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Mise à jour :
2 août 2023 Anglais

Le témoignage de Bernard Kouchner sonne comme un avertissement très virulent aux pays occidentaux

Fiche Numéro 31290

Numéro
31290
Auteur
Lucet, √Člise
Auteur
Autheman, Marc
Auteur
Peaster, Philippe
Date
18 mai 1994
Amj
19940518
Heure
19:30:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 19 heures 30
Titre
Le témoignage de Bernard Kouchner sonne comme un avertissement très virulent aux pays occidentaux
Soustitre
La lecture tribale du conflit actuel est trop simple.
Taille
21983 octets
Nb. pages
2
Source
Fonds d'archives
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Langue
FR
Résumé
- Plus de 200 000 morts, peut-être 500 000. Le bilan au Rwanda est si lourd que les chiffres n'ont plus vraiment la signification qu'ils devraient avoir. Chaque jour des enfants, des civils, bref des innocents, sont abattus sauvagement.
- Bernard Kouchner rentrait ce matin de Kigali. Son témoignage sonne comme un avertissement très virulent aux pays occidentaux qui ne sont pas intervenus pour le moment.
- Bernard Kouchner : "Quand comprendra-t-on, après combien de massacres, après combien d'enfants morts ? Quand on marche dans l'herbe, là-bas, autour de Kigali, on marche sur des crânes d'enfants coupés. On marche sur des corps qui ont été mangés par des chiens. Pas un membre de la famille n'a réchappé. Donc si on veut assister à ça, alors c'est classique : massacre, humanitaires qui crient que les politiques n'ont rien fait, et puis finalement les politiques font quelque chose et l'intervention internationale arrive trop tard, après le massacre. Alors est-ce qu'on comprendra une fois pour toutes que ce qu'on a appelé le droit d'ingérence, c'est qu'une force d'action rapide, sous le drapeau des Nations unies mais qui peut être une force africaine, beaucoup mieux encore, vienne à la moindre alerte et mieux encore avant le massacre. Ça s'appellera la prévention, le droit d'ingérence, comme on veut. Ça empêcherait le massacre. Qu'est-ce qu'on peut faire maintenant ? Vous savez pourquoi on n'intervient jamais ? C'est pas beau, on dit que c'est du néocolonialisme. On dit qu'on n'a pas de soldats, qu'on n'a pas d'argent et qu'on n'a pas de volonté politique. Eh bien après le massacre on trouve des soldats, on trouve de l'argent et on trouve de la volonté politique. Seulement les gens sont morts".
- Cette guerre civile au Rwanda n'a pas simplement une origine ethnique. Le pouvoir en place dispose d'une garde présidentielle qui fait régner la terreur dans tout le pays. L'opposition armée, le FPR, regroupe des militants des deux ethnies, des Hutu et des Tutsi qui combattent côte à côte.
- Les exodes, les massacres, les cadavres flottants dans les rivières, une terrible réalité au Rwanda comme dans son pays frère le Burundi depuis plus de 30 ans.
- Conflit historique, donc, entre Hutu majoritaires (90 % de la population) et Tutsi provoqué par la colonisation. Hutu et Tutsi ont constamment vécu ensemble, ils partagent la même langue. Pour la plupart des historiens cette prétendue haine ancestrale n'existait pas avant l'arrivée du colonisateur blanc, belge en l'occurrence.
- Un colonisateur qui a voulu faire des Tutsi une race à part : des bergers venus du nord, des confins de l'Éthiopie, fins et élancés, devenus les seigneurs. Par opposition aux indigènes hutu, les paysans : petits, trapus, grossiers. Une histoire réinventée. Malheureusement léguée à la population, intégrée par elle à la décolonisation en 1962. Depuis au Rwanda, les Hutu détiennent le pouvoir et les Tutsi sont entrés en guérilla.
- Mais même aujourd'hui cette lecture tribale du conflit est trop simple. Exemple : au sein de cette guérilla du Front patriotique rwandais, on trouve essentiellement des Tutsi bien sûr mais aussi des opposants hutu. Autre exemple : après l'assassinat du Président Habyarimana, l'origine du bain de sang actuel, les extrémistes hutu de la garde présidentielle massacraient tout autant les Tutsi que les opposants hutu favorables au partage du pouvoir.