canonnières coloniales : il existe des sanctions moins
violentes et dissuasives, comme débrancher la pompe à pétrole et à
finances. Jean-Hervé Bradol oublie, ou feint d’oublier, que jamais aucune
justice n’est née impartiale. Mais elle élabore des mots et des règles qui
finissent par se retourner contre l’arbitraire. Le choix est entre ni loi ni
justice, et la construction progressive d’une justice imparfaite. MSF ne
nous laisse que le premier choix, au nom d’une « neutralité » qui permet,
non pas accidentellement, mais structurellement, de soigner les rescapés
au milieu des bourreaux. Certains appellent ça du « réalisme ». La
mémoire de l’humanité s’insurge contre ce choix. - FXV]

« [La] qualification de génocide n’a été reprise ni par le
secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, ni par Jan
Pronk, le représentant spécial pour le Soudan, dans son rapport
sur la situation, ni par Médecins sans frontières, ni par moi quand
je me suis rendu sur place en juin. Maintenant, il est évident que
le Darfour est le théâtre d’une crise humanitaire importante [sic]
et de violations massives et graves des droits de l’Homme. Nous
soutenons l’idée d’une enquête précise de l’ONU. » (Renaud
MUSELIER, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, interrogé par Le
Figaro du 16/09)
[L’idée est bonne, sa mise à exécution urgente. Allez, Monsieur Muselier,
un peu plus de nerf. Une bonne idée se défend bec et ongles. - SC]

« C’était une erreur, car il ne fallait imposer des sanctions contre le
Soudan que s’il n’y avait aucun autre moyen de persuasion. » (Jan
PRONK, envoyé spécial de l’ONU au Soudan, concernant les sanctions
pétrolières. xinhuanet.com du 20/09).

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[L’expérience, de Jan Pronk comme celle de tout le
monde, prouve qu’il n’y a aucun autre « moyen de
persuasion » que des sanctions. Pendant les travaux humanitaires, le
magasin des recettes écœurantes reste ouvert. - SC]

« Les Djandjawids, les milices arabes, continuent les exactions,
mais il y a déjà eu une évolution considérable de la situation
notamment pour faciliter l’accès aux organisations humanitaires.
Il est cependant indispensable que le gouvernement soudanais
fasse des efforts pour désarmer ces groupes et que l’Union
africaine accentue son travail pour surveiller ce processus. Le
gouvernement soudanais semble décidé à faire quelque chose
[quelque chose ?]. À nous de les aider. La paix ne peut se faire
qu’avec nos interlocuteurs soudanais. » (Idem)
[« Aider le gouvernement soudanais » ? Des sanctions leur viendraient
en aide très efficacement. Nous sommes interloqués, M. le ministre, que
l’on “Interlocute” avec un gang de criminels contre l’humanité. - SC]

« Plusieurs ministres français se sont déjà rendus à Khartoum
et dans le Darfour pour trouver une solution à la crise. Sur le
volet humanitaire […], les soldats des éléments français du Tchad
ont été mobilisés. […] Cet automne, dès la fin de la saison des
pluies [le ministre a perdu son parapluie], je retournerai au Darfour
pour faire un état des lieux et savoir si la mobilisation
internationale a permis d’éviter un drame humanitaire. [Trop tard,
Monsieur le ministre !] Il est urgent d’accroître la sécurité autour des
camps de réfugiés pour rétablir la confiance et organiser le retour
des gens dans les villages. » (Idem)
[La sécurité ne règne pas autour des camps. Y régnerait-elle en raison de
la présence de forces étrangères qu’elle ne régnerait pas pour autant
dans les villages d’où viennent les occupants de ces camps. Outre ces
derniers (difficiles à approcher en raison des menaces qui pèsent sur
ceux qui témoignent : plusieurs qui l’ont fait ont définitivement disparu),
interrogez les organisations qui ont enquêté sur la situation, M. le
ministre. Elles n’ont pas plus confiance en la parole de vos « interlocuteurs » que les villageois privés de village. La France a voté la
résolution 1564 (www.un.org) du Conseil de sécurité le 18 septembre. Si
l’ambassadeur de France à l’ONU, Jean-Marc de la Sablière, s’est
exprimé dans ce sens, c’est qu’il en a reçu l’ordre du plus haut niveau de
l’État. Nous voudrions pouvoir compter sur vous pour muscler la
détermination de cette cime. - SC]

Tyrannophilie
« La question de la démocratisation des pays africains - comme
d’ailleurs de tout pays - mérite toutes les nuances du jugement,
ce que certaines phrases de la pétition que vous avez signée ne
font pas.
Il me paraît pour le moins totalement faux d’affirmer, comme le
fait l’Association Survie, que “depuis les années 1960, la France
confisque l’indépendance de ses anciennes colonies africaines
en y maintenant un système d’exploitation clientéliste qui peut
rejoindre le néocolonialisme le plus caricatural”.
La politique africaine de la France depuis quarante ans n’est,
certes, pas exempte de critiques : [… elle] a ses partis pris, ses
intérêts et il lui arrive de se tromper. Mais [… elle] est aussi digne
de louanges quand on sait que la principale menace qui pèse depuis
tant d’années sur le continent africain est l’indifférence. » (Guy
TEISSIER, député UMP des Bouches-du-Rhône, président de la commission
de la Défense nationale et des Forces armées. Réponse du 01/09 au courrier
d’un militant de Survie à propos de notre campagne Dictateurs).

