Fiche du document numéro 10252

Num
10252
Date
Août 2006
Amj
Auteur
Fichier
Taille
1890038
Pages
18
Titre
« La France n'est nullement impliquée dans le génocide au Rwanda... »
Source
CEC
Type
Note
Langue
FR
Citation
« La France n’est nullement impliquée dans le génocide au Rwanda… »
La revue Golias publie, dans son N° 106 du mois de mars, des documents inédits.
Ces documents, reproduits en annexe, consistent en une lettre, datée du 22 mai 1994, du
président du Gouvernement Intérimaire Rwandais, le Dr Théodore Sindikubwabo au
président de la République Française, François Mitterrand.
Cette lettre, authentifiable par la signature, est annoncée par deux notes au Président
français du général Christian Quesnot, chef de l’état-major particulier du Président de la
République, le 6 mai et le 24 mai. Le général Quesnot joint à sa note du 6 mai une carte
du Rwanda indiquant les positions des forces en présence.
À ces quatre documents s’ajoutent deux notes adressées au Président de la République,
François Mitterrand. :
- une note du 25 février 1993 de Pierre Joxe, ministre de la défense
- une note de Dominique Pin du 2 mars 1993,
Nous ajoutons à ces documents :
- Un TD DFRA New York 2383 du 17 mai 1994 signé « Mérimée », représentant
permanent de la France a l’ONU.
- Une lettre du Dr Théodore Sindikubwabo, président du CND, de 1992 permettant
d’authentifier la signature de la lettre du 22 mai 1994 adressée à François Mitterrand.
La lecture de ces documents pourrait inciter nos élus à se poser quelques questions et ce
quelles que soient leurs appartenances politiques car ces documents révèlent la
transgression de principes fondamentaux par nos dirigeants de l'époque.
Le député du Val-de-Marne Jean-Claude Lefort, vice-président de la Mission d’Information
parlementaire sur le rôle de la France au Rwanda de 1998 - dont il a refusé de signer les
conclusions - déclarait récemment dans une interview1 :
« Tournons la page, tel est le credo du ministère. Et pourquoi donc faudrait-il tourner la
page, si la vérité n’est pas pleinement établie ? Il y a eu tout de même un génocide ! La
mission d’information a laissé trop de zones sombres pour qu’on puisse parler ainsi. Et
l’admettre. »
Le 4 mai 1994, alors qu’à cette date, il ne fait aucun doute que ce sont des centaines de
milliers de Tutsi qui ont été massacrés, le général Quesnot est en relation téléphonique
avec Théodore Sindikubwabo, président de la République par intérim, qui orchestre le
génocide des Tutsi au Rwanda.
Lors de cette conversation téléphonique, Théodore Sindikubwabo « remercie [François
Mitterrand] de tout ce que [celui-ci a] fait pour le Rwanda et de l’accueil qui a été réservé
[en avril 1994] à la délégation conduite par [son] ministre des Affaires étrangères.
Il faut dire que la connaissance des relations entre les extrémistes Hutu qui ont formé le
GIR et certains représentants de l’État français, et ce au plus haut niveau, n’est pas
1

Interview de Serge Farnel, Metula News Agency, 5 mars 2006
http://www.menapress.com/article.php?sid=1321

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nouvelle, mais ces documents inédits viennent préciser le degré de proximité de certains
de nos responsables politiques et militaires avec les auteurs du génocide alors qu'ils sont
en train d'exécuter leur crime
Rappelons quelques faits :
- Le 5 avril à la veille du début du génocide, Jean Bernard Mérimée, représentant
permanent de la France à l’ONU, est le seul au Conseil de sécurité à soutenir
explicitement la participation de la Coalition pour la Défense de la République (CDR) au
gouvernement de transition en place a Kigali. La CDR est un parti extrémiste Hutu
appelant ouvertement à l’extermination des Tutsi.
- Le 9 avril débute l’Opération Amarilys… Les militaires français, outre les expatriés
occidentaux, n’évacueront que la famille du président Habyarimana et des responsables
politiques Hutu, proches du Hutu Power. En évacuant les uns, les autorités françaises sur
place effectueront de fait un tri et condamneront à une mort certaine les autres, c’est-àdire les responsables politiques Hutu de l’opposition2.


