Fiche du document numéro 187

Num
187
Date
Mardi 29 mars 1994
Amj
Auteur
Fichier
Taille
157991
Pages
4
Titre
Point hebdomadaire de situation sur l'Afrique
Mot-clé
CDR
Source
Fonds d'archives
FM
Type
Langue
FR
Citation
POINT HEBDOMADAIRE DE SITUATION SUR L'AFRIQUE

Mardi 29 mars 1994

I - AFRIQUE CENTRALE CG
BURUNDI

La situation reste tendue au Burundi où le gouvernement ne
parvient pas à s'imposer. Des affrontements entre l’armée et les milices
du parti hutu Frodebu ont encore fait de nombreuses victimes (plus de
70 morts) à Bujumbura et provoqué la fuite vers le Zaïre, le Rwanda et la
Tanzanie de centaines de personnes.

L'octroi par le nouveau Président de postes ministériels aux
extrémistes tutsis a accentué les divisions au sein du gouvernement et
irrité l'aile dure du Frodebu. De nombreux responsables politiques hutus
(notamment le ministre de l'intérieur qui a armé les milices du Frodebu)
reprochent aujourd'hui au chef de l'Etat sa faiblesse devant l’armée et
son indécision.

C'est dans cette situation troublée qu'est arrivée ces derniers
jours, à Bujumbura, la Commission des Nations-Unies “d'établissement
des faits” mise en place par Boutros Boutros Ghali pour tenter de faire la
lumière sur l’assassinat du Président Ndadaye.

Pour notre part nous maintenons, jusqu'en juin, une vingtaine
de coopérants responsables de la formation d'une unité chargée de la
sécurité des membres du gouvernement. Michel Roussin ne serait pas
favorable à la prolongation de cette mission et souhaiterait éviter tout
engagement français supplémentaire au Burundi.


GABON

Le gouvernement gabonais a été constitué le 25 mars avec à
sa tête, de nouveau, Casimir Oyé Mba. Il n’est composé que de partisans
du Président Bongo, l'opposition ayant refusé d’y participer.

Pascaline Bongo quitte le gouvernement et cède le ministère
des affaires étrangères à Jean Ping et le chef d'état major des armées, le
général Idriss Ngari est nommé ministre de la défense nationale, de la
sécurité et de l'immigration.

RWANDA

Les institutions de la transition ne sont toujours pas en place,
en raison du refus du Front patriotique rwandais (FPR) de laisser entrer
à l'assemblée nationale la Coordination démocratique rwandaise (CDR-
parti des extrémistes hutus). Or le Président Habyarimana fait de la
présence de la CDR à l’assemblée un préalable.

Certains membres du Conseil de sécurité (Etats-Unis- Grande
Bretagne) s’impatientent devant ce blocage et pourraient, début avril à
New York, s'opposer ou mettre des conditions au renouvellement du
mandat de la mission des Nations-Unies au Rwanda (MINUAR).

À l'initiative du Président ougandais, Yoweri Museventi, un
sommet réunissant les chefs d'Etat de la région (Ouganda, Tanzanie,
Zaire, Kenya et Zambie) pourrait se tenir le 6 avril à Arusha (Tanzanie)
pour traiter de la situation au Rwanda et au Burundi.

II -AFRIQUE AUSTRALE
AFRIQUE DU SUD
Le gouvernement, sous prétexte d’ordre public, a pris le
contrôle des Bantoustans. L'armée sud-africaine, après le
Bophuthatswana, est en effet intervenue au Ciskei, au Qwa Qwa et au.


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Lebowa afin que les élections des 26/27/28 avril puissent se dérouler
dans le calme.

- Il n’en va cependant pas de même avec le Natal-Kwazulu, fief
du chef zoulou Buthelezi qui a refusé de participer aux élections.
Pourtant la violence politique s'amplifie dans cette région. Le 28 mars,
une manifestation zouloue de soutien au roi Zwelithini, organisée par
l’Inkatha a Johannesbourg, à dégénéré en une confrontation sanglante
avec la police et l’ANC de Mandela. Il y aurait eu une trentaine de morts.

Avant de prendre la décision de proclamer l’état d'urgence et
d'envoyer l’armée au Kwazulu -"ce sera dans ce cas un bain de sang et la
proclamation de l'indépendance de la nation zouloue” a averti Buthelezi -
le Président de Klerk a proposé une rencontre de la dernière chance le
30 ou le 31 mars entre Mandela, le roi Zwelithini, le chef Buthelezi et lui-
même.

III - CORNE DE L’'AFRIQUE
SOMALIE

Les derniers soldats américains ont quitté le 25 mars la
Somalie. De “Restore Hope” (novembre 1992) à “Exit Day” (25 mars 1994)
l'intervention de l'ONU (qui se poursuit avec 18000 soldats) aura permis
d'améliorer considérablement la situation de la population sur le plan
humanitaire. Mais la paix n'a pas été rétablie.

Seul signe d'espoir aujourd'hui : la signature le 24 mars à
Nairobi d’un accord entre les principaux dirigeants de factions
somaliennes prévoyant la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu et d’un
désarmement volontaire, la mise en place le 15 mai d'un gouvernement
d'union nationale et l’organisation d’une conférence de réconciliation. On
reste cependant sceptique sur l'application de cet accord.

Enfin, la Commission d'experts indépendants, constituée à la
demande du Conseil de sécurité en novembre dernier et chargée
d’enquêter sur les responsabilités des attaques perpétrées contre les

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casques bleus de l'ONUSOM (mort de 31 soldats pakistanais en juin
1993), a remis son rapport au Secrétaire général de l'ONU le 24 février
dernier. Ce rapport embarrasse Boutros-Boutros Ghali dans la mesure où
il porte des jugements très sévères sur le fonctionnement de l'ONUSOM :
manque de préparation des forces, absence de coordination entre les
contingents qui ont agit le plus souvent à partir d'instructions nationales
(Américains et Italiens sont visés), carences individuelles des
responsables (notamment de l’Amiral Howe)… Les experts tirent
également des conclusions de portée plus générale : impossibilité pour
l'ONU de mener, en l'état actuel, des opérations de rétablissement de la
paix, nécessité pour le Secrétaire général de garder un contrôle étroit sur
les forces et la chaîne de commandement.

Bruno DELAYE
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