[Comme Paul Quilès, son prédécesseur à la présidence de la
commission de la Défense, Guy Teissier ne veut pas voir la criminalité
politique et économique qui domine la politique africaine de la France, il
admet au plus qu’il puisse y avoir « erreur ». Relèverait de cette catégorie
le soutien ininterrompu aux Eyadéma, Bongo, Déby, Sassou, Biya, Ould
Taya, Guelleh, etc., et non du « néocolonialisme le plus caricatural ». Il
faudrait plutôt louer le prédateur de ne pas être indifférent à ses proies.
Les peuples tyrannisés et pillés seront de plus en plus amenés à
demander, au contraire : « Laissez-nous la paix ! Laissez-nous le fric !
Laissez-nous l’Afrique ! » - FXV]

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« En tant que Président de la commission de la Défense
nationale et des Forces armées […], je puis vous affirmer que la
France n’a pas à rougir des actions qu’elle entreprend en stationnant chaque année plusieurs milliers de soldats en Afrique et
en envoyant, quand la situation humanitaire ou politique l’exige,
des renforts sur place. Ces milliers de soldats participent, en
prenant plus de risques que quiconque, à la démocratisation
effective du continent africain. » (Idem)
[C’est inouï comme ces forces stationnées ou expédiées ont contribué à
la démocratisation du Congo, de Djibouti ou du Rwanda. Il est vrai aussi
que Guy Teissier préside l’une des seules commissions parlementaires
de la Défense dans les pays démocratiques qui refuse de contrôler ou
superviser les services secrets. Il n’est donc peut-être pas très renseigné
sur ce que font ces services pour prolonger les dictatures françafricaines.]

« La démocratie en Afrique est pour moi comparable à une fleur
qu’on ne fera pas pousser plus vite en tirant dessus. » (Idem)
[On nous pardonnera, mais, vu le contexte, nous avons à première
lecture compris de travers le mot « tirant » : on a pensé à la canonnière
ou au FAMAS. Nous sommes bien sûr sensibles à la lenteur des
évolutions historiques, mais qui, sinon la Françafrique, a installé les
tyrans verrouilleurs de démocratie évoqués plus haut ? Qui a recouvert la
fleur d’une chape de plomb ?
Pourquoi avons-nous décidé de lancer une campagne contre le soutien
de Paris aux dictateurs françafricains ? Parce que trop de démocrates
des pays accablés sont venus nous dire qu’ils étaient à bout, qu’ils n’en
pouvaient plus de se faire matraquer et torturer par les amis de l’Élysée
et de l’UMP.
Un seul exemple : le criminel Déby, dont le ministre Darcos a dit en
notre nom qu’il avait été « démocratiquement élu par deux fois », a
décidé d’instituer une Commission électorale nationale indépendante
(CENI) - vieille revendication des démocrates. Une loi a été votée à cet
effet, par une Assemblée nationale issue d’élections complètement
truquées, où le parti de Déby dispose de trois quarts des sièges. Cette
Assemblée va désigner 15 membres de la CENI, Déby 13 autres, et il y
aura 3 places pour les partis sans député. C’est cette “CENI” totalement
dépendante qui va superviser la qualité démocratique des prochains
scrutins ! - FXV]

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Mondialisation
« [La recherche publique est] productrice d’une connaissance scientifique [qui] est un bien public dont personne n’a l’apanage. »
(Comité d’initiative et de proposition [CIP], exprimant les

revendications d’une grande partie des chercheurs français. Extrait de la
synthèse des propositions des multiples assemblées de chercheurs, dans
la perspective d’états généraux de la recherche. Cité par Libération du
15/09).
[Le bien public mondial “connaissance”, diffusé par l’Université, a été
l’une des sources de la prospérité européenne au Moyen-Âge. C’est un
bien central, dont le caractère public favorise l’essor. Il est mis en cause
aujourd’hui avec le brevetage systématique de l’intelligence informatique
(logiciels), des médicaments, et même du vivant. L’un des animateurs du
CIP, Édouard Brézin, ne cache pas que cette affirmation provient
notamment de la colère de certains biologistes contre les tentatives de
brevets du génome humain. - FXV]