Le 27 avril 1994, le ministre des affaires étrangères du GIR, Jérôme Bicamumpaka,
ainsi que le représentant de la CDR, Jean-Bosco Barayagwiza, sont reçus à l’Élysée
par Bruno Delaye, à Matignon par Edouard Balladur et au Quai d’Orsay par Alain
Juppé. (Pour mémoire rappelons que la Belgique et les États-Unis leur avaient refusé
un visa, que Jean-Bosco Barayagwiza a été condamné à la prison à perpétuité pour
génocide par le TPIR et Jérôme Bicamumpaka inculpé par le TPIR).



Le 9 mai 1994, le général Huchon reçoit le lieutenant-colonel Rwabalinda, conseiller du
chef d'état-major de l'armée rwandaise. Ensemble ils évoquent, selon le rapport de
mission de ce dernier datant du 16 mai3, « le soutien de la France sur le plan de la
politique internationale » et « La présence physique des militaires français au Rwanda
ou tout au moins un contingent d’instructeurs pour les actions de coup de main dans le
cadre de la coopération » ainsi que des besoins en munitions diverses et autres
moyens matériels dont des moyens de communication sécurisés. Le président du GIR
a-t-il utilisé ces moyens de communication sécurisée pour rappeler le général Quesnot
le 22 mai ?

- Le 17 mai1994, Jean-Bernard Mérimée4 rend compte au Président de la République :
« Le ministre des affaires étrangères du Rwanda, M. Bicamumpaka, a prononcé un
discours extrêmement virulent et à connotation raciste en évoquant notamment « la
domination cruelle et impitoyable de la majorité Hutu par la minorité Tutsi altière et
dominatrice » il a également dénoncé l’Ouganda contre lequel il a demandé l’imposition
d’un embargo.
Ce discours a choqué les membres du conseil dont certains ont regretté dans leurs
interventions le ton et le contenu. Le représentant permanent de la Nouvelle-Zélande

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Les Français n’évacueront aucun Tutsi. Même pas ceux qui travaillaient au Centre Culturel
Français ou à l’ambassade, comme en témoigne une plaque commémorative à l’ambassade de
France à Kigali…
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Publié par la Commission d’enquête Citoyenne, « l’Horreur qui nous prend au visage »
Voir en annexe TD DFRA New York 2383 du 17 mai 1994.