Xénophobie
« J’ai mesuré à quel point les phénomènes de l’immigration ou des
réseaux criminels pouvaient être traités avec davantage
d’efficacité si nous étions en mesure d’instaurer une relation de
solidarité avec les pays touchés par les mêmes fléaux. »
(Dominique de VILLEPIN, Le requin et la mouette, Introduction
publiée en « bonnes feuilles » par Le Monde, 09/09).
[Au milieu d’un océan sirupeux, cette rude perle xénophobe issue des
profondeurs où se cache le monstre de la sincérité. Ainsi l’immigration
serait-elle un « fléau » ? On ne la réduit même pas à sa version dite
« clandestine », qui masquerait tant soit peu la crudité du propos et on la
met sur le même plan que les « réseaux criminels ». Qu’en pensent les
migrants qui ont envahi naguère, sans l’autorisation des autochtones,
l’Afrique du Sud, l’Australie, l’Argentine, le Canada, les États-Unis, fuyant
la faim, la pauvreté ou la persécution ? Et l’auteur conclut, lyrique, son
introduction : « Oui une nouvelle fraternité est possible ». – Odile Tobner]

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Françafrique
La Lettre du Continent, Henri Bentegeat en avion présidentiel à
Abidjan, 02/09 : « Très proche de Jacques Chirac, [le chef d’étatmajor de l’armée française (CEMA)] Henri Bentegeat […] souhaiterait
un changement de statut du CEMA, l’érigeant en vrai viceministre de la défense avec un pouvoir décisionnaire. »
[Que le CEMA prenne le taxi présidentiel pour aller à Abidjan ne met pas
la République en danger. Qu’il prenne la limousine de Chirac pour
s’installer au ministère de la Défense « avec pouvoir décisionnaire », si.
Veillons au salut de l’empire… Oh, pardon, de la République ! – SC]

Témoignage chrétien, Le Congo-Brazzaville sous haute
pression (II). Les mauvais gages des banques françaises, 16/09
(Henrik LINDELL) : « Le Congo-Brazzaville serait le pays le plus
endetté au monde per capita. 70 % de ses habitants vivent audessous du seuil de pauvreté. […] Les régimes successifs de
Denis Sassou Nguesso et Pascal Lissouba (1992 à 1997) ont
investi l’essentiel de leurs emprunts à tout, sauf à développer le
pays, par exemple à faire la guerre. [… Selon] Global Witness […],
250 millions de dollars disparaissent chaque année sans
explication. Soit un tiers des revenus dégagés du pétrole. […]
Pourquoi certains créanciers persistent-ils à prêter de l’argent
à un État dont tout le monde sait qu’il est surendetté. [...] La
partie publique [de la dette], due à des pays ou à des institutions

officielles, est la plus connue : un peu plus de 6 milliards d’euros
[...]. Le vrai problème, [… c’est] le déficit [… creusé par] la dette dite
privée [...], officiellement estimée à 1,1 milliards d’euros. Les
créances privées ont trois spécificités : [...] elles sont difficiles à

faire annuler, les acteurs privés ne donnant pas dans la charité.
[...] L’emprunt privé n’est pas soumis à des conditions pour son
utilisation. [...] Mais sa plus grande originalité réside dans la
sécurité qu’elle offre aux créanciers. Il s’agit en effet, dans la
majorité des cas, d’emprunts gagés sur la vente future de
pétrole. [...]
Sassou et Lissouba y ont eu un recours massif. Leur premier
créancier fut [...] Elf [...], qui prêtait de l’argent via sa propre
banque Fiba en pratiquant un taux d’intérêt très élevé. [...] Ces
dettes [...] servent à financer n’importe quoi : [...] un hôtel
particulier à Paris, [...] des achats d’armes [...]. D’après le FMI,
75 % des emprunts contractés entre 1995 et 2000 étaient gagés
sur le pétrole ! [...] Le FMI proscrit formellement cette pratique.
Depuis 2001, les autorités promettent de ne plus y avoir aucun
recours.
Mais les créanciers privés ne peuvent qu’inciter les autorités à
s’endetter ainsi. Grâce aux livraisons de pétrole [...] sur le marché
mondial [...], ils sont sûrs d’être payés. [...] Les plus grands
créanciers sont… nos bonnes vieilles banques françaises. Les
noms de BNP-Paribas et Société générale reviennent
systématiquement. L’État congolais [...] doit, selon nos calculs,
au moins 400 millions d’euros à nos banques ! [...]