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ayant même contesté la légitimité de M. Bicamumpaka, qui selon lui représentait une
faction et non un État. »
Le représentant tchèque5 est plus sévère et fait, lui, ses critiques en public alors que
Jean-Bernard Mérimée ne dit rien au conseil de Sécurité de ce qu’il écrit à sa
hiérarchie, bien au contraire. Les représentants de l’Argentine, de l’Espagne, et du
Royaume-Uni contestent quelque peu les affirmations de Jérôme Bicamumpaka.
Malgré cela, consciente du racisme, des mensonges du GIR et de sa légitimité
contestée, la France ne cessera de soutenir à l’ONU le représentant du GIR, Jean
Damascène Bizimana, identifié comme membre du réseau Zéro. Et ce jusqu'à ce
qu'elle lui demande de partir le 19 juillet 1994, après la victoire du FPR.
- Le 22 mai, Théodore Sindikubwabo, le président du GIR, reprenant les propos de son
ministre des affaires étrangères, qualifiés par le représentant de la Nouvelle-Zélande à
L’ONU de « version déformée des faits », exprime à François Mitterrand, dans la lettre
ci-après, les « sentiments de gratitude [du peuple rwandais] pour le soutien moral,
diplomatique et matériel […] assuré » par la France « depuis 1990 jusqu’à ce jour ».
Qu’a bien pu faire François Mitterrand pour mériter les remerciements de Théodore
Sindikubwabo, qui, le 21 avril, appelait en personne la population à se mettre « au
travail ». c’est-à-dire à se livrer au massacre des Tutsi après s’être assuré de l’élimination
du préfet de Butare, qui s’opposait à ce génocide ?
« Jusqu’à ce jour » signifiant avant ET pendant le génocide ! Soutien diplomatique
voulant dire soutien à l’ONU et soutien matériel voulant sans doute dire fourniture
d’armes, de munitions et pourquoi pas de conseillers militaires…Comme l’indique le
rapport Rwabalinda et comme l’affirment depuis longtemps des témoins rwandais (ex
FAR). Quant au soutien moral, il semble que certains en France n’y aient toujours pas
renoncé.
Théodore Sindikubwabo, écrit plus loin : « en son nom [le Peuple Rwandais], je fais
encore une fois appel à votre généreuse compréhension et celle du peuple Français en
vous priant de nous fournir une nouvelle fois votre appui, tant matériel que diplomatique. »
Peut-on croire que la « généreuse compréhension » s’est interrompue après le 22 mai et
que les livraisons d’armes ont cessé ? Difficile de le penser puisque le soutien
diplomatique à l’ONU, qui, lui, pouvait difficilement être secret, a duré jusqu’au 19 juillet,
date du départ du représentant du GIR à la demande du représentant français. Comment
ne pas penser que la prétendue opération humanitaire Turquoise est une réponse à la
demande d’appui du président du GIR ?
Quant au soutien secret, il est évoqué par le général Quesnot qui écrit le 6 mai : « À
défaut de l’emploi d’une stratégie directe dans la région, qui peut apparaître politiquement
difficile à mettre en œuvre, nous disposons des moyens et des relais d’une certaine
5

Voir aussi les déclarations de M.Kovanda (Tchécoslvaquie) du 8 juin 1994 au Conseil de
Sécurité, mettant en cause le Secrétaire Général de l’ONU, l’accusant de ne pas avoir fournit les
informations en sa possession qui permettaient de comprendre la situation. (Pas de
communication du rapport de M. Dyaye de 1993 suggérant que des actes pouvant être qualifiés de
génocide avaient été commis à l’encontre des Tutsi, du fax du Général Roméo Dallaire, des
discours tenus sur la RTLM, etc.)