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La Société générale et BNP-Paribas n’ont cependant pas
transféré l’argent prêté [...] au gouvernement, mais à la Société
nationale des pétroles du Congo (SNPC), [...] fondée en 1998
grâce à un crédit de la Banque mondiale [...]. L’argent s’est-il
évaporé ? Certains n’hésitent pas à faire le lien, familial, entre le
PDG, Bruno Itoua, et celui qui l’a nommé, le président Sassou.
En novembre 2003, un journaliste du courageux hebdomadaire
congolais L’Observateur a fait allusion à la “famille” [...] en
insistant sur le gaspillage et le salaire d’Itoua (115 0000 euros
par mois). [...] L’hebdomadaire a été condamné à une très lourde
amende qui menace son existence. Et pourtant, la réalité est là :
le président Sassou pratique le népotisme à outrance. Les
secteurs-clés de l’économie sont dirigés par les membres de sa
1
famille . [...]
Des membres de l’administration congolaise, remontés contre
une “gestion trop familiale”, nous ont donné des documents
surprenants. [...] Une lettre rédigée par les services juridiques de
BNP-Paribas [...] concerne deux “prépaiements d’exportation de
pétrole brut”. Le premier, en faveur de la SNPC, en juillet 2002,
porte sur 70 millions de dollars. Le deuxième, signé en
septembre 2002, s’élève à 80 millions de dollars. [...] Dans la
lettre […], il est demandé à son destinataire, un huissier de
justice, “de veiller particulièrement à ce que ces documents
restent confidentiels et de rappeler à vos clients le devoir de
discrétion qui leur incombe”. […]
Autre exemple. Un prêt a été accordé à la SNPC en juin 2000
via l’intermédiaire de la Société générale, [… pour] la coquette
somme de 200 millions de dollars. […] La banque et le prêteur
[dont le journaliste n’a pas obtenu le nom] ont touché plus de 6
millions de dollars […] pour quelques exercices d’écriture !
La Société générale possède cependant ses propres créances
à l’égard du Congo. Selon Global Witness, elle aurait prêté 233
millions de dollars contre des revenus pétroliers en 2002 [… et],
la même année, […] aurait aussi accepté de renégocier un autre
emprunt de 250 millions de dollars. […] En 2002, année
électorale, […] l’élection avait été précédée par des dépenses
faramineuses de communication. […] Des chiffres publics
concernant “l’affectation des produits nets 2002 des cargaisons
SNCP”, on apprend que 88 millions de dollars sont allés au
trésor public et 234 millions vers les banques (à peu près équitablement entre la Société générale, BNP-Paribas et [le trader]
RMB-Vitol). 27 % pour l’État congolais, 73 % pour les banques :
pas de commentaire ! […] Les dettes gagées sont remboursées.
Les Congolais n’ont que leurs yeux pour pleurer. »
[Pas besoin de commentaire, en effet ! Henrik Lindell est depuis 7 ans
l’un des très rares journalistes à enquêter sur la “gestion” françafricaine
du Congo-Brazzaville.
Les médias pro-Sassou ont très mal pris cet article : Lindell aurait été
« victime d’une opération de désinformation bien montée au cours de
son séjour au Congo ». L’encenseur Jean-Paul Pigasse dénonce, dans
Les dépêches de Brazzaville (21/09), « la machination […] politique »
« de hauts responsables de la hiérarchie catholique locale », qui ont eu
le tort de demander que l’argent du pétrole aille dans le budget de l’État.
Il ajoute, dans une dénonciation en miroir (quand on sait les nettoyages
ethniques déclenchés par Sassou), que ces responsables feraient
preuve d’une « dérive ethniciste » qui inquiète le Vatican - où Pigasse,
très proche de l’Opus Dei, a sûrement ses entrées. L’ethnicisme
reconnaîtra les siens… - FXV]
1. Henrik Lindell détaille dans une infographie une partie de cette
captation des ressources du pays par l’épouse, la fille Édith, épouse
Bongo, les fils et les neveux. Sur Internet circule une liste interminable
des entreprises et immeubles congolais que se serait appropriés la
« famille ». Il faudrait vérifier un à un les éléments ainsi livrés, qui peuvent
être vrais (la fortune du clan a de moins en moins de bornes) ou le fruit
d’une manipulation, mêlant le vrai et le faux pour discréditer ceux qui
utiliseraient cette liste sans précaution (le régime est de longue date
accoutumé à ce genre de manipulation). À suivre…

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)3

Le Monde Diplomatique, La grande fatigue des
Ivoiriens. 09/2004 (Colette BRAECKMAN) : « Face à la rue qui
gronde, le chef de l’État recourt à la tactique bien connue du
‘‘moi ou le chaos’’ , se présentant comme le seul à pouvoir faire
rentrer les démons dans leur boîte. Mais, malgré ses talents
politiques, ne risque-t-il pas d’être dépassé par ses propres
extrémistes, désormais aveuglés par la haine identitaire, comme
le fut naguère un certain Juvénal Habyarimana ?
Le président Gbagbo joue aussi sur l’usure, et cette partie-là
semble plus facile, car les rebelles s’essoufflent, les soutiens
dont ils bénéficient s’amenuisent et des dissensions
apparaissent entre leurs chefs. Le président utilise aussi la carte
internationale : lui qui a évolué dans le sillage du parti socialiste
français, où il compte ses meilleurs amis, n’hésite pas à se
rapprocher des États-Unis, qui lui accordent une aide très
généreuse sous couvert des fonds de lutte contre le sida prévus
par le président Georges W. Bush. Il entretient aussi des liens
avec les milieux religieux américains, séduits par sa foi et par
son prédicateur préféré, le pasteur Koré. En outre par le biais de
la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), il a veillé
à se réconcilier avec la Libye, qui jusqu’alors soutenait le
Burkina Faso.
Mais surtout, l’habile président, un animal politique-né, a utilisé
son principal atout : les ressources du pays, qui, quoique
affaiblies, assurent toujours ses arrières. De notoriété publique,
les revenus de la filière café-cacao ont été utilisés pour renforcer
l’armée et acheter des armes. C’est parce qu’il en savait trop sur
ce sujet que le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer a
été enlevé le 16 avril 2004, puis vraisemblablement assassiné.
Dans la prison centrale d’Abidjan, nous avons rencontré deux
détenus, anciens gardes du corps affectés à la présidence, qui
assurent avoir vu un certain Tony Oulaï, pilote d’hélicoptère pour
le président Gbagbo, enterrer le corps du journaliste quelque
part du côté de l’autoroute du Nord...
Le président a aussi veillé à se réconcilier avec la France sur
un point essentiel : celui des intérêts économiques. Même s’ils
se sont désengagés de la production proprement dite (Bolloré a
abandonné la filière cacao), plus que jamais les grands groupes
français contrôlent les flux : transport, eau, électricité, voies de
communication.
Ainsi, la concession d’accès à l’eau potable a été confiée,
jusqu’en 2007, à la société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire
(Sodeci), dont le chiffre d’affaires se monte à 49 milliards de
francs CFA [75 millions d’euros], Saur [filiale du groupe Bouygues]
détenant 47 % du capital. L’électricité jusqu’en 2005, revient à la
Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) dont le chiffre d’affaires
atteint 201 milliards de francs CFA (306 millions d’euros), Saur
et EDF détenant 51 % du capital. La téléphonie mobile (1,4
millions d’abonnés) est attribuée à Orange [France Télécom] et
Télécel [filiale du groupe égyptien Orascom], tandis que les
téléphones fixes sont concédés à France Cable radio [France
Télécom], à raison de 51 %.
D’autres contrats vont s’ajouter à cette manne. Le terminal
conteneur du port d’Abidjan (15 millions de tonnes par an) sera
confié à Bouygues [en fait il s’agit du groupe Bolloré]. Le déménagement vers Yamoussoukro en 2004 et 2005 de certains bâtiments officiels, comme le palais présidentiel ou la maison des
députés (avec un coût de 500 milliards de francs CFA), profitera
pour moitié à des intérêts français. Commentant ces données un
très haut cadre ivoirien conclut : "Croyant en la mondialisation,
nous avions voulu diversifier nos partenaires, ouvrir nos
marchés. Mais nous avons été obligés de suspendre la
décolonisation de notre économie. Le fusil sur la tempe, nous
avons dû marquer un temps d’arrêt.’” »
[Si nous citons longuement cette partie d’un article très dense de Colette
Braeckman, c’est qu’elle nous rappelle quelques facteurs-clés de la

"

’&
&, .



°

situation actuelle en Côte d’Ivoire, notamment le risque de dérive
génocidaire, et certains intérêts ou enjeux économiques sous-jacents (cf.
Billets n° 108, Paris pas blanc). À une période où l’on parle de lutter
contre les prédations économiques que subissent les pays en
développement et où l’on dénonce une mondialisation réfutant les droits
de l’Homme, « le fusil sur la tempe » évoqué par un officiel ivoirien est
significatif de la persistance des méthodes françafricaines.
En même temps, le choix stratégique opéré dans ces circonstances par
le régime de Gbagbo est révélateur des priorités de ce régime : un
pouvoir ressourcé dans la xénophobie et le contrôle des rentes du cacao
et du café plutôt que la décolonisation économique. Guy-André Kieffer,
ce journaliste franco-canadien qui avait d’abord manifesté de la
sympathie pour la volonté affichée de décolonisation économique, a
payé de sa vie de s’être mis à enquêter sur l’usage de ces rentes. –
Olivier Guilbaud]