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stratégie indirecte qui pourrait rétablir un certain équilibre. ». N’est-il pas on ne peut plus
explicite ? Dans l’impossibilité de soutenir ouvertement le GIR, qui mène un génocide, à
cause de « la complicité objective de nos faux intellectuels remarquables relais d’un lobby
Tutsi, auquel est également sensible une partie de notre appareil d’État », il y a moyen de
le faire secrètement.
Le président du GIR remercierait-il ainsi François Mitterrand, si ce soutien en armes et en
munitions n’avait pas été fourni, prolongeant ainsi la guerre et le génocide ?
Le général Quesnot analyse la situation comme étant le résultat d’un complot anglo-saxon
visant à soutenir la création d’une continuité territoriale Ouganda - Rwanda créant ainsi un
« Tutsiland ». Reprenant mot pour mot le discours des génocidaires et la justification de
leur « combat », le général se mêle de politique mais il ne fait pas preuve d’une grande
clairvoyance : le FPR a gagné la guerre, mis fin au génocide, et aujourd’hui l’Ouganda ne
forme pas avec le Rwanda, loin s’en faut, un Tutsiland !
Pourtant certains, au sein du gouvernement, avaient émis des doutes sur le bien-fondé de
la politique menée depuis 1990 par la France au Rwanda et la note du ministre de la
défense, Pierre Joxe, du 26 février 1993 le montre bien :
« Quant à Habyarimana, l’envoi de deux compagnies supplémentaires, après beaucoup
d’autres démonstrations de soutien, fait qu’il se sent à présent l’un des dirigeants africains
les mieux protégés par la France. Ce n’est pas la meilleure façon de l’amener à faire les
concessions nécessaires. Or il est, par son intransigeance politique, et par son incapacité
à mobiliser sa propre armée, largement responsable du fiasco actuel. »
Acceptant une victoire politique du FPR, seule issue possible à ses yeux pour éviter une
victoire militaire du FPR, qu’il sait inéluctable si les militaires français ne participent pas
massivement aux combats, Pierre Joxe suggère que le ministre de la coopération, Marcel
Debarge, menace Habyarimana du retrait du soutien militaire de la France.
Pierre Joxe n’est pas entendu et Marcel Debarge, dépêché par François Mitterrand au
Rwanda, encourage la création d’un front Hutu face au FPR en émettant de « nettes et
sévères mises en garde (urgence d’arriver à un compromis politique et de présenter un
front uni face au FPR dans les prochains jours, illusion sur le succès possible d’une
troisième force car le FPR imposera, s’il l’emporte, une politique totalitaire…) ». Proposant
ainsi un front ethnique il annihilera l’idée d’une troisième force issue de l’opposition
démocratique.
Pierre Joxe est-il pour autant un de ces « faux intellectuels, remarquable relais d’un lobby
Tutsi » ?
La voie hiérarchique faisant que le Chef d’État Major particulier, à l’époque le général
Quesnot, ne peut s’adresser au Président de la République que sous couvert du
Secrétaire Général de l’Elysée, Hubert Védrine en l’occurrence, celui-ci est donc
directement impliqué.
Avons-nous entendu Hubert Védrine dénoncer cette politique? Il essaierait plutôt, encore
aujourd’hui, de la couvrir.
En effet, n’écrit-il pas dans la « Lettre de l’institut François Mitterrand » N° 8, juin 2004,
page 24 : « [… ]les dernières livraisons d'armes à l'armée rwandaise contre l'offensive
Ougando-FPR ont continué quelques jours après le début des massacres, mais, bien sûr,

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ceux-ci n'ont pas eu lieu avec des armes françaises6 », confirmant ainsi le témoignage du
colonel Luc Marchal de la MINUAR décrivant l’arrivée de trois avions, dont un chargé
d’armes, à l’aéroport de Kigali, à destination des FAR, au tout début du génocide et
contredisant ainsi de récentes dénégations d’Édouard Balladur7.
On comprend mieux qu’Hubert Védrine soutienne tant qu’il le peut le révisionnisme
revendiqué de Pierre Péan qui a effectué un tri visiblement très sélectif des archives de
François Mitterrand.
Ces documents montrent qu'un certain nombre de hauts responsables Français, dont le
premier d’entre eux, le Président de la République, après avoir soutenu le gouvernement
ségrégationniste et dictatorial du général Habyarimana, ont soutenu le gouvernement
intérimaire rwandais (GIR) en sachant non seulement que ces gouvernements
organisaient, puis perpétraient, un génocide, mais encore que le soutien de la France les
aidait à préparer et à exécuter ce génocide.
Le génocide étant un crime imprescriptible et les « zones sombres », évoquées par le
député Jean-Claude Lefort, devenant de plus en plus claires, ces responsables, politiques
et militaires, devraient un jour avoir des comptes à rendre - notamment à la justice. Cela
ne dépend que de la volonté politique des citoyens et de leurs représentants.
Georges Kapler
Commission d’Enquête Citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le
génocide des Tutsi au Rwanda
http://www.enquete-citoyenne-rwanda.org/

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Cet argument est des plus fallacieux : le soutien au GIR et aux FAR retardait l’avance du FPR et
prolongeait le génocide d’autant. Les armes légères et les machettes étaient achetées en Égypte
et payées par des virements provenant de banques françaises, grâce à l’intervention du Ministre
des affaires étrangères égyptien de l’époque, M. Boutros Boutros Ghali, qui deviendra, avec le
soutien de la France et l’abstention des USA, Secrétaire Général de l’Organisation des Nations
unies (voir rapport C.E.C. et MIP).
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Notamment sur France 3 après la diffusion du film « Tuez les tous » dans un droit de réponse de
10 minutes. Du jamais vu.
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