24 heures (Abidjan), Présidentielle 2005 : la France fait son choix,
08/09 (A. SANGARÉ) : « Simon Michel, […] premier conseiller de
l’ambassade de France [à Abidjan, a fait l’intérim de l’ambassadeur
Gildas Le Lidec, parti plusieurs semaines en France. Le 3 septembre, il a
reçu quelques députés du G7, le rassemblement des opposants à
Laurent Gbagbo, membres de la] commission des Affaires
étrangères. “Que se passera-t-il […] si les projets de loi ne sont

pas votés avant le 30 septembre comme l’a prévu la feuille de
route [des accords] d’Accra III et que les ex-rebelles refusent de
désarmer le 15 octobre ?”, s’interroge […] un député.
“Il n’y a pas de doute. Ils y seront contraints. Nous avons les
moyens. Nous avons fini d’occuper tous les points stratégiques.
Dans tous les cas, ces gens ne représentent plus rien. Nos
rapports sont clairs là-dessus. Nous savons tout d’eux.” […] Pour
lui et ses supérieurs, le choix est désormais clair, la France
envisage, ni plus ni moins, de soutenir Laurent Gbagbo, “le seul”
à leurs yeux “à même de mieux défendre les intérêts français en
Côte d’Ivoire”. […] De Bédié, il dira qu’il ne représente plus grand
chose, endormi qu’il est dans son village. […] De Ouattara,
coincé dans son exil “français”, il soutiendra qu’il est inoffensif.
Même s’il était candidat, il ne sera pas en mesure de ramener la
paix. Quant aux Forces nouvelles, il en donne une opinion exécrable : “Elles sont en déliquescence. Beaucoup sont devenus
des bandits de grand chemin. […]”.
Au sortir d’une telle rencontre, il est loisible d’imaginer la mine
des députés “convoqués”. La plupart d’entre eux en ont été
choqués. La pression qu’exerce en ce moment les diplomates
français en poste à Abidjan sur les élus du groupe des 7 (G7)
semble trahir, si c’était un secret, la volonté de la France de
rester seul maître à bord du navire Ivoire, en dépit du récent
accord signé à Accra sous la houlette de l’ONU et de l’Union
africaine et baptisé Accra III. […].
Que faut-il retenir de tout ce charivari politico-diplomatique ?
Essentiellement que la France, après avoir fermé les yeux sur le

)

coup du 19 septembre 2002 contre Laurent
Gbagbo, après avoir suscité et organisé la table ronde de LinasMarcoussis, après avoir préparé avec force conviction le rendezvous d’Accra III, inspirant, dans une discrétion feinte, certaines
des principales résolutions, que la France, donc, à force de
tergiverser, de changer d’allié au gré des circonstances,
s’embrouille. [… ] La démarche française laisse perplexe et agace
la classe politique ivoirienne dans son ensemble. Toutes les
sensibilités confondues. Cela entraîne forcément des
quiproquos, développe de profonds ressentiments dans tous les
camps et peut provoquer de nouvelles déchirures. »
[Cet article est à prendre au sérieux, 24 heures étant l’un des meilleurs
médias d’Abidjan. Sans préjuger du fond du discours, on observera
d’abord la morgue néocoloniale du conseiller Michel. Ainsi, la France se
veut seul pilote de la Côte d’Ivoire, mais un pilote sans cap : l’Élysée est
à la remorque des alliances fluctuantes des grandes entreprises
françaises en Côte d’Ivoire - lesquelles misent désormais sur Gbagbo et
son contrôle milicien de la rue abidjanaise après avoir, pour plusieurs
d’entre elles, souhaité son renversement. Les députés ivoiriens se disent
choqués, la classe politique est agacée. Et si cet agacement devenait
plus fort que sa désunion, lui permettant enfin, « toutes tendances
confondues », de reprendre la barre du navire Ivoire, encore et toujours
néocolonisé ? – FXV]

Mondialisation
Le Canard Enchaîné, 28/07 : « On savait déjà que les
montagnes de poulets congelés que l’Europe, la France en tête
[au Cameroun : l’Espagne et la Belgique], exporte en Afrique mettent
sur la paille les éleveurs locaux (950 FCFA pour le poulet
européen contre 2 200 FCFA la volaille du cru). Voilà qu’on
découvre que ces “poulets export”, élevés à vitesse grand V (35
jours au lieu de 45 pour le poulet industriel standard), sont
souvent de vrais bouillons de culture quand ils arrivent dans
l’assiette du consommateur. Une récente enquête menée par le
centre Pasteur de Yaoundé sur les marchés du Cameroun (où
les importations poulets congelés européens ont fait un bond de
300 % depuis 1997) révèle que 83,5 % des morceaux de poulets
analysés sont ”impropres à la consommation”, parce que
bourrés de microbes, ou de bactéries comme les salmonelles. Il
faut dire que le poulet congelé, qui suppose un respect
scrupuleux de la chaîne du froid, n’est pas vraiment le produit le
mieux adapté au parc de congélateurs en Afrique. »
[Voilà de quoi alimenter les revendications internationales contre la
globalo-malbouffe qui perd le Sud. Nous conseillons le livre blanc
proposé par l’association camerounaise Association citoyenne de
défense des intérêts collectifs (http://www.acdic.org) : Poulets congelés,
Danger de mort.]

Outre-mer et presse

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Libération, Barrage à l'
investigation sur les chercheurs d'
or en
Guyane, 24/09 : « “Journaliste outrecuidant”, “vous écrivez
constamment des articles déplaisants sur les services
préfectoraux... surtout sur le dossier de l'
orpaillage” : quel
journaliste n'
a pas rêvé de porter assez bien la plume dans la
plaie pour s'
attirer de tels qualificatifs ? Pourtant, Frédéric Farine
- correspondant en Guyane de rfi.fr et de La Croix, collaborateur
régulier de RFO - se serait bien passé de la publicité dont l'
a
honoré, la semaine dernière, Daniel Josserand-Jaillet, directeur
de cabinet du préfet de la Guyane. Car ses propos étaient
assortis de l'
interdiction pour le journaliste d'
accompagner
Outre-mer,
samedi [18/09] dans la forêt guyanaise la ministre de l'
Brigitte Girardin, sur une opération de lutte contre les chercheurs
d'
or clandestins. [...]
“Mandaté par le site de RFI, notre confrère s'
est vu refuser
l'
accès à l'
hélicoptère de l'
armée qui doit emmener la presse

"

’&
&, .



°

)

locale vers les lieux clandestins où se déroule l'
opération”,
dénonce, aussitôt après avoir appris le refus d'
accréditation, le
Club de la presse de Guyane. [… Des membres du collectif
orpaillage d'
Attac] auraient entendu le préfet Ange Mancini
avancer qu'
“il n'
y avait plus de place dans l'
hélico, il fallait laisser
la place aux journalistes qui n'
avaient jamais écrit sur la
Guyane”.
Samedi à Saint-Georges de l'
Oyapock, alors que la délégation
ministérielle et les journalistes s'
apprêtent à embarquer, Frédéric
Farine arrive. “Le chef de gendarmerie avait ordre de
m'
empêcher de monter dans l'
hélico, raconte-t-il. Je n'
ai pas
forcé le barrage mais j'
ai fait une interview de Brigitte Girardin
sur l'
orpaillage.”
La discrimination, Frédéric Farine dit en souffrir depuis 2001 et
la publication de la première de ses enquêtes sur l'
orpaillage
clandestin. Un fléau contre lequel le conseil régional de Guyane
a demandé au gouvernement, le 30 juin, un plan d'
urgence afin
de sauvegarder l'
environnement, la sécurité intérieure et la
santé. On estime que 10 000 clandestins travaillent sur des
camps d'
orpaillage clandestin et que 5 à 10 tonnes de mercure
sont rejetées par les chercheurs d'
or chaque année, contaminant
l'
air, les sols et les rivières. “Ces derniers temps, j'
ai senti que les
portes des administrations se fermaient, alors que les élus, les
hommes et femmes politiques, les orpailleurs acceptent tous de
me parler”, constate Frédéric Farine.
[...] L'
enquête qu'
il a consacrée cet été au trafic de cartes de
séjour à la préfecture (affaire qui a valu à deux hauts
responsables d'
être mis en garde à vue pour corruption, aide aux
séjours irréguliers, faux documents et proxénétisme) n'
a
probablement pas amélioré sa réputation. La preuve : à un
journaliste qui protestait vendredi contre l'
éviction annoncée de
Farine, le directeur de cabinet du préfet a lâché : “Maintenant,
c'
est l'
ensemble des services de l'
Etat contre Farine.” »

[La jurisprudence du patron de presse Dassault fait florès,
s’agissant de bloquer les « informations qui font plus de
mal que de bien. Le risque étant de mettre en péril des intérêts
commerciaux ou industriels de notre pays » (Canard enchaîné, 08/09).
Quoique l’or de Guyane semble être un assortiment plus politico-militaire
qu’industriel (cf. Billets n° 119, Voir)… Libération du 24/09 évoque de son
côté une jurisprudence Bompard, lequel, en tant que « maire Front
national d'
Orange [...], refuse depuis avril 2003 de livrer la moindre
information municipale aux journalistes de La Provence. »
Ce procédé de censure directe est maladroit : Dassault n’avait aucune
chance d’empêcher l’interview par la concurrence du dénommé Wang
sur l’affaire des frégates de Taiwan, et s’y est ajoutée une contrepublicité tapageuse, notamment contre Le Figaro. La préfecture de
Guyane nous a maintenant convaincus que cette « opération de lutte »
contre l’orpaillage clandestin est de la poudre aux yeux éberlués des plus
“timides” des journalistes... ceux “qui n'
avaient jamais écrit sur la
Guyane”, et reflèteront à la lettre le dossier de presse officiel de
l’opération. On note que le conseil régional de Guyane aura attendu plus
de quatre ans après que ce scandale ait éclaté (le fléau est apparu en
1992) pour demander un « plan d’urgence ». Farine a également titillé de
puissants intérêts (d’autres… ou les mêmes ?) avec des articles incisifs
sur le projet de Parc national de la Guyane...
« L’ensemble des services de l’État » prend ici le relais d’une
persécution au moment où les mafias qui l’ont initiée semblent gênées
par des procédures judiciaires, les juges n’étant pas toujours alignés sur
les intérêts supérieurs de la gendarmerie (cf. les péripéties du jugement
du gendarme Olivier Renaud in Billets n° 118 Salves, n° 120 Bon point,
n° 123 Fausse Note). Le patron orpailleur Jean Bena avait violemment
agressé le journaliste le 14 mai 2003. Les policiers en civil qui ont mis fin
à l’altercation n’ont pas jugé utile de procéder à une comparution
immédiate, qui aurait validé le flagrant délit. Du coup (sans jeu de mot),
la procédure s’est alourdie. De nouvelles pressions et violences ont eu
lieu au tribunal. Comme tout regard extérieur est gênant, les gangs
chassent également des équipes du CNRS (Libération, 29/06, En
Guyane, les chercheurs d'
or s'
en prennent aux chercheurs).
Pourra-t-on faire confiance aux autorités pour sanctionner comme il se
doit les « hauts responsables » de la préfecture impliqués dans le
proxénétisme ? Outre-mer, autres mœ urs. - Pierre Caminade]

Virginie Mouanda, Au soleil noir du Cabinda, (réédition) Transbordeurs.
Lire dans Billets n° 110, notre critique de l’édition originale sous le titre Les
Âmes de la Forêt, Éd. des Écrivains, 2002.

François-Xavier Verschave

Guillaume Olivier

L’aide publique au
développement
Un outil à réinventer

Éd. Charles Léopold Mayer, mars 2004, 182 p.,
16 franco de port à Survie
Avec la contribution de Saïdou Sidibé
Préface de François-Xavier Verschave
La mondialisation s’accélère et l’on peut aujourd’hui constater
que les mécanismes économiques et financiers ont laissé sur la
touche des populations entières. L’aide publique au
développement ne semble pas avoir rempli ses missions et n’a
pas permis d’atténuer les déséquilibres Nord/Sud. En
s’appuyant sur l’analyse approfondie des chiffres et de ce qui
existe en matière d’aide publique au développement, Guillaume
Olivier, acteur de terrain et spécialiste, en dresse un bilan
parfois inquiétant mais jamais pessimiste. Le constat de
l’insuffisance et de l’inadaptation de l’aide publique au
développement débouche sur une série de propositions :
respect des droits élémentaires inscrits dans les chartes
internationales – à la vie, aux soins, à l’éducation, organisation
de l’accès de tous à ces biens, construction d’une nouvelle
solidarité internationale… autant de nouvelles priorités pour
l’aide publique au développement.

De la Françafrique à la
mafiafrique

Éd. Tribord, octobre 2004, 3,00

franco de port à Survie

Ce petit livre est tiré d’une conférence-débat de 3 heures avec
des étudiants n’ayant aucune idée des thèmes abordés depuis
11 ans dans ces Billets : la Françafrique, la mondialisation de la
criminalité économique et politique (paradis fiscaux,
instrumentalisation de l’ethnisme et de la terreur), la
revendication de biens publics mondiaux, etc. De style oral,
avec à la fin une série de questions et de réponses, l’ouvrage
permet une entrée aisée dans tous ces enjeux auxquels
l’association Survie a résolu de se confronter.
Directeur de la publication : François-Xavier Verschave.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Secrétariat de rédaction : Lila Chouli.
Comité de rédaction : Pierre Caminade (PC), Sharon Courtoux (SC),
Olivier Guilbaud (OG), Christian Loubier (CL), Sisulu Mandjou Sory
(SMS), Victor Sègre (VS), Odile Tobner (OT).
Ont aussi participé : Jacques Cartis, François-Xavier Verschave (FXV).
Coordination : Sophie Brondel.
Abonnements : Joseph Demeulemeester.
Association Survie, 210 rue Saint–Martin, F75003–Paris – Commission
paritaire n° 76019 – Dépôt légal : octobre 2004 – ISSN 1155-1666
Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20 (Étranger : 25 ; Faible revenu : 16 )
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
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